‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 48 sur 134 · COLIQUES ET DIARRHÉES. TREMBLEMENT MERCURIEL · texte numérisé non relu

COLIQUES ET DIARRHÉES. TREMBLEMENT MERCURIEL

Dupuytren est très-usitée. C'est surtout sous cette forme que le mercure produit la constipation. Il n'est pas très-rare, en effet , que mes malades de l'hôpital qui sont traités pour des accidents primitifs par les pilules de Dupuytren, se plaignent d'aller trop rarement à la selle. Mais c'est là un inconvénient qui a bien moins d'importance que la diarrhée et les coliques ; aussi devra-t-on , dans ce dernier cas, diminuer considérablement sa dose, jusqu'à ce que le malade ne souffre plus du ventre. Il est des cas où il faut arriver à supprimer tout à fait le mercure. Les organes digestifs ne. peuvent en tolérer un atome. On observe cette intolérance chez certains sujets très-affaiblis , nerveux et malheureusement dans des cas où le mercure est presque indispensable pour amener la guérison. Soit qu'on diminue la dose du mercure, soit qu'on en suspende l'administration pour le reprendre ensuite , on devra toujours lui associer l'opium.

Quant au tremblement mercuriel, je le crois très-rare. Je ne l'ai observé que trois fois : une fois chez un doreur , une fois chez un malade qui avait été soumis pendant longtemps aux frictions. Enfin , j'ai observé dans mon service un malade chez lequel cet accident est survenu à la suite de l'administration du sublimé en bains. Comme les faits de cette nature sont rares et que les observations manquent en général de détails , et comme je trouve ici des circonstances qui rne paraissent d'un véritable intérêt, je vais transcrire les notes que j'ai pu recueillir sur ce malade.

L.., (Alf.) est âgé de vingt-neuf ans. Il est entré le 15 mars 1852 et a été couché salle 9, n° 1. Il a eu plusieurs blennorrhagies. Le dernier écoulement date du commencement de 1848. Le traitement fut suivi très-irrégulièrement. Le malade souffrait peu ; les ganglions inguinaux étaient indolents. A la tin de 1849 (L... était à l'hôpital de Dijon), l'écoulement s'arrêta au moment où apparut une affection cutanée que le médecin considéra comme une psoriasis. Le malade prit alors des bains de sublimé pendant trois semaines, un chaque jour. Nous n'avons pu savoir la quantité de sublimé pour chaque bain.

Dès le dixième bain, L... ressentit de légères douleurs avec tiraillement dans les muscles , dans ceux du bras surtout. Bientôt ce fut un léger tremblement qui durait très-peu de temps. En même temps le malade perdit l'appétit, il fut pris d'une céphalalgie continuelle, de sueurs abondantes. Constipation , affaiblissement considérable sans amaigrissement.

Au vingt-deuxième bain , L... eut de violentes attaques avec écume à la bouche ; perte] de connaissance pendant deux heures ; roideur convulsive des membres. En revenant à lui , il se trouva atteint d'un

tremblement général assez fort pour rendre la marche très-difficile. Cinq ou six jours après , l'état du malade commença à s'améliorer, et trois semaines plus tard les jambes et les bras restaient seuls atteints de ce tremblement.

Le malade sort alors de l'hôpital de Dijon. Sa maladie diminue sous l'influence des bains simples; le tremblement est devenu intermittent; rarement L... passe un jour entier sans en être atteint, de même qu'il peut l'être une , deux, trois fois, jusqu'à vingt fois dans un jour. ( La durée est généralement de trois à dix minutes.) Les liqueurs fortes et les émotions ont une vive influence sur ces accès. Les bains de sublimé n'ont pas amené de changement dans l'état de l'affection cutanée qui a guéri seule deux mois après.

Malgré cet état de souffrance du système nerveux , ce malade a eu des rapports sexuels et a gagné un chancre pour lequel il a réclamé nos soins. Ce chancre , à forme serpigineuse , est très-douloureux; il y a de plus une céphalalgie des plus intenses. Le tremblement, borné aux membres, va en s'améliorant, sous l'influence des bains, des purgatifs légers. Il est bien entendu que j'éloignerai le mercure autant que possible quand il s'agira d'entreprendre le traitement général.

Voilà donc un fait de tremblement mercuriel épileptiforme.

Quant aux effets morbides du côté de la peau, du côté des reins dont on parle dans quelques livres, et qui auraient été produits par le mercure, je ne sais s'ils ont été bien observés et si ce sont réellement des accidents mercuriels.

Si l'on a bien suivi tout ce que j'ai dit sur les effets morbides du mercure, on restera convaincu qu'ils ne se produisent et ne prennent un véritable caractère de gravité que quand l'administration de cet agent est vicieuse , intempestive, et dans certains cas où la constitution se montre très-réfractaire à son action. En éloignant les procédés qui introduisent tout d'un coup une trop grande quantité de mercure dans l'économie , par exemple , les frictions ; en modérant les doses des préparations qui sont administrées à l'intérieur, on pourra presque toujours éviter non pas les légers inconvénients du traitement mercuriel, mais les effets morbides qui peuvent être considérés comme des accidents.

On remarquera que je ne me prononce pas en faveur du mercure d'une manière absolue , car j'ai connu des malades qui ne pouvaient le supporter sous aucune forme et à aucune dose. Ainsi je traite actuellement un homme du monde , de trente-cinq ans , qui ne peut supporter 2 centigrammes de proto-iodure , ni même 1 centigramme de deutochlorure. Chez lui, l'intestin s'affecte tout de suite.

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