‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 49 sur 134 · IODE · texte numérisé non relu

IODE

J'avertis les élèves de se méfier des observations qu'ils pourront recueillir dans les hôpitaux. Là, les malades , dans la crainte de la diète, n'accusent les coliques , les diarrhées, que quand elles sont très-prononcées.

En dernière analyse et en deux mots , le deutochlorure à faible dose contre les accidents dits primitifs, le proto-iodure à doses un peu plus élevées contre les accidents dits secondaires , voilà les deux formes sous lesquelles le mercure rendra le plus de services à la pratique .

§ A. — Iode.

L'introduction de l'iode dans la thérapeutique de la syphilis est un événement tout récent et des plus heureux. Il y a donc un certain intérêt à savoir comment il s'est produit. En 1821 , Coindet annonça que la matière médicale était en possession d'un nouveau résolutif , d'un fondant précieux , l'iode. En même temps , on tentait en Angleterre une révolution contre le mercure ; elle gagnait la France à la faveur des idées broussaisiennes. On s'éleva contre le mercure non-seulement parce qu'il ne guérissait pas les maladies vénériennes, mais parce qu'il provoquait ou aggravait les accidents consécutifs. Les novateurs proscrivirent donc ce métal de la thérapeutique syphilitique, et réduisirent celle-ci aux adoucissants, aux antiphlogistiques, c'est-à-dire aux moyens que la doctrine physiologique pouvait tolérer. Mais l'insuffisance de ces moyens fut bientôt démontrée dans beaucoup de cas. Alors ne voulant pas réhabiliter le mercure, ce qui eût été une palinodie, on chercha un autre spécifique . L'iode, fixant l'attention des thérapeutistes, on s'adressa à l'iode. Ainsi, on voit déjà Richon-Desbrus, en 1823, prescrire ce métalloïde contre les bubons et la blennorrhagie; en Angleterre, les fauteurs delà même doctrine entrèrent dans la même voie, et l'iode fut proclamé un antisyphilitique.

§ 5. — lodure de potassium.

L'iode pur était difficile à manier; ses effets étaient trop divers, trop opposés même, car on avait observé des phénomènes d'intoxication après de très-petites doses, tandis que de fortes doses avaient pu quelquefois être administrées impunément. On songea alors à le combiner avec d'autres corps, et Buchanan , de Londres, fut le premier à l'unir à l'amidon. Il obtint un iodure d'amidon qui fut employé avec l'iodure de fer, en France et à Londres, et comme antistrumeux, et comme antisyphilitique, mais sans méthode, et il faut le dire, avec une demi-confiance seulement. Alors (1836) parut la fameuse leçon de

Wallace 1 , ce fut l'inauguration de i'iodure de potassium comme moyen héroïque contre la syphilis. Cent quarante-deux cas d'affections vénériennes constitutionnelles attestaient les vertus du nouveau médicament. Et il faut le proclamer ici : du premier coup, Wallace arriva à la formule qui, aujourd'hui encore, peut passer pour une des meilleures. La voici :

Une cuillerée à bouche, quatre fois par jour.

Le malade prenait donc à peu près 2 grammes d'iodure par jour, ce qui, dans le plus grand nombre des cas, est suffisant pour combattre les affections vénériennes les plus profondes.

Bientôt en France, en Allemagne, Wallace fut imité. Cullerier,M. Ricord, et d'autres praticiens encore, expérimentèrent et prônèrent I'iodure de potassium qui excita un véritable enthousiasme. On n'alla pas cependant jusqu'à proscrire le mercure, mais celui-ci fut obligé de compter avec le nouveau venu, et M. Ricord se chargea de faire les deux parts. Les accidents dits tertiaires échurent à I'iodure de potassium, et les secondaires furent conservés au mercure. Il s'éleva sur ce partage de justes réclamations; je les ferai connaître.

Beaucoup de raisons militent en faveur de I'iodure de potassium : 1° des cures vraiment admirables obtenues en très- peu de temps, comme je le prouverai plus tard ; 2° la facilité de son administration et l'absence de tout véritable danger, ce qui n'existait pas pour l'iode pur et les autres préparations ; 3° de plus, I'iodure de potassium étant d'une grande solubilité dans l'eau, il y a possibilité de le faire prendre dans toutes sortes de véhicules, de boissons. Son action étant infiniment moins irritante que celle de l'iode pur, on peut l'administrer à de très-hautes doses, puisqu'un praticien de Paris a osé en donner jusqu'à 30 grammes par jour et même plus. On peut aussi descendre jusqu'à 50 et 25 centigrammes. 11 est donc peu de substances qui se prêtent plus à la variété des formules, aux exigences de l'âge, des goûts, des convenances, aux caprices même des malades. La dose peut aussi être en rapport avec le degré, la nature des accidents; car je prouverai, plus tard, que I'iodure peut remplir une double indication.

Je ne reproduirai pas ici toutes les formules qui ont été proposées pour l'administration de I'iodure de potassium, car, d'après ce que je

Formule de Wallace.

Eau

Iodure de potassium

260 grammes.

8 grammes.

* The Lancet, livraison de mars 183G.

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