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MALADIES DES DÉPENDANCES DE LA PEAU. ALOPÉCIE

légère desquamation de l'épiderme à la racine des cheveux et des poils qui se détachent ; mais quelquefois la chute a lieu sans altération apparente de Tépiderme. Le frottement, une légère traction, Faction du peigne, entraînent les cheveux. Il en est quelquefois de même pour les poils, mais c'est beaucoup plus rare.

Dans Falopécie partielle , les bulbes pileux ne sont pas toujours atteints, ou du moins ils ne le sont pas de manière à empêcher les cheveux de repousser. Il n'en est pas de même des poils, ce qui prouve que, quand ceux-ci sont atteints, la vérole est plus profonde.

M. Reynaud, de Toulon, a constaté que, dans Falopécie partielle, la chute s'opérait en suivant une courbe, et que la tendance circulaire que j'ai signalée quand il a été question des caractères généraux des syphilides, se manifestait encore ici. Les cheveux donc, en tombant ainsi, dégarnissaient des disques du cuir chevelu, ce qui faisait de petites tonsures. Cela pourrait aussi arriver pour la barbe.

En général, la chute du système pileux pendant la première période de la vérole n'affecte pas cette disposition; les cheveux s'éclaircissent, voilà tout ; quelquefois même ils tombent en si petit nombre et, pour ainsi dire, d'une manière si discrète, que les éclaircies sur la tête ne sont pas remarquées. C'est au peigne seul que la personne reconnaît qu'elle est affectée d'alopécie, et les individus peu soigneux de leur personne peuvent ignorer complètement ce phénomène de leur maladie ; cette circonstance fait qu'on note rarement ce phénomène dans les observations, et que de bons esprits ont pu dire que l'alopécie était très-rare.

L'alopécie générale, universelle, est réellement rare, car elle n'a lieu qu'aux dernières périodes de la diathèse, et souvent quand il y a déjà cachexie syphilitique. C'est ce degré de l'alopécie qui, selon Brassavole, a donne aux malades une figure ridicule ; car on ne peut s'empêcher de rire, dit-il, en voyant des hommes sans barbe, sans sourcils et sans poils aux paupières *. » J'ai observé une alopécie complètement universelle chez un homme qui a été vu par plusieurs syphiliographes de Paris, car il a traîné ses infirmités d'un service à l'autre. La vérole l'avait atteint si profondément, que toute l'habitude de son corps était changée ; sa virilité était complètement annulée, et il était si dégradé, que son sexe n'était presque plus apparent. Brassavole l'aurait trouvé plus que ridicule. Tous ses cheveux, tous ses poils étaient tombés : sourcils, barbe, poils du pubis et des aisselles, tout manquait. L'observation complète de ce sujet a été insérée par M. de Castelnau dans les Annales de la syphilis, t. 1er. Il y a actuellement (février 1855), dans mon service à

3 De rnorbo gallico.

l'hôpital du Midi, un malade en convalescence d'un eczéma syphilitique qui a envahi toute la face, le crâne et la partie supérieure du corps jusqu'à la ceinture. Tous les cheveux, tous les poils de ces parties sont tombés, ceux des sourcils et les cils compris. Eh bien! ce malade a vu repousser tout son système pileux après un traitement complet. Il a vingt-quatre ans.

On a accusé le mercure de produire l'alopécie, comme on Ta accusé de tous les accidents consécutifs. M. Desruelles a formulé le plus vivement Faccusation, et Ton sait que les autres élèves de Broussais ont applaudi. Ceci n'a rien qui doive surprendre ceux qui savent tout ce que peut dicter un faux système et tout ce qu'il peut enfanter. Il y a eu en réalité et il y a encore des hydrargyrophobes. Mais ce qui doit étonner, c'est de voir des hommes qui n'ont jamais été passionnés ni pour Broussais ni pour son école, des hommes d'un vrai mérite, qui absolvent la vérole et accusent plus ou moins directement le mercure. M. Gibert est de ce nombre 4.

Il y a cependant deux preuves faciles à faire pour absoudre le mercure et pour condamner le virus. D'abord c'est d'observer les ouvriers soumis journellement aux émanations mercurielles, et de voir ce qui se passe chez les vérolés qu'on abandonne, ou auxquels on ne donne pas de mercure. Les premiers, les doreurs, par exemple, auront des stomatites, le tremblement mercuriel, mais jamais l'alopécie, excepté l'alopécie sénile. Les vénériens, au contraire, si on ne les traite pas, auront souvent l'alopécie partielle, locale d'abord, et si l'on persiste à ne pas les traiter et que la diathèse aille jusqu'à la cachexie, ils pourront avoir l'alopécie générale, être tout à fait privés de leur système pileux.

Ainsi, le fait de l'alopécie est réel : il s'ofïre fréquemment à l'observation sous sa forme bénigne, discrète ; c'est une des premières manifestations de la vérole. Le fait de l'alopécie générale est réel aussi, mais bien moins fréquent; on l'observe dans les dernières périodes de la diathèse. Les deux formes de l'alopécie sont indépendantes de l'administration du mercure. Ce métal, au contraire, est le seul ou au moins le meilleur moyen d'éviter cet accident ou de l'arrêter, d'empêcher qu'il ne devienne général. Quand il a ce dernier caractère, il est incurable, c'est-à-dire que tout espoir de voir repousser le système pileux est perdu. Il peut y avoir des exceptions. Le malade que j'ai cité tantôt semble en fournir une. Mais on remarquera qu'il n'y avait pas ici cachexie; que la chute des poils était survenue à la suite d'un eczéma et que le malade n'avait que vingt-quatre ans. Quand, au contraire,

(1 ) Voyez son Manuel, p. 433.

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