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Les douleurs de tête ont diminué

27. — Boucheron ne souffre plus de la tête ; la voix reste lente.

31. — Le malade sort malgré la volonté de M. Vidal. Le chancre du prépuce, manifestement induré, n'est pas guéri.

En résumé, voilà une douleur de tête qui a commencé huit jours après l'apparition du chancre; quelques jours plus tard elle est devenue assez intense pour empêcher tout sommeil ; après, le malade n'a pu garder de repos pendant près d'un mois; la douleur de tête durait depuis vingt-cinq jours quand le malade est entré à l'hôpital. Enfin les accidents ont persisté pendant les premiers jours du traitement mercuriel seul; ils n'ont commencé à disparaître qu'après un traitement antiphlogistique combiné avec l'administration de l'iodure de mercure.

M. Faurès a publié dans la Gazette médicale de Toulouse des observations pour prouver l'existence de l'affection syphilitique des viscères et du cerveau en particulier. Dans ce travail se trouve un fait remarquable de végétation de la pie-mère.

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Il s'agit d'une fille de vingt ans qui eut des chancres et des végétations à la vulve. Son traitement par la liqueur de Van Swieten fut irrégulier, interrompu plusieurs fois. Répétition des végétations à la vulve. Il en pousse à l'anus et il survient une syphilide squammeuse. On soumit cette malade à un nouveau traitement. Bains de sublimé ; iodure de potassium. Ce traitement durait depuis six mois, lorsque la malade fut subitement prise d'un mal de tête violent, avec paralysie soudaine de tout le côté gauche. Quelques jours auparavant elle s'était plainte de céphalalgie, vertiges, bourdonnements d'oreille, rêvasseries. Saignée, révulsifs aux jambes.

Le lendemain le mal de tête avait diminué, la parole et la déglutition étaient plus libres. Mais cette amélioration aidée par une application de sangsues et plusieurs doses d'émétique se démentit brusquement au bout de deux jours. La malade ayant voulu se lever fut saisie de douleurs plus violentes ; sa face devint vultueuse ; elle perdit connaissance; la paralysie, qui la première fois avait laissé un peu de sensibilité, l'abolit complètement; il y eut incontinence urinaire et fécale. La mort eut lieu, six jours en tout, à partir de celui où les symptômes cérébraux avaient éclaté.

Autopsie. La membrane qui tapisse le quatrième ventricule présentait, surtout à droite, un groupe de granulations variant du volume d'une tête d'épingle assez forte à celui d'un grain de millet. Le groupe avait le volume et la force d'une grosse framboise . Rouges, séparées par des fentes où rampaient de nombreux vaisseaux capillaires allant se terminer dans leur tissu, elles ressemblaient exactement aux végétations qui existaient encore aux parties génitales. Leur tissu avait la plus grande analogie avec le tissu érectile. L'encéphale n'offrit aucune autre altération.

M.Reeve, dans un travail qu'il a intitulé Méningite syphilitique, cite le fait suivant :

« M. F.... fut accompagné chez moi, dit l'auteur, en juillet 1847, par un chirurgien de Belfast, qui s'était alarmé des progrès rapides que la paralysie ainsi que d'autres désordres cérébraux faisaient chez ce malade. Il ne pouvait se soutenir sur ses pieds pendant qu'on lui ôtait ses pantalons, l'articulation des mots était très-imparfaite, l'arrangement des idées tout à fait défectueux, ainsi que la mémoire, la vision des deux côtés considérablement altérée.

« Ce malade avait été traité, il y a quelques années, pour une syphilis secondaire, consistant en ulcères rebelles des membres et de la face. Peu après se déclara une amaurose, puis des symptômes de paralysie,

lesquels allèrent en augmentant rapidement jusqu'à produire cet état de paralysie générale qu'il offrait lorsque je le vis.

« L'examen du sujet et l'histoire de ses antécédents me portèrent à penser que ces symptômes pouvaient dépendre de la compression du cerveau par le développement de tumeurs syphilitiques de la duremère ; niais pour mieux m'en convaincre je crus opportun d'employer le mercure d'une manière promptement agissante. En conséquence j'ordonnai de raser la totalité du cuir chevelu, de le couvrir d'un vésicatoire, et d'y étendre deux fois par jour une drachme de fort onguent mercuriel. J'étais cependant effrayé par une apparence de coma et, comme conséquence, par l'éventualité d'un résultat fatal. Huit jours après je rencontrai le chirurgien ; il m'apprit que notre malade avait rapidement guéri et était maintenant en état de monter et de descendre les marches d'un escalier très-roide. A ma grande surprise, je rencontrai un jour dans la rue un homme en bonne santé, y voyant bien, et qui eut besoin de se faire reconnaître pour que je pusse me rappeler, en le voyant, le client qui m'avait consulté trois semaines auparavant. Il avait complètement recouvré le mouvement, la vue, la prononciation et jouissait de toutes ses facultés. »

Selon l'auteur, la mort aurait sûrement eu lieu dans un terme peu éloigné sans l'administration du mercure. Il place en ce remède une telle confiance qu'il le donne toujours avec plein espoir en pareille occurrence malgré l'état^ d'épuisement le plus prononcé.

C'est là un cas remarquable de guérison par le mercure. Le rédacteur de la Gazette médicale, à laquelle j'ai fait cet emprunt, dit que les préparations d'iode auraient une action encore plus prompte dans des cas de cette espèce. Quant à moi je ne vois pas ce qu'on peut désirer de plus comme promptitude.

Le 3 mars 1855, M. Costillhes a lu à la Société de médecine de Paris une observation qu'il a intitulée Hémichorée syphilitique. C'est une femme de Saint-Lazare, âgée de vingt et un ans, qui a eu en 4851 un écoulement verdâtre et en mars 1 852 des chancres aux parties génitales. Six semaines après, plaques muqueuses aux mêmes organes et sur les amygdales. Elle fut traitée par le proto-iodure de mercure et les plaques furent cautérisées et soumises à des soins de propreté.

Cette malade était sur le point de sortir guérie de ces accidents, quand vers la fin de juin elle est prise de malaise, de mouvement fébrile intense, de céphalalgie vive surtout frontale et oculaire. Ces symptômes généraux sont bientôt suivis d'une éruption véscico- pustuleuse de forme herpétique avec une coloration cuivrée caractéristique, ayant pour siège la région lombaire, les fesses et les parties externes

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des cuisses. Plus tard il lui survint dans le cuir chevelu une syphilide pustulo-crustacée de même nature, pendant que les ganglions cervicaux latéraux et postérieurs se tuméfiaient.

Dans cette occurrence je remplace les pilules de proto-iodure, qui n'ont pu empêcher cette nouvelle manifestation syphilitique, par la liqueur de Van Swieten (une cuillerée à dessert le matin, puis bientôt soir et matin) et par une solution d'iodure de potassium (eau distillée, 150 grammes, iodure de potassium, 6 grammes) à la dose d'une cuillerée à soupe chaque jour. Je fais en outre appliquer sur l'éruption une pommade au calomel (1 gramme pour 30 grammes d'axonge). Cette pommade aide puissamment à la guérison des syphilitiques, comme du reste la plupart des préparations mercurielles. Bain de vapeur quotidien par l'enveloppement au moyen du drap mouillé pour remplacer les bains de vapeur que Saint-Lazare ne possède pas encore.

« Sous l'influence de ce traitement, la syphilide pustuleuse ne tarde pas à se modifier, les pustules pâlissent, s'affaissent; cependant de nombreuses pustules se montrent encore, mais elles avortent rapidement.

« Dans la soirée du 25 août, Picard se plaint d'une céphalalgie intense, d'une douleur occipitale très-vive, éprouve des vomissements, de l'insomnie, de l'étourdissement; la face est vultueuse, les yeux injectés et saillants; parole brève et saccadée.

« Je combats ces symptômes cérébraux par une application à l'anus de 25 sangsues qui procurent un soulagement presque immédiat (la malade ne voit pas ses règles depuis 4 mois).

« Le 29 août, dans la matinée, Picard, qui n'a eu ni agitation nocturne, si ce n'est quelques rêvasseries, ni le besoin de se mouvoir, ressent dans le bras gauche d'abord des mouvements involontaires, des contractions spasmodiques saccadées, puis dans la jambe du même côté. Elle éprouve en même temps un affaiblissement notable dans toutes ces parties avec douleur assez intense depuis le coude jusqu'au bout des doigts, même douleur dans les muscles antérieurs de la jambe avec sentiment de faiblesse dans le genou au point que, dans la progression, la jambe fléchit sous le poids de son corps pendant que le pied exécute un mouvement de rotation en dedans; il lui est impossible de manger avec la main gauche ; la cuiller, lorsqu'elle l'approche de sa bouche, est aussitôt jetée loin du corps. Je remarque que la langue est déviée à droite et que l'œil droit est plus saillant que le gauche; que les muscles de la face sont pris aussi de mouvements convulsifs. La sensibilité cutanée est normale ; il n'existe aucun ganglion cervical.

« Le côté droit ne présente rien d'anormal. Dès que ces accidents nerveux, que l'on peut regarder à bon droit comme syphilitiques et

arrivés à la période tertiaire, ont apparu, la céphalalgie occipitale a bientôt cédé, grâce à la solution iodurée potassique (eau distillée, 500 grammes, iodure de potassium, 20 grammes, à la dose de trois cuillerées à soupe par jour) .

« A partir du 3 septembre jusqu'au 10, les phénomènes choréiques ont diminué notablement. La malade est tombée plusieurs fois pendant la nuit du haut de son lit. i% septembre, il ne reste plus qu'un léger tremblement dans les membres supérieurs gauches; absence complète de mouvements involontaires. 15 septembre, je remarque un léger mouvement involontaire dans la paupière inférieure gauche, dont elle n'a pas connaissance. Tous les autres phénomènes précités ont disparu. 20 septembre, guérison complète; continuation de la solution d'iodure de potassium.

« Maintenant il me reste encore à dire un mot sur Faffection du col de l'utérus : le 25 septembre, après avoir cautérisé depuis plusieurs mois l'intérieur du col et de ses lèvres, soit avec l'azotate d'argent, soit avec la solution d'iode iodurée, après avoir prescrit les pilules de Vallet, la tisane de feuille de noyer, les bains, etc., le col reste toujours rouge.

« Je fais alors tous les jours une injection à l'eau froide, alternativement avec une solution concentrée d'alun. Sous l'influence de ce dernier traitement la cicatrisation est complète le 1er décembre, jour de la sortie de Saint-Lazare. »

Je ne connais pas d'observation bien authentique d'affection syphilitique des cordons nerveux ; mais on va voir ici une paralysie du côté gauche de la face, et une paralysie de la face et du goût qui semblent tenir indirectement à la syphilis, car on peut attribuer ces lésions de fonction à la compression des nerfs par des ganglions engorgés, comme on en observe si souvent pendant l'existence de la diathèse.

R... Aug.entre dansle servicede M.Ricordle 1er octobre!850, salle!, lit 2. 11 a vingt-sept ans. Dernier coït il y a trois mois environ. Chancre sur la face interne du prépuce, tuméfaction des glandes inguinales. Il y a un mois, rougeur sur le tronc et les membres, dont il reste encore des traces; alopécie et croûtes du cuir chevelu ; glandes cervicales postérieures volumineuses survenues il y a dix jours; ganglion del'antitragus développé ainsi que les cervicaux latéraux ; légère cuisson à l'anus, il y a huit jours, sans aucune cause appréciable, roideur et difficulté des mouvements dans la joue et la bouche du côté gauche ; impossibilité de souffler, siffler et sputer. Depuis quatre jours, l'œil ne peut se fermer complètement, aujourd'hui il ne se ferme qu'à moitié ; la bouche est un peu tirée du côté droit, la joue bat contre les al-

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véoles pendant qu'il souffle; lorsqu'il mange, les aliments séjournent dans le sillon inférieur buccal; aucune déviation de la luette; mouvements du palais libres, aucune douleur dans la région parotidienne, déglutition facile.

M. V.,., atteint d'un chancre lingual induré, avait quitté le service le 20 février 1852, sous le prétexte d'affaires pressées. Il avait une roséole assez intense, des ganglions sous-maxillaires et cervicaux très-développés; néanmoins il suspend son traitement jusqu'au 15 avril suivant; le 23, sans cause appréciable, le malade s'aperçoit que son œil gauche est larmoyant, et que les paupières de ce côté ne se ferment pas exactement. Le lendemain, il ne peut cracher comme à l'ordinaire, la commissure labiale gauche ainsi que la joue restent flasques, cette dernière flotte et ballotte contre les arcades dentaires ; la salive tend à s'échapper par la commissure labiale et les aliments séjournent dans la gouttière inférieure de la joue ; la sensibilité de la peau est intacte ainsi que la vue et l'ouïe, mais le goût est anéanti sur la moitié gauche de la langue et le reste de la muqueuse buccale. Le malade a constaté qu'il sentait le contact des objets dans ces parties; il a l'odorat très-obtus, habituellement il ne peut pas constater s'il perçoit les odeurs. Deux pilules de proto-iodure de mercure sont prises quotidiennement.

Au huitième jour la paralysie avait disparu complètement l.

§ 2. — Foie. — Ictère.

Dans ces derniers temps, l'attention des syphiliographes a été fixée sur les lésions du foie. Les observations ayant été surtout faites'sur des enfants, j'exposerai cette partie de l'histoire de la syphilis quand il s'agira des maladies vénériennes des nouveaux nés.

Pour ce qui concerne l'adulte, on trouve dans Y Iconographie de M. Ricord l'histoire abrégée d'un sujet mort par lésions profondes du larynx, et qui a offert à l'autopsie un foie d'un volume moyen, d'une consistance, d'une coloration ordinaires ; à la partie convexe était une tumeur assez régulièrement arrondie et de la grosseur d'une noix un peu saillante, mais presque entièrement plongée dans la substance de l'organe. Cette tumeur, divisée en deux parties, paraissait entourée d'une espèce de kyste ; elle était formée, du reste, par un tissu dur et dense, assez homogène, criant un peu sous le bistouri et n'offrant aucune trace de vaisseaux. Elle paraissait présenter beaucoup d'analogie avec certains tubercules du tissu cellulaire qu'on rencontre très-fréquemment dans la syphilis tertiaire.

1 Thèse de M. Salneuve.

Quant à la symptomatologie, il est dit dans l'observation : « Depuis quelques mois, le malade avait souffert des coliques, qui, par les descriptions qu'il en donnait, semblaient devoir se rapporter aux coliques dites hépatiques et symptomatiques des calculs biliaires. Du reste, il avait eu à plusieurs reprises des ictères dont le malade portait encore des traces lors de son entrée à la maison de santé. »

On voit que la symptomatologie n'est pas spéciale, qu'elle peut se rapporter à plusieurs affections du foie. Bien plus, en examinant la planche coloriée qui représente la tumeur dont il a été question, il serait possible, de reconnaître là une forme de cirrhose que Laënnec a appelée cirrhose en masses. Ainsi, la syphilis du foie chez l'adulte est loin d'être faite; elle n'est même pas commencée.

Dans ces derniers temps, M. Gubler a étudié les rapports de l'ictère avec la vérole. 11 s'est même efforcé d'établir une ictère syphilitique qu'on observerait avec les syphilides précoces. Il est certain qu'une cause qui agit sur tout l'organisme comme le virus syphilitique doit atteindre le foie ; elle peut donc troubler les fonctions de cet organe, comme elle porte atteinte a la digestion, à l'innervation, etc. M. Gubler cite un certain nombre de faits, observés par lui ou par d'autres médecins; il invoque ensuite l'analogie, et ne dédaigne pas l'hypothèse pour soutenir sa thèse. Tout ce que je puis dire ici, c'est qu'il m'est arrivé, comme à tous ceux qui ont beaucoup vu de vénériens, d'observer chez eux l'ictère et cela non-seulement à une période, mais à toutes les périodes de la syphilis. Mais il m'est arrivé tout aussi souvent d'observer la fièvre typhoïde, la bronchite et d'autres maladies avec des symptômes syphilitiques. Les mêmes observations ont certainement été faites par M. Gubler. Ainsi donc, si un jour ce médecin veut employer, pour établir une fièvre typhoïde et une bronchite syphilitiques, le même temps, la même bonne volonté qu'il a mis pour faire une ictère syphilitique, je ne doute nullement de son succès.

§ 3. — Cœur.

Les affections syphilitiques du cœur sont à peu près inconnues. On trouve cependant dans Y Iconographie de M. Ricord la représentation d'une lésion qui a été considérée par cet expérimentateur comme se rapportant aux tumeurs gommeuses. Il s'agit dans l'observation d'un malade qui avait eu plusieurs fois des chancres à la verge, où poussèrent aussi des végétations; puis vinrent des papules muqueuses à l'anus. Enfin, sur divers points de la peau, on observa des groupes de tubercules qui s'ulcérèrent. Il était traité par le proto-iodure de mercure,

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€t Piodure de potassium, depuis onze jours, quand, à sept heures du matin, en allant à la selle, il fut pris d'un étourdissement subit : il rentra dans la salle, se jeta sur son lit et expira en moins de cinq minutes. Jusque-là, en dehors des accidents « que nous venons d'énumérer, aucun autre symptôme ni aucune plainte du malade n'avaient fait soupçonner des lésions plus profondes.

« Avant de mourir, la face du malade était devenue violacée, puis très-pâle; il n'eut que le temps de prononcer ces mots : Je me sens très-mal.

a On procéda à l'autopsie vingt-quatre heures après la mort, et voici ce que l'on constata : Le cœur et les poumons exceptés, tous les viscères étaient sains, mais ils présentaient une congestion sanguine trèsprononcée. Le cœur était hypertrophié; ses cavités étaient remplies de sang pris en caillots peu consistants. L'endocarde du ventricule droit avait plus de 1 millimètre d'épaisseur; il était de couleur blanc mat et de consistance fibreuse. Quant à l'endocarde du ventricule gauche, il \ ne présentait rien d'anormal; mais, à la pointe du cœur et sur sa paroi i interne, on voyait une couche de sang friable, adhérente, et au-des- I sous de laquelle se trouvait une espèce de foyer apoplectique qui avait pour siège toute l'épaisseur de la paroi ventriculaire. Le sang était là intimement combiné avec la substance musculaire qui avait perdu sa consistance normale, ce qui permet de présumer que l'affection n'était | pas un accident; le péricarde au niveau de ce foyer était boursouflé et | épaissi.

a Le cœur, à son sommet, était extérieurement recouvert par une ! fausse membrane épaisse de 3 millimètres. Les parois ventriculaires i présentaient dans plusieurs points une altération tuberculiforme con- I stituée par une matière jaunâtre dure, criant sous la pointe du bis- ! touri, sans vascularité, de consistance squirrhoïde en quelques points, I et, dans d'autres, analogue pour l'aspect à la matière tuberculeuse en voie de ramollissement. En un mot, on retrouva là les caractères des nodus ou tubercules syphilitiques, accidents tertiaires qu'on observe I souvent dans le tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux.

« Autour de toutes ces productions morbides, on n'observait pas de refoulement des fibres musculaires, car c'était la fibre musculaire elle- I même dont la substance était dégénérée. On pouvait suivre d'ailleurs ï l'évolution de cette transformation qui semblait avoir commencé par f une combinaison du sang avec la fibre charnue. Et, en effet, la lésion 1 existait encore à cet état dans plusieurs points. Dans d'autres elle préij sentait une couleur jaunâtre et avait acquis un développement plus ij considérable au centre. Mais à la circonférence on constatait encore la

combinaison du sang avec la fibre charnue qui avait été le début de la maladie. Les poumons, parfaitement sains à leur sommet, présentaient à leur base plusieurs altérations tuberculiformes, grosses comme un pois et tout à fait analogues aux altérations signalées pour le cœur 4? »

Mon ancien ami le professeur Forget est disposé à mettre sur le compte de l'imagination les végétations syphilitiques du cœur, et la plupart des lésions syphilitiques qu'on prétend aussi avoir trouvées dans cet organe 2.

§ 4. — Poumons.

Ce sont surtout les poumons et les bronches qui ont été considérés de tout temps comme pouvant être le siège de lésions syphilitiques. M. G. -S. Lagneau, fils du vénérable auteur du Traité des maladies syphilitiques, vient de rassembler les matériaux qu'on trouve dans la science relativement à ces lésions, et dans un travail consciencieux il a cherché à établir que la syphilis agissait Sur les poumons et les bronches :

1° En produisant des altérations essentiellement syphilitiques, c'està-dire reconnaissant la vérole comme cause productive. Ces altérations peuvent se diviser en deux classes : a. Les maladies ordinairement légères, comprenant l'inflammation aiguë des bronches et du parenchyme, l'inflammation intermittente des bronches ou asthme, l'inflammation chronique des bronches ; b. Les maladies graves, désignées par la plupart des auteurs sous le nom de phthisie, comprenant l'inflammation chronique ulcéreuse des bronches, l'inflammation chronique du parenchyme et des ganglions lymphatiques, l'inflammation de la plèvre, la tuberculisation syphilitique ou production des tumeurs gommeuses ;

2° En portant son action sur les tubercules existant avant l'infection, mais reconnaissant cette action spécifique, soit comme cause excitatrice de ces tubercules dont elle provoque l'évolution, soit comme cause aggravante de ces tubercules dont elle accélère la marche.

Selon M. G. -S. Lagneau, toutes les lésions organiques existant chez les individus affectés de maladies pulmonaires syphilitiques peuvent se rapporter aux deux divisions principales qui viennent d'être indiquées. Parmi les états anatomo-pathologiques appartenant à la première, c'està-dire aux lésions essentiellement syphilitiques, l'auteur signale les. suivants :

1 Voyez dans V Iconographie l'observation recueillie par M. Gabalda.

2 Précis analytique des maladies du cœur, p. 261.

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Phlegmasie chronique ulcéreuse. — Elle consisterait dans de petites ulcérations isolées ou confluentes réunies entre elles, occupant tout ou partie de l'arbre respiratoire, devenant quelquefois très-nombreuses dans les petites divisions des bronches qui sont alors remplies d'une matière purulente.

État inflammatoire, ulcération des glandes lymphatiques et du parenchyme du poumon. — La phlegmasie du tissu pulmonaire offrirait de nombreux degrés, depuis le simple engorgement jusqu'à la carnification et la formation de foyers purulents. Ces foyers se forment surtout, ainsi que les ulcères, dans le lobe moyen du poumon ; la cavité contenant le pus n'est entourée d'aucune membrane, d'aucune induration ; quelquefois le poumon paraît sain extérieurement, n'offre aucune exsudation. Chez le jeune enfant, on voit aussi des abcès, des indurations, de vastes suppurations; chez le nouveau né on trouve des noyaux indurés, imperméables à l'air, friables, hépatisés, occupant aussi bien le sommet du poumon que les autres points de cet organe. Ces noyaux, inégaux en volume, ordinairement multiples, deviennent jaunes, compactes, une cavité se forme à leur centre ; elle présente des parois plus ou moins épaisses, infiltrées de pus ; un liquide jaunâtre, séro-purulent la remplit. Le microscope constate dans le liquide la présence du pus; la surface des poumons présente des bosselures dues à ces petits foyers purulents, des adhérences existent entre les plèvres, quelquefois le parenchyme est compacte, jaunâtre et friable. D'autres fois le virus aurait porté son action spécialement sur les ganglions lymphatiques pulmonaires qui s'engorgent, s'indurent et suppurent.

On voit qu'il s'agit ici surtout de lésions observées dans ces derniers temps par M. Depaul, et que je ferai plus particulièrement connaître quand je traiterai des maladies vénériennes des nouveaux nés.

Phlegmasie de la plèvre avec épanchement. — La plèvre serait soulevée sur divers points sous forme d'ampoules de 2 à 6 centimètres de diamètre, par l'épanchement d'un fluide épais, jaunâtre, semblable à du miel; il y aurait aussi quelquefois un épanchement plus considérable.

Les tumeurs gommeuses (tubercules syphilitiques profonds) occupent le parenchyme; elles seraient quelquefois très-nombreuses; elles arriveraient lentement à la fonte purulente. Pour établir cet état anatomopathologique, M. Lagneau emprunte à Astruc, à Schrœder, au docteur Mac Carthy. Il rapporte, entre autres, le passage suivant d'un article rédigé par M. Foucart, d'après une leçon de M. Ricord. « Selon ce médecin, un des endroits de l'économie où les tumeurs gommeuses se développent plus fréquemment que l'on ne pense et dont la connais-

sance est extrêmement importante, c'est le tissu pulmonaire. » Depuis plusieurs années, dit-il, nous avons eu un nombre d'autopsies assez considérable pour nous croire fondé à admettre qu'il y a des lésions pulmonaires qu'il faut de toute nécessité rattacher au tubercule syphilitique. Dans le parenchyme de cet organe le tubercule syphilitique suit la même marche que dans toute autre partie du corps ; c'est la même forme, la même évolution, la même terminaison fatale par la fonte purulente. Les malades crachent du pus comme dans la période la plus avancée des tubercules pulmonaires; les sujets maigrissent, s'affaiblissent, et bientôt arrive la mort, suite des troubles survenus dans les fonctions respiratoires 4.

Ceci est extrait d'une leçon faite par M. Ricord en 1845. Dans son Iconographie, ce médecin a été plus précis en anatomie et moins explicite sur la nature de l'affection pulmonaire, car il parlait en présence du cadavre. Ainsi, en rendant compte de l'autopsie d'un vénérien, il est dit, dans ce livre : « On trouva des taches violâtres sous lesquelles étaient des noyaux indurés qui, au premier aspect, ressemblaient à ces petits noyaux de pneumonie qu'on rencontre chez ceux qui ont succombé à la résorption purulente. On ne trouve du pus dans aucun de ces noyaux qui, divisés, présentent un tissu rouge foncé, friable. Dans le poumon gauche on trouva cinq petits foyers ou cavernes demipleines et contenant une matière visqueuse blanchâtre et une matière pultacée grisâtre qui paraît provenir des parois des foyers qui sont molles, grisâtres. Le plus grand de ces foyers pourrait loger une petite noix. Ils sont situés près les uns des autres dans la partie inférieure et près du bord externe du poumon 2. » L'observation est suivie des rér flexions suivantes : « Ces altérations pulmonaires laissent de l'incertitude sur leur nature, et il serait difficile de dire si elles sont syphilitiques, si ces foyers contenaient des tubercules syphilitiques tertiaires qui ont été ramollis et expulsés, ou si elles sont le résultat d'une résorption purulente. » M. Ricord ici ne note aucun autre fait 3 ; il n'est nullement question de ce nombre d'autopsies assez considérable pour rattacher de toute nécessité ces lésions pulmonaires au tubercule syphilitique.

Il est fâcheux que M. G. Lagneau n'ait pas eu sous les yeux la version de Y Iconographie qui modifie singulièrement la leçon publiée par

1 Voyez Gazette des hôpitaux, t. Vil, p. 610. Reproduction d'une leçon de M. Ricord sur les accidents tertiaires.

2 Iconographie.

s Seulement, dans le rapport de l'autopsie que je viens de citer d'un sujet qui avait une lésion syphilitique du cœur, il est dit que les poumons offraient des lésions analogues.

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la Gazette des hôpitaux. II est évident qu'après ce contrôle, M. Lagneau aurait accepté plus difficilement ces lésions pulmonaires comme essentiellement syphilitiques. Plus tard je transcrirai deux observations qui auront beaucoup plus de valeur que ces assertions ou ces notes inachevées.

M. Lagneau traite avec le plus grand soin de la symptomatologie. Mais M. Cazenave, qui a analysé son travail, fait remarquer que, malgré le soin que l'auteur a apporté à tracer ce tableau des symptômes, il sera encore difficile, après l'avoir longtemps étudié, d'y trouver les traits qui appartiennent spécialement à la bronchite aiguë ou chronique, ulcéreuse ou non, à l'asthme, à la pleurésie, à la pneumonie chronique, à la tuberculisation essentiellement syphilitiques. Aussi, dans la plupart des cas, est-ce le hasard ou une révélation inattendue qui a mis sur la voie du diagnostic plutôt qu'une symptomatologie particulière l.

C'est un hasard, comme l'indique M. Gazenave, qui m'a valu une cure extraordinaire chez un malade qui passait pour un phthisique au dernier degré. Ce malade tenait un hôtel garni près la porte Saint- Martin. Il avait été traité, et, comme on le ditdans le peuple, condamné par un membre distingué de l'Académie de médecine. Ce malade me fut présenté par un ami, et j'allais le renvoyer à un médecin quand on me montra une tumeur de la clavicule. Cette découverte m'engagea à mettre plus de soin dans mon examen, à interroger les antécédents, à m'enquérir de ce qu'éprouvait le malade. 11 avait eu des chancres à la verge quatre ans avant sa maladie de poitrine et sa tumeur de la clavicule. Actuellement il toussait beaucoup, surtout le matin et le soir ; il me montra des crachats nummulaires ; il avait des sueurs nocturnes ; il était d'une maigreur inouïe et toujours haletant. J'eus le tort de ne pas ausculter la poitrine. Je soumis ce malade à l'usage de l'iodure de potassium, d'abord à la dose d'un gramme, poussée peu à peu jusqu'à 4 grammes par jour. En moins d'un mois il éprouva une amélioration inconcevable, et en moins de deux mois il reprit ses occupations. Aujourd'hui, six ans après ce traitement, ce sujet jouit d'une des plus belles santés que je connaisse.

On peut légitimement penser qu'ici la vérole a joué un rôle important dans la production de la maladie de poitrine qui consumait ce malade. Mais je ne puis arriver à cette idée que par la circonstance de la périostose de la clavicule, par les antécédents du côté de la verge et par les effets de l'iodure de potassium. La symptomatologie, dans tous ses détails, sur les phénomènes physiques qu'offrait la poi-

1 Annales des maladies de la peau et de la syphilis, janvier 1852.

trine , me manque , et j'oserais beaucoup trop si je classais cette maladie parmi celles qui sont essentiellement syphilitiques.

Un quiproquo valut à Brambilla un aussi beau succès qu'il enregistra avec soin et que Swediaur cite. « On ordonna, dit Brambilla, un électuaire pour un phthisique, qui était dans une situation désespérée. Par une méprise d'apothicaire, l'électuaire fut donné à un malade vénérien pour s'en frotter et le phthisique reçut l'onguent mercuriel au lieu de l'électuaire, pour le prendre à l'intérieur. Celui-ci, ne se doutant pas du quiproquo, prit de cet onguent environ la grosseur d'une noixmuscade deux à trois fois par jour, et il fut radicalement guéri de sa maladie, à la grande surprise du médecin qui apprit ensuite par hasard comment la chose s'était faite 4. »

On se demandera sans doute s'il y avait réellement phthisie. Mais il paraît évident qu'il s'agissait d'une maladie de poitrine et qu'il y a eu guérison. On objectera aussi que le mercure ne guérit pas seulement la vérole. Mais je doute qu'il puisse être utile dans la tuberculisation et quand il y a un épuisement tenant à une autre cause que le virus syphilitique.

De pareils faits sont donc insuffisants pour résoudre la question scientifique. Mais ils ont une valeur réelle en pratique. Ils nous avertissent de scruter avec soin tous les antécédents d'un sujet qui porte une maladie chronique de la poitrine, et de ne pas balancer à employer le traitement antivénérien , pour peu que les antécédents accusent la vérole. Plus j'étudie les maladies chroniques des viscères, celles qu'on appelle organiques, plus je me fortifie dans la conviction qu'on a laissé périr de soi-disant tuberculeux, faute d'un traitement antisyphilitique.

L'observation suivante, à laquelle M. Lagneau accorde une valeur scientifique réelle, n'a, selon moi, que la portée du fait que je viens d'exposer très-succinctement.

« Un artiste dramatique, âgé de quarante-six ans, M. *¥¥, affecté d'une syphilis dont l'origine remontait à plus de vingt ans, présentait une périostose à la face antérieure du tibia gauche et des douleurs nocturnes dans tous les membres. Il éprouvait simultanément tous les signes rationnels d'une phthisie pulmonaire très-avancée et paraissait destiné à terminer sous peu sa carrière dans une campagne où on lui avait conseillé, en désespoir de cause, d'aller vivre de lait d'ânesse. Quand mon père fut appelé, ainsi que M. le professeur Andral, en consultation, par M. Marc, auprès de ce malade revenu momentané-

1 Voyez d'ail'eurs le Traité sur le phlegmon, de Brambilla, el les Observations de Swediaur, p. 337.

MALADIES DES VISCÈRES

ment à Paris, il offrait les symptômes suivants : toux, crachats purif ormes, sueurs, douleurs de poitrine, fièvre lente, dévoiement, marasme, hémoptysie ; Pauscultation et la percussion ne faisaient découvrir aucun signe physique. Le résultat de la consultation fut qu'il était urgent d'administrer un traitement antisyphilitique qui fut suivi sous la direction de M. Marc, d'après la méthode de Scatigna, c'est-à-dire par le moyen de l'application quotidienne de 2 grammes d'onguent napolitain sous les aisselles et une tisane sudorifique coupée avec le lait.

« Le treizième jour de ce traitement, les douleurs de poitrine et des membres, la fièvre lente, le dévoiement et la tuméfaction du périoste étaient déjà dissipés. Après la trentième application mercurielle le malade avait repris une grande partie de son embonpoint ordinaire, la toux n'existait plus ; la quarantième vit la guérison s'achever. Après s'être livré à sa profession de chanteur pendant quelque temps encore, cet homme s'est retiré en province. Depuis, M. Marc a appris qu'il était mort, mais il ne sait pas de quelle maladie l. »

La symptomatologie des affections pulmonaires que M. Lagneau considère comme essentiellement syphilitiques n'ayant pu être faite ni par cet auteur, ni par les autres syphiliographes, on comprend les difficultés, je pourrais presque dire l'impossibilité d'établir celle des affections des poumons, par exemple des tubercules, qui ont préexisté et ont seulement reçu l'influence syphilitique qui a hâté leur développement et les accidents qui leur sont propres.

Depuis la publication de ma première édition d'autres faits bien plus probants sont venus à ma connaissance. Ainsi je trouve dans la thèse de l'un de mes anciens élèves, M. Dumoulin, l'observation que voici :

Il y avait à l'hôpital du Midi un malade qui avait souvent offert des symptômes de phthisie pulmonaire. En effet, il toussait depuis fort longtemps ; les crachats étaient ceux d'un phthisique, l'amaigrissement était considérable. L'auscultation ne laissait aucun doute sur l'existence d'une caverne au sommet du poumon gauche; le gargouillement et la pectoriloquie s'y faisaient entendre avec les caractères les mieux tranchés.

Ce malade présentait, en outre, de nombreux stigmates de syphilis. Le cuir chevelu, la peau, dans plusieurs régions, étaient marqués de cicatrices larges et profondes, suites d'un rupia syphilitique. Le voile du palais et la voûte palatine avaient été entièrement détruits jpar des ulcérations.

1 Des maladies pulmonaires causées ou influencées par la syphilis, par G. -S. Lagneau (Thèses de Paris, 1351).

Le maxillaire inférieur était environné de tumeurs dures, indolentes^ confondues en une seule masse demi-circulaire. Plusieurs années avant son entrée à l'hôpital du Midi, ce malade avait eu des chancres à la verge, qui furent suivis, à plusieurs reprises, d'affections cutanées de formes diverses.

A Fautopsie, on trouva que le poumon droit était libre d'adhérence avec la plèvre costale et parfaitement sain. L'examen le plus minutieux n'y fit découvrir aucun tubercule, aucune altération organique. Le poumon gauche adhérait par la partie antérieure de son lobe supérieur à la paroi thoracique correspondante. Il présentait, à peu près vers le milieu de ce lobe supérieur, une caverne dont les parois inégales, raboteuses, étaient recouvertes d'une matière pultacée. Elle aurait pu contenir une noix de volume ordinaire. Le tissu pulmonaire, autour de cette cavité anormale, paraissait œdémateux, mais n'offrait aucune lésion organique. Un examen attentif des autres lobes de ce poumon n'y fit découvrir aucune trace de tubercules.

Le foie contenait, dans son épaisseur, trois tumeurs du volume d'une noisette d'une consistance fibreuse et d'une couleur grisâtre. Nous avons trouvé à la partie supérieure et dans l'épaisseur du muscle jambier antérieur, au milieu de ses fibres, une tumeur analogue à celle du foie.

L'absence complète de tubercules dans les poumons et dans tous les autres organes, dit M. Dumoulin, fit considérer la caverne du poumon gauche comme étant plutôt le résultat de la fonte d'une tumeur dite gommeuse que d'un ramollissement tuberculeux . On considéra aussi les trois tumeurs du foie et celle du jambier antérieur comme de véritables gommes syphilitiques. Enfin le malade aurait succombé aux progrès d'une phthisie syphilitique 1i

Voici une observation que je donne comme une des plus probantes. Ici l'affection des poumons est réellement syphilitique.

La nommée Vermissot, âgée de 45 ans, couturière, d'une forte constitution, entra le 1er avril 1853 à l'hôpital de la Clinique, dans le service de M. Pidoux, pour une gêne excessive de la respiration. Depuis un mois elle était incommodée par du malaise, de l'oppression. Cet état empirant, elle fut forcée de suspendre ses travaux il y a quelques jours et de s'aliter.

Elle indique la poitrine comme siège de son mal. Sa respiration courte, anxieuse et pénible ne s'accomplit que dans les lobes supé-

1 De la cachexie en général et de la cachexie syphilitique en particulier, par M. Aug. Dumoulin.

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rieurs, qui soulèvent fortement les parois thoraciques dans chaque mouvement inspiratoire. La base des poumons est immobile et fait penser qu'un obstacle s'oppose à rentrée de l'air. La percussion confirme pleinement cette supposition ; elle donne un son mat, plus considérable cependant à gauche qu'à droite. Sonorité exagérée à la partie supérieure.

Par Y auscultation, on constate une respiration bronchique, un souffle en rapport avec la matité. Aux sommets des poumons la respiration est puérile, exagérée et rapide. Les côtes se soulèvent et s'abaissent avec force, l'air semble dilater largement toutes les vésicules pulmonaires. Cependant la suffocation nous fait craindre une hématose incomplète. Le pouls ne donne que 65 pulsations, pas de chaleur à la peau, langue rosée, face légèrement congestionnée, pas de céphalalgie, intelligence parfaite. Il y a un mois, cette femme a craché un peu de sang pendant deux ou trois jours. Jusqu'alors elle n'avait jamais souffert de la poitrine, pas d'expectoration, pas de toux, pas de fièvre le soir ni de sueurs la nuit. Pas d'amaigrissement, point d'hérédité tuberculeuse.

Le diagnostic dans ce cas fut : compression bronchique par une tumeur développée sur le trajet des principales divisions des lobes inférieurs.

Au premier abord on pourrait supposer qu'il existait là une affection essentielle. Cette dyspnée, cette dilatation exagérée de la poitrine, cette respiration puérile des sommets, l'absence des phénomènes généraux en seraient des signes irrécusables. Mais cette matité et l'absence du murmure vésiculaire à la base, nous donnent la certitude que nous avons affaire à une altération organique. De quelle nature? Point d'affections thoraciques antérieures ; depuis quelques mois la respiration est difficile, la marche, l'ascension d'un escalier occasionnent une grande gêne et des palpitations.

La malade porte sur le corps des traces d'ecthyma, de rupia syphilitiques qui dénotent une maladie vénérienne très-invétérée. Nourrissant un de ses enfants il y a treize ans, cette femme consentit à allaiter une petite fille qui avait les lèvres ulcérées et couvertes de plaques muqueuses. Bientôt les ulcérations apparurent autour du mamelon de la nourrice, et un médecin qui la vit à cette époque lui fit un certificat pour constater l'infection de la nourrice par l'enfant. Elle fut alors soumise au traitement mercuriel. La maladie sembla sommeiller pendant deux ans, puis elle se réveilla avec une grande intensité. Apparurent alors des plaques muqueuses, des ulcérations aux jambes; puis du rupia dont on constate aujourd'hui encore les taches indélébiles.

Douleurs ostéocopes. La malade se décida alors à reprendre un nouveau traitement. A cet effet elle alla consulter MM. Vidal, de Cassis, et Culierier. On lui ordonna, ainsi qu'il en résulte par quinze ordonnances qu'elle met sous nos yeux, du proto-iodure de mercure, de la liqueur de Van Swieten, de l'iodure de potassium qui, sans apporter un bien grand soulagement à ces douleurs, contribuèrent à cicatriser ses ulcérations.

Quand elle entra à l'hôpital des Cliniques, elle prit l'iodure de potassium et des antispasmodiques; le soir augmentation de la dyspnée. Le 2 la malade ne peut respirer qu'en se mettant sur son séant. Les sommets des poumons se dilatent et se resserrent avec force. Les battements du cœur sont plus éclatants et plus rapides. Le 3 ces symptômes sont encore, plus marqués. Même traitement. Le 4 il y a une oppression très-vive, la face est bleuâtre. On constate les symptômes d'une asphyxie qui enlève la malade sur les 8 heures du soir.

Autopsie faite le 6 avril 1853, trente-six heures après le décès. Rien de particulier du côté du cœur, du cerveau et de l'abdomen. Les poumons sont seuls le siège des lésions, qui ont amené la mort. La trachée est remplie d'un liquide spumeux. La muqueuse n'offre ni rougeur ni ulcération. En incisant par la partie postérieure les ramifications bronchiques des lobes inférieurs, on constate qu'elles sont entourées par une masse indurée, d'une couleur gris bleuâtre ayant une certaine analogie avec le marbre vert de mer. Cette coloration est plus foncée à gauche qu'à droite. Cette masse indurée a remplacé le parenchyme pulmonaire qui sépare les divisions aériennes les unes des autres ; elle offre une vive résistance à la pression, on dirait une périostose. Le reste du poumon est doux au toucher, élastique, s'affaissant sous le doigt, et sa section souple et molle se convertit en lignes courbes et llexueuses. Ainsi que dans l'état sain, il est légèrement rougeâtre, quoique très-congestionné. Pas la moindre trace de tubercules ni au sommet, ni à la base, ni sur aucun point du corps. Aussi la phthisie ne peut-elle être invoquée pour expliquer cette transformation toute particulière.

Les ganglions bronchiques sont noirs, indurés, sans tendance à la suppuration. Les filets bronchiques des nerfs pneumo-gastriques de chaque côté plongent au milieu de ce tissu induré ; ce qui en rend la dissection presque impossible.

D'après ces détails, on peut facilement se rendre compte de la nature, de la marche et des symptômes de cette maladie. La terminaison fatale et rapide trouve son explication dans la tumeur exerçant une forte pression sur les divisions bronchiques du lobe inférieur gauche et sur celles des deux lobes inférieurs droits. L'air ne pouvait donc par-

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venir que dans les sommets. De là ce soulèvement énergique des premières côtes, cette dilatation des vésicules pulmonaires, cette sonorité exagérée, cette respiration puérile, derniers efforts de la nature, qui n'ont pu enrayer la marche envahissante et progressive de l'asphyxie.

J'ai vu la pièce pathologique qui a été dessinée par M. Bion. A part cette masse indurée, le poumon était complètement normal. La masse était d'une grande dureté; on aurait dit une périostose à sa première période, quand le sang imbibe fortement les tissus. Je ne pense pas que la science possède un fait plus complet, plus explicite d'affection essentiellement syphilitique du poumon. Je le dois à M. de l'Aulnois, un de mes meilleurs élèves, aujourd'hui médecin distingué à Lille.

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