‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 76 sur 134 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Symptômes et lésions.

Les enfants infectés naissent quelquefois amaigris, comme étiolés; ils ont les chairs molles, la peau terreuse, flasque, ridée, ce qui leur donne l'aspect de petits vieillards. Ce sont, comme le disait Doublet, des miniatures de la décrépitude. « Une mère qui a la vérole, dit Astruc, met au monde des enfants faibles, languissants, à demi pourris. » Il en est qui s'éteignent avant toute manifestation bien caractérisée de la syphilis. On peut observer sur des enfants qui naissent des accidents, des symptômes que je ferai bientôt connaître, et même^des végétations, comme le prouvent plusieurs observations contenues dans le livre de Bertin. On a eu tort de nier ces faits. Mais, dans une trèsgrande majorité des cas, ces enfants naissent sans porter aucune trace de syphilis et souvent avec les apparences de la santé la plus parfaite. Quelques semaines, un mois après avoir vu le jour, ils offrent les symptômes ou les accidents de la syphilis sous une des formes dites secon-

SYMPTOMES ET LÉSIONS

daires. Bertin dit que chez les enfants soumis à son observation, c'est de la troisième à la sixième semaine. Le même auteur ajoute que ces accidents peuvent être plus ou moins précoces. M. Bouchut vient de publier une observation qui prouve qu'un enfant très-bien développé ne présenta des symptômes syphilitiques que huit mois après sa naissance. Une fois Tannée écoulée, il y a bien des chances pour que l'enfant né de parents gâtés ne soit pas syphilitique. Je dois dire cependant qu'on a admis des véroles héréditaires bien plus tardives. On a prétendu même que la cause pouvait rester sans effet, latente, pendant toute la jeunesse pour produire, à un âge plus avancé, une vérole vraie et légitime, comme le dit Astruc, lequel en doute fort K

M. Ricord a déclaré à l'Académie de médecine (8 octobre 1853) qu'il avait vu des sujets chez qui la vérole héréditaire ne s'est manifestée qu'après quarante ans2. Si de pareils faits étaient vraiment constatés et connus dans le monde, on trouverait plus d'un enfant assez irrévérencieux pour s'innocenter aux dépens des auteurs de ses jours, auquel il renverrait sa faute personnelle. Il faut noter avec soin que l'enfant peut naître sain et ne jamais être vérolé, et cela quoique engendré par des parents parfaitement syphilitiques. Sylvaticus va donc trop loin en avançant que tous les enfants nés de parents syphilitiques doivent nécessairement être atteints de la vérole. Heureusement les lois de l'hérédité pathologique ne sont pas aussi absolues.

§ 1er. — Coryza, — Otite.

Le plus souvent l'attention de la nourrice est éveillée par une difficulté de la respiration de l'enfant, par un bruit, un nasillement, surtout pendant qu'il tette. Il est, comme on dit, enchifrené. C'est le début du coryza syphilitique. On voit bientôt le nez rougir, se tuméfier; les narines se dilatent et laissent échapper, presque continuellement, une humeur purulente teinte de sang. Une partie de cette humeur, en se desséchant, forme des croûtes qui obstruent les cavités nasales; le petit malade ne respire que par la bouche, toujours plus ou moins ouverte. La muqueuse nasale, d'un rouge livide, gonflée, ramollie, est souvent le siège d'ulcérations superficielles et saigne par le moindre contact. La respiration par le nez, qui était d'abord embarrassée, devient plus difficile; la succion du sein finit quelquefois par devenir impossible, puisque l'enfant ne peut respirer que par la

1 Gazette des Hôpitaux, 15 février 1855.

2 T. II, p. 7.

bouche. Il périt d'inanition, si cet état se prolonge, puisqu'il ne peut être allaité.

On devra faire alors des lotions émollientes, puis astringentes. On pratiquera des cautérisations avec le nitrate d'argent, si la phlegmasie est très-prononcée.

M. A.Deville a communiqué au docteur Bouchut quatre observations d'enfants nouveau-nés affectés de coryza, et qui, tous les quatre, devaient le jour à des mères infectées. Trois d'entre eux présentaient en même temps, sur le corps, des signes d'infection syphilitique. Ces enfants furent traités par l'iodure de potassium à la dose de 3 à 5 décigrammes par jour, et leur état s'est rapidement amélioré sous l'influence de ce moyen. Trois ont été parfaitement guéris, le quatrième a succombé à une maladie intercurrente, la petite vérole.

Je reviendrai sur le coryza quand je parlerai des pustules muqueuses .

Le conduit auditif externe, le pavillon de l'oreille sont quelquefois le siège de la même sécrétion purulente. Toutes les fois qu'il s'agit d'un enfant nouveau -né de parents vénériens, on devra explorer le pavillon de l'oreille et le conduit auditif, attendu que ces parties sont quelquefois le siège d'excoriations. J'ai observé dernièrement un nouveau né appartenant à une famille dont le père avait eu plusieurs gonorrhées. Cet enfant n'a offert pendant deux mois qu'une rougeur cuivrée du conduit auditif. Après ce temps il survint des pustules à l'anus et aux parties génitales.

§ 2. — Ery thème.

La forme érythémateuse est fréquente dans la syphilis infantile. Les enfants paraissent quelquefois comme échaudés, demi-cuits (semi-cocti). Les rougeurs se remarquent surtout sur les points soumis aux frottements, aux pressions. On les observe souvent à l'anus, aux cuisses, aux parties génitales : ces parties sont alors très-sensibles. Les nourrices accusent, en général, la dentition de produire cet état, même avant l'époque de la pousse des dents; elles font un véritable abus de poudres inertes, et cela sans résultat. C'est alors qu'elles présentent le nourrisson au médecin.

§ 3. — Roséole.

La roséole est souvent la première syphilide des enfants ; mais elle est rarement seule. On l'observe à la base de la poitrine, au ventre, au cou, à la face interne des membres. La largeur des taches est variable; elles sont souvent comme l'ongle. Cette roséole est, en général, fugace.

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81 — Pustules muqueuses.

Les auteurs conviennent généralement que c'est sous la forme pustuleuse que la syphilis se manifeste le plus souvent chez les nouveaux nés. Bertin, dans son livre spécial, dit : « Les pustules sont un des symptômes le plus souvent observés chez les enfants nouveau-nés que je suis chargé de traiter à l'hôpital des vénériens. » Les plus communes se rapportent aux pustules muqueuses que j'ai décrites à la fin de la première section de ce livre. Ici on les trouve non-seulement dans les régions déjà indiquées, mais encore partout où il y a des plis à la peau, aux articulations dans le sens de la flexion : ainsi, aux plis des cuisses, des fesses, aux aisselles. Tantôt ce sont des plaques plus ou moins larges, tantôt la forme tuberculeuse est plus prononcée, ou bien c'est la forme lenticulaire. La pustule revêt surtout ces dernières formes, quand elle est sur la peau. Là où le tégument est très-échauffé, les tubercules suintent abondamment, d'où une odeur fétide et plus ou moins d'érythème d'eczéma dans le voisinage. D'autres fois les tubercules sont arides et se couvrent de quelques lamelles comme écailleuses. On remarque ces caractères au cuir chevelu. Mais il est rare que les pustules des enfants ne soient pas avec ulcération, comme d'ailleurs toutes les syphilides de cet âge.

La muqueuse est aussi le siège des papules, qui sont alors compliquées de gerçures, de petites rhagades. Gaspard Torella écrivait, en 1498 : « In pueris lactantibus prima infectio apparet in ore aut in facie.» En effet, l'ouverture, l'intérieur de la bouche sont bientôt pris chez l'enfant. Les commissures des lèvres sont souvent malades; on voit à côté d'une papule un point fendillé qui aurait de la tendance à se réparer, mais la tissure se reproduit par les mouvements de succion -qui deviennent alors douloureux pour l'enfant. Sur la langue, on observe de légères élevurcs lenticulaires, blanches comme si l'azotate d'argent venait d'effleurer cet organe. Lorsqu'il y a possibilité de faire ouvrir la bouche de l'enfant, on voit que ces taches blanchâtres s'avancent vers la gorge, vers le pharynx. Mais là les difficultés pour la constatation sont presque insurmontables; aussi est-il souvent difficile d'assurer à une nourrice qu'on lui confie un enfant tout à fait sain. Sur les muqueuses, les pustules s'ulcèrent encore facilement. Cette circonstance a pu les faire prendre pour des chancres par des médecins peu instruits ou par des syphiliographes prévenus. On a supposé que la même lésion se reproduisait sur les intestins et donnait lieu aux selles muqueuses sanguinolentes. Les produits des sécrétions des lèvres et de la bouche ont été examinés au microscope, et on a constaté la présence des cryptogames.

§ 5. — Syphilide papuleuse, ecthyma, impétigo, tubercule.

La syphilide papuleuse, comme celle qu'on observe sur le tégument de l'adulte, est très-rare chez l'enfant, et cela pour une bonne raison, c'est que la peau à cet âge étant très-fine et se rapprochant beaucoup du tégument interne, on observe cette syphilide sous forme de pustule muqueuse.

Les pustules qui se rapportent à la syphilide appelée ecthyma s'observent chez le nouveau né syphilitique, mais, en général, à une période avancée de la maladie. Les fesses, les membres sont les parties le plus fréquemment affectées. On voit aussi de ces pustules aux mains, à la plante des pieds, où elles remplacent les syphilides squammeuses cornées, qui sont très-rares à cette époque de la vie. L'ecthyma à cet âge s'ulcère facilement et peut causer ainsi de grands ravages.

On observe aussi l'impétigo, surtout l'impétigo facial, comme celui que j'ai fait. (Voyez la planche 6, figure 2.) Les syphilides plus profondes, comme la tuberculeuse, sont extrêmement rares. La mort arrive souvent avant la période de la syphilis qui est marquée par des altérations aussi profondes.

§ 6. — Pemphigus.

Comme je l'ai déjà dit en parlant de la syphilide bulleuse chez l'adulte, M. P. Dubois a fait connaître le pemphigus syphilitique chez le nouveau né. Il est ordinairement aigu et les bulles qui le caractérisent sont grosses comme un pois, rarement comme une petite noisette; elles sont plus ou moins nombreuses, on en a compté plus de cent sur le même enfant; elles sont alors très-rapprochées, et quelquesunes se confondent par leur base. Les bulles renferment un liquide jaunâtre, purulent, quelquefois fétide, et même du sang. On les observe sur toutes les parties du corps ; le plus souvent à la face plantaire des pieds et sur la paume des mains. Les points de la peau sur lesquels s'élèvent les bulles ont une teinte violette ou bleue, ce qui forme contraste avec la couleur rosée des autres parties de la peau .

Quelquefois le derme est érodé, ulcéré et couvert d'un dépôt plastique membraneux. Il arrive que ces ulcérations comprennent toute l'épaisseur de la peau et suppurent abondamment ; leurs bords sont parfois un peu relevés et arrondis et l'on voit alors en différents points les apparences des dernières périodes de l'ecthyma. Quelquefois on ne constate d'abord que des taches de la couleur que j'ai déjà indiquée; puis l'épiderme se soulève et le pemphigus se complète. Dès que la

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bulle est ridée, la tache se reproduit quelquefois comme auparavant; il y a récidive.

Le pemphigus syphilitique peut envahir l'enfant qui est venu au jour bien développé; mais, le plus ordinairement, on l'observe chez des enfants faibles, débiles et nés avant terme. Dans tous les cas, son apparition est d'un fâcheux présage, car la mort frappe presque tous les enfants qui l'ont apporté en naissant ou chez lesquels il s'est développé plus tard. Il n'est pas rare de voir des enfants morts dans le sein de leur mère et portant des traces de cette syphilide. Le pemphigus est surtout grave quand il est compliqué des affections du poumon et du thymus que je ferai connaître plus tard.

En parlant du pemphigus des adultes, j'ai dit qu'on avait mis en doute la nature syphilitique de celui des nouveaux nés. M. Bouchut cherche à établir le diagnostic différentiel du pemphigus spécifique et du pemphigus simple. « Nous voyons, dit-il, d'un autre côté, les bulles être remplies de pus jaunâtre bien formé, tandis qu'elles sont distendues par une sérosité liquide claire ou opaline dans le pemphigus simple. Ici la couleur de la peau est rouge, excoriée, livide; elle est ailleurs d'une nuance rosée assez claire. Ici encore la peau est érodée, ulcérée même; elle ne présente jamais d'ulcération dans le pemphigus simple ; ici les bulles existent avec des lésions syphilitiques, dans les autres organes, avec des syphilides cutanées ou des syphilides muqueuses, avec des abcès disséminés dans le thymus et les poumons , avec la dégénérescence fibro-plastique du foie, avec des onyxis, etc. Ailleurs, au contraire, c'est-à-dire dans le pemphigus simple, les bulles sont toute la maladie. Enfin, l'un guérit difficilement, et quand il guérit, c'est au moyen du mercure donné à l'enfant et à la nourrice, tandis que l'autre guérit toujours à l'aide des seuls remèdes délayants l. »

Je ferai remarquer que le pemphigus syphilitique n'est pas toujours en compagnie d'autres syphilides, et les lésions viscérales dont parle M. Bouchut ne sont constatées qu'à l'autopsie. Malgré ce que je viens de dire sur les caractères des bulles, quelques syphiliographes n'admettent aucune différence symptomatique entre celui qui est considéré comme syphilitique et le pemphigus cachectique ; de plus les parents de l'enfant pemphigoïde n'ayant pas toujours eu la vérole, on a conclu à la non-existence du pemphigus syphilitique des nouveaux nés. M. Gazeaux a surtout soutenu cette opinion qui a été principalement combattue par M. P. Dubois. Ce professeur invoque les cas qui prouvent que le pemphigus marche avec d'autres affections syphilitiques de

1 Bouchul, loc. cit.

Fenfant et la fréquence des symptômes de la diathèse syphilitique chez les parents. On peut ajouter maintenant aux arguments de M. Dubois des faits qui prouvent que des enfants pemphigoïdes ont été guéris par le mercure. Du reste, dans l'incertitude sur la nature du pemphigus, en présence d'un enfant qui porte une aussi grave affection, mieux vaut admettre l'hypothèse de la syphilitis, quand il s'agit de thérapeutique.

Comme toujours, il est survenu une opinion mixte, une de ces opinions qu'on émet ordinairement quand on n'en a pas, et qu'on se croit obligé par position de discuter. On a dit que le virus syphilitique n'agissait pas directement pour produire le pemphigus, mais que la syphilis, en affaiblissant, en altérant profondément la constitution, la plongeait dans le cas d'être envahie par les pemphigus.

§ 7. — Lésion des os.

Pour la raison que j'ai donnée quand j'ai mentionné les syphilides profondes, on observe très-rarement chez les nouveaux nés les affections des os et de leurs annexes. Bertin ne cite que cette observation :

« Pierre G..., âgé de trente-cinq jours, transporté de l'hôpital de la Maternité dans notre département, le 1er janvier 1809, était attaqué d'une blennorrhagie ophthalmique très-intense, de pustules tuberculeuses sur presque toute l'étendue du corps, d'une tumeur de la grosseur d'un œuf de pigeon sur le grand trochanter du côté gauche, et d'une périostose assez considérable à la face supérieure et postérieure du cubitus.

« La tumeur du grand trochanter augmenta de volume jusqu'à la tin de janvier; dans le cours de février elle diminua peu à peu, et vers la fin de ce mois elle était presque entièrement résolue. Voulant examiner la marche de la nature, dans ce cas, nous ne prescrivîmes aucune application locale. On se contenta d'administrer à la nourrice des frictions mercurielles tous les deux jours; le 2 mars, il n'existait plus aucune trace de cette tumeur. La périostose de l'avant-bras montra plus de résistance à la guérison et me fit craindre même l'altération des os; les mouvements du bras étaient très-gênés; l'enfant paraissait souffrir; les téguments étaient rouges; nous appliquâmes des cataplasmes émollients qui calmèrent les symptômes inflammatoires, mais la tumeur restant stationnaire et les pustules ne disparaissant que lentement, nous administrâmes, dans le cours du mois de mars, le mercure sublimé à la dose d'un douzième de grain, et nous le continuâmes pen-

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dant trois mois. Au bout de ce temps, tous les symptômes étaient dissipés l. »

M. Laborie a cité un autre cas d'affection osseuse avec carie. Le docteur Bouchut dit avoir observé bon nombre de fois une lésion de l'os qui n'appartient ni à la carie ni à la dégénérescence du périoste; elle est caractérisée par l'endurcissement prématuré des os longs. Chez des enfants nés avant terme ou mort-nés, au lieu d'os mous, spongieux, vasculaires, incomplètement formés et faciles à couper par le scalpel, on trouva la partie moyenne des tibias et des fémurs solide, compacte, éburnée et impossible à casser ou à diviser par l'instrument tranchant. C'est une modification à laquelle, selon M. Bouchut, on ne doit pas attacher d'importance. Elle semble indiquer dans l'évolution osseuse un degré d'activité anormale et hâtive en rapport avec les sécrétions plastiques observées dans plusieurs organes 2. Il serait bien possible que ces lésions osseuses n'eussent aucun rapport avec la syphilis.

§ 8. — Chancre,

Chez l'enfant, c'est le chancre qu'on observe le plus rarement, si toutefois il a été constaté. L'enfant n'a guère que ce qu'on appelle l'accident consécutif, surtout sous sa forme secondaire.

§ 9. — Suppuration du thymus,

M. P. Dubois a constaté des lésions du thymus chez plusieurs enfants nés de parents syphilitiques et offrant eux-mêmes des signes de vérole. Il y avait dans l'épaisseur du thymus, et comme semés, de petits noyaux d'inflammation et de suppuration. Le contenu de ces petits foyers, soumis à l'examen microscopique, n'a offert jusqu'à présent que les caractères ordinaires du pus. M. Depaul a trouvé un thymus qui offrait dans chacun de ses lobes une petite cavité remplie d'une matière granuleuse jaunâtre assez épaisse. Le même accoucheur et M. P. Dubois ont observé cette maladie sur cinq enfants. Un est mort dans le sein de sa mère, deux ont vécu quelques minutes, un dix, un huit jours. Deux fois il y avait aussi suppuration des poumons. Un troisième n'avait qu'une dureté insolite au lobe inférieur droit. Chez un quatrième il y avait aux poumons de petites ecchymoses de taches rouges. Quatre fois sur cinq on a constaté le pemphigus. Pour ce qui est de l'origine, on trouve quatre fois la syphilis chez le père, la mère,

1 Bertin, Traité de la maladie vénérienne chez les enfants nouveau-nés, les femmes enceintes, les nourrices.

2 Bouchut, loc. cit.

ou tous les deux. Dans un cinquième cas, les renseignements sur les parents ont manqué.

§ 10. — Indurations du poumon.

On a trouvé dans les poumons des nodosités lobulaires avec congestion plastique jaune grisâtre et suppuration. Ces noyaux, qui ressemblaient à ceux de la pneumonie lobulaire antérieure à la naissance, ont coïncidé assez souvent avec des pustules syphilitiques. OUivier, Billard, MM. Cruveilhier et Husson n'ont pas été plus loin dans les rapports de ces lésions viscérales avec la syphilis. Mais M. Depaul s'est avancé jusqu'à dire que ces noyaux plastiques n'étaient pas de la pneumonie lobulaire, mais bien une lésion spéciale qu'on ne rencontre qu'avec d'autres phénomènes de syphilis chez l'enfant ou du côté des parents ; ce serait donc là une altération spécifique appartenant à la syphilis constitutionnelle. La coïncidence de ces lésions viscérales avec les lésions syphilitiques extérieures chez les enfants, ou avec la vérole des parents, établit pour M. Depaul une sorte de critérium pour la certitude.

M. Depaul soutint son opinion dans un travail lu à l'Académie de médecine. Le docteur Cazeaux s'éleva contre les conclusions de son collègue : il pensa que ces altérations pouvaient être aussi bien de nature inflammatoire et dépourvues de spécificité que dépendantes de la syphilis. M. Cazeaux se montra ici très-partisan de l'anatomisme. Il demanda à une lésion de montrer la nature de sa cause première. M. Depaul crut pouvoir l'établir par les circonstances antérieures, par les circonstances concomitantes.

M. P. Dubois intervint avec des faits et son autorité. Il soutint la cause de M. Depaul, qui n'est cependant pas encore complètement gagnée par-devant la science. Mais, en attendant, la pratique vient à tout instant poser une question qui ne peut pas être éludée ou ajournée comme une question académique. J'ai dit qu'alors on devait faire appel au bon sens et traiter les parents qui mettent au monde de pareils êtres comme syphilitiques, le traitement n'ayant aucun danger réel. Par ce moyen on évitera souvent la naissance d'enfants syphilitiques.

§ 11. — Lésions du foie.

On sait que les premiers syphiliographes accusaient beaucoup la bile et le foie, quand il s'agissait de syphilis. Ces idées, depuis longtemps oubliées, semblent revenir, surtout pour ce qui est relatif au foie, mais elles prennent une autre forme. M. Gubler,qui a étudié le

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rôle que joue le foie, ou, pour mieux dire, les atteintes qu'il subirait, distingue deux lésions : une générale, une partielle. Dans le premier cas et lorsque l'altération est portée au plus haut degré, la glande offrirait une couleur jaune fort différente de celle de l'état normal, et que je ne puis mieux comparer qu'à la nuance de certaines pierres à fusil. L'apparence de deux substances s'est complètement évanouie ; seulement sur le fond jaunâtre uniforme, on découvrirait avec de l'attention un semis plus ou moins clair de petits grains blancs, opaques, ayant l'aspect de graines de semoule, et de plus des arborisations déliées, appartenant à des vaisseaux exsangues.

Foie sensiblement hypertrophié, globuleux, turgide, dur et difficile à entamer avec les doigts. Ceux-ci finissent parle déchirer sans laisser aucune impression à sa surface. Son élasticité serait telle que, si l'on pressait fortement entre les doigts, comme pour l'écraser, un morceau cunéiforme emprunté à son bord tranchant, ce morceau s'échapperait à la manière d'un noyau de cerise et rebondirait à la surface du sol; il crierait sous le scalpel.

Les coupes sont très- nettes et la grande consistance de l'organe permettrait (J'en obtenir des tranches très-minces, douées d'une demitransparence. En exprimant le tissu du foie, on n'obtiendrait point de sang; mais on ferait sourdre des surfaces de sections une sérosité assez abondante, limpide, légèrement nuancée de jaune, qui s'échapperait également à la longue, sans l'intervention d'aucune action mécanique. Cette sérosité se coagulerait dans les mêmes conditions que les dissolutions albumineuses.

Voilà, en abrégé, les principaux caractères attribués à l'altération syphilitique du foie portée à ^extrême. Mais il s'en faut que cette altération soit toujours si évidente et si générale. Il arrive plus souvent peut-être qu'elle revêt d'autres formes. Parmi celles-ci, la plus commune ne se distinguerait de la précédente que par le degré de la lésion qui reste, d'ailleurs, généralisée. Ses caractères, toujours beaucoup moins tranchés, sont quelquefois assez peu accusés pour qu'elle ait pu jusqu'ici échapper à des yeux non prévenus et qu'à l'avenir elle passe encore souvent inaperçue.

Le foie, moins gros que dans la première forme, pourrait même ne pas s'éloigner très-manifestement du volume normal ; il est ferme sans offrir l'excessive dureté signalée dans d'autres cas, et il retiendrait en partie la nuance de coloration déjà comparée à celle du silex. Cette couleur jaune s'observe plus particulièrement dans la couche superficielle du tissu hépatique et conséquemment le long du bord antérieur. L'intérieur de l'organe offrirait plutôt une coloration indécise nuancée

de jaunâtre et de brun rouge plus ou moins atténué. Nulle part, le parenchyme ne paraît tout à fait sain.

Le foie offrirait aussi une certaine demi-transparence qui permet de distinguer, à une petite profondeur, les grains de semoule dont sa substance se trouve parsemée. Ces points opaques seraient ici beaucoup plus nombreux et plus serrés et le piqueté abondant qu'on découvre lorsqu'on examine attentivement la pièce, semble à M. Gubler un des meilleurs indices de la modification pathologique dont le foie est alors le siège.

Au reste, dit l'auteur cité, il ne faut pas oublier que les caractères du foie dans le premier âge de la vie sont très-différents de ce qu'ils seront plus tard. Cette glande, d'abord très-développée par rapport aux dimensions de l'enfant, conserve pendant quelque temps un volume relatif considérable qui diminue ensuite par degrés, en sorte qu'elle est absolument moins grosse à la fin du premier mois qu'au moment de la naissance. C'est ainsi que chez un enfant à terme, qui avait à la vérité le foie d'un volume hypernormal, le diamètre transverse de cet organe, en suivant un peu la connexité de la face supérieure, était de 18 centimètres; le diamètre antéro-postérieur du lobe droit était de 13 centimètres; le même diamètre du lobe gauche était de il centimètres; tandis que chez un enfant d'un mois, dont le foie paraissait gros comparé à celui des sujets de son âge, le diamètre transverse, mesuré par la face plane, n'était que de 14 centimètres. Le diamètre antéro-postérieur du lobe gauche égalait à peine 9 centimètres et celui du lobe droit surpassait très-peu ce chiffre.

Au moment de la naissance, le tissu hépatique ressemble pour la coloration à celui de la rate elle-même, et quoique sa couleur brun rouge perde graduellement de son intensité, elle reste encore assez foncée pendant les premiers mois de la vie extrautérine pour être fort différente au premier abord de la nuance jaunâtre que nous avons dit appartenir au foie altéré, laquelle se rapprocherait au contraire davantage de la couleur normale chez l'adulte. Ce serait l'inverse pour la transparence, car le foie de l'adulte est opaque, même en lames très-minces, tandis que le foie de l'enfant très-jeune est manifestement translucide dans les mêmes conditions, ce qui diminuerait un peu la valeur de ce caractère de l'altération syphilitique, si celle-ci ne s'accompagnait pas en général d'une transparence beaucoup plus marquée en même temps que d'une nuance plus ou moins jaunâtre. Cette opacité du foie de l'adulte, comparée à celui de l'enfant, paraît dépendre de deux circonstances principales ; d'une part, de la prédominance du tissu fibreux; d'autre part, de la plus forte pro-

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portion des matières grasses accumulées dans les cellules propres.

La différence sous ce dernier rapport est des plus frappantes.

L'aspect granitique et l'apparence de deux substances qui en résultent manquent dans le foie du nouveau né, mais ils existent déjà d'une manière très-prononcée dans la période de la vie où nous nous arrêterons, c'est-à-dire vers la fin du deuxième ou du troisième mois de l'existence. De plus, à cet âge le foie normal incisé laisse couler en abondance le sang dont il est rempli, ce qui n'arrive pas également pour celui qui a subi l'altération morbide que nous décrivons.

Selon M. Gubler le diagnostic anatomique de cette altération doit être toujours possible pour quiconque aura présentes à l'esprit les particularités déjà indiquées. Il importe toutefois d'être prémuni contre une dernière cause d'erreur que voici. Lorsqu'on saisit entre les doigts un foie sain, la pression chasse, des points sur lesquels elle s'exerce, le sang renfermé dans les réseaux capillaires et fait ressortir la couleur propre du parenchyme hépatique qui tire, comme on sait, plus ou moins sur le jaune. Ces plaies jaunâtres ou fauves pourraient être prises pour des points malades au milieu d'un tissu normal, si l'on n'avait pas été témoin du phénomène; mais l'empreinte en creux laissée par les doigts ou par tout autre objet compresseur, et surtout l'absence d'une certaine diaphanéité, ainsi que la possibilité de faire revenir le sang par refoulement, sont autant de caractères auxquels on ne saurait se méprendre l.

Selon M. Gubler l'induration du foie qu'il a décrite se rapporterait aux accidents qui ont été appelés tertiaires. Or, elle surviendrait de très-bonne heure et marcherait avec des lésions de la peau qui se rapportent aux accidents qu'on appelle secondaires. On cite un cas de guérison et c'est par le proto-iodure et non par l'iodure de potassium. Tout cela inquiète fort les classificateurs très-carrés qu'on appelle maintenant corrects. Ils préfèrent dire que cette induration du foie est une induration comme celle du chancre. Ce serait donc un chancre induré du foie qui aurait été inoculé à l'enfant par le sang d'une mère infectée ! Je le veux bien.

Quoi qu'il en soit, avec l'affection décrite par M. Gubler, il n'y a pas d'ictère. Par la palpitation on constate un volume, une dureté plus considérable du foie, ce qui peut être important quand sur la peau existent des traces de syphilis. On n'a constaté qu'une fois l'œdème des jambes, mais sans épanchement de sérosité dans le péritoine. On voit combien la symptomatologie est pauvre. La forme que j'ai donnée à la rédac-

1 Mémoire sur une nouvelle affection du foie (Gazette médicale, du 24 mai au 8 juin 1851).

tion de ce paragraphe prouve que je ne suis pas entièrement convaincu par les recherches de M. Gubler.

§ 12. — Péritonite.

Les mères infectées de syphilis mettent quelquefois au monde des enfants qui meurent de péritonite. M. Simpson, qui a observé plusieurs faits de ce genre, attribue cette inflammation de la séreuse abdominale à la vérole transmise par la mère. Ce qui viendrait à l'appui de l'opinion de M. Simpson ce sont quelques faits de M. Gubler, qui prouvent qu'il y a eu inflammation du péritoine qui est en rapport avec le foie portant l'affection que je viens de décrire. Il faudrait maintenant constater si la péritonite peut exister seule, ou si elle n'existe que par cette lésion du foie.

ARTICLE II

Causes.

Sous ce titre, je vais examiner l'influence de la mère, du père, des deux ensemble et de la nourrice, sur la production de la syphilis infantile. Je parlerai aussi de l'influence de l'enfant sur la nourrice et sur les autres personnes qui lui donnent les premiers soins.

§ 1er. — Influence de la mere.

Il y a entre la femme et l'enfant qu'elle porte des rapports d'une intimité telle que le poison doit souvent atteindre les deux. N'y auraitil que les grands courants sanguins d'un être à l'autre, que l'intoxication mutuelle devrait être admise.

La femme peut être syphilitique avant de concevoir; elle le devient quelquefois après la conception, pendant la grossesse. Dans le premier cas, l'infection de l'enfant est presque infaillible. Dans le second cas, qui suppose l'infection de la mère pendant la grossesse, on se demande si c'est à toutes les périodes de celle-ci que l'infection du fœtus est possible. 11 a été répondu qu'aux extrêmes limites de la grossesse la syphilis de la mère n'était pas transmise au produit, à l'enfant : la syphilis contractée par la mère, soit avant la quatrième semaine, soit après le septième mois révolu, n'aurait jamais été cause de syphilis pour le fœtus. Ceci n'est qu'une conjecture et non un fait démontré.

L'infection du fœtus, après la conception, peut être le fait de l'infidélité de l'époux ou de la mère. Quand c'est le mari, il y a moins de difficulté de savoir à quelle époque la femme et son produit ont pu

CAUSES

être infectés. Quand il y a eu infidélité de la part de la mère, ces difficultés sont bien plus grandes ; elles sont même insurmontables dans le cas de mauvaise foi de la femme.

On s'est demandé si l'infection de l'enfant pouvait avoir lieu à toutes les périodes de la syphilis de la mère. Il est probable que l'infection sera plus certaine, plus fréquente à la période la plus active de la vérole, par exemple, quand elle se manifeste par des syphilides, des affections des muqueuses, et ce sont ces lésions qui sont ordinairement transmises à l'enfant. Il n'est pas déraisonnable d'admettre une décroissance des effets sur les enfants, à mesure que la vérole des parents vieillit. Cependant je crois qu'on s'est trop avancé quand on a prétendu que les parents tertiaires ne pouvaient pas donner le jour à un enfant syphilitique, qu'ils pouvaient tout au plus produire un enfant scrofuleux. J'ai parfaitement observé des enfants issus de parents tertiaires qui ont eu la syphilis, d'abord sous les formes les plus superficielles, absolument comme les enfants issus de parents aux premières périodes de la maladie.

La mère peut-elle inoculer la syphilis au moment même de la parturition, au passègef H y a eu autrefois des auteurs qui n'ont admis que ce mode d'infection par la mère. Girtamner, Nisbett, sont de ce nombre. Mais d'autres, à l'exemple de Bosquillon, nient X infection au passage. Il est très-vrai qu'on chercherait vainement dans la science des faits bien authentiques de cette contagion. L'enfant, au moment d'être expulsé, est couvert d'un enduit protecteur; i! baigne dans du sang, dans les eaux de l'amnios; il est lavé immédiatement après sa naissance. Enfin, je le répète, les faits d'infection au passage ne sont rien moins que concluants. Cependant la possibilité existe. Il ne faudrait donc pas nier entièrement et ne pas être exclusif.

§ 2. — Influence du père.

La question de la transmissibilité de la syphilis par le père se lie au mystère de la conception. Aussi la clarté est-elle encore loin de se faire sur ce point. Cependant l'analogie, et même quelques faits, doivent nous faire espérer. Ainsi, il est évident que le père peut avoir une influence des plus marquées sur les traits, sur la taille et sur les dispositions morales de l'enfant. Il peut le faire héritier des défauts de son esprit comme des difformités de son corps. Il lui transmet ses dispositions morbides, le germe de certaines maladies dont la mère n'a jamais été atteinte. L'analogie permet donc d'admettre la transmission de la syphilis par le père à l'enfant, et cela, la mère restant saine, ce qui implique une altération du sperme qui vicie l'œuf. Les faits les plus

authentiques sont venus confirmer cette supposition. On en trouve dans la pratique de tous les syphiliographes, de tous les accoucheurs. M. Ricord lui-même a dit dernièrement, en pleine Académie de médecine, qu'il avait donné des soins à une dame qui a eu successivement deux enfants syphilitiques, alors qu'elle ni son mari n'avaient jamais été malades. Le père réel de ces enfants (l'amant) était syphilitique Ainsi le sperme était ici altéré; il a vicié l'œuf, seulement en laissant la mère en pleine santé comme avant la conception.

Non-seulement le père peut vicier l'œuf pendant qu'il est porteur de certains accidents syphilitiques; mais, même après la disparition de ceux-ci, du moins quand rien en lui, rien n'indique extérieurement l'existence de la diathèse. C'est un fait reconnu par les praticiens les plus recommandables.

M. Cullerier fils vient cependant de soutenir une thèse contraire au sein de la Société de chirurgie. Selon ce médecin la mère est toujours syphilitique quand elle met au monde un enfant syphilitique. M. Cullerier s'appuie sur des observations qui prouvent que des pères infectés ont procuré des enfants parfaitement sains, ce qui n'avait nul besoin d'être prouvé ; c'était classique. Ce fait d'ailleurs n'estpas seulement noté en syphiliographie, il se reproduit dans toute la pathologie : ainsi unrachitique très-difforme peut très-bien procréer un enfant sans difformité et il est des fous qui font desenfants très-sages; ce qui n'empêche pas le rachitis et la folie d'être des maladies héréditaires. Après avoir prouvé ce qui était prouvé, notre estimable collègue prouve ce qu'il ne voulait pas prouver. En effet on verra dans son travail que des sujets porteurs d'accidents secondaires ont communiqué la syphilis à la mère, laquelle alors a mis au monde des enfants gâtés. Or, M. Cullerier n'admet pas la transmissibilité de l'accident secondaire. M. Huguier n'a pas manqué de faire cette remarque pendant la discussion. D'ailleurs on lira avec intérêt la thèse de notre collègue; elle est insérée dans le tome IV des Mémoires de la Société de chirurgie2. Mais il faudra lire ensuite l'antithèse de M. Mayr, de Vienne, qui n'accuse que le père. L'infection du produit de la conception ne pourrait avoir lieu que par lui3. Si on prenait les thèses absolues et les plaidoyers qui innocentent tantôt le père et tantôt la mère pour ce qu'elles valent et si on invoquait les grands faits de physiologie pathologique, on arriverait à

1 Voyez le compte rendu de la discussion sur le pempbigus des nouveaux nés {Gazette médicale, n° de septembre 1851).

2 On y verra une observation qui pour tout lecteur non prévenu prouve très-bien la contagion de l'accident secondaire.

3 Annales de la syphilis et des maladies de la peau, t. IV.

CAUSES

reconnaître qu'une cause morbide, un virus, peut être absorbé par une mère sans qu'elle en éprouve les effets, lesquels ne se manifesteront que sur l'enfant. Hunter, qui est cependant cité comme opposé à l'hérédité paternelle, dit très-bien : « Le pus infectant peut, sans avoir produit l'action syphilitique dans les tissus de la mère, être porté à l'enfant tel qu'il a été absorbé et développer chez lui la même action morbide qu'il eût développée chez la mère1. » On sait aussi qu'il existe des observations établissant que la variole s'est développée sur le fœtus tandis que la mère n'offrait aucune trace de cette éruption.

L'impression du sperme d'un époux syphilitique sur les ovaires peut être telle que non-seulement le premier produit pourra être influencé par lui, mais encore d'autres produits, et cela, après une copulation par un époux différent. Le fait que voici, observé pendant que je dirigeais le service à Lourcine, rendra mon idée. C'était une femme dont le premier mari avait une vérole très-rebelle ; elle eut de ce lit un enfant qui mourut avec les signes les plus évidents de la syphilis. Cette même femme après la mort de son mari contracta un nouveau mariage avec un homme complètement sain; elle était saine aussi, c'est-à-dire rien de syphilitique ne pouvait être constaté chez elle. Eh bien, quatre ans après la première union, et après des rapports seulement avec le nouveau mari, elle mit au monde un enfant syphilitique.

Ce fait me paraissait inexplicable, surnaturel, et j'avoue que je l'aurais fortement mis en doute si je n'avais été moi-même l'observateur. Mais, depuis, la physiologie comparée m'a prouvé qu'il était dans les lois naturelles. J'ai appris, en effet, que certaines femelles peuvent donner des produits portant les marques du premier mâle qui les a couvertes, et cela, quand elles ont été séparées depuis longtemps de ce premier mâle et qu'elles ont été saillies après par un autre mâle. Je lis, en effet, dans le livre de M. Acton qu'un lord étant aux Indes voulut obtenir une race de chevaux croisée par le zèbre. Il fit donc couvrir une jument par un zèbre. Le produit fut un poulain qui avait des marques très-caractérisées du zèbre, entre autres des bandes noires sur les jambes, les épaules. Cette jument fut éloignée ensuite du zèbre et livrée à des chevaux. Elle mit bas trois fois, et chaque fois le poulain portait des marques distinctives du zèbre, depuis longtemps absent. Ainsi, par l'acte de la première fécondation, l'impression du zèbre a été telle sur la femelle que non-seulement l'œuf fécondé par lui, mais les trois autres fécondés par les chevaux, ont donné lieu à des produits zébrés.

Hunier, édition de 1854, p. 564.

On sait d'ailleurs, depuis longtemps, qu'une chienne de bonne race, fécondée d'abord par un chien qui n'est pas de race, ne fera que des espèces de métis dans les deux ou trois portées qui suivront sa copulation avec le chien sans race, et cela quoique ces portées soient du fait d'un chien de race.

§ 3. — Influence combinée du père et de la mère.

Après avoir examiné l'influence du père et de la mère, je dirai quelques mots sur l'influence des époux tous deux infectés. On a prétendu que quand le père et la mère étaient syphilitiques au moment de la procréation, l'enfant devait être fatalement infecté. C'est une exagération. Il est évident qu'alors le produit a énormément de chances malheureuses; mais il peut encore naître complètement sain; j'en ai des preuves. Bien plus, il peut arriver qu'une seule vérole, venant de l'un des parents, soit plus fatale au produit'que les deux combinées. Je m'explique : deux époux peuvent procréer au moment où, chez eux, la syphilis est presque sans activité, à une époque de déclin peu favorable à sa transmission . L'enfant, alors, n'est pas plus exposé; il l'est même moins que l'être engendré pendant qu'un seul de ses parents est syphilitique, mais au moment où la vérole est très-active et très-communicable. On voit que je suis loin d'adopter l'hypothèse que voici: des deux époux, dont l'un est malade et l'autre sain, celui-ci assurerait l'innocuité de l'enfant. Cette hypothèse, ou pour mieux dire ce rêve, appartient aux positivistes.

Maintenant, autre question : les deux époux étaient sains, ils n'avaient jamais eu aucun symptôme syphilitique quand la conception a eu lieu, la grossesse existe, l'œuf est sain ; eh bien, cet œuf peut-il subir l'infection syphilitique par l'effet du père seul, lequel a contracté la vérole après la grossesse ?

Ici la science ne s'est pas prononcée. On a raisonnablement supposé la négative et l'on a pensé que, pour que l'œuf fût infecté, il fallait que la mère le fût d'abord.

§4. — Influence de la nourrice sur V enfant, de celui-ci sur la nourrice et sur ceux qui lui donnent les premiers soins.

L'enfant qui vient de naître peut trouver dans le lait de sa nourrice, sur le sein qu'elle lui otfre un poison au lieu d'un aliment salutaire; à son tour, il peut empoisonner celle qui lui donne son lait. En effet, des nourrices sous l'influence de la diathèse syphilitique et n'ayant néanmoins aucun symptôme apparent de cette diathèse ont communiqué la vérole à des enfants très-sains nés de parents sains. Ici le lait aurait été alors le véhicule du poison. On a pensé aussi que des enfants ont

CAUSES

infecté leur nourrice par la salive qu'ils déposent si souvent sur le mamelon pendant l'allaitement. Néanmoins il est bon d'ajouter que les observations qui prouvent cet échange de poison entre le nourrisson et la nourrice ne portant aucun symptôme syphilitique, le nourrisson à la bouche, la nourrice au mamelon, que ces observations sont rares et manquent, en général, des caractères qui portent la conviction dans l'esprit. Mais l'analogie vient à leur appui. En effet il est généralement reconnu et cela même par les partisans les plus compromis de Hunter, que le sperme peut donner la vérole ; or la salive et le lait sont des produits de sécrétion tout comme le sperme, ils peuvent donc devenir comme lui le véhicule du virus syphilitique. Je le répète, les faits à l'appui de cet empoisonnement par le lait et la salive, indépendamment de toute expression extérieure de la vérole, sont très-difficiles à établir. Il serait bien plus difficile de décider dans certains cas, quand les symptômes syphilitiques se manifestent, quel est du nourrisson ou de la nourrice celui qui a communiqué le poison.

Pour ce qui est de l'infection de l'enfant par la nourrice portant des accidents syphilitiques, rien de mieux prouvé. C'est presque toujours au sein que ces accidents s'observent. Mais on a été en désaccord sur la forme syphilitique qui s'inoculait. Ceux qui n'admettent que le chancre comme pouvant transmettre la vérole ont prétendu nécessairement que la nourrice portait un chancre quand elle a infecté son nourrisson. D'abord rien de plus rare que le chancre du sein, tandis qu'il n'y a rien de plus fréquent que la syphilis communiquée par le sein. D'ailleurs je reviendrai sur cette question.

Quant à l'infection de la nourrice par le nourrisson porteur des lésions qui constituent la diathèse syphilitique, rien n'est mieux prouvé et les observations abondent. Tous les médecins un peu répandus, tous les accoucheurs ayant une certaine clientèle, et surtout ceux qui traitent spécialement les maladies de l'enfance, possèdent des faits qui prouvent cette contagion. On en trouve dans les livres des syphiliographes qui admettent la transmissibilité de l'accident secondaire et même dans les auteurs qui la rejettent. Ainsi Hunter contient plusieurs faits de cette nature. Voici l'analyse du premier. On le trouve aussi dans le livre de M. Bouchut qui se prononce en faveur de la contagion.

Un enfant fut accusé d'avoir transmis la maladie vénérienne à sa nourrice. Le père a eu une gonorrhée deux ans avant son mariage et quatorze ans avant la naissance de l'enfant. La mère a un premier enfant, puis un second, qui vinrent bien portants. Le troisième arriva mort à la fin du cinquième mois. Le quatrième vint prématurément à sept mois, à peine recouvert d'épiderme, atteint de dyssenterie, et il mourut presque

aussitôt. Le cinquième vint à huit mois, très-chétif, et offrit au bout de quelques jours sur le corps et dans la bouche un grand nombre de vésicules remplies d'un pus clair; il mourut au bout de trois semaines; on Pavait confié à une nourrice. Celle-ci peu après la mort de l'enfant eut des ulcères au mamelon, puis des glandes dans Vaisselle, puis trèsmal à la gorge sans lésion locale, puis une éruption sur la peau avec chute de Tépiderme des mains et des doigts, puis des onyxis avec chute des ongles aux mains et aux pieds.

Hunter, dit M. Bouchut, vient de nier la syphilis de l'enfant et de la nourrice. Chez cette dernière il ose même attribuer au mercure l'ulcération des doigts et la chute des ongles. Mais une remarque à faire c'est que Hunter, en niant la syphilis, ne peut dire quelle maladie il a eue sous les yeux. Ce n'est pas la syphilis : faites-en ce que vous voudrez.

Voici une autre observation de Hunter. Elle est reléguée dans un coin où, dit M. Bouchut, il est assez difficile de la trouver; elle est dissimulée sous le titre de maladie ressemblant à la syphilis. Hunter a toutes les faiblesses des hommes systématiques, qui écartent ce qui les gêne. Un fait se rencontre qui ne cadre guère avec la théorie, c'est le fait qui a tort, et il forme une aberration de la nature. Ainsi le veulent les maîtres de la nosologie *.

Une dame nourrit deux enfants et donne au sien le sein droit, à l'autre le sein gauche; au bout de six semaines le mamelon gauche s'ulcère et tombe par suite des progrès du mal ; la cicatrisation eut lieu trois mois après le début des accidents. Alors, l'enfant étranger avait la respiration courte, des aphthes dans la bouche, et il mourut de consomption, le corps couvert d'ulcères. Bientôt après la nourrice avait des douleurs lancinantes dans diverses régions et eut sur les bras et sur les cuisses une éruption de plaques dont plusieurs devinrent des ulcères. Elle fut soumise à un traitement mercuriel.

Trois ans après elle eut un enfant dont l'épiderme se détachait sur plusieurs points, dont le corps présentait une éruption squammeuse, et qui mourut au bout de neuf semaines.

On l'avait confié à une nourrice, celle-ci, peu après, eut une céphalalgie, de la douleur dans la gorge et des ulcérations sur les seins; entrée dans un hôpital, et traitée par le mercure, elle sortit non guérie au bout de quelques mois. Les os du nez et du palais s'exfolièrent et quelques mois après elle mourut dans un état de consomption.

La dame se traita par les bains de mer et la tisane de Lisbonne. Ses ulcères aux bras et aux cuisses guérirent en un mois. Un an après elle

1 Je me plais à citer textuellement M. Bouchut, pour prouver que la partie vive, jeune du personnel médical réagit aussi contre les doctrines huntériennes.

CAUSES

eut un enfant très-faible, qui mourut à la fin du mois. Enfin après dix mois elle vit les ulcères s'ouvrir de nouveau, suppurer pendant une année et disparaître pour toujours.

Quelle est cette maladie, dit M. Bouchut, qui passe de Fenfant au sein d'une femme, qui infecte l'organisme, amenant des plaies sur la peau, qui fait que cette femme donne le jour à un enfant couvert d'ulcères, lequel infecte une autre nourrice dont les seins, le pharynx, les os sont si gravement atteints, qu'elle périt ? Qu'est-ce donc si ce n'est la syphilis ou la syphiloïde, mal que Hunter a cherché sans pouvoir le rencontrer? car il y pensait, en disant à propos de ce fait qu'il se forme chaque jour des poisons nouveaux qui ressemblent beaucoup au poison vénérien; de sorte que ce n'est pas par les points de ressemblance, mais par ceux de dissemblance qu'il faut les juger I,

Gomme on le pense bien, cette observation de Hunter, si opposée à sa doctrine, a trouvé d'autres commentateurs. Ainsi M. Cazenave dit dans son journal : Si l'on examine l'ensemble des phénomènes que présente l'observation recueillie par Hunter, on voit une femme qui adopte un nourrisson étranger et qui lui donne spécialement le sein gauche. Or c'est le mamelon de ce côté qui devient le siège d'ulcérations qui détruisent complètement le point affecté. Ces ulcères sont compliqués d'engorgement ganglionnaire de l'aisselle ; et, pour dernier trait de la première partie de cette histoire, le nourrisson adoptif meurt avec tous les signes d'une cachexie avancée. Plus tard cette même femme met au monde un second enfant, et elle le confie à une nourrice étrangère. L'enfant meurt avec une éruption squammeuse qui lui couvrait tout le corps. Quant à la nourrice elle est affectée d'ulcères aux seins, de céphalalgie, de nécrose des os du nez et du palais, elle meurt cachectique. Enfin, pour achever de caractériser ce triste épisode, la mère de ces deux enfants en a un troisième, qui meurt aussi au bout d'un mois, et elle ne guérit qu'après plusieurs récidives et une foule de traitements. Il est difficile de ne pas voir dans ce fait un exemple et une preuve nouvelle de la possibilité de l'infection de la nourrice par l'enfant, de la contagion par le fait de ce dernier, et de la transmission indéfinie de la syphilis par cette voie. Aussi, comme Babington, ne pouvons-nous pas admettre le mérite de l'argument négatif puisé dans la prétendue non-contagion des accidents secondaires. C'est sur ce dernier point cependant que se sont fondés les syphiliographes de l'école dite moderne pour nier cette espèce d'infection autrement que par le chancre primitif2.

1 Bouchut, loc. cit.

2 Annales de lasypJiilis et des maladies de la peau, cahier d'août 1851.

Babington, l'annotateur judicieux de Hunter, admettant la contagion de la syphilis de la mère à l'enfant et de celui-ci à la nourrice, commente, ou pour mieux dire, combat son compatriote, et le combat par un grand nombre de faits qui prouvent cette contagion. Il cite avec beaucoup de soin les phénomènes syphilitiques, observés chez le nouveau né infecté par ses parents, et il n'hésite pas à reconnaître que les personnes qui ont des rapports très-intimes avec un enfant atteint de cette maladie peuvent recevoir de lui l'infection. La contagion, selon lui, pourrait avoir lieu indéfiniment. Babington pense (et cela doit être noté avec soin) qu'il est au moins très-difficile de nier que les faits du genre de celui que citait Hunter ne soient l'effet du virus vénérien, même en admettant que, chez les enfants, les symptômes syphilitiques ne soient pas précisément les mêmes dans leur marche, dans leur aspect que chez les adultes. Pour lui, enfin, il est impossible d'admettre l'argument de Hunter, que les symptômes secondaires ne communiquent point l'infection.

Enfin M. Ricord ajoute cette note à celle de Babington :

« Je partage ici complètement l'avis de M. Babington, seulement je pense que, jusqu'à présent, on n'a pas su encore bien déterminer la nature absolue des accidents qui peuvent se transmettre des enfants aux nourrices ; et que tel accident réputé secondaire, transmissible, pouvait bien avoir été d'abord primitif ; comme aussi dans quelques cas, telle nourrice qui disait avoir été infectée par son nourrisson pourrait bien avoir contracté la syphilis autrement. Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel de la science, si l'explication laisse encore beaucoup à désirer pour satisfaire complètement tous les esprits, il existe un grand nombre d'observations incontestables de syphilis transmises du nourrisson à la nourrice et vice versa i. »

Qu'importe que tel accident secondaire de l'enfant ait pu être d'abord primitif, s'il se transmet quand il est à l'état secondaire, la question est résolue dans le sens des contagionnistes. Qu'importe aussi que la nourrice accuse quelquefois à tort l'enfant de lui avoir transmis le mal, tandis qu'elle l'avait déjà gagné autrement ; cela est possible, mais il n'en est pas toujours ainsi. Voyez le sort de ces malheureuses femmes : quand elles n'ont montré que des accidents secondaires on leur a opposé que les primitifs étaient passés; quand les antécédents du mari ont prouvé qu'il n'avait jamais été atteint de syphilis on a supposé quelqu'un autre qui leur aurait donné un chancre. Tout cela peut exister, mais il n'est pas moins vrai que certaines d'entre elles ont pu être complètement visitées avant de recevoir leur nourrisson

1 Hunier, 2e édition, p. 776.

CAUSES

et que c'est après constatation d'une santé parfaite que celui-ci leur a été confié.

Voici un fait que personne ne récusera. M. P...., plusieurs jours après un coït suspect, contracta un chancre, sur le prépuce. Dans les premiers jours de l'existence de ce chancre, ne s'en étant pas encore aperçu, il voit sa femme grosse alors de sept mois, et lui communique un chancre semblable. Je les traite l'un et l'autre par la liqueur et les sudorifiques. Le mari est guéri dans vingt cinq jours. L'ulcère de la femme guérit aussi facilement, mais il lui survient des papules cuivrées sur le front et des ulcérations sur les amygdales. Sur ces entrefaites, elle accouche d'un enfant bien portant en apparence ; cet enfant est donné à une domestique fille qu'on avait séduite et qui était allée faire ses couches dans une maison de santé. Cette nourrice examinée d'abord dans les parties génitales, comme partout ailleurs, ne m'offre aucun signe de maladie. On la surveille continuellement et elle ne sort qu'avec la mère de l'enfant. Dix-huit jours après la naissance de l'enfant, il paraît sur ses fesses, sa poitrine et ses joues des taches rougeâtres, élevées; au centre apparaît une pustule; à la pustule succède un ulcère arrondi caractéristique, en un mot, ce sont de véritables pustules d'ecthyma syphilitique. Pendant douze à quinze jours la nourrice n'offre encore rien de nouveau, mais alors quelques ulcérations à fond grisâtre, inégales, découpées, se montrent autour des deux mamelons; une ulcération semblable envahit la commissure des lèvres; des tubercules plats (pustules humides) se manifestent à l'anus et des taches cuivrées furfuracées sur diverses parties de la peau.

« Un traitement par le sirop de Cuisinier et la liqueur, donné à la nourrice, et des bains de sublimé donnés à tous les deux amènent au bout de quarante-cinq jours, la guérison de l'un et de l'autre. Quant à la mère de l'enfant, elle fut guérie par la continuation du même traitement que l'on put reprendre après sa couche 1 .

D'ailleurs, il y a une comparaison à faire qui me paraît résoudre la question de transmissibilité des accidents secondaires de l'enfant à la nourrice. Le chancre est si rare, qu'on serait fort en peine d'assigner seulement son siège le plus spécial, et l'on ne trouve sa description nulle part. Pour mon compte, écrit M. Gibertje n'ai jamais vu de symptômes primitifs chez le nouveau-né 2. « M. Diday dit en propres termes : « si dans ces derniers temps on a vu les observations de chancre « primitif transmis à l'enfant devenir plus communes, cela tient à ce

* Baumès, t. J,p. 169 el suivantes.

2 Manuel des maladies vénériennes.

a qu'une théorie intéressée à expliquer par ce mode d'origine tous les « cas d'affections communiquées durant l'allaitement recueillait avec « soin les moindres occasions d'en multiplier les exemples 1 .» Est-ce clair ? Maintenant comparez à l'extrême rareté ôles observations de chancre chez l'enfant malgré le soin qu'on met à les trouver, comparez ce peu de fréquence à la fréquence de l'infection de la nourrice par l'enfant, fréquence avouée même par mes adversaires, et il vous sera impossible de ne pas convenir que, dans cette contagion, la syphilis dite secondaire joue le principal rôle, que c'est elle qui infecte le plus souvent les nourrices.

Malgré les faits, les aveux des maîtres de l'école Huntérienne et qui les obligent à admettre plus ou moins explicitement la contagion de la syphilis secondaire chez l'enfant, il est des élèves de cette école qui soutiennent encore le système quand même. Ce sont surtout M. Acton en Angleterre, M. Cullerier fils en France, lesquels ont écrit contre cette double contagion de la syphilis secondaire de l'enfant à la nourrice et de celle-ci à l'enfant. Ce dernier confrère a surtout développé son opinion dans un mémoire lu à l'Académie de médecine, et l'a appuyé sur des faits qui lui auraient prouvé que l'enfant infecté n'a rien communiqué à sa nourrice et que celle-ci en pleine vérole n'a rien transmis à son nourrisson. Mais ces faits de M. Cullerier, comme ceux de M. Acton, ne peuvent avoir qu'une valeur négative; ils ne peuvent rien contre les faits confirmatifs qui ici sont très-nombreux. Ces deux médecins prétendent que, dans certaines circonstances, certains symptômes syphilitiques des enfants ne se transmettent pas. Or, je doute qu'ils trouvent un seul contradicteur. Celui qui dirait que, dans certaines circonstances certains chancres ne s'inoculent pas ne serait pas contredit non 'plus, car cela ne prouve pas que les mêmes accidents, dans d'autres circonstances, ne soient pas transmissibles.

M. Cazenave, qui combat Hunter et ses élèves, cite dans son journal une observation très-remarquable, dans laquelle on voit une nourrice saine allaitant depuis trois mois un enfant sain aussi, puis, recevant un nouveau nourrisson malade, et à partir de cette époque : 1° Infection du premier nourrisson retiré chez sa mère, 2° infection de celle-ci, 3° d'une petite sœur. ° Enfin la nourrice enceinte devient malade aussi, et met au monde un enfant également infecté.

a Maintenant, dit M. Cazenave, à cet enchaînement curieux de faits, à cette succession de phénomènes d'infection, si rapidement entés les uns sur les autres, y a-t-il deux explications ?

i Syphilis des nouveaux nés, p. 79. — Ce livre est rempli de preuves contre la théorie intéressée.

CAUSES

« Dans Tune, en vertu du principe de la non-contagion absolue des symptômes secondaires, pour trouver la clçf de cette série d'accidents, il faudra accumuler hypothèse sur hypothèse, à commencer par celle qui supposera que la nourrice a pu être infectée par un ulcère primitif existant chez son second nourrisson qui est resté pour nous inconnu. Si Ton doit tenir compte du soin minutieux avec lequel ont été relevés tous les détails de cette curieuse histoire, des investigations multipliées et persévérantes dont les divers individus infectés, ont été l'objet, il n'y a pour le fait dont nous nous occupons ici qu'une explication naturelle qui résulte tout simplement de l'observation. Le second nourrisson a été le point de départ, le premier chaînon resté seul inconnu de la série des phénomènes observés qui ont débuté par l'infection de la nourrice et de la fille 0... Celle-ci a communiqué la syphilis à sa mère, celle-ci à la fille aînée; enfin la nourrice a mis au monde un enfant malade aussi, même après un traitement, il est vrai, fort incomplet. Il faut remarquer surtout un point des plus importants de cette curieuse observation, c'est dans l'identité de l'expression phénoménique chez les divers individus affectés; ainsi nulle part il n'y a trace de chancre, toujours et partout c'est la plaque muqueuse.

« Avant de revenir en détail sur cette circonstance , je ne puis m'empêcher de faire remarquer que c'est par là que cette observation diffère de celle de Hunter, qui l'une et l'autre conduisent, il est vrai, à la possibilité du même fait, savoir la contagion, mais à des conditions bien différentes, en vertu desquelles dans l'une la contagion est nécessairement plus constante que dans l'autre, et nous verrons plus loin que l'explication des phénomènes relatés dans notre observation ne s'éloignerait pas tant de l'opinion de nos contradicteurs, si ceux-ci n'étaient pas comme fatalement liés par leur syphilis primitive.

« Enfin nous avons été frappés aussi d'une sorte de régularité dans la période d'incubation. Ainsi, chez la nourrice, les symptômes syphilitiques se développent à peu près en même temps que chez la première fille d'O...; ainsi cette dernière signale l'apparition des premiers phénomènes de l'infection dont elle est atteinte, après un laps de temps à peu près égal à celui que mettent à se développer les accidents dont est saisie la fille aînée K »

M. Cullerier neveu, le praticien recommandable auquel j'ai succédé à l'hôpital du Midi, était contagioniste. Il a fait imprimer ceci :

« Mais si nous signalons le faible degré de contagion dont jouissent les symptômes syphilitiques consécutifs, nous ne prétendons pas qu'ils

1 Annales des maladies de la peau et de la syphilis, loc. cit.

ne puissent jamais se communiquer par le contact. Des faits bien observés prouvent, au contraire, que certains d'entre eux sont susceptibles de se transmettre directement, et l'on ne saurait absolument affirmer qu'il n'en est pas ainsi des autres.

« Une femme mariée et de bonnes mœurs se présenta à l'hôpital des Vénériens avec un enfant âgé de dix mois seulement, et fit le récit suivant : Je n'ai jamais eu d'affection vénérienne, et mon mari jouit de la meilleure santé; je suis accouchée il y a dix mois de cet enfant, qui était fort et bien portant. Je pris chez moi un nourrisson d'une femme que je ne connaissais pas; ce nourrisson était extrêmement maigre et avait le corps couvert de boutons semblables à ceux que vous voyez. N'ayant aucun soupçon sur la nature de ce mal, j'allaitai cet enfant ainsi que le mien; souvent je les couchais ensemble, et je confondais leurs petits vêtements. Bientôt je m'aperçus qu'il se développait sur le corps de mon enfant des boutons semblables à ceux qu'avait mon nourrisson; et bien que ce dernier n'eût point de mal à la bouche, il» me survint sur le sein, le dos et la poitrine, de larges croûtes, dont quelques-unes existent encore. Le nourrisson mourut bientôt après, et ce n'est que lorsque mon enfant fut arrivé à un état de maigreur extrême qu'un médecin, qui fut appelé, reconnut que nous avions tous deux une affection vénérienne.

« L'enfant était, en effet, dans un état déplorable, tout son corps étant couvert d'une syphilide pustuleuse ; la mère offrait aussi dans différentes régions de semblables boutons qui ne laissaient aucun doute sur leur nature : le mamelon n'avait jamais été malade. »

Ainsi voilà un enfant qui communique la vérole à sa nourrice et à udï autre enfant. On va voir maintenant la contagion s'étendre davantage.

Un autre fait, dit l'auteur, peut également être cité en faveur de la contagion des symptômes consécutifs. Une femme est entrée à l'hôpital avec ses deux filles, l'une âgée de onze ans et l'autre de sept. Voici son rapport : J'habite la campagne (dix lieues de Paris) ; j'avais quatre enfants, et tous, ainsi que leur père et moi, avions toujours joui d'une bonne santé. Il y a huit mois, j'ai pris chez moi un enfant trouvé, âgé de deux ans; il était assez chétif, avait des boutons sur le corps et mal dans la gorge. Nous lui donnions à manger de la soupe avec la cuiller dont nous nous servions en dînant, et il buvait au même verre que nous. Bientôt une de mes filles se plaignit d'un violent mal de gorge; ce mal augmenta, et elle succomba dans l'espace de six semaines environ; le nourrisson mourut aussi; mais je m'aperçus presque aussitôt que j'avais également mal dans la gorge, et mes deux filles que voici se plaignirent en même temps de la même maladie ; leur père n'en souf-

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