‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 77 sur 134 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

frit aucunement et continua de jouir d'une bonne santé. «Un médecin fut appelé, et, pensant que c'était un mal vénérien, nous fit faire des frictions avec l'onguent mercuriel; mais le mal dégorge ne diminuant pas, je me suis décidée à entrer à l'hôpital. « Ces trois malades présentaient effectivement une ulcération de la paroi postérieure du pharynx, qui fut jugée de nature syphilitique. Elles sortirent guéries, après quelques mois d'un traitement mercuriel ; mais l'aînée des petites filles rentra bientôt après pour une éruption pustuleuse qui couvrait tout le corps, et fut guérie cette fois par des fumigations de cinabre.»

Ces faits et cette opinion sur la transmissibilité des accidents secondaires sont consignés dans le livre de M. Lucas-Championnière, livre écrit pour ainsi dire sous la dictée de Cullerier neveu *.

Des faits analogues ont d'ailleurs été observés, je le répète, par presque tous les praticiens un peu répandus. J'en possède plusieurs des plus curieux. Celui qui m'a le plus frappé se rapporte à une petite fille qui avait des plaques muqueuses à la bouche; elles lui avaient été communiquées par un nourrisson qui avait été confié à sa mère. Cette petite fille fut mise en sevrage aux environs de Paris, dans une •de ces maisons où l'on abandonne à peu près les enfants quand on veut en nourrir d'autres, moyennant salaire. Dans cette maison de sevrage, il n'y avait qu'un verre en étain pour six petites filles. Je ne sais si ce fut là l'intermédiaire, mais quatre qui étaient auparavant très-saines furent affectées de plaques muqueuses à la bouche, aux parties génitales, un mois après l'arrivée de la nouvelle pensionnaire dont j'avais constaté l'affection syphilitique avant son départ pour la €ampagne.

ARTICLE III

Diagnostic.

Le diagnostic des maladies des nouveaux nés peut offrir de grandes difficultés. Ses éléments n'existent pas seulement chez l'enfant, mais chez la mère, le père, la nourrice.

Les syphilides chez l'enfant se rapprochent beaucoup de celles de l'adulte. Il en est qui peuvent simuler d'autres affections de la peau non syphilitiques. Ainsi l'érythème simple, l'impétigo non syphilitique, ces éruptions peuvent être prises pour des syphilides. Mais l'érythème simple est facilement et avantageusement modifié par des soins de propreté, des pansements avec des poudres inertes, celui qui

1 Ce livre, en effet, esl précédé d'une lettre de Cullerier qui commence ainsi : « L'ouvrage que vous publiez est l'expression fidèle de mes opinions sur la nature « et le traitement de la syphilis. »

est syphilitique résiste opiniâtrément à ces moyens. Quant à l'impétigo,, il est entouré plus ou moins d'un cercle rouge brun. Les deux affections d'ailleurs marchent toujours avec d'autres syphilides. Ainsi on verra, planche 6, un impétigo à la racine du nez qui est entouré par des pustules d'ecthyma caractéristiques.

M. Trousseau pense que la teinte jaune bistre est plus particulière aux syphilides des enfants que la teinte cuivrée. Ceux qui ont pu suivre les discussions sur le pemphigus des enfants ont pu constater les difficultés qu'on rencontre encore pour établir le diagnostic de celui qui est syphilitique. Des syphiliographes pensent même que, dans l'état de la science, ce diagnostic est impossible. J'ai cependant cherché à l'établir quand j'ai décrit cette syphilide de l'enfance.

Selon M. le professeur Trousseau, il y a un symptôme ou un accident qui a une grande valeur quand il s'agit d'établir le diagnostic d'une affection syphilitique de l'enfance ; c'est l'état fendillé des pieds, des mains. Ce symptôme trompe rarement. Malheureusement il n'existe pas toujours.

Certaines affections de la bouche et des lèvres, comme les aphthes, le muguet, peuvent en imposer pour une affection syphilitique, surtout s'il existe en même temps sur la peau de l'enfant une éruption quelconque. Cette erreur est d'autant plus facile, que certains aphthes non syphilitiques sont contagieux. Il faut donc alors examiner avec le plus grand soin la nature de l'affection cutanée de l'enfant, examiner, interroger les parents, pour ne pas commettre une erreur qui conduit à un traitement mercuriel pouvant avoir ici des dangers. Quand l'affection n'est pas syphilitique, elle est modifiée très-avantageusement par certains topiques : par exemple une légère cautérisation avec l'azotate d'argent fait facilement changer l'aspect des affections simples. C'est surtout pour les gerçures des angles des lèvres que ce résultat est bien marqué. Mais à mesure que l'affection s'avance dans la bouche, qu'elle gagne la gorge, il devient toujours moins facile d'établir un diagnostic à cause des difficultés de l'exploration de cette cavité chez l'enfant. Aussi est-il souvent impossible au praticien d'assurer à une nourrice qu'il lui confie un enfant tout à fait sain.

Quand les symptômes offerts par l'enfant sont douteux, on devra aller à la source supposée du mal, vers les parents. On examinera, on interrogera donc la mère et le père. Mais la mère ne porte pas toujours des accidents franchement syphilitiques; ils peuvent être douteux; bien plus, elle peut être délivrée de tout accident, et même ne jamais avoir été syphilitique. Le père laissera quelquefois le médecin dans les mêmes incertitudes, si les accidents ont disparu, surtout si c'est depuis

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