CHAPITRE PREMIER
Considérations générales sur la blennorrhagie.
D'après le témoignage des écrivains anciens, la blennorrhagie semblerait remonter à la plus haute antiquité. Les précautions minutieuses prescrites par Moïse aux personnes atteintes de gonorrhée, suffiraient seules pour venir à l'appui de cette opinion ; Swédiaur n'est même pas éloigné de croire que c'était la blennorrhagie viruleme. Astruc,quia fait une élude approfondie des circonstances qui se rattachent à l'origine delà gonorrhée, pense qu'elle était une dégénérescence de la lèpre. Selon cet auteur, la maladie, connue sous le nom d'arsure avant l'épidémie, n'était encore qu'une inflammation simple de l'urètre: il ne fait dater la véritable blennorrhagie que du milieu du 16"» siècle et la rattache aux accidents de la syphilis. Ce qui nous fait penser qu'elle a pu exister de tout temps , c'est qu'il est reconnu aujourd'hui qu'elle n'est qu'une inflammation simple des muqueuses génitales. Les ravages exercés par l'épidémie du i5me siècle fixèrent tellement l'attemion des médecins, que la blennorrhagie fut complètement négligée, aussi disparut-elle du cadre nosologique pendant un demi-siècle environ , les syphilographes ne commencèrent à la mentionner de nouveau qu'à partir de 1550, et la considérèrent comme un accident de la vérole. Fallope, Aslruc, Borgaronni et beaucoup d'autres médecins la rangèrent aussi parmi les symptômes de la syphilis.
Balfour, Duncan et Tode la regardèrent ensuite comme une maladie à part et distincte des accidents syphilitiques, mais leur docirine fut attaquée parHofl'man etCullen ; Hunier lui-
même, malgré son expérience, admit l'identité des virus blennorrhagique et syphilitique.
Bell et plus lard Iïernandez reprirent les idées de Tode et les confirmèrent par l'expérimentation. La blennorrhagie et la syphilis furent de nouveau regardées comme deux maladies très -distinctes.
Si l'on excepte l'opinion de M. Baumes de Lyon qui , dans un esprit de conciliation, admit un sexquivirus pour la blennorrhagie , aucune idée nouvelle ne fut mise au jour depuis Bell jusqu'au moment où M. Ricord commença ses expériences sur l'inoculation. La découverte du chancre urétral permit au chirurgien de l'hôpital du Midi d'expliquer les quelques exceptions qu'avaient été obligés d'admettre Bell et Hernandez* Il fit du chancre et de la blennorrhagie deux affections très-distinctes, et formula nettement les indications qui leur sont propres.
L'expérience confirme tous les jours les découvertes de M. Ricord, aussi ses idées, quoique l'objet d'attaques répétées , sont admises partout où se trouvent des observateurs consciencieux et éclairés.
Siège. — Le siège ordinaire delà blennorrhagie est, chez l'homme, le canal de l'urètre. Les bîennorrhagies du gland et du prépuce sont infiniment plus rares que l'urétrite. Le vagin et la vulve sont plus spécialement atteints chez la femme que le canal de l'urètre. La rareté de l'urétrite, chez la femme, a même fait penser à quelques syphilographes qu'elle n'existait pas. Le col de l'utérus et les ovaires peuvent se prendre aussi consécutivement à la vaginite.
L'inflammation blennorrhagique de la vessie et des reins arrive toujours après l'urétrite , aussi faut-il plutôt la considérer comme une complication que comme une affection primitive.
L'œil peut aussi s'enflammer durant le cours de l'urétrite , il en résulte une affection catarrhale excessivement grave, nous ne citerons, que pour mémoire, les bîennorrhagies anales, nazales et buccales , dont l'existence réelle ne nous paraît pas très-bien démontrée-
Causes. ~ Tout irritant , quelle que soit son origine, appliqué à la surface des muqueuses génitales, peut déterminer sur elle une inflammation avec sécrétion de matière raucopurulenle , et une fois cette inflammation établie , il est impossible de remonter , autrement que par les renseignements, à sa véritable cause. Rien dans l'aspect particulier de la sécrétion , ni dans celui des surfaces enflammées, n'indique la source de la maladie. En effet, que trouve-t-on sur les muqueuses affectées? une rougeur pointillée ou uniforme, avec gonflement plus ou moins prononcé , et quand la maladie est ancienne, des indurations partielles plus ou moins étendues , une sécrétion muqueuse ou muco-purulente d'autant plus marquée, que l'inflammation est plus intense et plus phlegmoneuse. Mais cet appareil symptômatique nese rencontre-t-il pas dans toutes les inflammations des muqueuses? pourquoi voudrait-on attribuer un caractère spécifique à l'inflammation des muqueuses génitales, tandis que l'on fait rentrer celle des autres membranes muqueuses dans le cadre général des phlegmasies ? il n'y a donc pas plus de spécificité dans la blennorrhagie simple que dans la bronchorrhée , la i hinorrhée et l'entérorrhée , et si la symptômatologie de cette affection présente des particularités , c'est à son siège et non à sa nature qu'il faut les attribuer.
Cependant des auteurs recommandables ont cru trouver, dans certaines régions de l'urètre enflammé , des propriétés spécifiques. Hunter plaçait la virulence dans la fosse naviculaire. M. Lagneau fait provenir la sécrétion virulente des parties antérieures, et la fait absorber parles parties postérieures. Degraef prétend que le pus virulent est sécrété paries follicules qui entourent le vestibule chez la femme. Daran attribue cette propriété à l'utérus. Enfin M. Moulinier de Bordeaux , réserve aux glandes vulvaires de la femme la sécrétion de ce virus.
H est à remarquer que tous ces auteurs , si l'on excepte Daran , ont placé la virulence justement dans ies parues le plus fréquemment atteintes de chancres; sur ce point, ils seraient parfaitement d'accord avec M. Ricord qui , à l'aide de
2i DIVISION GÉNÉRALE
l'inoculation , a démontré que la virulence exisiaii partout où siège le chancre à la période de progrès. La vraie blennorrhagie virulente est donc liée à l'existence sur les muqueuses enflammées d'un chancre que l'on peut découvrir à l'œil nu , ou dont on peut affirmer la présence au moyen de l'inoculation,
La blennorrhagie ordinaire n'est au contraire qu'une inflammation simple de ces muqueuses.
Les causes prédisposantes de cette affection se trouvent dans l'âge, le sexe, le tempéramment et la disposition des parties génitales.
Si les adultes y sont plus sujets que les vieillards elles enfants, cela lient à l'excès d'exciiation physiologique de leurs parties génitales. Néanmoins on trouve des exemples de cette affection dans toutes les périodes de la vie.
La femme , à cause de ses attributions lymphatiques et de la conformation de ses parties , en est plus souvent atteinte que l'homme.
Le rapprochement des deux sexes est la condition la plus ordinaire de la blennorrhagie. En effet , chez un grand nombre d'individus, la maladie se déclare après des excès de coït, accompagnés de nombreuses libations et de veilles prolongées; chez d'autres, à la suite des rapports les plus naturels et les mieux calculés , quelquefois enfin ce sont des excitations simples, des espérances déçues ou des désirs accomplis au milieu d'une vive résistance, qui l'occasionnent.
Il n'est pas rare d'observer la balanoposthite chez les jeu nés enfants atteints de phimosis congénial. On trouve aussi chez les petites filles des écoulements vers la partie inférieure du vagin, à côté des petites lèvres. Chez les premiers, la maladie est souvent déterminée par le séjour de l'urine ou du smegma entre le gland et le prépuce, les attouchements peuvent y participer aussi. L'écoulement que l'on voit quelquefois chez les petites filles, peut provenir de manœuvres coupables et prématurées contre lesquelles on ne pourrait sévir trop rigoureusement. La malpropreté, la présence d'ascarides venus du dernier intestin et la première dentition suffisent pour donner lieu à cette inflammation.
Les écoulements que Ton rencontre chez les personnes âgées ont leur cause: dans les rétrécissements du canal, les affections de la prostate, les calculs urétraux, ou bien dans une contagion plus ou moins éloignée; dans ce dernier cas, les vieux libertins avouent , avec une certaine fierté , la cause de leur affection.
L'étroitesse de la vulve et du limbe du prépuce sont des causes prédisposantes bien constatées. Celte disposition favorise, en effet, le séjour des matières irritantes, sang, pus et mucus qui se déposent à la surface de la muqueuse, et laisse à celte membrane une sensibilité exquise qui la rend très-irritable.
Les sympathies qui existent entre les muqueuses et la peau donnent facilement raison de la prédisposition blennorrhagique que l'on rencontre chez les personnes affectées de dermite. Swédiaur, qui avait déjà fait ces remarques, admettait des blennorrhagies herpétiques et lépreuses. Nous reconnaissons aujourd'hui que les écoulements qui co-existent avec des affections chroniques de la peau sont quelquefois très-rebelles.
Les aliments excitants , les viandes salées , les boissons fermentées telles que la bière, le vin nouveau, ramènent à la période aigiïe des écoulements qui avaient disparu depuis 10 à 15 jours; il n'est donc pas étonnant qu'ils contribuent à la production d'écoulements nouveaux. Les calculs, lagravelle, les hémorroïdes, l'usage de certains médicaments drastiques, les diurétiques trop excitants, l'injection dans le canal de substances irritantes, l'usage des sondes, les rapports sexuels pendant la menstruation , le catarrhe utérin ou vaginal , les écoulements symplômatiques d'érosions , de polypes , de cancers de l'utérus , la matière des lochies , jouent aussi un grand rôle dans l'étiologie de la blennorrhagie.
Quoique nous ayions admis que toute excitation déterminée sur la muqueuse génitale pouvait occasionner la blennorrhagie, nous n'ignorons pas cependant que cette affection est ordinairement consécutive à un coït impur , et que le plus souvent elle reconnaît, pour cause directe, l'application plus
ou moins prolongée de la sécrétion blennorrhagique sur une muqueuse saine.
Mais pour que la contagion puisse s'accomplir, la matière de l'écoulement a besoin d'une certaine acrimonie ; plus l'élément pus y domine, plus elle est apte à engendrer l'inflammation. Du côté delà muqueuse qui doit recevoir l'infection, il faut aussi une certaine aptitude , une susceptibilité qui s'émoussent graduellement à mesure que l'on avance en âge et quand on vit habituellement avec des femmes affectées d'écoulement.
Je ne terminerai pas ce qui touche à l'étiologie , sans mentionner un dernier mode de propagation auquel , heureusement, on ne croit plus aujourd'hui, mais qui, dans le temps, a sérieusement occupé les syphilographes. Je veux parler de la communication de la blennorrhagie par l'absorption préalable du pus blennorrhagique , porté dans les voies digestives. A l'appui de ce mode de transmission , on a cité le fait d'un mari jaloux qui , pour se venger des infidélités de sa femme , imagina de lui donner une blennorrhagie pour qu'elle la communiqua à son amant. Pour accomplir son dessein, il contracta d'abord la maladie, recueillit sur lui-même une certaine quantité de muco-pus et la mêla à une tasse de lait qu'il servit à sa femme. Celle-ci but innocemment la coupe empoisonnée , et , au bout de quelques jours , les deux coupables partageaient le sort du mari reste à savoir maintenant si la malheureuse victime ne reçut pas, en même temps, de son amant , unbreuvage, plus agréable peut-être, mais plus empoisonné que celui du mari jaloux.
Toujours est-il que, depuis cette fameuse histoire , Hunter a observé des cas d'ingestion involontaire de pus blennorrhagique mêlé à de l'eau, qui n'ont été suivis d'aucune lésion des organes génitaux. En supposant que les fonctions de la muqueuse digestive se prétassent à l'absorption , en nature , delà sécrétion blennorrhagique , comment concevrait-on que ce pus , pris par le torrent circulatoire , put se porter sur un point déterminé d'avance pour y développer une maladie? il faudrait pour cela une attraction entre le pus de la blennor-
rhagie et les organes génitaux. Or, celte hypothèse est inadmissible. La communication de la blennorrhagie, par l'iniermédiaire des voies digestives , doit donc figurer au rang des suppositions.
Les causes que nous venons d'énumérer rentrent en quelque sorte l'étiologie générale des inflammations. Voyons maintenant si l'on ne pourrait pas reconnaître, à la blennorrhagie, une cause spécifique.
Nature de la blennorrhagie. — Les partisans de l'identité des virus blennorrhagique et chancreux, admettent que la blennorrhagie est le résultat de l'action du virus syphilitique sur la muqueuse des organes génitaux. Ainsi, d'après Humer, le pus du chancre appliqué sur la peau y produit un chancre, et sur une muqueuse une blennorrhagie. La cause serait donc la même , la différence d'effet tiendrait au changement de tissu. Swédiaur prétend aussi que, dans un très-grand nombre de cas où il a été à même devoir les parties génitales de l'homme et de la femme qui avaient contracté la maladie l'un par l'autre, il a acquis la conviction qu'un individu , atteint de blennorrhagie , peut donner des chancres, et vice versa.
L'opinion de Hunier et de Swédiaur compte encore des partisans; quelques auteurs modernes ont même renchéri sur leurs idées. Ainsi M. Lagneau, après une expérience de trente ans, prétend: « que le virus blennorrhagique peut , » étant appliqué sur une surface muqueuse saine , produire » des chancres , des pustules humides ou tout autre signe » primitif d'infection vénérienne , et que par contraire lasup- » puraiion provenant de ces derniers accidents, qu'ils soient » primitifs ou consécutifs , est capable de produire des écou- » Iements syphilitiques. » Enfin M. Cazenave, plus virulent que le virus syphilitique > voit, dans la blennorrhagie, une des manifestations primitives consécutives à l'infection syphilitique.
Acôlé de la doctrine de l'identité basée presqu'entièrement sur des idées théoriques ou à peine .sur quelques faits exceptionnels mal interprétés , s'élève celle de la non- identité sortie de l'expérimentation et élevée sous les auspices de Tode,
Bell, demandez. Ces expérimentateurs célèbres établirent que le pus d'un chancre , quelque fut le lieu de son implantation, muqueuse ou peau, produisait un chancre, tandis que jamais le pus d'une blennorrhagie dégagée de toute complication , ne donnait naissance à cet accident.
En 1832, M. Ricord reprit ces expériences , les varia à l'infini et obtint ainsi les résultats suivants :
1° L'inoculation sur les muqueuses ou sur la peau, du muco-pus provenant d'une muqueuse exempte d'ulcération ? est toujours négative;
2° L'inoculation du pus, provenant d'une ulcération chancreuse à la période de progrès, est fatalement suivie d'un chancre , qu'elle soit pratiquée sur la peau ou sur les muqueuses.
Ces deux faits détruisent entièrement la doctrine de Hunier sur l'identité.
Mais le pus de chancre déposé sur une muqueuse , peut agir de deux manières :
1° Comme simple irritant, îl se borne alors à une inflammation simple suivie de sécrétion muqueuse ou pio-muqueuse;
2° Comme spécifique , lorsque le chancre siège sur des parties découvertes, on n'a pas de peine a trouver le point de départ véritable de la sécrétion , à moiss, qu'à l'exemple de certains médecins, on néglige d'examiner les parties malades. Mais quand l'ulcère primitif est placé derrière l'anneau vulvaire , sur le col de l'utérus , dans l'urètre , à l'anus , à la face interne du prépuce ou autour du gland dans le cas de phimosis, en un mot, quand c'est un chancre larvé, l'écoulement est la seule expression symptômatique qui mette sur ses traces. Les signes accessoires que l'on peut retirer de la palpation et du toucher n'indiquent rien de positif. Or, dans ces différents cas, nous le savons, les écoulements prennent les nomsd'urétrite, de vaginite, debalanopostite, devulvite, tous synonimes de blennorrhagie , et si l'on s'en lient à un examen superficiel, on ne découvre jamais leur véritable source , le chancre. C'est en suivant ces erreurs que l'on a rattaché à une blennorrhagie simple , à laquelle on a donné
répithète de virulente, des symptômes consécutifs aux chancres larvés. C'est ainsi que l'on a conclu à l'ideniiié des deux virus.
Quoique l'inoculation soit le moyen le plus sûr et le plus rationnel d'arriver au diagnostic de la nature de l'écoulement, nous devons toutefois avertir les praticiens qui n'ont pas l'habitude de la pratiquer, que ses résultats sont loin d'inspirer toujours la même confiance. En effet, quelle que soit la source du pus dont on se sert , l'inoculation n'a que deux résultats : 1° elle est positive ; 2° elle est négative. Quand elle est positive, suivie d'un chancre, la conclusion est facile , c'est que la sécrétion provenait d'une ulcération chancreuse à la période de progrès, en un mot d'un chancre primitif. Ici il n'y a d'erreur possible , quant au diagnostic, que dans le cas où l'on aurait employé une lancette*mal essuyée et encore imprégnée du pus virulent d'une précédente inoculation.
Mais si l'inoculation est négative , le chirurgien ne doit pas se prononcer aussi promptement, car il peut arriver, 1° que le pus vienne d'un chancre à la période de réparation , ayant par conséquent perdu ses propriétés spécifiques; 2° que la piqûre, mal protégée, ait été débarrassée du pus spécifique parle frottement; 3° enfin, que le chancre siège dans une partie plus ou moins éloignée et sans communication avec la surface sécrétante qui a servi à charger la lancette. Je sais bien que ce dernier cas n'enlève rien à la valeur de l'inoculation , mais comme on emploie le plus souvent ce moyen pour décider du sort de la constitution, il faut , pour ne pas inspirer au malade une fausse sécurité , s'assurer qu'il n'existe pas en même temps, sur d'autres parties du corps, des accidents qui pourraient devenir le point de départ de l'infection.
Ainsi donc, lorsque l'inoculation est positive on doit, dans l'immense majorité des cas, avoir pleine et entière confiance dans son résultat. Lorsqu'aucontraire elle est négative , il faut, avant d'en tirer des conséquences, observer de nouveau la marche de la maladie et se livrer à des recherches minutieuses sur les différentes parties du corps, interroger, en un
mot , toutes lesj>ortes qui peuvent donner accès au virus syphilitique. En agissant de la sorte, on ne s'exposera pas, comme on le voit souvent , à rapporter , à la blennorrhagie la plus innocente , des accidenis syphilitiques généraux qui tiennent à un chancre induré plus ou moins éloigné de la sphère génitale.
Incubation — Les partisans de l'identité et de la spécificité, repoussés de tout côté à la pointe de la lancette, ont cependant trouvé un dernier refuge dans l'incubation. L'incubation est devenue pour eux une preuve certaine de la nature syphilitique de la blennorrhagie. Sa durée peut varier de quelques heures ù plusieurs jours, le terme moyen est de huit jours; M. Ralier , dans un article du Dictionnaire de médecine et de chirurgie , cite un cas de blennorrhagie qui avait été précédé de cinq mois d'incubation. M. Pigeaux ( Archives générales,^* Série, Tome II ), assure qu'elle existe toujours dans les écoulements vraiment syphilitiques, tandis qu'elle manque dans ceux qui ne le sont pas.
Voyons en quoi consiste cette incubation. Les auteurs nomment ainsi le temps variable qui sépare l'instant du coït du début de la blennorrhagie , ils supposent que , pendant ce délai, le virus blennorrhagique absorbé est allé infecter l'économie.
En admettant que l'incubation ait quelque valeur, est- il toujours facile de la déterminer? Si l'on pouvait suivre les malades pas à pas, depuis le moment du coït jusqu'au début de la blennorrhagie , la difficulté serait facile à vaincre ; mais trouve-t-on un médecin assez privilégié pour assister à ces différentes phases de l'intoxication syphilitique, et un sujet assez ami delà science pour l'initier à tous ces secrets? c'est chose bien rare par le temps qui court -, pour notre part , nous n'avons pas encore éprouvé celte satisfaction. Il faut donc, pour savoir si la blennorrhagie a été précédée d'incubation, recourir à la bonne foi des malades, les interroger sur la date des derniers rapports qu'ils ont eu et sur l'époque de début de leur écoulement. Or, quelle garantie peut avoir un diagnostic basé sur les aveux d'un individu qui , le plus
souvent, ne conçoit pas la portée des renseignements qu'on lui demande, qui ne se souvient pas des circonstances qui ont précédé sa maladie et qui a même quelquefois intérêt à cacher la vérité ?
Toutes ces difficultés surmontées , et l'incubation parfaitement constatée, nous demandons à nos adversaires à quels signes ils reconnaissent l'existence de cet être imaginaire , ou , en d'autres termes , quels sont les phénomènes généraux qui se passent depuis le coït jusqu'à l'invasion de la blennorrhagie? quant à nous, nous serions très- embarrassé de signaler un dérangement quelconque dans les fonctions de l'économie, depuis l'application de la cause jusqu'au moment de son action , et nous défions les partisans de cette doctrine de nous désigner un seul symptôme qui indique d'avance qu'il y aura tôt ou tard blennorrhagie syphilitique.
L'incubation, en matière de blennorrhagie, ne réside donc que dans le temps , elle est sans consisiance , en un mot, c'est un être insaisissable , et c'est cet être imaginaire que l'on a pris pour témoin de la virulence de la blennorrhagie ? encore si ce temps avait une limite invariable que l'on put déterminer d'avance , comme dans la plupart des maladies virulentes dont on a invoqué l'analogie , mais tantôt il dure quelques heures, tantôt plusieurs jours, enfin des mois entiers. Avec des idées semblables, à quelle époque devrait-on se croire hors des atteintes de la maladie ? Un mois , deux mois de qui vive , après le coït , ne seraient pas encore suffisants pour délivrer des poursuites de ce fantôme. Que de chagrins pour un instant de plaisir !
Mais que l'on se rassure , la pathologie générale est là pour dissiper les craintes suscitées par l'incubation. Elle nous apprend que le temps qui sépare l'application d'une cause de son premier effet, est occupé par plusieurs phénomènes locaux successifs qui, pour n'être pas constamment appréciables, n'en existent pas moins; ces phénomènes peuvent d'ailleurs être constatés et suivis pied à pied , lorsque les parties affectées sont accessibles à la vue. On les observe à l'entrée du méat urélraj, sur la muqueuse du gland et du prépuce ei
sur beaucoup d'autres régions du corps, dans les inflammations ordinaires. Leur durée et leur intensité varie avec la nature de la cause et la susceptibilité des tissus.
En parlant des symptômes et de l'anatomie pathologique, nous aurons occasion de décrire les modifications locales qui s'opèrent à l'insu des malades et des partisans de l'incubation , depuis le moment d'imprégnation jusqu'à l'apparition de l'écoulement. Bornons-nous, préseniement , à faire sentir que le mécanisme de l'inflammation simple des muqueuses génitales ne diffère en rien de celui des muqueuses bronchiques, nazales , gutturales, etc.... Elle commence toujours par des phénomènes de congestion, souvent assez légers pour rester inaperçus, auxquels succède , au bout de quelques jours , un écoulement plus ou moins abondant , qui vien t témoigner , d'une manière incontestable, de l'existence de la phlegmasie.
Symptômes des hlennorrhagies. — Les malades éprouvent d'abord une excitation anormale, caractérisée par la chaleur, la turgescence et les désirs vénériens ; le sommeil est troublé par des rêves lascifs suivis le plus souvent d'éjaculaiions abondantes; la muqueuse affectée présente une sécheresse insolite avec démangeaisons incommodes. Quelquefois cependant la sécrétion normale est exagérée et vient coller les lèvres du méat urinaire ; jusques-là il n'y a pas eu de symptômes objectifs qui conduisent directement au diagnostic , c'est l'incubation des partisans de la virulence. Au bout d'un temps variable, selon la sensibilité des parles , selon l'état de la muqueuse imprégnée, apparaissent d'autres symptômes: la démangeaison et la congestion se changent en douleur et en inflammation, les surfaces se tuméfient, deviennent d'un rouge très-vif et rapetissent leurs cavités; la partie malade ne fonctionne plus comme auparavant. Si l'inflammation est dans l'urètre , l'urine sort avec difficulté et cause des douleurs très- vives,- si elle occupe le vagin , la copulation est impossible; sur les grandes lèvres, la marche occasionne du prurit et même des douleurs insupportables. Sur ces entrefaites, la sécrétion s'est établie. C'est d'abord un mucus clair , limpide
el filant qui se présente à l'ouverture des canaux affectés ou que l'on peut voir sur les parties faciles à découvrir. Ce mucus devient plus abondant, se colore en blanc opaque, puis successivement en jaune el en vert plus ou moins foncé-, il contient, dans cet état, une grande proportion de globules de pus et ne file plus comme dans les premiers temps. La couleur verte paraît tenir à la présence d'une certaine quantité de sang; il en est de même de l'aspect sanieux et séro-sanguinolent de la sécrétion. Ces différents états de la matière blennorrhagique ont une grande valeur dans le diagnostic du siège et de l'intensité de l'inflammation , mais leur valeur, comme diagnostic de la nature , est très-médiocre.
C'est à tort que l'on a recherché, dans la couleur de la sécrétion et dans l'intensité des phénomènes inflammatoires . les signes pathognomoniques de la virulence. Richerand, imbu de ces idées, a cru trouver au mucus une couleur cuivrée.
Nous citerons, comme idée originale, la blennorrhagie rouge rapportée par M. Ratier dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique.
L'odeur n'a pas plus d'importance que la couleur, elle tient à l'embonpoint des malades ou à leur malpropreté. Morgagni l'a comparée avec raison à celle de la morue avancée.
Marche, — Durée. — Terminaison. — Le début des blennorrhagies n'est franc que lorsque l'inflammation est occasionnée par un agent irritant très-énergique directement appliqué sur les muqueuses. Quand elles ont été gagnées par les voies légales , naturelles, leurs premiers moments passent inaperçus ; ce n'est que du quatrième, au sixième ou huitième jour que l'écoulement devient appréciable. Quelquefois elles débutent par l'état chronique. Ce mode de début dénote un état atonique antérieur qui trouve sa raison dans plusieurs blennorrhagies précédentes. Dans presque tous les cas, l'organisme reste étranger au travail inflammatoire local. Les inflammations blennorrhagiques présentent généralement trois septénaires: le premier , caractérisé parla congestion, la fluxion sanguine et l'excitation des fonctions de l'organe; le deuxième , par le développement au plus haut degré des
phénomènes inflammatoires avec les différentes variétés de la sécrétion morbide; enfin le troisième , par le déclin des phénomènes précédents. Observons néanmoins qu'il est trèsrare de voir finir la maladie au vingt-unième jour. Le plus ordinairement elle se prolonge jusqu'au quarantième et même au soixantième.
Qu'elle soit abandonnée à elle-même ou traitée méthodiquement,^ blennorrhagie se termine rarement par la" résolution franche , elle a une grande lendence à passer à l'état chronique.
Altérations pathologiques. — Les premiers caractères pathologiques de la blennorrhagie sont : la fluxion suivie d'une rougeur pointillée ou uniforme; le boursoufflement des muqueuses avec diminution des conduits ou des cavités qu'elles tapissent.
Dans la seconde période, aux lésions précédentes s'ajoutent l'épaississement, l'hypertrophie, l'inflammation de la muqueuse et la congestion du tissu cellulaire sous-muqueux.
Dans la dernière , l'engorgement inflammatoire diminue, mais les parties restent fluxionnées et plus ou moins ramollies.
Telles sont , en résumé , les lésions anatomiques qui accompagnent le plus fréquemment les blennorrhagies. Elles ne diffèrent en rien de celles que l'on trouve dans les phlegmasies simples des autres muqueuses, car cette courte description pourrait tout aussi bien s'appliquer au tissu muqueux des bronches qu'à celui des organes génitaux.
Quand l'inflammation dure longtemps, outre la congestion sanguine et l'engorgement chronique, on observe assez souvent des érosions superficielles ou de véritables ulcérations , mais, qui n'ont rien de spécifique. Ces ulcérations peuvent se terminer par cicatrisation simple ou se recouvrir de bourgeons charnus auxquels succèdent de véritables végétations. Dans les deux cas, les conduits ou les cavités sont obstrués en partie, c'est cette lésion qui constitue le plus souvent les rétrécissements urétraux.
Les ulcérations , les cicatrices et les végétations , n'ont rien
de spécial , on les rencontre aussi bien après l'inflammation des autres muqueuses qu'après l'urélrite.
Accidents. — Le nombre des accidents communs aux différentes espèces de blennorrhagies est très-reslreint; c'est à peine si nous trouvons la lymphite et l'inflammation du tissu cellulaire sous-muqueux avec abcès, la ganglionnile est trèsrare, quant aux autres complications, elles dépendent trop exclusivement de la variété de blennorrhagie qu'elles accompagnent, pour qu'on puisse les mentionner ou les décrire à part.
Diagnostic. — Il n'est pas de branche de l'art médical , qui exige plus de circonspection et de retenue que les maladies vénériennes ; aussi le médecin doit-il, lorsqu'il est appelé à se prononcer sur des affections de cette nature , user de la plus grande discrétion. En agissant à la légère, non-seulement il s'exposerait à la vengeance et au mépris bien mérité de ses clients, mais il mettrait la discorde et la division au milieu des familles les mieux unies; plutôt que de rompre l'harmonie des ménages, laissons-nous tromper sciemment par les histoires plus ou moins ingénieuses que débitent les malades, cédons à la pudeur, à la modestie sociale et aux préjugés religieux, quoique souvent ils abritent sous leur voile l'immoralité la plus outrageante. La science, il est vrai, souffrira de notre apparente bonhomie, mais au moins nous épargnerons à la société une guerre intestine continuelle.
Cette conduite est nécessaire, indispensable même dans le monde, mais dans la science, toute condescendence doit disparaître; ni l'âge, ni le sexe, ni la profession, ni la position sociale ne sauraient avoir la moindre influence sur le jugement du médecin , tout cela est suspect à ses yeux en matière de syphilis , et réclame de sa part le plus rigoureux examen. Un amant peut bien croire, parce que sa maîtresse est mariée, qu'elle est très-honnête et incapable de lui communiquer la vérole, c'est de l'amour et delà générosité; mais l'homme de sang-froid, expérimenté, et le médecin savent fort bien que la condition de non infection n'est point inscrite
dans le contrat. Pour faire comprendre aux malades le peu de confiance qu'ils doivent accorder à celle prétendue immunité des femmes mariées, M. Ricord a coutume de leur poser ce dilemme du quel il est difficile de se tirer : Si vous étiez marié et que votre femme eut un amant, la regarderiezvous comme une femme verlueuse? — Non. — Eh bien! pourquoi prétendre qu'il en soit autrement des femmes que tous avez pour maîtresses ?
Un homme d'une trentaine d'années se présente à ma consultation pour me demander quelques conseils ; il était affecté d'une blennorrhagie très-intense avec chancre. Voici quelle fut à peu près notre conversation :
A quelle époque avez-vous vu une femme pour la dernière fois ? — Monsieur , je n'en ai pas vu depuis dix ans. — Je reste un instant étonné de cette réponse et réitère ma demande. Même réponse. — Puisque vous n'avez pas vu de femme, n'auriez-vous pas eu quelque rapport, contre nature, avec des personnes de voire sexe? — Oh! Monsieur, comment pouvez-vous me supposer un tel vice. — Mais enfin, couchez-vous toujours seul? — Non, Monsieur, je suis marié et couche tous les soirs avec mon épouse.— Mais vous venez de m'avouer que vous n'aviez pas vu de femmes depuis 10 ans? — C'est que je suis marié depuis 10 ans , et ne me suis jamais dérangé démon épouse. Cette dernière réponse fut si naïve que je n'eus pas le courage de pousser plus loin mes investigations. Il ne me restait plus qu'à persuader cette pauvre victime que le germe de sa maladie était antérieur à son entrée en ménage, ma tâche fut facile à remplir.
Il faut savoir, pour expliquer ses premières réponses, que beaucoup d'hommes mariés appellent femmes , tout court , les filles publiques. Ces faits font déjà entrevoir aux praticiens, qui n'ont pas l'habitude du diagnostic en syphilis, à combien d'obstacles ils doivent s'aitendre dans la pratique.
A côté des malades qui cherchent volontairement à tromper le médecin, se trouvent ceux qui s'efforcent de le persuader par des théories qui leur sont propres. On en trouve, par exemple, qui repoussent la possibilité de l'infection, en
s*appuyant sur les précautions qu'ils ont prises avant ou après le coït; ils vous diront qu'ils se sont lavé le gland et la verge avec le plus grand soin ; qu'ils ont fait des injections avec l'eau blanche dont ils se munissent habituellement avant de se mettre en contact avec la femme ; qu'ils se sont servi du condom ; mais tous ces moyens , quelquefois efficaces , sont bien loin de préserver dans tous les cas de la maladie. 11 en est enfin qui croient impossible de contracter une maladie vénérienne, en laissant incomplet l'acte du coït. Ceux là prétendent, avec un grand sang-froid , que leur maladie ne peut être une chaude-pisse , attendu qu'ils ont battu en retraite sanséjaculation ; les malheureux ignorent que l'éjaculation est une condition de nettoyage, une injection d'arrière en avant qui chasse les matières impures qui pourraient avoir éié aspirées dans le canal pendant la copulation.
Vient enfin la catégorie des gens de bonne foi qui trompent^ sans avoir ni intérêt à tromper ni l'intention de le faire.
La conformation ,.le siège profond de la maladie , sa position sur certaines parties qu'on n'ose pas soumettre à L'examen, peuvent encore être des causes d'erreurs.
En présence de tant de sujets d'erreurs, le médecin doit ne tenir qu'un compte très-secondaire des renseignements que lui fournit le malade ; son devoir est, toutes les fois que c'est possible , d'examiner avec le plus grand soin toutes les parlies qui peuvent être le siège du mal Ce ne sera qu'après un examen complet et sans reproches, qu'il fera concourir ses observations à la composition d'un système ou d'une théorie sur les maladies vénériennes.
Diagnostic différentiel. — Dans toute blennorrhagie , le chirurgien doit se proposer deux choses : connaître le siège de l'écoulement , rechercher sa cause.
Le diagnostic du siège n'est pas tou jours aussi ai*é qu'on le croirait au premier abord, ce n'est, le plus souvent, qu'après des recherches très- minutieuses qu'on parvient à le découvrir; il faut, pour cela, examiner très attentivement les parties malades , en se servant du toucher , de la vue et de toutes les ressources que peuvent nous fournir nos sens, Les ren-
seignements des malades, en nous indiquant le siège el îa nature des douleurs , ainsi que les troubles survenus dans les fonctions de l'organe, contribuent aussi puissamment à nous mettre sur la voie du diagnostic, c'est surtout chez la femme que cette distinction offre des difficultés, c'est aussi chez elle qu'il faut redoubler d'ardeur pour les vaincre. Ce que nous disons ici du diagnostic différentiel n'est que pour en faire ressortir l'importance , nous achèverons notre tâche dans la description particulière de chaque variété.
Le médecin peut bien rester dans le doute, quant au siège précis de la maladie, sans compromettre la santé du malade, sa propre réputation et les intérêts de la science -, mais il n'en est plus de même s'il vient à méconnaître sa nature. On conçoit en effet que, selon que l'écoulement tiendra à un chancre, à des accidents syphilitiques constitutionnels ou à une inflammation simple , le pronostic à venir et le traitement devront le plus souvent changer du tout au tout; aussi recommandons-nous aux praticiens d'apporter tout leur soin dans ce point essentiel de diagnostic.
Quand les parties malades sont accessibles à la vue, il est facile de s'assurer si l'écoulemenl tient à une inflammation simple ou à des ulcérations. Dans le premier cas, l'affection est des plus bénignes et ne doit nullement inquiéter; lorsque, au contraire, la sécrétion prend son origine sur des écorchures, il est indispensable de savoir quelle est leur nature. Elles peuvent être simples, comme dans la balano-posthite ulcéreuse simple, ou syphilitiques : elles tiennent, dans ce dernier cas, ou à des accidents primitifs ou à des accidents consécutifs. Pour avoir une idée nette de ces accidents, il faut recourir à l'inoculation , et si elle est négative, rechercher dans les antécédents du malade. 11 est rare qu'après cet examen on n'arrive pas à les connaître exactement.
Lorsque les lésions qui fournissent l'écoulement siègent sur des parties profondes où la vue ne peut pénétrer, les difficultés du diagnostic différentiel augmentent. Aussi le médecin ne doit-il rien oublier pour en poser les bases d'une manière nette et précise. Les signes, au moyen desquels il arrivera
à diagnostiquer le chancre, peuvent être classés en deux séries : la première , renfermant les signes rationnels , et la seconde, les signes absolus.
Signes ralionne's. — La matière de l'écoulement est , en général, séreuse, mal liée, sanguinolente et chargée de détritus organiques ; les parties malades présentent un point fixe douloureux , entouré d'un engorgement dur et circonscrit ou perdu au milieu d'un gonflement inflammatoire; les ganglions inguinaux s'engorgent et suppurent, dans quelques cas; en outre, si l'on remonte à la source de la contagion, on reconnaît un chancre. Cet ensemble de symptômes accompagne souvent le chancre, mais, comme on les a rencontré aussi dans la blennorrhagie simple, il s'en suit qu'on ne peut pas leur accorder une valeur absolue.
Signes absolus. — Un seul, l'inoculabilité de la sécrétion , suffit pour établir , d'une manière incontestable , la nature de l'écoulement. Toutes les fois que du pus , venant du canal de l'urètre ou du vagin, donne, par l'inoculation , une ulcération primitive , l'existence du chancre ne doit plus être mise en doute. Si la matière, prise sur les ganglions voisins suppurés, produit pareillement un chancre, la conclusion est toute naturelle : c'est que les parties qui ont été le point de départ de l'adéno-lymphite récèlent un chancre primitif.
Lorsque l'inoculation est négative, il ne faut pas être si prompt à se prononcer, car on pourrait attribuer à une inflammation simple un pus qui découle, en réalité, d'une ulcération primitive à la période de réparation , pus dont les qualités spécifiques sont perdues. Quand l'écoulement est symptômatique d'accidents secondaires ou tertiaires , l'inoculation est toujours négative ; dans ce cas, pour arriver au diagnostic de la lésion qui fournit le pus, on s'aide des antécédents du malade , de la co-existence de symptômes secondaires ou tertiaires sur d'autres parties du corps , et , en dernier ressort, du traitement qui , en syphilis, est une pierre de touche précieuse.
Pronostic. — La balano-posthite , la vulvite et la vaginite guérissent le plus souvent sans accMcnts , exceptons cepeu-
dam le cas où l'inflammation passe à l'état phlegmonetix pour se ter miner par abcès ou par gangrène.
La blenuorrhagie uréirale est, de toutes, la plus à redouter, car outre les difficultés que l'on éprouve à l'éteindre complètement , elle peut s'accompagner de graves complications : épididymite , cystite, arthrite, ophtalmie purulente, etc.... Quand on l'a négligée ou que l'on en a été atteint fréquemment , on a à redouter les rétrécissements, les, fistules et les abcès urinaires, l'impuissance, la spermatorrhée et les fâcheux effets, sur l'organisme, de ces différentes affections. Jusqu'à présent , l'expérience nous a démontré que la blennorrhagie n'était suivie d'accidents syphilitiques constitutionnels que lorsqu'elle était compliquée de chancres.
Traitement de la blennorrhagie. — La thérapeutique de la blennorrhagie comprend trois ordres de moyens : 1° les prophilaetiques; 2° lesabortifs; 3° les moyens réguliers destinés a combattre la blennorrhagie confirmée. .
Prophilacliques, — Les moyens prophilactiques sont généraux ou individuels :
Les premiers consistent en des mesures générales , émanant de l'autorité , qui frappent les principaux foyers d'infection ; les derniers sont mis en pratique par chaque individu, dans le but d'éviter la maladie.
Prophylaxie générale. — Quand on connaît le mode de développement des maladies vénériennes (chancre et blennorrhagie ) , on est forcé de reconnaître l'insuffisance des mesures prises par l'autorité, dans un but de préservation générale. En effet, parmi les femmes soumises aux inspectons régu- " lières, les unes sont en maison et passent à la visite tous les huit jours, les autres en carte ou en chambre et ne passent que tous les quinze jours; or, deux ou trois jours suffisent après un coït infectant, au développement d'un chancre ou d'une blennorrhagie. C'est assez dire que peu de jours se seront éboulés depuis la visite du médecin, et déjà les femmes seront en étal de transmettre la maladie aux personnes qui auront des rapports avec elles, à bien plus forte raison»
DhS MALADIES V^INÉRIEINNES.
si elles la gardent pendant huit ou quinze jours, et tout cela, en admettant que les visites soient faites avec conscience et habileté. Mais il s'en faut de beaucoup que le service des dispensaires offre même les faibles garanties qu'on serait en droit d'en attendre. Dans la plupart des villes, ces visites sont confiées à des hommes inhabiles , négligents, et qui, nous osons à peine le dire, dans un but de vil intérêt, conspirent, de concert avec les matrones d'établissements, pour tromper la vigilance de l'autorité. Aussi beaucoup de femmes sont-elles renvoyées comme saines, avec patente nette, tandis qu'elles sont infectées au plus haut degré.
Pour que ces visites fussent une garantie réelle et sérieuse, on devrait les confier a des médecins spéciaux et les renouveler tous les matins. Il faudrait de plus soumettre à une inspection rigoureuse les hommes qui fréquentent les maisons publiques. Dans l'état de notre civilisation aciuelle, l'emploi de moyens aussi rigoureux n'est pas possible. Il faut donc s'attendre, je ne dirai pas à voir augmenter le fléau , mais à le voir se maintenir dans les proportions effrayantes qu'il a prises.
D'ailleurs, à côté des femmes publiques avouées, s'agite une race de femmes indéterminées, non inscrites sur les registres de la police, et qui exercent leur commerce en dehors des maisons tolérées. Cette catégorie, quoique vivant continuellement dans le vice et la débauche, n'est soumise à aucune servitude administrative et n'a pas , comme les autres, à subir la visite des dispensaires. Aussi est-ce parmi elles que la syphilis étend sourdement ses ravages , c'est en elles que réside la source intarissable du fléau destructeur. Si nous voulions attaquer la syphilis dans ses derniers retranchements , il nous faudrait ia poursuivre jusque dans les classes les plus élevées de la société; mais ici les foyers de contagion sont cachés , abrités même sous un voile que notre respect pour les mœurs , la famille et la religion nous empêche de soulever.
Ce que nous venons de dire, démontre d'une manière évidente, l'insuffisance des règlements de police, soit qu'ils
évitent une grande partie de foyers d'infection , soit qu'ils n'agissent que comme de faibles palliaîifs sur ceux qu'ils atteignent. Comme en tout et partout, l'autorité s'est attaquée aux branches du mal au lieu de le prendre dans ses racines, quel peut être le résultat de règlements et de lois qui ne portent que sur des faits accomplis? Améliorez le sort des classes laborieuses, moralisez la femme du peuple par une instruction solide et de bonnes institutions sociales, faites qu'elle puisse mépriser les offres intéressées des corrupteurs, en lui rendant le travail attrayant et productif, et vous verrez s'atténuer ou disparaître d'eux-même ces vices rongeurs qui résistent à toutes vos mesures policières.
Prophylaxie individuelle, — Nous recommandons aux jeunes gens d'user modérément du coït et surtout d'éviter ces orgies nocturnes, à la suite desquelles les rapports sexuels prennent un caractère d'acharnement presque toujours nuisible. « L'amour, a dit une femme célèbre, est de l'égoisme à deux. » M. Ricord parodiant cette phrase, a pu dire, au point de vue sanitaire : « l'amour doit être de l'égoisme à soi seul. » D'après ce principe, on évitera la prolongation et la répétition coup sur coup de l'acte vénérien, qui amènent souvent une irritation plus ou moins durable sur les organes génitaux. Les rapports devront être complets; c'est une grande erreur de croire qu'en se retirant sans éjaculer on se préserve de la contagion; il faut qu'on sache au contraire que l'émission du sperme est une condition de nettoyage, une injection d'arrière en avant qui chasse les impuretés qui auraient pu s'introduire dans le canal de l'urètre.
L'acte une fois achevé on se retirera , et l'on procédera immédiatement à des lotions répétées sur le gland et la verge avec de l'eau simple ou chargée de diverses substances ; on a préconisé le chlorure de chaux , l'extrait de saturne, le sulfate de zing, le tannin , l'eau de Cologne, etc. On peut se servir indifféremment de ces substances, pourvu que les ablutions soient répétées, et faites avec le plus grand soin. L'émission des urines est aussi une condition de nettoyage très-importante pour débarasser le canal du pus qui
s'y introduit quelquefois. On a conseillé encore les injections astringentes dans l'urètre ou dans le vagin. Nous ne sommes pas de cet avis, car une injection faite au moment ou les organes sont encore surexcités serait de nature à déterminer une véritable irritation.
Les écorchures du gland et du prépuce doivent être cautérisés légèrement dans le but de neutraliser le pus qui pourrait s'y être déposé.
Les malades examineront leurs parties génitales pendant plusieurs jours de suite , après le coït, et s'ils découvrent le moindre accident , ils le soumettront au jugement des hommes de l'art.
L'observation de ces préceptes n'est pas chose facile pour tout le monde. La femme , par exemple, ne peut examiner ses parties qu'avec beaucoup de peine et encore cet examen est toujours très-incomplet. Il est le plus souvent infructueux, impossible même pour l'homme atteint de phimosis. Ceux dont les parties sont favorablement conformées le négligent dans la plupart des cas. C'est cependant le seul moyen d'assister au début de la maladie.
Voici une question qui se présente souvent dans la pratique particulière : un malade peut-il, au moyen de certaines précautions , avoir des rapports avec une personne saine sans craindre de lui donner du mal?
En thèse générale, l'individu malade doit s'abstenir du coït sous peine d'infecter sa compagne et de s'exposer à des accidents très-graves. Mais il est des positions dans lesquelles la cohabitation est un devoir, devoir que l'on ne saurait méconnaître sans éveiller de légitimes soupçons. Que faire dans cette cruelle position? tant que la maladie est à l'état aigu on doit, par tous les moyens possibles, éviter un rapprochement car elle est contagieuse au plus haut degré. Mais lorsque l'écoulement a diminué et qu'il a perdu ses caractères purulents, si l'on use de certaines précautions, on peut avoir des rapports sans craindre de la communiquer. Peu de temps avant le coït, on nettoiera les parties avec de l'eau simple ou mêlée au tannin, au vin aromatique , au sulfate de zing, ou
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d'autres substances astringentes ; on fera avec ces liquides des injections entre le gland ei le prépuce dans la balauoposihite, dans le vagin s'il y a vaginite, et dans l'urètre si l'on est affecté d'urétrite; on chassera par ce moyen la matière niuco purulente qui se trouve déposée à la surface des muqueuses, et l'on retardera pour un certain temps la sécrétion d'une nouvelle quantité. Dans le cas ou les muqueuses seraient le siège d'ulcérations douteuses, nous conseillons de s'abstenir, ou si l'on ne peut, de les cautériser fortement avec le nitrate d'argent pour neutraliser le pus spécifique.
Que l'on remarque bien que nous donnons ces préceptes dans le cas seulement où les rapports ne peuvent être évités. Car, comme nous l'avons dit en commençant cet alinéa, l'individu malade doit , dans son propre intérêt et dans celui des personnes qu'il fréquente inlimément , s'abstenir du coït. La question que nous venons d'agiter nous conduit naturellement à parler d'un moyen protecteur, que Ton emploie généralement avec beaucoup de confiance, soit dans le but de se préserver soi-même , soit dans celui de préserver les personnes avec lesquelles on communique. C'est le condom..
Le condom est une enveloppe très-fine de forme cylindrique dont on recouvre le pénis au moment de la copulation ; son but est d'empêcher le contact immédiat des organes génitaux de l'homme avec ceux de la femme. 11 semblerait au premier abord que cet isolement doive, dans tous les cas, préserver de la contagion , mais il s'en faut de beaucoup que ses effets soient constants. D'abord, les substances qui servent à la confection de cet étui membraneux sont le plus souvent poreuses et permettent aux liquides irritants de pénétrer leur parois. Un autre inconvénient, c'est que dans les transports de l'acte vénérien, cette membrane tendue et tiraillée de tous côtés s'éraille ou se déchire en plusieurs endroits, il n'est même pas rare de la trouver refoulée et en lambeaux au devant du pubis. D'ailleurs , resterait -elle en place et sans aucune altération, qu'elle ne remplirait pas encore le but auquel on la desline. Car en supposant qu'elle préservât de la blennorrhagie, elle ne pourrait, dans tous les cas, empêcher
îe pus des chancres de s'inoculer sur la peau qui entoure la base de la verge. Comme le disait M. Ricord dans ses leçons, le condom fait office de parapluie, il protège la tête sans garantir les pieds. C'est, suivant l'expression plus pittoresque de madame de Staël, une cuirasse contre le plaisir et une toile d'araignée contre le danger.
Quoique nous ne reconnaissions pas au condom une vertu préservatrice absolue, nous sommes loin de nier qu'il puisse, dans quelques cas, garantir la contagion , et comme tel nous le mettons au rang des prophylactiques individuels.
Pour terminer ce que nous avions à dire sur la prophylaxie, il nous reste à parler des avantages qu'offre certaine conformation naturelle dans laquelle l'art chirurgical a puisé les préceptes d'une opération.
Il est à remarquer que les gens qui ont le prépuce trèscourt et constamment refoulé en arrière du gland , sont presque toujours exempts de la balano-posthite ou blennorrhagie bâtarde , et plus rarement atteints d'ulcérations que ceux dont le prépuce est allongé de manière à former un phimosis. On concevra facilement la cause de celte quasiimmunité chez les uns et de la grande prédisposition chez les autres.
Chez les premiers, en effet, le gland et le prépuce constamment isolés sont soumis à des frottements répétés qui , en endurcissant la muqueuse de ces parties, en émoussent la sensibilité. De plus, les virus blennorrhagique et syphilitique qui se déposent sur ces muqueuses n'y séjournent que trèspeu de temps et cèdent du reste facilement aux moindres lotions. C'est là, j'espère, une des conditions les plus favorables à la préservation.
Chez ceux, au contraire, qui sont atteints de phimosis, le contact permanent des deux muqueuses et la stagnation de leur sécrétion irritante, rendent l'épithélium excessivement délicat et les surfaces muqueuses très-sensibles; il est de plus très-difficile de faire sortir , au moyen de lotions ou même d'injections, les différents virus qui se déposent accidentellement dans la cavité glando-prépulienne. C'est assez faire
comprendre combien cette dernière disposition favorise la contagion.
Moïse qui avait étudié, sous le point de vue hygiénique, tous les inconvénients attachés à la présence du prépuce , érigeât la circoncision à la hauteur d'une pratique religieuse; aussi les Israélites sont-ils exempts de la balano-posthite , et le virus syphilitique ne mord que très-difficilement sur la muqueuse endurcie qui recouvre leur gland.
Il serait à désirer pour le bien de l'humanité que la section du prépuce suivit immédiatement la cérémonie du baptême. Car on ne saurait croire combien de malheurs sont attachés à cette appendice incommode et disgracieuse. En résumé , coit modéré, rapide, complet et fait avec égoïsme, immédiatement après, lotions répétées avec différents liquides, émission des urines , cautérisation des écorchures , s'il en existe, examen des parties génitales pendant plusieurs jours, protection de l'organe et circoncision , tels sont les moyens prophylactiques individuels qui nous semblent les plus propres à préserver de la contagion.
Traitement aborlif. Faire couler la chaude pisse le plus longtemps possible , sous prétexte de préserver la constitution d'un empoisonnement, telle est l'idée des ignorants et des empiriques, et c'est à la graine de lin et autres nullités pharmaceutiques qu'est confié le soin d'entretenir cet écoulement. Aussi , grâces à ces moyens aussi ingénieux que lucratifs , sommes-nous souvent appelés à traiter des blennorrhagies qui n'ont pas moins de deux à trois ans de date. Nous possédons même , au service des lessiveurs , des observations de rétrécissement survenus durant la pratique rigoureuse de cette médication. Les principes que nous avons puisés dans la pratique de M. Ricord sont tout à fait contraires à celte manière de voir : le seul moyen d'éviter les accidents, c'est, pour nous , d'arrêter le plus tôt possible l'écoulement.
Le traitement abortif est basé sur la connaissance parfaite du développement, de la marche et des lésions pathologiques de la blennorrhagie. Il repose sur les trois principes suivants: 1° la blennorrhagie est au début une inflammation de surface;
2° quand elle siège sur le canal de l'urètre, c'est presque toujours par sa région antérieure qu'elle commence ; 3° les accidents qu'elle détermine ne se développent jamais dans les premiers temps de la maladie.
En employant le traitement abortif , on peut donc prévenir l'inflammation phlegmoneuse, s'opposera l'extension de l'inflammation aux parties postérieures de l'urètre, et éviter les acccidenls de la blennorrhagie.
Les contre-indications de cette méthode sont l'élût aigu de la blennorrhagie; son siège sur une trop grande surface , et notamment sur les parties postérieures de l'urètre ; les rélrécissements et la trop grande susceptibilité nerveuse des malades.
Les moyens aborlifs sont en général d'autant plus efficaces, qu'on les emploie à une époque plus rapprochée de l'application de la cause et du début de la maladie. Ils ne présentent d'inconvénients que lorsqu'ils sont administrés d'une manière intempestive et inopportune.
Les agents du traitement abortif doivent être choisis dans les médications directes; on se sert ordinairement des astringents et des caustiques liquides à différents degrés . Dans quelques variétés de blennorrhagie , on emploie les caustiques solides. M. Ricord regarde le nitrate d'argent comme le modificateur le plus puissant des membranes muqueuses, aussi en fait-il l'agent principal du traitement abortif.
M. Debné l'a employé avec beaucoup de succès en injections dans les différents degrés d'inflammation de l'urètre, nous ferons connaître les résultats qu'il en a obtenu en parlant de l'urétrile. La solution dont se sert M. Ricord est au trentième, c'est-à-dire trente grammes d'eau distillée sur un gramme de nitrate d'argent cristallisé. Il use souvent de la cautérisation avec la pierre infernale, dans l'inflammation des muqueuses que l'on peut mettre à découvert.
Nous parlerons, aux articles urétriie, balano-posthite, vaginite , des accidents qui suivent , dans certains cas , l'emploi des injections. Nous ferons connaître aussi les indications elles contre-indications de cette méthode. Dans tous
les cas, l'on doit avenir d'avance le malade des accidents qui pourraient suivre l'injection à haute dose, afin qu'il ne les attribue pas à l'impéritie du médecin.
Les injections suffisent seules dans quelques variétés de blennorrhagie , mais lorsqu'il s'agit de l'urétrite, il est prudent de leur adjoindre les spécifiques anti-blennorrhagiques. Le copahu et le cubèbe pris à dose croissante aident puissamment la réussite du traitement abonif.
Méthode antiphlogistique. — La médication antiphlogislique, employée seule, amène quelquefois des guérisons, et ce sont, dit-on, les plus franches; nous nous fions en cela au dire des observateurs, n'ayant pas en nous-même l'occasion de faire ces remarques. Malgré l'efficacité bien reconnue des antiphlogistiques, nous recommandons néanmoins de ne pas les continuer trop longtemps, car leur emploi favorise l'état chronique.
Moyens réguliers destinés à combattre la blennorrhagie confirmée. — Lorsque l'inflammation a gagné les parties les plus reculées de l'urètre, que son état d'acuité contre-indique les injections abortives , il faut employer les moyens rationnels qui dirigent toutes les phlegmasies. Ce sont les antiphlogistiques et les délayants. On applique ordinairement des sangsues autour des parties malades, l'on ordonne les bains entiers et les boissons délayantes. Après que l'état aigu s'est éteint , on fait prendre à l'intérieur les balsamiques , cubèbe ou copahu , et, localement, des injections astringentes. Telle esta peu près la conduite généralement suivie. Les praticiens qui ont confiance en celte méthode, prolongent, à notre avis, un peu trop l'usage des boissons délayantes et des bains; il faut être sobre de ces deux agents, car sous leur influence, l'écoulement devient chronique et cède quelquefois très-difficilement à l'emploi des spécifiques.
Quand nous avons à faire à tout autre écoulement que celui de l'urètre , nous employons d'abord les émollients , auxquels nous faisons succéder les astringents locaux , ou même les lotions caustiques. Si nous avons à traiter une blennorrhagie urélrale, il est rare que nous recourions aux
antiphlogistiques ; dans presque tous les cas, nous débutons par les balsamiques, auxquels nous associons au bout de quelques jours les injections. Nous avons relire de grands avantages de notre manière d'agir. D'abord, outre qu'elle nous a donné de très heureux résultats, elle est d'une application facile pour les jeunes gens qui, le plus souvent, sont obligés de se soigner à la dérobée.
Dans les cas d'écoulements atoniques, on prescrira, tant à l'intérieur que localement , les différents agents de la médication tonique. On peut , lorsque la maladie est à cet état , avoir recours aux injections à haute dose.
Les écoulements sont quelquefois entretenus par des lésions locales qu'il est urgent de bien apprécier pour pouvoir les traiter convenablement. Nous nous occuperons de cette question en faisant l'histoire de la blennorrhagie chronique.
Si nous avons lant insisté sur les considérations générales , c'est dans le but de rendre plus facile l'étude particulière de chaque variété. Les détails que nous avons donnés sur les causes, le diagnostic et la prophylaxie nous épargneront, comme on le verra dans le courant de notre travail, des répétitions fastidieuses qui ont quelquefois pour résultat d'embarrasser l'esprit du lecteur.
Nos considérations générales terminées , nous passons de suite à l'histoire des différentes variétés.