T>56 ACCIDENTS TERTIAIRES DE LA SYPHILIS
Prodromes. — En dehors des accidents locaux , il n'y a aucun symptôme physiologique qui annonce que la syphilis a atteint la période tertiaire , on n'observe pas ici cette série de prodromes qui caractérise le début de l'infection ; chaque symptôme est un avant-coureur d'une lésion locale, lésion locale que l'on découvre tôt ou tard si un traitement ne vient arrêter son développement. Les douleurs ostéocopes, que l'on pourrait regarder comme des prodromes généraux de cette affection, sont elles-mêmes symplômatiques d'une ostéite qui finit par se déclarer, si on ne la prévient pas par un traitement spécifique.
. Symptômes, caractères et diagnostic des affections tertiaires. — Parmi les organes atteints de lésions syphilitiques tertiaires, les uns sont accessibles à nos sens , les autres, situés trop profondément, se dérobent à nos moyens explorateurs. Dans le premier cas, le médecin peut, par la vue et par le toucher , constater l'espèce de lésion qu'il a à traiter; dans le second , les symptômes objectifs lui manquent, et il n'a , pour manifestation de la lésion, que les troubles fonctionnels qu'elle occasionne.
Les accidents tertiaires se montrent en général sous forme de tumeurs arrondies, dures, d'abord petites, qui atteignent graduellement le volume d'une noisette. Après un laps de temps variable, ces tumeurs se terminent par résolution, par suppuration ou par dégénérescence. Dans le premier cas, elles disparaissent graduellement en laissant ordinairement, dans l'épaisseur des tissus, une espèce de cicatrice, au niveau de laquelle les parties paraissent atrophiées ; dans le second, elles deviennent rouges, chaudes, contractent des adhérences avec les tissus environnants , et viennent insensiblement s'ouvrir à la surface des téguments. La plaie consécutive suppure quelque temps, et marche vers la cicatrisation, ou bien affecte la marche serpigineuse et dure trèslongtemps; dans le troisième mode de terminaison, la tumeur subit la dégénérescence fibreuse, cartilagineuse ou osseuse , et reste implantée au milieu des tissusjusqu'à ce qu'elle soit éliminée , comme un corps étranger, par un travail de suppuration.
CONSIDÉRATIONS GHNÉUALtiS. 357
Quand les éléments du tissu osseux son I atteints, les lésions locales sont presque toujours précédées de douleurs ostéocopes; on voit ensuite apparaître la périoslose gommeuse, ou les différentes variétés d'osiéites et d'exostoses que nous examinerons bientôt. Quoiqu'il en soit, du reste, les accidents que nous allons décrire ne fournissent jamais de sécrétion inoculable; ils n'ont ordinairement d'influence sur l'hérédité qu'en transmettant aux enfants le germe des scrofules. Tel est le résultat des observations de MM. Ricord et Lugol.
Les accidents tertiaires apparents ont une physionomie si caractéristique, que l'on pourrait le plus souvent se passer des antécédents du malade pour établir les indications. Nous conseillerons néanmoins de ne jamais négliger ces détails de diagnostic , car ils conduisent quelquefois à la découverte de particularités indispensables à la thérapeutique.
Quand on est obligé de recourir aux antécédents, il faut , afin d'être bien renseigné , remonter d'un chaînon à l'autre jusqu'à l'accident primitif, s'aider des cicatrices, des taches, des engorgements glandulaires inguinaux et cervicaux lorsqu'ils existent encore, interroger l'hérédité , frapper, en un mot, à toutes les portes qui peuvent donner quelque lumière. Enfin, si toutes les recherches du médecin ont été stériles , il lui reste encore pour dernière pierre de touche le traitement. Nous verrons, en effet, avec quelle rapidité l'iodure de potassium modifie les accidents tertiaires, tandis qu'il n'agit que très-lentement sur les scrofules ou autres lésions de nature à simuler la syphilis.
On a longtemps pensé, et beaucoup de praticiens modernes sont encore imbus de cette erreur , que les accidents tertiaires des os et des tissus fibreux, que nous attribuons à la syphilis, étaient l'effet d'une médication mercurielle antérieure. Celte crainte s'est tellement propagée dans le monde , que les malades manquent rarement de demander au médecin si le traitement qu'il prescrit contient du mercure ; mais aujourd'hui , en présence des observations que l'on a pu recueillir, il n'est plus possible de donner crédit à cette opinion. En effet , on a pu voir maintes fois à la clinique d3