DES LÉSIONS OSSEUSES SCROFULEUSES
Fréquentes pendant l'adolescence.
os.
Sur la région spongieuse des
Antécédents de vérole.
Parties profondes des os.
Lésion parenchymateuse , tendance à l'yperostose.
Gonflement précédant la douleur , douleur s'accroissant et devenant très-intense à mesure que la lésion est plus ancienne.
Diffusion hyperostose, gonflement fusiforme, tendance au ramollissement, à la suppuration , à la carie et à la nécrose.
Autres éléments de scrofules' bien différents de la syphilis.
Guérison très-difficile, souvent; impossible à obtenir et presquej1
toujours incomplète.
Nous rappellerons encore que la vérole se combine souvent aux scrofules pour composer une lésion syphilo-strumeuse clans laquelle il est important de chercher la part que joue chaque élément afin de le combattre par des moyens rationnels.
Lésions tertiaires du tissu cellulaire.— Celle lésion est à la dégénérescence plastique ce que les syphilides suppurantes sont aux syphilides sèches. Elle a reçu les dénominations de tumeur gommeuse et de tubercule tertiaire. Son siège habituel est dans la peau et sous les muqueuses; mais on la rencontre encore dans d'autres régions plus profondes. Dans le tissu cellulaire qui entoure le cordon, entre l'épididyme et le testicule, dans le cerveau, dans le foie et dans les poumons, ainsi que M. Hicord Ta démontré à l'Académie de Médecine et , en un mol, dans tous les organes pourvus de tissu cellulaire.
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La tumeur gommeuse, accident essentiellement tertiaire , n'apparaît presque jamais avant six mois d'infection , plus souvent elle se montre très-tard; on en a constaté 30 et 40 ans après l'induration des chancres. Elle apparaît ordinairement chez des sujets à constitution altérée et prédisposés à la cachexie syphyliiique. Son début se fait par une petite tumeur dure , arrondie, adhérente par un pédicule à la face profonde des téguments et mobile sur les parties sous jacentes. Celte tumeur prend son accroissement d'une manière très-lente et sans occasionner ni douleur ni réaction. Au bout de cinq à six mois, elle atteint son complet développement qui est ordinairement le volume d'une noisette ou d'une noix ordinaire. Elle est le plus souvent très-discrète, bien différente en cela du molluscum qui est toujours très-confluant.
Arrivée au volume d'une noisette, la tumeur gommeuse peut rester stationnaire encore pendant un certain temps, mais si on l'abandonne à elle-même, elle adhère aux parties ambiantes, devient peu à peu douloureuse, s'enflamme , occasionne une inflammation sur la peau qui la recouvre, devient fluctuante et s'ouvre, enfin, sur un ou plusieurs points, pour donner issue à un pus ichoreux , mai lié et mêlé de détritus organiques. A ces ouvertures partielles succèdent de vasies ulcérations plus ou moins arrondies à fond grisâtre et pultacé qui rappellent assez bien les ulcères phagédéniques. Ces plaies ont, en général, peu de tendance à la cicatrisation spontanée, elles font au contraire des progrès incessants , produisent de vasies décollements, et détruisent quelquefois des organes très-essentiels. Souvent isolées et solitaires , quelquefois elles se groupent en plus ou moins grand nombre sur une partie, dans l'épaisseur d'une organe et y déterminent, si on les abandonne à elles-mêmes, des pertes de substance considérables. Plus souvent, elles se succèdent les unes aux autres , c'est-à-dire que la seconde se montre au moment où la première a terminé son évolution, ainsi de suite.
La tumeur gommeuse, tubercule tertiaire, quoique fréquemment située dans le tissu cellulaire sous-cuiané et sous» muqueux, se rencontre très-souvent dans d'autres régions ;
l'épaisseur des lèvres, des joues, de la langue , du voile dw palais, le tissu sous-muqueux pharyngien en sont souvent affectés; nous l'avons observée quelquefois sur le gland , où elle simule le chancre induré de façon à causer de graves méprises,- mais rappelons que dans aucun cas elle ne détermine par elle-même l'engorgement des ganglions qui correspondent à le région qu'elle occupe.
Nous avons dit que la tumeur gommeuse pouvait envahir les organes situés profondément; dans ces cas, le diagnostic est beaucoup plus difficile à établir. A défaut des caractères propres à la lésion qui nous occupe, on a alors, pour venir en aide au diagnostic du siège, les troubles fonctionnels de l'organe affecté et , pour déterminer sa nature, la connaissance des antécédents , l'appréciation des lésions syphilitiques coexistanleset l'influence d'un traitement rationnel, nous terminerons nos considérations sur les tumeurs gommeuses par deux observations très-remarquables, recueillies pendant noire internat dans les salles de M. Ricord.
« Le nommé Blanchery , âgé de 33 ans , d'un tempérament lymphatique, entra le 26 octobre 1847, salle 4, lit , n° 19. Ce malade présentait sur son corps des cicatrices de pustule dont il faisait remonter l'origine ù 10 ans. A l'époque de son entrée, les piliers du voile du palais et les amygdales étaient le siège d'ulcérations tertiaires serpigineuses, il était atteint d'aphonie et d'une toux intense avec expectoration de muco pus.
» Ses parents avaient toujours joui d'une bonne sanié; l'auscultation n'annonçait, du reste , que du catarrhe.
» L'extinction de voix datait de cinq mois; avant cet accident, le malade ne pouvait avaler les boissons sans être pris d'une ioux violente qui le forçait à les rejeter par le nez et par la bouche; ce symptôme existe encore. Aussi , est-on obligé de mêler les liquides avec les aliments solides , des picotements continuels au larynx excitent la toux et déterminent la sortie de matières muqueuses abondantes.
» 27 Octobre. Tisane de quassia amara; 60 grammes de sirop
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de gentiane; 3 grammes iodure de potassium ; gargarisme iodé à 2 p. 0/0 , 4 portions.
» 4 Novembre. Grande amélioration dans ces accidents. Quelques accès de fièvre intermittente obligent à suspendre le traitement précédent pour recourir au sulfate de quinine.
» Les symptômes avaient paru s'amender jusqu'au mois de décembre , mais, à partir de cette époque, survinrent des accès de dyspnée et une expectoration purulente qui firent suspendre pour la seconde fois la médication spécifique ; la déglutition, et surtout celle des liquides, devint très-difficile, aussitôt arrivés au niveau du larynx , ils étaient expulsés par les fosses nasales. Les crachats n'avaient pas de caractère particulier, c'étaient ceux du catarrhe purulent. Vers la fin. décembre, la dyspnée augmenta tellement, que l'on dut appliquer des sangsues à la région laryngienne, des sinapismes sur les membres inférieurs, et administrer une potion calmante; sous l'influence de ce traitement , la toux et la dyspnée parurent s'amender un peu , mais la sécrétion bronchique devenue très-abondante au moment où le malade était trèsanaibli , des symptômes d'asphyxie, par écume bronchique, se déclarèrent el devinrent tellement intenses , le 3 janvier 1848, que l'on dut faire appeler M. Ricord. La trachéotomie, jugée indispensable, fut immédiatement pratiquée, mais, pendant l'opération , soit la douleur, soit la difficulté de respirer, le malade tomba sans mouvement, et resta quelques instants sans donner signe de vie. Mu par un sentiment d'humanité, et mettant de côté toute répugnance, notre savant maître pénétra rapidement dans la cavité du larynx , appliqua ses lèvres sur les lèvres de la plaie et aspira , à plusieurs reprises, le sang et les mucosités qui obstruaient les conduits bronchiques ; un tel dévouement ne devait pas rester sans résultat ; aussi fut-il couronné d'un plein succès , car, peu de temps après, le malade revenait à la vie. L'ouverture laryngiennne nous permil de voir l'obstacle qui s'opposait à la respiration, c'était un diaphragme charnu, étendu horizontalement au niveau du 2™ anneau de la trachée artère , et percé à son centre d'une ouverture à peine suffisante pour
admettre une sonde canelée, ouverture qui servait de passage ù l'air et aux différents liquides expectorés par la toux.
» 4 Janvier. L'état du malade semblait amélioré ; il respirait plus facilement et les gargouillements bronchiques avaient disparu . Cette amélioration se soutint un mois environ , mais , au bout de ce temps, les symptômes d'asphyxie reparurent, et le malade succomba dans un état de cachexie très-pro- «oncée.
» En examinant le larynx, nous constatâmes l'absence complète des cordes vocales et des aryténoïdes ; la muqueuse laryngienne était rouge, boursouffîée , les replis aryténo-épiglottiques n'existaient plus , la partie supérieure delà trachée artère était obstruée^par un écran charnu que nous avions déjà constaté avant la mort; en un mot, il n'était plus possible de reconnaître un vestige de l'organe de la phonation; le pharynx , les piliers du voile du palais et la glotte présentaient des pertes de substance considérables. Il existait en même temps, sur d'autres parties du corps, des accidents tertiaires que nous n'avons pas à mentionner. »
« Tumeurs gommeuses du foie. — Dey, âgé de 28 ans, entra, le 27 août 1847, dans le service de M. Ricord , salle 3 , lit n° 17.
» Antécédents. — Chaudepisse, il y a huit ans, avec chancre et bubon; tous ces accidents disparurent au bout de deux mois, mais le chancre laissa à sa place une induration qui mit très-longtemps à disparaître. L'ulcère vénérien fut pansé avec une pommade mercurielle , et l'on fit, à la face interne des cuisses , des frictions avec l'onguent mercuriel. Trois ans à peu près s'écoulèrent sans que le malade éprouva le moindre accident; à cette époque, H reçut au front une blessure qui guérit avec beaucoup de difficulté , et la cicatrice qu'elle laissa fut constamment entourée de rougeurs et de boutons pustuleux.
» Il y a deux mois environ, un gonflement se développa audessus du sourcil gauche , l'oreille gauche devint le siège de vives douleurs et d'un écoulement purulent; le mouYemenl
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d'abaissement de la mâchoire se fit avec peine, et l'épaisseur de la joue gauche fut envahie par une petite tumeur obronde.
» Etal actuel.— On voit encore les traces du chancre, plus de trace d'engorgement ganglionnaire , inguinal et cervical.
» Front. — Région sous-orbitaire droite.— Gonflement au-dessus du sourcil avec rougeur de la peau; le centre de celle rougeur est recouvert de croûtes jaunâtres , irrégulières et peu épaisses , ressemblant à celles de l'impétigo. Ces croûtes reposent sur un tubercule volumineux, mobile , qui occupe l'épaisseur de la peau et les premières couches du tissu cellulaire sous-cutané.
» Région sous-orbitaire gauche. — Trois tubercules réunis de manière à former un gonflement irrégulier et bossué, audessus du sourcil gauche à peu près au niveau de la bosse frontale. Ces tubercules occupent les couches profondes de la peau et les couches superficielles du tissu cellulaire, la peau est un peu tendue et fluxionnée à leur niveau, on ne sent pas de fluctuation. Le tégument ne roule pas sur ces tumeurs puisqu'elles lui sont adhérentes, mais on peut les faire rouler en masse au-devant de l'os , ce qui indique qu'elles ne tiennent pas à sa substance. On dirait cependant que le périoste est légèrement tuméfié ; le malade ne ressent du reste aucune douleur.
» Joue gauche.— la joue gauche est tuméfiée et œdémateuse; il existe, au niveau de la commissure gauche des lèvres , une ulcération, reposant sur un tissu dur, à fond grisâtre pultacé, abords taillés à pic et légèrement décollés, dont le pourtour est entouré d'une auréole d'un brun violacé ; le centre de cette ulcération présente un tubercule saillant, rougeâtre, au sommet duquel nous trouvons un commencement de cicatrice; la base indurée proémine dans la bouche et soulève la muqueuse buccale; cette base a environ cinq centimètres de diamètre.
» Une ulcération semblable siège sur le côté gauche de la lèvre inférieure, elle est seulement moins profonde et moins indurée à la base.
» Mâchoire. — Le malade n'exécute que des mouvements
3îr4 DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES ACCIDENTS TERTIAIRES i
très-bornés avec le maxillaire inférieur, l'écartemenl n'acquiert pas plus de deux centimètres; on sent, derrière le bord postérieur de la branche ascendente gauche du maxillaire inférieur , une exostose, dont la position expliquerait très-bien l'impossibilité des mouvements.
» Jambe. — La partie moyenne externe de ia jambe présente un groupe de tubercules indolents, attenant, les uns à la peau , et les autres à la couche musculaire.
» Foie. — La région du foie est le siège d'une douleur sourde continuelle s'exaspérant quelquefois la nuit ; nous examinons le foie avec soin, au moyen du palper abdominal et de la plessimétrie , et nous constatons une matité , dont le diamètre longitudinal est de 20 centimètres , le rebord des fausses côtes est de beaucoup dépassé par le bord tranchant de cet organe. Le malade ayant éprouvé des accès de fièvre intermittente, nous n'osons pas nous prononcer sur la nature de l'engorgement du foie, on ne constate pas de bosselures à la surface.
» Cependant il nous est permis de croire à la présence , dans cet organe , de quelques tubercules de la nature de ceux qui siègent dans les autres parties du corps.
» Les accidents que nous venons d'énumérer tiennent, d'un côté, aux secondaires, et d'un autre, aux tertiaires, aussi, M. Ricord administre-i-il le traitement des accidents de transition: 3 grammes iodurede potassium, une pilule deprotoiodure de mercure contenant cinq centigrammes; tisane amère, solution iodurée à 2 p. OjO pour panser les ulcérations.
» 7 Septembre. On met un emplâtre de Vigo sur la jambe, et un vésicatoire volant sur la région du foie
» L'induration qui entourait les ulcérations de la joue a diminué de moitié ; les plaies ont bon aspect et sont en voie de guérison. La dégénérescence plastique du jambier antérieur droit est en voie de résolution
» Le malade a éprouvé quelques frissons , qu'il attribue au retour de la fièvre intermittente.
» 13 Septembre. Cicatrisation du tubercule qui occupait la commissure gauche de la bouche, il reste une légère indura-
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tion La myosile plastique du jambier antérieur a bien diminué aussi, tes dimensions du foie sont moindres ei lesdouleurs dont il était le siège ont disparu presque entièrement.
» 17 Septembre. Nous mettons un emplâtre de Vigo sur la région du foie et nous constatons une diminution en hauteur de six centimètres, son diamètre longitudinal n'a plus que 14 centimètres; même traitement.
» 12 Octobre. Tout est rentré dans l'état normal : les mou vements de la mâchoire sont libres, c'est à peine si l'on sent encore quelques traces d'induration à la partie moyenne du jambier antérieur et une légère teinte rouge à la place des syphilides qui siégeaient au front et à la joue, »
Cette observation est intéressante sous le rapport de l'affection du foie et de sa diminution progressive et rapide sous l'influence de l'iodure de potassium, guérison coïncidant avec la disparition des accidents syphilitiques superficiels que nous avions pu constater.
Nous avons aussi connaissance d'un cas d'affection du foie accompagné d'ascite, coexistant avec des symptômes de transition et tertiaires sur d'autres parties du corps. L'ascite et l'affection du foie disparurent avec les autres symptômes syphilitiques apparents, pendant l'administration du protoiodure de mercure et de l'iodure de potassium.
Des tubercules tertiaires développés sur le trajet des veines qui traversent le foie, ne peuvent-ils pas comprimer ces vaisseaux et déterminer l'ascite comme la détermine lacyrrhose?
Le cerveau peut aussi être le siège de tumeurs gommeuses qui compriment d'abord simplement la substance célébrale et, plus tard, l'enflamment et la détruisent. 11 ne nous a pas> été donné d'observer des exemples de celte affection , mais M. Ricord a eu l'occasion d'en observer.
Le poumon subit aussi, quelquefois, l'influence de la syphilis ; des tubercules tertiaires s'y développent et deviennent le point de départ de symptômes de phthisie , pulmonaires , mais la nature de ces accidents , une fois reconnue } on
les fait promptement disparaître par l'iodurc de potassium lundis que la phihisie véritable est , selon nous, incurable.
Syphilis des nouveaii-nês. — Le père ou la mère, ou les deux à la fois , sont sous l'influence de la diathèse au moment de la fécondation , ou bien la mère contracte la syphilis constitutionnelle pendant la gestation. Dans tous ces cas, l'enfant peut venir au monde avec le principe syphilitique, et présenter des manifestations à une époque plus ou moins rapprochée delà naissance. La présence chez le père ou la mère d'accidents constitutionnels, au moment de la conception, n'est pas une condition indispensable , il suffît, en effet, qu'ils soient actuellement sous l'influence de la diathèse.
Le petit nombre de nouveau-nés infectés, qu'il nous a été donné d'observer , nous a démontré que les manifestations syphilitiques avaient, à peu de chose près, chez eux, le même caractère que chez l'adulte. Ainsi, l'ordre d'évolution ne change pas et la forme deséruptions est la même; cependant, parmi les symptômes qui affectent les téguments , il en est un , la plaque muqueuse, qui l'emporte sur tous les autres et par sa fréquence et par son extension. En effet, la plaque muqueuse apparaît ici, non-seulement sur les régions qu'elle affecte habituellement chez l'adulte, mais encore sur beausoup d'autres points de la surface cutanée où existent des replis plus ou moins profonds, comme la partie supérieure et postérieure des cuisses, les aisselles et les replis du cou. Celte prédisposition , des téguments du nouveau-né, aux plaques muqueuses, tient à leur excessive finesse et à leur grande vascularité, propriétés qui rapprochent leur structure de celle des membranes muqueuses. Dans ces divers cas, les papules muqueuses peuvent devenir très-larges et prendre, si on les laisse marcher, la forme de tubercules; Elles suintent une humeur muqueuse abondante qui irrite les parties voisines, et détermine, sur elles, des rougeurs eczémateuses très-douloureuses.
Les formes sèches sont ici beaucoup plus rares que chez l'adulte. En effet, la surface des papules, au lieu de se recouvrir de squames sèches plus ou moins épaisses, sécrète une
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matière molle, puUacée, qui les assimile aux pustules plaies, la forme pustuleuse est au contraire irès-commune.
Les surfaces muqueuses présentent aussi très-souvent , chez les nouveau-nés, des accidents syphilitiques; ce sont en général des plaques muqueuses très-fréquenies , surtout sur les lèvres et sur la langue. Mais nn symptôme que l'on a fréquemment rencontré, et sur lequel M. Trousseau a appelé l'attention d'une manière spéciale , c'est un coryza très-grave avec suintement muco-purulent ou séro-sanieux , mêlé trèssouvent de stries sanguines, qui gêne les fonctions de la respiration et l'allaitement. Ce corysa est la conséquence d'ulcérations plus ou moins larges et profondes de la membrane piluitaire, ulcérations qui , abandonnées sans traitement , détruisent à la longue l'épaisseur de celte membrane fibro-muqueuse, pour s'emparer de l'os et le nécroser.
Un de nos anciens collègues et amis , M. Gubler , actuellement chef de clinique de la Faculté et médecin du bureau central , vient de faire paraître un travail très-intéressant sur une nouvelle affection du foie , lice à la syphilis héréditaire chez les enfants du premier âge.. C'est en 1847, pendant son internat à l'hôpital Necker , que notre collègue des hôpitaux a découvert la maladie hépathique dont il s'agit. N'ayant pas ce travail sous les yeux , nous ne saurions mieux faire que de reproduire le compte-rendu que M. Fauconneau-Dufresne en a donné dans Y Union Médicale du 31 août 1852.
L'altération du foie qui la constitue est tantôt générale et tantôt partielle. L'organe offre la teinte jaune du silex, au milieu de laquelle on peut remarquer un semis de petits grains blancs et des arborisations appartenant à des vaisseaux exangues ; il est sensiblement hypertrophié, arrondi et durci; son tissu est en même temps élastique , à l'incision , il crie un peu sous le scalpel , et les coupes sont irès-nelte; en le pressant, au lieu de sang, on fait sourdre une sérosité jaunâtre, assez abondante, qui se coagule comme les dissolutions albumineuses; un essai, qu'il serait nécessaire de renouveler, n'y a pas constaté de sucre. Des injections , faites avec soin , ont démontré que les réseaux capillaires sont oblitérés, ei
même que le calibre des vaisseaux d'un ordre plus élevé est considérablement rétréci. L'examen microscopique fait reconnaître la présence d'éléments fibro-plastiques et d'un liquide albumineux infiltrant le parenchyme de la glande, et dissociant, étouffant même ces éléments propres; circonstances d'où dépendent l'augmentation du volume , la forme globuleuse et la substitution de la nuance jaune-fauve à la coloration rouge-brun , ainsi que la plus grande facilité du foie à se laisser traverser par la lumière. —M. Gubler a dirigé aussi ses investigations vers les adultes affectés de syphilis constitutionnelle, et, sur plusieurs individus qui avaient succombé dans la période tertiaire , il a trouvé une altération analogue à celle qu'on décrit sous le nom de cirrhose, en sorte que , selon lui , certains étals granuleux reconnaîtraient pour origine le virus syphilitique.
Cette induration plastique du foie, constatée par MM. Cruveilhier , Trousseau , Depaul, Lebert, etc., a pris, dès aujourd'hui, droit de domicile dans le cadre nosologique. Elle ne paraît s'être montrée dans aucune autre maladie générale que dans la syphilis congéniale. Les manifestations extérieures de celle-ci étaient parfaitement caractérisées ; c'étaient des taches psoriasiques , des pustules d'ecthyma lenticulé , tin ecthyma profond ulcéré , des plaques muqueuses , des fissures au pourtour des ouvertures naturelles et dans les plis des jointures, l'inflammation des fosses nasales, avec sécrétion purulente et sanguinolente. L'affection du foie en question peut se développer pendant la vie intra utérine; deux cas de ce genre ont été recueillis par M. Desruelles, ex-interne de la Maison d'accouchements , et qui s'occupe avec zèle des maladies du fœtus.
On ne peut pas encore tracer le tableau symptômalique de -cette affection syphilitique du foie des jeunes enfants. Jusqu'à présent , le travail morbide qui lui donne naissance ne s'est révélé que par des symptômes de péritonite. On a remarqué, chez ces petits sujets , des gémissements , de l'agitation dans les membres abdominaux , des vomissements , de la diar-
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rhée ou de la constipation, le méihéorisme et la sensibilité du ventre, l'accélération et la petitesse du pouls, l'altération et l'effilement des traits, l'excavation des yeux qui s'entourent d'un cercle bleuâtre, l'abattement et le refroidissement des membres. Il est remarquable que l'ictère n'ait point été observée. L'hypertrophie du foie doit être recherchée par le palper , comme l'un des signes qui peuvent accuser l'induration plastique de ce viscère.
L'auteur rapporte cinq observations relatives à cette maladie; il en a recuilli neuf jusqu'à présent. Parleur examen» on peut se rendre compte jusqu'à quel point la syphilis peut contribuer à augmenter la mortalité du premier âge de la vie, d'autant que la thérapeutique ne paraît pas devoir jouer un rôle bien essentiel contre de semblables lésions. M. Gubler, toutefois , ne désespère pas complètement de l'utilité de son action ; il pense que l'iodure de potassium , et même le protoiodure d'hydrargyre, à des doses proportionnées à la délicatesse d'organisations aussi tendres, ne seraient peut-être pas sans quelques résultats.
Les observations d'affections tertiaires du foie, que nous avons faites sur l'adulte, viennent à l'appui des recherches queM. Gubler a publiées sur l'hépatite syphilitique des enfants en bas âge. Aussi , comme nous l'avons fait observer déjà, on ne saurait interroger, avec trop d'attention , les antécédents des malades, lorsqu'on a affaire à certaines hydropisies, à certaines affections hépatiques dont on ne peut découvrir les causes.
Nous avons jusqu'à présent passé sous silence le pemphygus des nouveau-nés , que M. Dubois semble ranger invariablement parmi les accidents syphilitiques ; nous ne nions pas que, dans plusieurs cas, cette éruption ne tienne à la syphilis héréditaire, car c'est une de celles que nous avons décrites parmi les antécédents de la seconde période-, mais, de là à admettre qu'elle est constamment la conséquence de la syphilis, il y a encore loin. D'ailleurs, à quel signe la distinguer du pemphigus vulgaire ? il n'en existe aucun . Le pemphygus, comme toutes les éruptions à forme grave, atteint
les constitutions débiles, émaciées, qui se développent dans de mauvaises conditions. La syphilis ne peut-elle pas, au moyen de son principe essentiellement hyposthénisant, détériorer la constitution, comme le ferait un altérant simple, et occasionner une éruption grave non spécifique? Quoiqu'il en soit, vulgaire ou spécifique, cet accident est souvent une cause de mort pour l'enfant.
Les éruptions qui occupent des parties soumises au frottement . à une compression soutenue , ou exposée au contact des déjections toujours irritantes de l'enfant, s'ulcèrent fréquemment, et deviennent le siège de larges plaies suppurantes. Cette complication se rencontre surtout à la région des fesses et à la partie supérieure des cuisses.
Les enfants qui naissent syphilitiques , sont peu développés, étiolés, leurs chairs sont flasques; leurs téguments plissés et terreux semblent trop grands pour le volume du corps, et présentent des rides nombreuses et profondes; ils ressemblent à de petits vieillards. D'ailleurs, ils meurent souvent peu de jours après la naissance, et, dans beaucoup de cas, la mort n'attend pas le terme de la grossesse. Nous avons pu prédire, à quelques-uns de nos malades qui s'étaient laissés entraîner par le désir d'être père, pendant qu'ils étaient en pleine période secondaire, nous avons pu leur prédire, disje, que leur enfant n'arriverait pas à terme; plusieurs fois déjà nos craintes se sont malheureusement réalisées. Nous devons ajouter , néanmoins, que quelques faits démontrent que la syphilis, même à la période secondaire, ne se transmet pas fatalement aux enfants; on sait aussi qu'à la période tertiaire elle n'est plus transmissible comme syphilis, mais qu'elle prédispose seulement aux scrofules.
Dans aucun cas, les enfants ne sont atteinis d'accidents primitifs par le mécanisme de l'hérédité; s'ils en présentent, c'est qu'ils leur ont été communiqués pendant la parturition , par la mère atteinte de chancres en période de progrès, par la nourrice ou par d'autres personnes affectées des mêmes accidents. Quant à la prétendue communication de la syphilis, par l'ingestion du lait provenant d'une nourrice infectée, ou
atteinte do plaques muqueuses au mamelon, nous l'avons déjà combattue dans nos Considérations Générales sur le mode de transmission du principe syphilitique.
Cachexie syphilitique. — Rigoureusement parlant, la cachexie syphilitique ne constitue pas une période avec des caractères à part . elle peut , à notre avis, se manifester aussi bien dans le courant des accidents secondaires que pendant les accidents tertiaires.
Ses causes doivent être recherchées dans la constitution de l'individu , et dans d'autres complications morbides étrangères à la syphilis. Le scorbut, les scrofules, la phthisie, les médications mercurielles intempestives , la persistance et la multiplication des accidents syphilitiques locaux ; leur siège sur des organes essentiels à la vie, sont les causes ordinaires de cet état général. On a dit aussi qu'elle était le résultat de plusieurs infections ; nous rejetons absolument cette dernière cause, par la raison simple qu'il nous est démontré que l'on ne peut subir qu'une seule infection en sa vie.
Nous n'avons jamais vu la cachexie syphilitique s'établir par l'eflet seul de la diathèse , c'est-à-dire sans accidents locaux , ce qui nous porte à croire qu'elle prend son point de départ dans la persistance et dans la multiplication de ces accidents , joints à une mauvaise disposition antérieure du sujet. Les premiers effets de la cachexie syphilitique sont un affaiblissement général avec défaut d'appétit. La peau se dessèche, se ride et devient terreuse ; elle se recouvre de furfures qui se détachent au moindre frottement. Les accidents, de quelque nature qu'ils soient, et ce sont souvent des éruptions ecthymateuses ou des rupias, se multiplient, et, loin de guérir sous l'influence du traitement, s'étendent en ulcérant de proche en proche les téguments voisins; le pourtour de ces éruptions devient brun-violacé plus ou moins foncé, leur fond est gris, rouillé, quelquefois sec, et d'autres fois humecté par un pus brun chargé de détritus , une fièvre lente avec exacerbation le soir s'allume et concourt à l'anéantissement des malades, une toux opiniâtre, tantôt sèche, tantôt suivie d'expectoration muco-purulenie, s'ajoute aux symptômes
précédents, enfin , la diarrhée colliquative et des sueurs nocturnes très-abondantes viennent annoncer le terme prochain de ces souffrances. En effet, les malades ne peuvent plus supporter ni nourriture, ni médicament, et leur vie s'éteint lentement sans qu'ils soient en proie à de trop vives douleurs.
L'autopsie montre différentes lésions dans la gorge, le larynx, l'œsophage et les intestins; la peau et les muqueuses présentent souvent des taches ecchymotiques plus ou moins confluentes et quelquefois de véritables pétéchies.
Nous avons observé, dans un cas, de petites érosions sur la plèvre pulmonaire.
D'après ce que nous venons de dire, la cachexie est plutôt l'effet d'une complication étrangère à la syphilis , ou des lésions locales occasionnées par la diathèse, que l'effet direcs de cette diathèse. D'ailleurs, nous ne connaissons aucune observation de cachexie, établie sous l'influence seule de la diathèse et sans lésion locale.