‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 69 sur 90 · CHAPITRE fit · texte numérisé non relu

CHAPITRE fit

De révolution de la Syphilis»

Après avoir fait la description détaillée de tous les accidents occasionnés par le virus syphilitique , nous devons , pour ne laisser aucun doute sur la doctrine que nous venons d'exposer, reprendre ces accidents un à un sans les décrire, et les grouper suivant leur ordre de succession, afin de montrer quel est leur mode d'enchaînement.

Le principe de la syphilis réside dans un virus combiné avec la matière purulente qui découle d'un chancre à la période de progrès. Ce virus , déposé à la surface des téguments dénudés, entre de suite en action et produit, au bout d'un temps variable , une ulcération semblable à celle dont il émane. 11 n'y a donc pas de période d'incubation entre l'application de la cause et son action.

Le nouveau chancre a la propriété de sécréter, pendant un certain temps (période de progrès), un pus doué des mêmes propriétés que celui qui l'a produit, et passe, enfin, à la période de réparation, pendant laquelle il se comporte comme une plaie simple.

L'action du virus syphilitique est, le plus souvent, simplement locale, et l'accident primitif parcourt ses différentes phases sans empoisonner la constitution. Mais dans quelques cas, malheureusement trop fréquents , ce virus est absorbé et va développer , dans l'organisme , la diathèse syphilitique.

11 est à remarquer, cependant, que, lorsqu'on a pu détruire le chancre avant le quatrième jour, les malades ont presque toujours été préservés de l'infection ; il paraîtrait donc que l'absorption du virus ne se fait presque jamais avant ce délai.

Dans aucun cas, le chancre n'est transmissible par hérédité.

L'ulcère primitif peut dévier de sa marche ordinaire, et passer à l'état phagédénique, il occasionne alors des destructions plus ou moins grandes,et dure quelquefois indéfiniment. Ordinairement il produit des accidents de voisinage, dont les plus fréquents sont l'adénite et la lymphite.

L'adénite, accident successif, est simple ou virulente. Dans le premier cas, elle est le fait d'une irritation simple; dans le second, elle résulte del'inoculationdu pus vénérien transporté paries lymphatiques dans une des glandes voisines. Le bubon virulent suppure fatalement et la plaie revêt tous les caractères du chancre, c'est un véritable chancre ganglionnaire. Le chancre, suivi de bubons inoculables, est très-rarement suivi d'infection constitutionnelle.

Le chancre ne se comporte pas toujours ainsi : assez fréquemment , après une époque variable du quatrième au quinzième jour, mais dépassant très-rarement ce délai, il s'indure et donne lieu à l'engorgement indolent des ganglions les plus voisins. Dès lors , la diaihèse syphilitique est établie, et l'économie ne tarde pas d'en ressentir les fâcheux effets. Les ganglions cervicaux postérieurs s'engorgent dans la plupart des cas : une céphalalgie nocturne , des douleurs rhumatoïdes prcearticulaires, l'alopécie, des tintements d'oreille, en un mot, tous les prodromes que nous avons décrits, se déclarent, et , dans la circonscription des six mois qui suivent l'induration , des symptômes secondaires apparaissent. Leur siège est sur la peau et sur les muqueuses accessibles. Ils commencent par la superficie et gagnent, en profondeur, à mesure qu'on s'éloigne du début de l'infection. On observe successivement l'érythème simple, l'érythème papuleux, des papules, des vésicules, des pustules, des tubercules superficiels et, enfin , des tubercules d'épaisseur qui annoncent le moment de transition de la période secondaire à la période tertiaire.

La sécrétion, fournie par les accidents secondaires, n'est pas inoculable; on a cru trouver des exceptions à cette loi ,

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exceptions doni on a fait grand bruit ; mais en présence des nouveaux résultais négatifs que nous venons d'obtenir, en inoculant le pus pris sur des ulcérations secondaires des amygdales , sur des ulcérations secondaires de la lèvre supérieure et sur des ecthymas secondaires de la jambe, il nous est impossible d'expliquer ces faits exceptionnels autrement que par une erreur dans le diagnostic des accidents qui ont fourni le pus à inoculer. Nous devons ajouter aussi que les adénites consécutives au chancre induré ne suppurent pas ordinairement, et que, dans les cas rares ou par une cause étrangère à la syphilis , elles viennent à abcéder ; le pus qu'elles sécrètent n'est jamais inoculable. Les accidents secondaires sont transmissibles par voie d'hérédité.

Après les accidents secondaires, arrivent les tertiaires ; ces derniers apparaissent très-rarement avant le sixième mois qui suit l'infection ; mais leur dernier terme est bien difficile à déterminer puisqu'ils peuvent se manifester 10, 20 et 30 ans après l'induration du chancre.

Les accidents teniaires occupent le tissu cellulaire souscutané et sous-muqueux, le tissu fibreux, musculaire, osseux et leparanchime des organes situés profondement, foie, cœur, poumons, cerveau, testicule, etc..

La lésion qui les constitue est, tantôt une dégénérescence plastique, tantôt une production anormale, d'abord très-petite, et qui peut acquérir le volume d'une noix. Cette lésion se termine par suppuration , ou se transforme en une matière fibreuse qui devient, à la longue, cartilagineuse et passe ensuite à l'ossification pour rester stationnaire.

Les symptômes tertiaires ne sont pas plus contagieux que les secondaires, leur pus n'est pas inoculable; ils ne sont plus transmissibles par voie d'hérédité, mais déterminent chez les enfants une disposition aux scrofules.

Telle est l'évolution naturelle de la syphilis.

L'observation démontre chaque jour, que la diaihèse syphilitique n'est pas susceptible de guérison, et que les agents thérapeutiques qu'on lui oppose n'agissent que sur ses manifestations, soit pour les faire disparaître , soit pour les retar-

der. Ainsi le mercure, administré a;i début de l'infection, ajourne, pendant un certain temps, l'apparition des accidents secondaires, et, si le traitement a été convenablement observé, ce temps peut être assez long pour simuler une guérison complète.

La diathèse syphilitique ne préserve pas de nouveaux accidents locaux , n'empêche pas l'action locale du virus, mais elle détruit l'aptitude à l'infection,- aussi n'a-t-on des chancres indurés et la syphilis constitutionnelle qu'une fois :en sa vie.

La doctrine que je viens d'exposer est celle de M. Ricord , et que Hunier et Thierry de Héry avaient déjà entrevue. Hunier admettait, comme première manifestation, des accidents locaux et, après eux, les symptômes consécutifs ou constitutionnels. Les premièrs se développaient sur la peau, les amygdales, la face interne de la bouche, qui étaient, pour le célèbre syphilographe, les parties du premier ordre. Les autres affectaient les parties du second ordre, périoste , aponévroses et os.

A côié de cette doctrine, si conforme à l'observation clinique, s'en élève une autre toute différente, admise par un certain nombre de médecins, et patronnée par M. Cazenave.

D'après les idées de M. Cazenave , l'infection générale se produit d$s le principe, et aussitôt que le contact infectant a eu lieu. Il existe, comme dans la rage, la variole et les autres maladies virulentes, une période d'incubation de 3 à 40 jours , pendant laquelle on n'observe aucun symptôme appréciable. Les choses se passent absolument de la même manière dans l'inoculation artificielle: la piqûre se guérit, et, ce n'est qu'après un temps variable , que le point contaminé devient le siège spécial des lésions qui présentent un caractère spécial. Le symptôme primitif n'est donc pas le premier mode d'action de la syphilis , mais bien la première expression phénoménique de l'infection, et, alors qu'il se manifeste, la maladie est déjà commencée. Les symptômes qui accusent les premiers effets de l'infection, sont les symptômes primitifs. Les symptômes secondaires se présentent après un temps plus ou moins

long, et lorsque tous les signe* de l'infection première ont complètement cessé. M. Cazenave admet aussi que l'absorption peut se faire sans lésion préalable, comme dans le cas de bubon ^d'emblée. Les symptômes primitifs, expression de i'empoisonnement syphilitique aigu , sont: la blennorrhagie, îe chancre, le bubon, le tubercule muqueux et les syphilides. Les phénomènes se montrent le plus souvent sur l'organe contaminé, mais ils peuvent prendre un caractère de généralité qui constitue la syphilis d'emblée de quelques auteurs; or, celle manifestation ne diffère des autres|symptômes primitifs qu'en ce qu'elle n'a pas lieu sur un point contaminé, et qu'elle offre un caractère géuéral. Les symptômes primitifs sont l'expression de l'empoisonnement aigu.

Après que l'état aigu s'est dissipé , et, dans un délai variable de six mois à un grand nombre d'années , on voit apparaître les symptômes secondaires; ils peuvent être fournis par la peau, les membranes muqueuses, le tissu fibreux et le lissu osseux. On voit par là, que M. Cazenave n'attache aucune importance à la distinction que l'on a établie entre les diverses classes d'accidents syphilitiques, puisqu'il place les syphilides à la fois dans le rang des symptômes primitifs et dans celui des symptômes secondaires.

Les partisans de la, doctrine que nous venons d'exposer , n'ayant pu trouvé , dans l'expérimentation et l'observation clinique, aucun fait qui vint exclusivement à l'appui de leurs idées, ont invoqué l'analogie. La syphilis a été assimilée par eux à la pustule maligne , à la morve , à la rage , à la vaccine et à d'autres maladies virulentes , et c'est de cette manière qu'ils ont prétendu prouver que le virus syphilitique était d'obord absorbé et ne se manifestait {localement qu'après un?ceriain temps d'incubation.

Il nous semble que cette façon de traiter une question aussi importante est un peu légère, et, du reste, dans leurs conclusions, ils n'ont pas tenu compte des opinions divergentes émises sur le sujet qui leur a servi d'analogie. En effet, nous croyons être dans la vérité en disant : que les trois quarts des praticiens ont interprété les faits sur lesquels ils s'ap-

payent , dans un sens tout opposé à ce que l'on a écrit en faveur de l'infection immédiate et de l'incubation.

Prenons la pustule maligne; pour tout médecin qui a étudié son évolution, il est évident que la maladie est d'abord locale et qu'elle ne devient constitutionnelle que lorsqu'on l'abandonne à elle-même; mais si l'on a le soin de cautériser profondément la vésicule dès sa première apparition, on lue le virus sur place et l'on prévient l'infection. Nous avons souvent acquis la preuve de ce que nous venons de dire pendant notre internat à l'hôpital de la Pitié, que le voisinage de nombreuses tanneries met à même de recevoir un certain nombre de SHistules malignes. Il n'est pas de praticien consciencieux qui n'ait eu l'occasion de faire les mêmes remarques.

Que fait-on en présence d'une morsure de vipère ou de chien enragé? ne se hâte-ton pas de cautériser les parties contaminées afin , non seulement de détruire le virus déposé sur elle, mais de déterminer une inflammation qui s'oppose à l'absorption? Quel médecin, en présence de tels accidents, oserait croiser les bras et attendre patiemment l'effet de quelques remèdes internes , dirigés contre le virus prétendu absorbé. Personne , du reste , n'ignore les bienfaits de la cautérisation pratiquée de bonne heure.

D'après les observations de M. Renault , le virus de la morve semblerait être absorbé avec une grande rapidité. Le professeur d'Alfort a cautérisé quarante-huit heures, vingt-quatre heures et même douze heures après l'inoculation , sans pouvoir prévenir le développement de la maladie. Peu-être pourrait-on arriver à quelque résultat, une, deux, quatre, six heures après l'implantation du virus.

L'inoculation de la vaccine donne lieu à une pustule dans îa circonscription de quatre à huit jours; mais comment prouver que le développement de cette pustule n'a eu lieu qu'après l'action générale du virus? Des hommes également distingués ont résolu cette question d'une manière toute opposée. M. Husson et, avec lui, un grand nombre de médecins pensent que la vaccine est d'abord une maladie locale et qu'elle ne se généralise qu'au moment de la réaction qui ac-

compagne la suppuration des pustules; la préservation ne commence à se produire que vers le 9meou 10mojour. Grégory soutient que la préservation n'esl assurée qu'au '2lme jour.

D'après M. Bousquet , la vaccine est d'abord une maladie générale, le virus pénètre toute l'économie avant l'apparition des pustules et la préservation a lieu au 4mejour. A l'appui de son opinion, il avance qu'on n'est jamais parvenu à inoculer avec succès la variole à un individu vacciné depuis plus de quatre jours.

D'un autre côté, M. Mougenot produit une vaccine au 6mo jour de la première; M. Taupin inocule avec succès , au 6me jour, des enfants avec du vaccin pris dans les boutons dont ils étaient porteurs. Que l'on consulte les résultats obtenus récemment par les expériences de Eichhorn, un des partisans des idées de M. Bousquet, a II vaccine plusieurs enfants; huit » jours après, les pustules étant bien développées, il les re- » vaccine: chez l'un rien; l'aptitude est perdue ; chez un au- » tre la pustule paraît , mais modifiée, et parcourt toutes ses » périodes dans un temps moitié moindre que les premières; » chez un troisième il y a reproduction de pustules aussi » complètes que si le sujet était vacciné pour la première fois, » et, cependant, il y a déjà huit jours d'infection. Que con- » dure de là? que dans le premier cas la vaccine avait agi » complètement ; dans le second , incomplètement ; dans le » troisième, évidemment , elle n'avait d'abord agi que loca- » lement. (Ricord, Gazelle des Hôpitaux , 10 juin 1848). »

Des faits que nous venons de mentionner, il résulte : l°que le mode d'absorption varie d'un virus à l'autre; 2° que le même virus ne se comporte pas de même chez tous les individus et aussi chez le même individu à des époques différentes; 3° qu'entre l'application du virus et son passage dans l'économie il existe, le plus souventun laps de temps qui varie suivant une foule de circonstances ; 4° qu'il est le plus souvent possible d'empêcher l'action générale du virus en cautérisant les parties dans les premiers moments qui succèdent à l'inoculation.

L'analogie dont on a fait si grand bruit serait donc encore

en faveur des idées de M. Ricord. Mais nous ne voulons pas nous en servir comme de point d'appui. Laissons à nos adversaires la seule cuirasse, bien faible , il est vrai, qui puisse Ses protéger contre les traits virulents de l'inoculation, et confions à la lancette , imprégnée de virus , le soin de renverser les arguments déguenillés dans lesquels ils se drapent avec tant de fierté.

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