Rien d'apparent, si l'on excepte la marque de la piqûre
18. L'animal agite sa tête et la baisse du côté inoculé, comme pour se gratter; je constate, au niveau de la piqûre, un durillon du volume d'une tête d'épingle.
19. La piqûre est recouverte d'une croûte au-dessous de laquelle je constate une ulcération superfîcielie arrondie d'une ligne de diamètre qui suinte une humeur purulente laiteuse. Cette plaie repose sur un durillon dont on voit la saillie sur la face externe correspondante de l'oreille , et dont on sent le volume et la consistance au moyen du touché.
Je prends du pus sur cette plaie, et l'inocule à la face interne et inférieure de l'oreille gauche du même animal, qui, quoique toujours gai et joueur , ne mange qu'avec répugnance.
20. L'inoculation du 16 août, toujours recouverte d'une croûte d'un jaune-roussâtre, présente une plaie arrondie, blafarde, de laquelle découle une certaine quantité de pus blanc laiteux , je prends cette sécrétion sur une lancette propre et me l'inocule à la partie inférieure et esterne du bras gauche , pour constater si elle est de nature chancreuse, et commencer ainsi la série des inoculations qui doivent me conduire à la syphilisation préventive.
L'inoculation pratiquée, le 19, sur l'oreille gauche de l'animal, est encore à l'état de simple piqûre.
21. Le chancre de l'oreille droite est toujours dur, recouvert d'une croûte et suinte du pus laiteux.
L'inoculation de l'oreille gauche repose sur un durillon arrondi, surmonté d'une croûte brunâtre. J'enlève la croûte et j'obtiens, par la pression de la plaie, une humeur purulente sanguine que j'inocule avec une lancette propre, à la partie supérieures postérieure de mon avant-bras gauche. Je laisse ensuite dessécher la piqûre à l'air et la recouvre d'une bande.
L'inoculation pratiquée , le 20 , sur mon bras gauche , avec le pus pris sur l'oreille gauche du chat , présente une auréole rougeâtre foncée au centre correspondant à la piqûre.
22 Le chancre de l'oreille gauche du chat repose sur un durillon irès-circonscrit , du volume d'un pois cassé , rouge à sa base, et recouvert d'une croûte épaisse des bords de laquelle on exprime une certaine quantité de pus laiteux. Cette croûte détachée laisse à nu-une ulcération arrondie de deux lignes de diamètre baignée de pus.
J'inocule ce pus à la face interne de l'oreille gauche d'un autre chat de deux mois très-bien portant.
Des deux inoculations pratiquées, l'une sur la partie inférieure et externe de mon bras gauche, avec le pus de l'ulcération de l'oreille droite du chat , et l'autre pratiquée à la partie supérieure et postérieure de mon avant-bras gauche , avec le pus pris sur l'ulcération de l'oreille gauche du même animal rla première est entourée d'un cercle rouge vif, d'un centimètre et demi de diamètre, au centre duquel apparaît un point purulent de la grosseur d'une tête d'épingle, il y a trèspeu d'engorgement, et la douleur est d'ailleurs très-supportable ; la deuxième présente une auréole rouge de deux centimètres au moins de diamètre , qui fait une légère saillie audessus du niveau de la peau, auréole dont le centre, d'une couleur vineuse, est accuminé et surmonté d'un point brunâtre qui indique le point d'implantation du virus. La base de l'inoculation est dure et engorgée comme un furoncle ; la face interne du coude est le siège d'une douleur sourde qui augmente parla pression et par le frottement; au niveau de ces parties douloureuses, je constate une traînée rougeâtre qui , se détachant de l'auréole rouge qui entoure l'inoculation, contourne le bras au-dessous du coude, et vient au-devant de l'épitrochlée où elle prend la dimension d'une pièce de deux francs, se rétrécit ensuite pour remonter, sous forme de bande étroite, le long de la face interne du bras , parallèlement aux vaisseaux et nerfs de cette région. L'aisselle, quoiqu'un peu engourdie , n'offre pas d'engorgement appréciable ; j'éprouve delà céphalalgie, de l'inappétence et une douleur fixe dans l'épaule gauche. Je fais part de ces accidents à mes amis et collègues MM. Bouffier et Clarion qui me conseillent d'arrêter la marche de ma dernière inoculation avec la pâte de Vienne.
En présence de ces symptômes , je n'ose pousser plus loin les inoculations , et j'applique immédiatement le caustique. J'obtiens en un quart-d'heure une escharre d'un centimètre de diamètre que je recouvre d'une plaque de diachylon ; je laisse marcher la première inoculation , afin de pouvoir continuer l'expérience lorsque le caustique aura mis fin aux accidents de la seconde.
Vers la fin de la journée, l'escharre est entourée d'un cercle inflammatoire très-étendu, la lymphite persiste , l'aisselle est endolorie, toujours sans engorgement appréciable , le bras est fatigué et engourdi.
Mon appétit est revenu , j'éprouve peu de la douleur.
23. La dou leur est presque nulle sur les parties cautérisées, la rougeur inflammatoire a diminué, la traînée rougeâtre mentionnée la veille est interrompue, on ne la voit plus partir des abords de l'inoculation. La lymphangite semble s'être concentrée sur deux points principaux , sur un ganglion situé au-devant de l'épitrochléeetun des ganglions superficiels de l'aisselle.
La partie cautérisée suinte une humeur brunâtre ténue.
L'inoculation non cautérisée présente une ulcération d'une ligne de diamètre taillée à pic, humectée d'un pus épais, jaunâtre et entourée d'une auréole rouge; c'est un véri ta ble chan cre que je panse avec la charpie sèche , maintenue par un morceau de diachylon.
J'inocule le pus de cette ulcération à la face interne et inférieure de l'oreille droite de mon second sujet que j'avais inoculé la veille à l'oreille gauche avec le pus de son compagnon.
Vers la fin delà journée, l'engorgement ganglionnaire épitrochléen devient très-douloureux et augmente beaucoup, les vaisseaux lymphatiques qui se détachent de sa partie supérieure pour remonter vers l'aisselle, sont marqués par une rougeur inflammatoire; quoique la lymphite n'arrive pas jusqu'à l'aisselle, je ressens des élancements dans cette région devenue le siège d'un engorgement superficiel douloureux à la pression. Tout le membre est chaud et lourd, j'éprouve du malaise, de l'inappétence, des frissons erratiques et une
chaleur sèche à la paume des mains; voulant à tout prix arrêter la lymphiie, et, instruit par l'expérience que les sangsues et les émollients étaient quelquefois impuissants, j'ai l'idée de iracer à la face interne du bras, là où semble se terminer la traînée rougeûtre, une ligne démi-circulaire au moyen d'une cautérisation au nitrate d'argent, pensant qu'elle produira î'efl'et qu'on en obtient quelquefois contre l'érysipèle. Cette cautérisation , quoique faite sur des parties non dénudées , me cause une vive cuisson. Je me borne à recouvrir l'adénite épitrochléenne avec un morceau de diachylon, pour empêcher le frottement.
L'inoculation pratiquée, le 22, à l'oreille gauche de mon second sujet avec le pus pris sur l'oreille gauche du premier , ne présente aucun phénomène digne d'être nolé.
24. L'escharre de la cautérisation ne se détache pas encore, la lymphiie s'est arrêtée à la ligne tracée avec le nitrate d'argent, l'aisselle présente toujours un engorgement douloureux , l'adénite épitrochléenne n'a pas diminué ; l'inoculation non cautérisée s'aggrandit en surface et suppure aboudam meut.
Pour ce qui regarde mes chats, l'inoculation pratiquée, le 16 août, à l'oreille droite du premier, semble marcher vers la guérison et ne présente plus qu'un petit grain dur surmonté d'une croûte.
L'inoculation pratiquée, le 19, à l'oreille gauche du même sujet avec du pus pris sur lui-même, présente un noyau trèsdur circonscrit et recouvert d'une croûte semblable à une lentille de moyenne grosseur. Au-dessous de cette croûte est une ulcération arrondie taillée à pic, recouverte d'une matière purulente laiteuse.
Je pratique deux inoculations avec du pus nouveau d'une ulcération primitive en période de progrès , siégeant sur le gland d'un malade , à savoir : une sur l'oreille droite au-dessus de la précédente, et l'autre sur l'oreille gauche.
La piqûre faite, le 22, à l'oreille gauche de mon second sujet, présente une pustule acuminée, blanche au sommet et trèsdure à sa base , qui est entourée d'un cercle rosé , diffus et
parcouru de vénules, la pression fait sortir de celte pustule quelques gouttes d'un pus laiteux assez consistaiif , l'animal manifeste de la douleur de ce côté , il a vomi toute la journée et a perdu en partie sa gaîté.
La piqûre pratiquée, le 23, sur son oreille droite avec le pus de mon ulcération non cautérisée, n'offre rien de particulier.
Le 24 au soir j'entoure mon avant-bras de cataplasme émollients et prends un bain pour calmer la douleur et l'inflammation -, l'escharre est toujours adhérente.
25. L'escharre adhère toujours, le ganglion épitrochléen est toujours enflammé, l'engorgement axillaire est très- douloureux. L'inoculation non cautérisée suppure abondamment, elle est toujours en période de progrès. Je continue les cataplasmes et les bains locaux pour l'avant bras.
L'inoculation pratiquée, le 16, à l'oreille droite du premier chat est guérie ; l'inoculation pratiquée, le 19, sur l'oreille gauche du même animal avec son pus , est toujours dure et recouverte d'une croûte-, les deux inoculations du 24 pratiquées, l'une sur l'oreille droite , l'autre sur l'oreille gauche de l'animal avec du pus d'un nouveau malade, ne présentent aucun phénomène digne de remarque.
Les deux inoculations de mon second chat pratiquées, l'une sur l'oreille gauche et le 22 , avec du pus pris sur le premier; l'autre sur l'oreille droite et le 23 , avec du pus de mon chancre non cautérisé, sont en pleine activité : elles ont développé chacune une pustule tr ès-dure à sa base et dont le sommet suppure abondamment ; l'animal a repris son ancienne gaîté.
26. Érysipèle autour de l'escharre , gonflement phlegmoneux de l'avanl-bras , insomnie , maux de tête à caractère névralgique, douleurs et frissons erratiques dans les membres» raideur du cou, gonflement épitrochléen très prononcé , adénite axillaire avec gêne dans les mouvements de l'épaule.
La pustule de l'oreille gauche de mon premier sujet, qui avait pour origine la piqûre pratiquée le 19 , est en voie de guérison ; l'induration de la base est néanmoins encore trèsappréciable , son sommet est recouvert d'une squame croûteuse, mince et détachée sur les bords.
Les deux inoculations du 24 ne présentent qu'un peu de rougeur sans induration. Les pustules du second sujet , consécutives, Tune à L'inoculation pratiquée le 22 sur l'oreille gauche, l'autre pratiquée le 23 sur l'oreille droite, sont trèsdures à leur base et recouvertes de croûtes. Bien d'appréciable d'ailleurs dans l'état général de ces animaux.
28. Cicatrisation complète de la pustule consécutive à l'inoculation pratiquée, le19, sur l'oreille gauche du premier chat. 11 reste seulement dans l'épaisseur des tissus un durillon du volume d'un très-petit pois.
Des deux inoculations pratiquées , le 24, sur les oreilles du même chat , une seule a donné lieu à une pustule à base indurée, c'est celle de l'oreille droite.
Les pustules du second sujet sont en voie deguérison. Mon chancre non cautérisé est toujours en période de progrès, et s'aggrandit. L'escharre consécutive à la cautérisation de \* deuxième inoculation , n'est pas encore détachée, je ne puis me servir de mon bras.
29. Les inoculations pratiquées sur mes chats continuent à guérir du huitième au douzième jour, laissant toujours après elles un petit durillon qui s'efface peu à peu. Ces animaux jouissent d'ailleurs d'une très-bonne santé.
Chute de l'escharre. — Je découvre une plaie d'un centimètre de profondeur , taillée à pic , anfraclueuse et recouverte d'une matière jaune, grisâtre, que l'on ne peut détacher. Cette plaie est décollée du côté du coude, l'aspect sinistre de sa surface me fait craindre que la cautérisation , malgré sa largeur et sa profondeur, n'ait été pratiquée en pure perte-, douleurs et sensibilité excessives sur la plaie, œdème de tout l'avant-bras, élancements très vifs du côté de l'aisselle, chaleur et douleur au-devant de l'épitrochlée.
Je prends du pus au fond de la plaie découverte par la chute de l'escharre pour l'implanter sur la face interne de l'oreille gauche d'un chat qui a déjà subi plusieurs inoculations.
La plaie consécutive à la chute de l'escharre est pansée avec des cataplasmes émoUients afin d'abattre l'inflammation-,
Quant au chancre non cautérisé, je le panse avec la charpie sèche ei le caulérise souvent avec la pierre au nitrate d'argent.
30 et 31. Bien de nouveau.
1er septembre. L'inoculation pratiquée, le 29 août, sur l'oreille gauche du chat, avec le pus recueilli après la chute de l'escharre a donné lieu à une pustule toujours avec sa base dure.
J'inocule la sécrétion de mon chancre non cautérisé sur î'oreiile gauche d'un troisième chat jeune et bien portant, et le pus de l'ulcéraiioa de l'avant-bras sur son oreille droite.
3 septembre. Mon collègue M. le docteur Serra me fait une incision sur la glande épitrochléenne, la pression fait sortir une assez grande quantité de pus bien lié et crémeux. L'engorgement ganglionnaire de l'aisselle a disparu entièrement.
Des deux inoculations pratiquées, le 1er septembre, sur mon troisième sujet, celle de l'oreille gauche paraît devoir être négative, celle de l'oreille droite est surmontée d'un point noirâtre entouré d'un cercle rouge.
4 septembre. J'inocule le pus de la plaie épitrochléenne sur le bord externe de l'oreille gauche de mon troisième sujet.
L'ulcération du bras commence à présenter quelques bourgeons de bonne nature , celle de l'avant-bras est toujours irès-douloureuse, à fond gangréneux et saignant, et n'a aucune tendance à se déterger , sa base est très-dure, entourée au loin de tissus œdémateux.
Je prends un gramme de tartrate de fer et de potasse matin et soir, je fais le pansement du premier chancre avec la charpie imbibée de liqueur de Labarraque, et recouvre la plaie de l'avant-bras avec un cataplasme de fécule.
Pansement simple sur la plaie située vers l'épitrochlée.
10 septembre. L'inoculation pratiquée, le 1er septembre, sur l'oreille gauche du troisième chat , est restée négative, celle de l'oreille droite est actuellement le siège d'une ulcération à base dure et recouverte d'une croûte épaisse.
L'inoculation pratiquée, le 4 septembre, sur le bord externe de l'oreille gauche de mon troisième sujet, avec le pus pris sur la plaie épitrochléenne , est restée négative.
Depuis le 6 septembre j'ai mis, à plusieurs reprises, une certaine quantité de pus phagédénique sur la conjonctive d'un de mes chais déjà soumis à plusieurs inoculations , ce contact n'a produit aucun effet; je dois ajouter aussi que le même animal manque rarement de venir plusieurs fois par jour lécher avec avidité la grande quantité de pus virulent qui reste sur les linges à pansements. L'ingestion de ce liquide malfaisant ne porte aucune atteinte à sa santé.
L'ulcération de mon bras a le diamètre d'une pièce de cinquante centimes, ses bords sont très-rouges , taillés à pic; son fond est mamelonné et anfractueux , les bourgeons sont tantôt pâles et étouffés sous une matière qui se détache trèsdifficilement, tantôt ils présentent un aspect vermeil et sécrètent un pus crémeux , en apparence de bonne nature. J'ai remarqué que les veilles , le travail intellectuel et la marche déterminaient l'apparition à sa surface de petits points hémorrhagiques; la sensibilité augmente en même temps. Je continue l'emploi du chlorure d'oxide de sodium et- de la cautérisation.
La plaie de mon avant-bras est moins douloureuse, mais elle reste avec son fond pultacé et saignant, avec ses bords durs et taillés à pic. Je conlinuecl'usage du tartrate de fer et dépotasse.
20 Septembre. Depuis le 10, j'ai pratiqué plusieurs inoculaflions sur tous mes sujets avec du pus pris sur les trois plaies que je porte au membre supérieur gauche. Quelques-unes ont été positives et ont présenté toujours le phénomène de l'induration circonscrite; d'autres sont restées négatives et n'ont laissé, pendant deux ou trois jours , d'autre trace que celle de la petite pipûre.
Des bourgeons charnus de bonne nature commencent à paraître sur le chancre du bras. Le fond de l'ulcération de l'avantbras se déterge aussi tandis que ses bords s'affaissent; l'œdème et le gonflement du membre ont disparu. Je commence à pouvoir me servir de mon bras, Quant au bubon épitrochléen , ses bords sont ulcérés et présentent l'aspect chancreux. Ce-
pendant nous n'avons rien négligé pour protéger la plaie com Ère le contact du pus virulent des autres ulcérations.
J'examine les oreilles de mes chats qui avaient subi les inoculations : chez l'un d'eux , je constate , au niveau des anciennes piqûres cicatrisées une petite surface jaunâtre légèrement saillante, au-dessous de laquelle les tissus paraissent un pen épaissis ; le phis léger frottement exercé sur ces points y détermine une congestion très-prompte et une augmentalion de volume; chez les autres deux, les inoculations n'ont pas laissé de trace.
30 Septembre. La plaie du bras marche vers la cicatrisation ; die a l'aspect de Yulcus elevatum ; celle de l'avant bras a repris de nouveau la physionomie du chancre phagédénique ; ses bords se sont décollés et sont devenus le siège d'une vive inflammation avec douleur excessive; la suppuration est encore sanguinolente. La plaie résultant de l'ouverture du bubon épitrochléense déterge, ses bords sont toujours décollés et taillés à pic.
Lotions avec la solution de tartrate de fer et de potasse; pansements simples.
15 Octobre. Cicatrisation complète de la plaie du bras. La cicatrice est saillante. La plaie de l'avant-bras a repris bon aspect; ses bords sont affaissés et ne présentent plus de décollement; sa surface est vermeille ; je remarque, vers la circonférence, une coloration cendrée qui est le premier signe de la cicatrisation k
Depuis que cette dernière plaie s'est améliorée , celle qui avoisine l'épitrochlée s'est enflammée; ses bords se sont décollés; ce décollement s'étend à un centimètre environ du côté du bras ; la peau , qui est le siège de ce décollement , est très-rouge, chaude et enflammée^ je ne puis plus supporter les pansements avec la solution ferrée. Je me borne à recouvrir l'ulcération avec un linge enduit de pommade de concombre. Je cesse les préparations ferrugineuses et me borne à un régime doux.
25 Octobre. Le chancre de l'avant-bras marche vers la gué-
rison. La plaie consécutive à l'incision du bubon épitrochléen a repris sa physionomie et commence à secicatriser.
Le 29. Guérison complète du bubon épitrochléen. Le chancre de l'avant bras ne présente plus qu'un point circonscrit non cicatrisé, que je néglige de panser.
Depuis 15 jours environ, j'ai repris mon embonpoint et ma santé habituels; je n'éprouve aucun des symptômes de la syphilis constitutionnelle La nature phagédénique des chancres m'avait, du reste, complètement rassuré sur l'issue de ma maladie, on a pu voir aussi que je n'ai usé, pour les combattre, que de moyens très-simples.
Si j'ai abandonné l'idée de la syphilisation, c'est qu'après le deuxième chancre, les accidents sont devenus tellement intenses qu'il aurait été imprudent de ma part de pousser plus loin les inoculations; j'ai dû donc oublier le but de la pratique de M. Auzias , pour obvier à ses tristes conséquences.
Ces trois animaux inoculés ne présentent plus de trace des chancres que je leur avais communiqués, ils sont gais et bien portants. Après un examen minutieux , je ne puis découvrir, chez eux , aucun indice de syphilis constitutionnelle ni d'accidents successifs f Adénites ).
Les expériences précédentes me permettent d'établir les propositions qui suivent :
Le virus syphilitique, inoculé sur l'oreille des chats, y détermine une légère ulcération ; cette ulcération sécrète, pendant huit à dix jours , de la matière purulente.
Inoculé au même animal ou à d'autres animaux de la même espèce, ce pus occasionne une ulcération qui se comporte en tout comme celle sur laquelle on l'a puisé.
Inoculé à l'homme, ce pus est le point de départ de chancres, comme si on l'eut directement emprunté à l'homme.
L'ulcération , développée sur l'animal, dure, en moyenne, de8 à lOjours.
Elle n'occasionne ni accidents successifs, ni accidents constitutionnels.
Son action est toute locale , c'est , comme l'a dit M. Ricord, du pus en transplantation.
Lorsqu'on pratique plusieurs inoculations sur le même animal , qu'elles soient faites avec du pus emprunté à lui-même, ou avec du pus emprunté à l'homme, les dernières ne sont ni plus ni moins intenses que les premières, elles se comportent toutes de même.
Les inoculations artificielles, pratiquées sur l'homme dans le but d'arriver à la syphilisation, peuvent revêtir la forme phagédénique , devenir le point de dépari de destructions locales très-étendues, d'accidents locaux et successifs trèsintenses, qui obligent à les suspendre; elles compromettent ainsi, en pure perle, la santé des individus sur lesquels on les pratique.
La méthode, mise en pratique pour arriver à la syphilisation , est donc une méthode dangereuse que l'on doit bannir de la pratique médicale.
Marseille , le 8 novembre 1852.
Melchigr ROBERT.