DEDOMMAGE ET BOUS AGE
Si au sortir des chambres d''oxydation,i*aluminé et le peroxyde de fer étaient complètement fixés S la iSbredans un état d'insolubiHté parfaite, il ne resterait pllis, àVktit'Ja teinture, qii*à laver en eau tiède et à bien rincer pour enlevet les épaississants et les substances solubles, qui ont joué un rôle plus ou moins utile pendant Fîmprês^n, rôle qui ne se proltoge pa-s aw édà. ' ^'
D'après ce que nous aTOns'vu, nous pouvons déjà prévoir,^ d'accord avec fa longue expérience des prâtîcierisj qu'un dégommage à P'eaù seule ne peut ^ue donner des résultats' défavorables.
Prenons comme exemple le mordant rou^e ordinaire, dans, lequel on a précipité par l'acétate de plomi la moitié seulement de l'acide sulfiirique de l'alun. En tenant compte des. résultats observés par M. Schiffert, on peut admettre qu'il y a sur le tissu prêt à être dégommé, de ï'alun et de l'hydrata^ d'alumine; que se passera -t-il pendant le lavage à l'eau? L'alun se dissoudra et entraînera consécutivement la corrosion d'une partie de l'alumine déjà fixée. Cette corrosion se fera| irrégulièrement, et par conséquent les nuances perdront en intensité et en uniformité. D'autre part, les fonds blancs réservés par la gravure, se trouvant en présence d'une solution
basique d'alun, fixeront du sulfate basique d'alumine et attireront ultérieurement en bain de teinture.
Un efifet analogue Se produit avec les mordants de fer. Le sous-acétate ferrique, incomplètement fixé, se partage en acétate neutre soluble et sesqui oxyde de fer, et cet acétate dissous vient mordancer les parties blanches environnantes.
Ces effets sont encore augmentés par l'incomplète décomposition qu'éprouvent, en certains points, les mordants sur tissus.
Si la chaleur et l'humidité ne sont pas très-régulièrement réparties dans la chambre d'oxydation, il peut arriver, en effet, que certaines places de la pièce ne subissent qu'une altération peu avancée, qui laissera au mordant une grande partie de sa solubilité.
Ainsi le simple dégonmiage à l'eau expose : 1** à la production de nuances raclées, irrégulières ; 2"* à l'altération des blancs.
Depuis longtemps les fabricants d'indiennes sont parvenus à neutraliser les inconvénients du dégommage, en remplaçant l'eau par un bain tiède de bouse de vache. Celle-ci, par l'action des sels minéraux et des matières organiques fixes qu'elle renferme, détermine la saturation complète du mordant, la précipitation des oxydes métalliques, et s'oppose, en outre, à ce que l'oxyde qui se détache ou se dissout ne puisse venir adhérer et altérer les blancs.
L'usage de la bouse de vache semble déjà ancien. Les indienneurs suisses l'employaient au milieu du dix-huitième siècle ; et J. M. Haussmann signale les avantages de ce produit dans le dégommage, vers 1790 (1).
M. D. Koechlin a très-nettement formulé l'influence favorable exercée par la bouse pendant le dégorgeage des mordants (2).
(1) Lettre à Bertkollet, Annales de chimie, t. XII, p. 111 . (2} Bulletins de la Société industrielle, t. I, p. 313.
L'opération du bousage, dit>41, a pour but :
1" De déterminer l'entière combinaison des sous-sels alumineux avec l'étoffe, en séparant presque tout l'acide acétique qui ne s'était point volatilisé pendant la dessiccation du mordant ;
2*» De dissoudre et d'enlever à l'étoffe une partie des substances qui avaient servi d'épaississant.
3" De séparer de l'étoffe la partie du mordant non combinée et qui se trouve interposée mécaniquement dans Tépaississant ;
4* D'empêcher par la nature des substances qui composent la bouse, que le mordant non combiné ainsi que l'acide acétique dont le bain finit par être chargé, ne se portent sur lés parties non imprimées de la toile et ne soient préjudiciables au mordant.
Quant h la théorie de l'action de la bouse, on a dû nécessairement en chercher la clef dans l'étude de la composition de cette déjection. Les travaux de MM. Morin (1), Penot (2), Cam. Koechlin, ont, jusqu'à un certain point, élucidé cette question, sans* toutefois donner une solution complète.
Suivant M. Morin, l'extrait aqueux filtré de la bouse, épuisé par l'alcool et l'éther, cède à l'eau un principe soluble auquel il donne le nom de bubuline, et qu'il considère, comme le principe actif de la bouse, à cause de la propriété qu'elle possède de précipiter la plupart des dissolutions métalliques.
La bubuline de M. Morin doit être rayée de la liste des principes immédiats. Par ses caractères, elle représente, en effet, une ou plusieurs matières albuminoïdes souillées par des matières colorantes biliaires ou végétales.
(1) Bulletins de la Société industrielle, t. IV, p. 164.
(2) !bid., t. VUI, p. 113 et 124.
Sai» TRAITÉ DES MATrÈIIE& COLORANTES.
M. Penot a trouvé dans la bouse de vache Moum« avec des fourrages secs^ pour 100 parties; i
Eau « 69,58
Matière amère 0,73
Matière sucrée , 0,93*
diloiyophylle *....».•. .^. . •. -..• e-,ai8
Albumine -.••,*.,...... «..,.. 0^3;
Matière ligneuse - 26,a9
Chlorure de. sodium. • * *f - ^ . »,. «. y^%.f • • » ,^- • r • ^>^^ " '
Sulfate de potasse 0,03
Sulfate de chaux 0,25
âels ( CaorbonAte die! eftaux. ; * . . 0,24
^ PhospJaate de ehau^, . . r;« ^ ., . « . ^* ^r^
Carbonate de fer ••.. ^ .•.»->:.• •^ •.. ..v ..>....... 0,|09
Silice .,..'.. .'. '. . . . . .' .... 0,i4^
Cette analyse mériterait , d'être reprise avec les moyens plus précis dont dispose aujourd'hiiilfi science. Nqus pouvonjs^ ajouter, dès à présent,, à la liçte&es matières salines fouriiîa par M. Penot, des phosphates alcalins qui existent daiiâ toutes les déjections animales.
M. Penot a enpojpe reconnu qjie la partie soluble de la bouse donne avec le mordant roiige un précipité, abondant^ à froid, qui augnierite encore lorsqu'on porte le liquide à une température élevée. La partie insoluble bouillie avec du mordant rouge retient' également une certaine proportion d'alumine.
M. G. Koeçhlin a étudié un bain de. bouse monté à, la manière ordinaire (80 kilogrammes de Iponse et 40 à 45 mesures d'eau, température de 70°), dans lequel on avait dégorgé des pièces de toile îniprimées en mordants bon noîr^ fin rouge, et violet.
Le bain était loin d'être épuisé par là.
Ce bain abandonné au repos né s'est pas clarifié; il «si
GAAAXGE. 235
resté en suspension une matière d'un noir ^^erdâtre pe^nt 9«%S0 pour 25 litres de bain.
Le liquide filtré est jaune sale , astringent et a-ssez acide pour rougir le papier de touirncsol ; tandis que la bouse normale est neutre ou légèrement alcaline; évaporé à sec^ il laisse un résidu de 22»%80. La partie ligneuse déposée pesait, après dessiccation, 28^' environ.
L'incinération de ces divers produits fournit à Taïaalyse les quantités d'alumine et de peroxyde de fer suivantes :
,. ,^û ^ (Alumine * 0«%186
Ligneux (28 grammes).. { ^ , , ^ ^,\^,
^ ^ ^ I ( Peroxyde de fer Oe'jO'tl
Matière tenue en suspen- ( Alumine 0,665
sion (9^,50) ( Oxyde de fer. 0,456
Alumine 0,66
Extrait soluble (228r,08). .
11 est à noter que la proportion relativement faible d'alumine^ renfermée dans Vextrait aqueux, n'était accusée par aucun des réactifs ordinaires de ce corps, et se trouvait, par conséquent, masquée par la présence de matières organiques.
Remarquons, en outre, que l'extrait aqueux d'un bain de bouse, qui a servi au dégorgeage de tissus mordancés, renferme presque autant d'alumine que la partie insoluble. Malgré cela, un tissu blanc ne se mordance pas dans ce liquide. Il en résulte que l'alumine est masquée. Les mêmes phénomènes s'observent avec les mordants de fer.
En versant dans uneinfusioti de bouse firaîche des quantités croissantes d'acétates d'alumine ou de fer, on observe. que la précipitation n'est pas immédiate. Elle n'apparaît qu'à partir .d'une certaine limite. Il doit donc exister, dans la bouse, une substance soluble, probablement de nature albumineuse, susceptible de s'opposer à la précipitation des oxydes d'aluminium et de fer, par leurs réactifs ordinaires.
D'après ces résultats, l'influence delà bouse dans le dé-
gorgeage des tissus mordancés peut se concevoir de la manière suivante :
Les premières parties d'acétates d'alumine et de fer qui se séparent, restent en solution tout en étant inoffensîves pour les blancs de la pièce, jusqu'à ce que le pouvoir, masquant des composés organiques (albuminoïdos) delà bouse, soit saturé. A partir de ce moment, il se produit un précipité dû à rintervention des phosphates alcalins. Enfin, lorsque ce dernier effet utile est lui-même épuisé, toutes les parties du mordant qui se détachent ultérieurement peuvent se reporter sur les surfaces blanches du tissu.
La bouse n'est donc active que parce qu'elle renferme des corps capables de masquer ou de précipiter, par voie de double décomposition, les mordants qui tendent à se détacher. Le pouvoir saturant, qu'elle doit à ses phosphates alcalins, permet aussi de supposer, qu'elle fixe sur tissu une plus forte proportion d'oxyde que celle qui resterait après un simple dégommage à l'eau. Enfin, il ne faut pas négliger dans la théorie du bousage, l'effet utile des parties insolubles de la bouse, dont le rôle peut être à la fois chimique ou saturant par les phosphates et carbonates alcalino-terreux, et mécanique.
Ces parties insolubles en se mélangeant aux dépôts et en englobant les précipités aluminico-ferriques qui tendent à se former, en préservent naturellement les parties blanches du tissu.
Comme l'on est arrivé, en pratique, à remplacer, dans la plupart des cas, la bouse parMes substances salines, telles que : phosphates de soude et de chaux, silicate de soude, etc. , substances dont le rôle, comme saturants des parties des mordants non encore décomposées et comme précipitants des portions qui peuvent se détacher, n'est pas à nier, on doit, par analogie, attribuer un rôle actif aux phosphates de la bouse. Le bain de bouse se monte ordinairement avec 30 litres de bouse de vache pour 2 000 à 1 600 litres d'eau.
La bouse provenant d'une nourriture verte et surtout de betteraves, est moins avantageuse que celle des fourrages secs.
Il est difficile de déterminer le nombre des pièces que Ton peut passer dans un volume donné de bain. Il dépend de la jforce et de l'acidité des mordants, ainsi que de la nature des dessins, et varie de 20 à 60. La durée de l'immersion doit être piodifiée suivant la concentration des mordants et la nature de l'épaississant. La température se règle aussi d'après les mêmes données ; ainsi avec l'amidon et la farine elle doit être plus élevée que pour les gommes. Elle varie de 45 à 100 degrés centigrades.
Les genres dont l'impression est chargée, et dont les mordants sont épaissis à l'amidon ou à la farine, sont ordinairement bouses à deux reprises, avec un dégorgeage intermédiaire.
Un mordant fort et acide est plus difficile à bouser et à dégorger qu'un mordant neutre, surtout lorsqu'il doit être teint en garance.
Dans certains cas, lorsqu'on passe en bouse des toiles plaquées de mordants forts ou à dessins chargés, on ajoute de temps à autre un peu de craie ou de bicarbonate de potasse, autrement, lorsque le bain est devenu acide, le mordant des dernières pièces est en partie redissous.
Une température trop élevée du bain et une trop grande quantité de bouse nuisent aux cordants faibles, notamment aux roses. /.
La manière d'immerger les toiles en bouse est une opération importante. En effet, une partie du mordant est encore non combinée, surtout dans les genres d'impression qui exigent beaucoup de mordant fort et dans les toiles plaquées. Il est nécessaire, dans ces cas, que les pièces passent dans le bain de bouse d'une manière régulière et continue, sans plis, bien étendues et aussi vite que possible. Car, du moment oîi l'eau chaude pénètre la toile, l'acide acétique
Tâbaiidonne, et &i cette immersion se faisait leetement et {di par pli, Tacide et le nserdant non combiné s'étendraient et auraient le temps de dissoudre l'alumine déjà combiaée; cl'où résulteraient des inégalités et des tîntes appauvries. M. D. Koechlin a démontré ces effets par deseipériences directes.
Après le bousage, on dégorge les toiles à plusieurs reprises pour séparer les dernières parties de Tépaississant.
On a successivement cherché à remplacer la bouse par divers produits dont l'action paraît être analogue, et conduit aux mêmes résultats.
Ainsi, dans certains établissements) on s'est servi avec succès du son de fromenat. Le son Tenferme beaucoup de -phosphates alcalins et alcalioo-termix. D doil, de plus, agir •comme substance insoluble, c'esl4i-dire mécaniquemest. Ne colorant pas autant le tissu que la bouse, il convient suptoiut pour les nuaauces tendres. •
Le bain de son se monte avec 80 à 60 îitî'es de son pour 3 000 litres d'eau.
Sous le nom de sels à boiiiser, -on a employé, particulièrement en Angleterre, les phosphates de soude et de chaui ou les arséniates des mêmes bases (30 à 89 grammes par hectolitre). Si l'usage de oes produits a «donné lieu à des résultats contradictoires, favorables po^rlesiinset défectueux pour les autres, variaivt aussi avec la nature des mordants, -cela tient évidemment àce que l'on n'avait pas suffisammeit étudié les conditions de température, de concentration et de 4urée, ainsi que la composition changeante des sels à bouser <pn oonviemnent à chaque genre.
En général, avec le mênae mordant, le sel 4 bouser produit nies nuanoes beauooap plus foncées qu'a^vec la bouse; ce qui s'explique facilement par une saturation plws ixmplète des momiants, dont une bien moiivÉre proportion tend alors À sedétaeihen '
On a encore proposé pour achever ta fixation :
Le gaz dmmoaiae (Wessenting) pour violets;
Les bicarbonates alcçdins ; . .
Le silicate de^udi^. Ce.; dernier mxû^^osé a peu à peu réussi à détrôner, presque partout, Tancienne bouse ; et à inesure<}ae Ton apprend à mieux connaître les conditions de son emploi^ il rempkice de plus en plus la hoase dans des genres d'où il semblaît d'abord devcûr être exflé.
Son action est essentiellement saturante; il fixe toute l'alumine du mordant, en la précipitant sur la fibre, avant qu'elle n'ait eu le temps de.$e détacher»
Exemple de bornage au silicate fnmriHB érticlesfuréncés.
Les pièces passent, en deux minutes, par deux cuves chauffées à 40° Réaumur et contenant chacune, y l"* Pour les fonds blancs avec puoe^t i'ouge^ mii et rouge, puce seul, rouge seul, roses j ■ .
2 800 litres d'eau.