Violet garancine
H. Violet à Talizarine commerciale.
GAKANGE. ^ 6 S
Avivàge des articles garances.
Au sortir du bain de garançage, les fonds sont assez fortement chargés de couleur, les nuances sont ternes, sans éclat et sans lustre, elles ne jouissent pas non plus de toute la solidité désirable.
Les opérations, au moyen desquelles on arrive £)ux beaux résultats atteints par l'industrie moderne, sont assez com- * plexes et varient d'un genre à l'autre. Le rouge et le violet ne supportent pas l'influence des mêmes agents chimiques. Ce qui embellit l'un nuit à l'autre. Dans les pièces qui comportent les deux couleurs, il y aura donc l'une d'elles qui sera forcément sacrifiée au point de vue de la beauté.
A la fin du dernier siècle, les pièces dégorgées étaient exposées, durant des semaines, sur pré, à l'action de la lumière et des influences atmosphériques. Lorsqu'elles commençaient à s'affaiblir, on les reprenait pour les faire bouillir en eau de son. On ne parvenait ainsi qu'à des résultats médiocres, tant pour le blanc du fond que pour la beauté des nuances. Aujourd'hui que l'avivage a fait de si remarquables progrès, et l'on peut dire qu'il a atteint la perfection, on a cherché à imiter, par mode, les anciennes perses pour tentures.
L'emploi du savon dans l'avivage date du commencement de ce siècle. M. D. Kœchlin en faisait usage dès 1804. Les passages au savon chaud ou bouillant étaient suivis de l'exposition sur pré. On connaissait également déjà les effets utiles du chlore (1).
Avivage moderne. — Ce n'est que par des découvertes successives, amenées par de nombreux essais, quelquefois aussi parle hasard, que l'on a été conduit aux procédés usités généralement de nos jours, et dont nous allons donner une courte description suivie, autant que faire se peut, d'une théorie de l'action des substances employées.
(1) Persoz, Traité de V impression des tissus^ t. II, p. 619.
1° Avivage des roses seuls et des rouges seuls.
Il varie d'une fabrique à Tautre. On fait cependant, généralement, intervenir les bains de savon, le passage en bain acide de nitromuriate d'étain, et Ton termine par une ébullition en chaudière close avec des cristaux de soude et du savon.
Exemple :
r Passage au savon.
1,200 litres d'eau.
900 mètres de tissu.
4 kilogrammes de savon blanc de Marseille.
Température, 45* Réaumur. Durée, S/4 d'heure.
2* Lavage au clapot.
3' Passage au nitromuriate d'étain.
800 litres eau.
300 mètres de tissu.
i"',5 de nitromuriate d'étain.
Température, 45 à 50* Réaumur. Durée, 15 à 20 minutes.
4* Passage au clapot.
5* Deuxième savon.
i 200 litres d'eau.
900 mètres de tissu.
3 kilogrammes savon.
Température, 75* Réaumur. Durée, 3/4 d'heure. 6* Laver une fois au clapot.
7* Troisième savon.
1 200 litres d'eau.
900 mètres de tissu.
3 kilogrammes savon.
Température, 75* Réaumur. Durée, 3/4 d'heure.
8" Laver une fois au clapot.
9* Ébullition en chaudière close.
\ 200 litres d'eau.
2^^^y500 cristaux de soude.
2k",500 savon.
Durée, deux heures.
10* Laver au clapot.
11* Passer en eau chaude à 40** Réaumur, 30 minutes.
L'exposition sur pré se pratique encore pour les triples roses meubles ; on obtient des nuances plus transparentes.
Au premier savon, la pièce se dégorge et cède au bain une certaine proportion de matière colorante. Celui-ci prend, en effet, une teinte rouge assez intense. Cette matière colorante provient de celle fixée aux parties blanchefe par le calcaire adhérent, et aussi des matières rouges, moins fixes que Talizarine (purpurine, pseudopurpurine surtout), qui s'étaient combinées aux mordants. J'ai, en effet, démontré directement qu'un tissu mordancé teint en pseudopurpurine cède en savon une grande partie du principe tinctorial.
On doit aussi admettre que le savon enlève une partie des matières jaunes qui ternissent la niance.
Mais là ne se borne pas son action. Par suite d'une décomposition éprouvée par le sel à acide gras, une partie de cet acide se précipite sur le tissu et se combine chimiquement ou mécaniquement à la laque, en lui communiquant, parla, une plus grande solidité et une résistance qu'elle ne possédait pas au début. Si avant le premier savon on passait le tissu en nitromuriate, les couleurs seraient beaucoup plus fortement attaquées qu'elles ne le sont dans l'avivage ordinaire. Le traitement en nitromuriate, qui peut être à la rigueur remplacé par une immersion en acide azotique faible, produit un effet remarquable. Les rouges et les roses virent à l'orange et semblent perdus ; mais, lorsqu'on vient adonner le second
savon, les nuances virent de nouveau au rouge et même au rouge légèrement bleuté ou au rose bleuté, avec un éclat qu'elles ne présentaient point avant le nitromuriate.
L'intensité de la couleur n'est plus aussi forte ; mais dans le garançage, on sait tenir compte de cet affaiblissement obligé.
Qu'arrive-t-il dans cette circonstance ?
D'après les expériences de M. H. Schlumberger, l'acide a pour effet d'enlever une certaine dose d'alumine, et même, dans le cas du nitromuriate, il se fixe de l'étain oxydé. L'acide doit encore achever de détacher ou de détruire les dernières portions de matière jaune.
Dans tous les cas, il modifie la composition et la constitution de la laque colorée et la rend par là'plus belle et plus vive, lorsque, par le virage au savon, on fait disparaître la teinte oîange due à l'action de l'acide.
M. Persoz se demande s'il n'y aurait pas là modification du principe tinctorial.
Mes expériences, déjà citées plus haut et qui m'ont permis d'extraire de divers tissus garances de l'alizarine pure, ne concordent pas avec cette manière de voir.
J'admettrai plus volontiers, que le nitromuriate détermine , l'élimination complète dp la purpurine et de la pseudopurpurine, ainsi que des matières jaunes.
La purpurine et la pseudopurpurine communiquent aux mordants d'alumine une teinte rouge moins bleutée et moins agréable que Talizarine. Cette circonstance, l'addition d'oxyde d'étain à la laque et le départ d'une quantité déterminée d'alumine suffisent pour expliquer les effets remarquables et utiles de la composition d'étain.
Le deuxième savon presque bouillant n'est pas seulement un bain de virage ; il est probable qu'une nouvelle quantité d'acide gras se fixe et vient augmenter la solidité de la couleur*
Comment agit l'ébullition en chaudière close avec les
cristaux de soude et le savon ? On ne saurait le dire au juste; nous nous contentons donc de mentionner le fait, sans chercher des explications plus ou moins hasardeuses. L'opinion de M. Persoz, d'après laquelle cette ébuUition àhaute température servirait à fibcer une plus forte proportion d'acide gras, semble fondée. Ainsi, un tissu garance non avivé ou incomplètement avivé, tire à l'orange par les acides, puis au bleu dans un bain de chaux. Après l'avivage, surtout après la chaudière close, il supporte ces influences sans se modifier sensiblement. Il a donc subi, on le voit, une modification analdgue à celle du rouge turc. On verra plus loin que le rouge d'Andrinople doit sa grande résistance à la présence d'un corps gras modifié, associé à la laque.