LAC-DYE
La belle matière tinctoriale rouge, connue dans le commerce sous le nom de cochenille, n'est autre chose que le corps desséclié d'un petit insecte du genre hémiptère, de la famille des gallinsectes.
L'importance de la cochenille a beaucoup diminué depuis la découverte des couleurs artificielles, cependant elle sert encore, avec avantage, dans la préparation de certaines couleurs, telles que le ponceau et le rouge écarlate sur laine.
Les insectes à matière colorante rouge vivent sur diverses plantes. On les distingue en : 1° Cochenille proprement dite ou coccus cacti ; 2** coccus ilicis ou kermès ; 3" coccus lacca m ficus; 4* coccus ceri ficus ; 8* coccus polonicus radicens.
Les coccus, ou gallinsectes, se divisent en deux groupes suivant qu'ils contiennent ou non du pigment rouge. Cette distinction a peu d'importance au point de vue d'une classification naturelle ; elle en a au contraire beaucoup pour nous. Nous ne nous occuperons que des premiers, qui portent le nom générique de Cochenilles.
Ce sont généralement de petits insectes de la grosseur d'une lentille ou d'un pms, vivant sur les parties aériennes,
ou sur les racines de la plante.
Leur base, dans laquelle se confondent la tête, Ife cou et le
\entre, est ovale et présente la forme d'un bouclier ; ils sont munis d'antennes et de pieds articulés.
Ils restent généralement immobiles sur les parties vertes ou charnues de la plante et n'abandonnent que rarement la place où ils ont fixé leur suçoir. Les mâles seuls, qui n'apparaissent que plus tard, et qui n'ont pas de suçoir, se promènent ou volent. Les femelles restent sur les œufs, y meurent et se dessèchent, sous forme d'une coque vide qui sert de tégument aux œufs.
Leur immobilité et leur paresse est telle qu'on les prend facilement, vu la simplicité de leurs formes, pour des excroissances verruqueuses.
Ils vivent généralement sur les plantes qui passent l'hiver sans perdre leurs feuilles, et leur existence se prolonge pendant une année environ.
Lorsqu'ils sont arrivés au summum de leur croissance, ils ont la forme de petits hémisphères implantés à la surface végétale par leur base, ou de dessins ovoïdes. Leur couleur varie du brun, au rouge, au violet ou au noir.
Cochenille vraie ou coccus cacti.
L'insecte, dont le corps desséché constitue la cochenille du commerce, vit sur une espèce de cactus {cactus opuntia ou nopal, opuntia coccinilifera), qui croît, à l'état sauvage, au Mexique, et que l'on cultive aussi d'une manière régulière. Les champs ainsi cultivés portent le nom de nopaleries.
Le nopal est une plante grasse, droite, composée d'articles dressés verticalement, de forme ovoïde allongée, aplatis, avec peu de pointes réunies par places, sous forme de brosses. La hauteur est de 2 à 3 mètres, la longueur des articles de 0",50, leur largeur de 0",15 environ et leur épaisseur de 0°*,01 à 0",02 . *
Les fleurs sont petites, jaunes ou rbuges, peu ouverte?, avec de longues étamines ; les fruits ont la forme de figues
rougeâtres, munies de petites pointes ; leur sa\eur est douce. Lorsqu'on en mange, Turine est teinte en rouge et Ton est sujet à des constipations.
On distingue deux espèces de cochenilles : la cochenille Mestèque, domestique, ou cochenille fine, préparée principalement à Mestèque, dans la province de Honduras ; et la cochenille sauvage ou silvestre, recueillie sur les nopals sauvages.
La première est beaucoup plus estimée que la seconde, à cause d'une plus grande richesse en matière colorante.
Les Indiens plantent le nopal autour de leurs habitations et sur les versants abrités de leurs collines, comme nous disposons la vigne ; ou bien encore dans des gorges éloignées de plusieurs milles des habitations. A cet effet, on coupe et on brûle les arbres sauvages et on nettoie le terrain deux fois l'an. La plantation se fait par boutures, qui, au bout de deux ans, sont aptes à la nourriture de la cochenille. Certaines plantations contiennentjusqu'à60000 pieds de nopals alignés. On fait la récolte de l'insecte avant la saison des pluies, et pour la reproduction on coupe des tranches de nopal couvertes de jeunes individus et on les conserve à l'abri, jusqu'à la bonne saison. Durant ce temps ils se sont développés. On les porte aux champs dans de petits nids de mousse.
Cette opération se fait au mois d'août, en pliaine, et au mois de novembre, sur les hauteurs.
Suivant la saison, on transporte souvent les femelles, enveloppées dans des feuilles de palmier, à d'assez grandes distances, de la plaine sur les hauteurs, ou réciproquement. Un climat tempéré convient le mieux pour la culture.
Après quelques jours, ils déposent leurs jeunes, par milhers, sous forme de petites têtes d'épingles. Ceux-ci ne tardent pas à se répandre sur la surface des nopals et à s'y fixer. Au bout de trois à quatre mois, on fait une première récolte, au moment oîi les femelles vont effectuer leur ponte
336 TRAITÉ DES MATIÉUES CO^OKANTES.
et lorsqu'on aperçoit sur les nopals quelques insectes nouveau-nés. La récolte se fait dans des paniers de paille, ou dans des bassins de fer-blanc munis d'une échancrure dans laquelle on engage la partie étroite des articles de nopals. Avec un pinceau on fait tomber les cochenilles mères dans le récipient.
Les mères, qu'on a laissées, produisent une nouvelle génération qui pourra être enlevée au bout de trois à quatre mois avant la saison des pluies.
Cette seconde opération se fait avec un couteau à tranchant émoussé qui, grattant toute la surface delà plante, enlève les jeunes individus, comme ceux qui ont acquis tout leur développement. Ce produit est moins estimé et est connu sous le nom de granilla.
Les insectes sont tués par une immersion très-courte dans Teau bouillante, puis desséchés au soleil ou dans des fours.
Le traitement à Teau fait perdre à l'insecte son duvet blanc et lui donne une couleur rouge-brun. La cochenille ainsi préparée porte le nom de renegrida. Souvent aussi la cochenille est enfermée dans un nouet de linge et tuée au four; elle garde sa couleur grise naturelle et porte le nom dejaspeada. On tue encore mieux par une exposition à la vapeur d'eau.
La dessiccation dans les fours se fait simplement, en étalant l'insecte sur les plaques où l'on a l'habitude de cuire les gâteaux de maïs ; elle communique à la cochenille une couleur noirâtre; on l'appelle alors negra.
Dans les grandes exploitations ces pratiques sont remplacées par des procédés réguliers qui conservent à la matière colorante son aspect le plus favorable.
Les femelles reproductrices, mortes dans les nids, perdent plus à la dessiccation que celles qui portent encore leurs jeunes.
Quatre kilogrammes des dernières et trois kilos des premières donnent un kilogramme de matière sèche.
COCIIENlLLi:. 337
Un hectare de nopalerie produit environ 300 kilos de cochenille ; trois hommes suffisent pour le soigner. 140000 in- ' sectes donnent 1 kilogramme de cochenille sèche.
Les grains de cochenille sèche se présentent sous forme orbiculaire. Ils sont anguleux, noirâtres, rougeâtres ou gris; de 2,0S à 3 millimètres de diamètre.
Macérés dans l'eau tiède, ils se gonflent et prennent la forme hémisphérique. On distingue alors très-bien les anneaux qui composent le corps de Finsecte, la place des trois paires de pieds, du suçoir et de la tête. .
Si l'on comprime ces grains gonflés, ils éclatent et il en sort des milliers de petits grains rouge foncé, semblables à des œufs, mais que Ton reconnaît, au microscope, comme formés d'individus déjà développés. Les mâles sont ailés, beaucoup plus petits et beaucoup plus alertes.
La cochenille Mestèqueèst blanche, couverted'une poudre farineuse ; la cochenille silvestre est plus petite et enveloppée d'un duvet laineux, qui ne permet pas d'en apercevoir les articulations.
Les observations précédentes sont faciles à faire, malgré cela on prît pendant longtemps la cochenille pour une graine et un produit végétal.
Lopez de Gomara en 1525, et Plumier, en 1692, donnèrent les premiers la description de l'insecte et de la plante sur laquelle il vit, mais leur opinion ne fut point écoutée.
Hartsœker en 1694, de laHire en 1704 et Geoffroy, en 1714, appelèrent de nouveau l'attention sur la véritable nature de la cochenille ; mais ce n'est qu'en 1729, que le débat fut clos, par les informations que fît prendre le Hollandais Ruuscher, auprès des éducateurs de cochenille de la vallée d'Oaxaca (1).
Le Mexique a conservé pendant longtemps le monopolo de la cochenille. On la cultivait principalement dans les
(I) Histoire naturelle de la cochenille. Philos, Transactions^ XXX VI , p. 265. Araslerdam, 1729, in-8*, p. 176.
TT. ît
provinces de Tlascala, d'Oaxaca, de Guatimala, d'Honduras. Oàxaca livrait en Europe 400 surons de produit.
La flotte espagnole apportait par an, à chacun des grands n^ociants d'Amsterdam, 2 à 3000 surons de cochenille.
Le suron renfermait de 130 à 200 livres. Chaque vaisseau portait 1300 à 1400 surons. On a calculé que l'importation de la cochenille en Europe atteignait le nombre de 880000 livres, en 1833, dontle tiers en cochenille sauvage. La valeur représentée par cette masse de produit est d'environ ISOOOO francs.
La culture de la cochenille au Mexique était pratiquée par les Indiens, bien avant la découverte de rAmérique.
Elle s'est considérablement développée depuis. Vers le milieu du siècle passé, le gouvernement espagnol fit couper toutes les plantations de nopals dans la presqu'île du Yucatan, pour faire hausser le prix de la cochenille.
Ce n'est que vers 1830 que la culture de la cochenille fut importée en Espagne (Malaga, Valence) et aux îles Canaries, en Algérie et à Java.
Ces différentes plantations ont bien réussi.
D'après l'autorité du médecin Ctésias(400 ans avant Jésus- Christ) et d'Élien (sous Alexandre Sévère) , la cochenille était connue très-anciennement, en Perse et aux Indes.
Voici quelles sont, d'après M. Girardin, les diverses espèces commerciales et leurs caractères.
1° Cochenilles Honduras. Venant directement en Angleterre de cette province du Mexique. Très-estimées. Elles comprennent :
a. La cochenille noire ou zacatille, noirâtre ou d'un rouge brun, luisante, avec des traces d'un enduit blanchâtre; poudre d'un rouge cramoisi, devenant rouge brun très-foncé par l'eau. Valant 18 à 19 francs le kilogramme.
b. La cochenille grise, jaspée ou argentée. Enduit blanchâtre, nacré et pulvérulent, adhérent sur toute sa surface; il est dû à une substance volatile, offrant à la loupe une
forme cristalline très-marquée. Poudre d'une couleur moins foncée et prenant une teinte moins intense par Teau. Valant 17 francs le kilogramme.
c. Cochenille rougeAtre. N'offre la poussière blanche que dans l'intérieur des rides. Moins estimée. Vaut 16 francs le kilogramme.
Elles -viennent en sacs recouverts d'un jonc ou d*un^ cuir (surons), et pesant de, 75 à 80 kilos.
2* Cochenille Vera-Cruz. Arrivant par Bordeaux et le Havre, en surons de 80 à 100 kilogrammes.
La l'« qualité ou zacatille vaut 18^50 à i9 fr. le kilogr.
La 2« — la grise, vaut 17 francs.
La 3* — la rougeâtre, vaut IQ francs. *
L'insecte doit être creux, léger et fri*. La cochenille en gros grains, terne et chargée de menus et de grabeaux résineux, est moins estimée.
S*" Cochenille des Canaries. Venant de Cadix par Marseille. '
U en arrive peu. Prix plus élevé que celui des cochenilles du Mexique.
L'argentée vaut 18',50 à iO francs le kilogramme. La noire vaut i7',50 à i8 francs.
Elles sont logées dans de petits sacs de 25 à 30 kilogrammes, dans de petites caisses ou en petits barils. Cette sorte est toujours très- bonne.
4* Cochenilles Java. Importées directement en Hollande, d'où elles viennent par voie d'Amsterdam ou de Rotterdam»
Elles sont logées dans de petites caisses en fer- blanc, renfermées dans des caisses en bois, pesant 40 à 60 kilogrammes.
Petite, rougefttre, peu estimée. Valant de 3 à 4 francs de moins que celle du Mexique (1).
Kermès animal ou végétal^ graine (Técarlate^ cochenille du chêne (coccus ilicis).
Le chêne à kermès ou chêne vert, à feuilles piquantes {quercus coccifera), croît en abondance dans le midi de la France, en Espagne, dans l'Archipel grec, principalement à Candie. Cette variété ne dépasse jamais les proportions d'un arbuste de 1 mètre à 1",50 de hauteur. Il n'exige aucune culture ni aucun soin, et se trouve généralement dans les parties pierreuses et arides.
Le kermès récolté par les paysans, sur les feuilles de cet arbrisseau, a longtemps été considéré, à tort, comme une excroissance végétale. Cestoni démontra le premier, dans rouvrage de Ballisnierîs (1714), la véritable nature de ce produit, et le rattacha à la famille des gallinsectes ; tandis que Marsillî (1711), prétendait que c'était une espèce de galle. Cette dernière opinion était surtout fondée sur la propriété du kermèi de donner de l'encre noire avec les sels de fer. Il paraît, d'après cela, que le tannin du suc végétal ne se modifle pas beaucoup, en passant dans le corps de 1 insecte.
Les kermès sont fixés, sous forme de baies bleuâtres, recouvertes d'une poussière blanche, aux tiges de l'arbrisseau, tantôt isolés, tantôt réunis en groupes.
La couleur rouge brun pâle, qu'ils offrent dans le commerce, est due au vinaigre avec lequel on les asperge.
Au mois de mars la graine d'écarlate offre la grosseur d'un grain de millet, d'une belle couleur rouge ; elle est
(1) Girardîn^ Traifé de chimie appliquée, t. II, p. 553. — Persoi, Impression ffes tissus^ t. I, p. 500. — Tliiéry de Menon ville, Tn^Hé de la eidture du nnpai et ite ré/iucation de la cocfenille^ 2 vol. iii-K*. Paris, 1787.— Aéaumur, IV, t. Vil, p. 87, fig. 11 à 19. — Ruuscher, Amsterdam, io-8*, p. 175.
couverte d'un duvet cotonneux ; sa formé est celle d'un pruneau coupé en deux ; on aperçoit au microscope, sous le ventre, beaucoup de points brillants comme de l'encre. Au mois d'avril leur volume a acquis celui d'un pois, et leur forme s'est arrondie ; l'enveloppe cotonneuse a disparu, et a été remplacée par une poussière blanche superficielle.
En mai, on trouve, au dessous d'eux, un dépôt considérable de petits œufs de couleur rouge clair.
Les jeunes, éclos des œufs, sont rouges, ovales, avec des points dorés sur leur dos convexe, striés en travers. Ils ont six pieds et denx antennes, d'une longueur égale à celle du corps, et deux appendices filiformes à la partie postérieure ; ils ont deux yeux noirs. Ils peuvent sauter comme des puces. Les mâles ont des ailes blanches.
L'abondance de la récolte dépend de la douceur de l'hiver, et notamment des conditions atmosphériques du printemps. Les gelées Klanches et les brouillards lui sont défavorables. Les arbustes âgés en portent plus que les jeunes. Le kermès du bord de la mer est plus gros et plus brillant. Il est récolté par des femmes, le matin, avant que le soleU ait chassé la rosée ; les feuilles sont alors moins piquantes. Elles détachent l'insecte au moyen des ongles. Avec un peu d'habitude on peut en recueillir i kilogramme par jour.
Dans Tîie de Candie, oil on lui donne le nom decocctis haphicaj ce sont les pâtres et les jeunes enfants qui le ré* coltent.
A cet effet, ils repoussent les feuilles au moyen d'une fourchette qu'ils tiennent de la main gauche et coupent avec une faucille les jeunes pousses sur lesquelles le kermès est fixé.
Les négociants humectent le kermès avec du vinaigre et l'exposent au soleil pour tuer les jeunes ; le produit prend alors une couleur rougeâtre.
On fait souvent une seconde récolte. Les grains, dans ce cas, sont fixés aux feuilles, leur grosseur est moindre et la
84t TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
couleur est moins belle ; ce sont, en effet, les insectes qui auraient passé Tbiver et servià la récolte de l'année suivante, si l'automne n'avait pas été exceptionnellement favorable. Les ramiers aiment beaucoup le kermès, etlui fontla guerre.
Le kermès vient en caisses et en barils de tous poids.
On en distingue surtout deux variétés :
1"* Celui de Provence, qui donne à l'écrasement une poussière rouge.
Il fait pâte dans le mortier et ne peut facilement être tamisé.
2"* Le kermès d'Espagne, en grains secs et plats, ne donne que peu de poussière et se tamise aisément.
Le kermès de Provence est plus riche en couleur et d*un prix plus élevé; on le mélange souvent avec la seconde
• En 18S6, la France a importé 22130 kUogrammes de kermès qui, à raison de 7 francs le kilogramme, représentent une valeur de 134910 francs; L'Espagne seule en a fbunfi2D23S kilogrammes; l'Algérie 733 kilogrammes.
Suivant M . Girardin (1 ), le kermès était déjà connu dans le Levant du temps de Moïse, qui rappelait yo/e; on s'en servait pour donner le premier bain aux draps destinés à être teints en pourpre. Dans l'Inde, on l'employait pour teindre la soie. Pline en parle sous le nom de coccigranum, et dît qu'on teignait en pourpre avec cette matière, que les Espagnols apportaient pour payer la moitié de leur tribut au peuple romain.
Lorsque l'art de teindre avec la pourpre des Tyriens fut {terdu, on fit usage du kermès pour obtenir la même couleur, aussi devint-il pour plusieurs pays méridionaux un objet important d'exportation. On le désignait alors sous le nom de vermiculus (petit ver) ; le mot kermès qui est arabe, et celui de vermillon, qui est français, ne sont que la tradue-
(l)T.n, 4«édit.,p. 562/
COCHENILLE. t4S
lion du premier. Ces noms semblent indiquer que Ton connaissait mieux chez les anciens, qu'au dix-septième siècle, la vraie nature du kermès. Au moyen Age c'était la seule substance employée pour la teinture d'un rouge \îf. En Allemagne, les paysans serfs devaient livrer aux couvents et aux chefs, une certaine quantité de kermès. On le recueillait à la Saint-Jean, entre H heures et midi, avec des cérémonies religieuses, et on le désignait pour cela sous le nom de sang de Saint-Jean.
A Venise on en consommait beaucoup pour la fabrication de Técarlate de Venise sur laine, qui ne doit pas être confondu avec l'écarlate à la cochenille ou écarlate des Gobelins ou de Hollande; ce dernier n'a été préparé que beaucoup plus tard.
Le kermès est la seule récolte abondante qui se fasse régulièrement au Maroc. Il constitue la vraie richesse des populations montagnardes.
Les Arabes des provinces d'Alger et d'Oran en récoltent annuellement 2000 kilogrammes. Le chêne coccifère est fort répandu dans ces provinces.
Gomme laque ou résine laque.
Ce produit nous vient des Indes orientales, et se trouve dans le Pégu, les royaumes de Siam, d'Assam, le Bengale, dans les forêts de Sylet et de Burdwan ; il est fourni par un gallinsecte, le coccus lacca ou ficuSy qui vit sur les jeunes rameaux dé différents arbres, notamment de certains grands figuiers (ficus religiosa et indica)^ du rhamnusjujuba (juju-^ hier), du butea et de certaines mimosées (mimosa cinerea et coTinda\ du croton lacciferurtè). Elle se présente sous forme de croûtes adhérentes et représente les produits de la digestion des gallinsectes.
L'animal est petit, de la grosseur dïrne tête d'épingle, ovale, un peu aplati , formé de douze anneaux, rouge ; son
abdomen est plat. Les antennes ont la demi-longueur du corps ; elles sont munies de deux à trois appendices filiformes. Le ventre porte, à la partie postérieure, deux soies divergentes. C'est sous cette forme qu'ils apparaissent, en novembre ou décembre, sous le squelette de la mère. Ils se promènent quelque temps sur les tiges, et se fixent au mois de janvier, aux extrémités charnues et gorgées de liquides des jeunes pousses, sans avoir éprouvé de modifications. Peu à peu le pourtour de leur ventre s'entoure d'un liquide visqueux et transparent qui les colle à la plante. C'est ce liquide qui, continuant à être sécrété, finit par former une cellule close autour de l'animal, et constitue la gomme laque. Au mois de mars, la cellule est achevée, et l'insecte présente l'apparence d'un sac ronge, ovale et poli, sans vie apparente, tout gorgé d'un beau liquide rouge ; sa grosseur est à peu près celle du cochenillîer. Aux mois d'octobre et de novembre, on trouve de vingt à trente jeunes dans ce liquide. La mère meurt, les jeunes l'abandonnent, en perçant l'enveloppe près du dos. Celle-ci n'offre alors plus que, l'apparence d'une coque vide et incolore, dont on trouve les traces dans les cellules vides de la gomme laque.
Les insectes sont si rapprochés et si pressés que, sur six, un seul trouve la place nécessaire à la construction de sa cellule ; les autres périssent et sont mangés par les oiseaux ou d'autres insectes.
Les jeunes pousses des figuiers, couvertes de ces pucerons, semblent saupoudrées d'une poudre rouge. Elles sont si épuisées, qu'elles s'étiolent, ne portent pas de fruits et que leurs feuilles se fanent.
Ce sont les oiseaux qui transportent les gallinsectes d'un arbre à l'autre, au moyen de leurs pieds.
Lorsqu'on pratique une entaille sur un des figuiers à gomme laque susmentionnés, il en sort un suc laiteux qui se coagule instantanément, en donnant unesubstancegluante qui, en se desséchant, ressemble à la gomme laque.
La gomme laque se trouve principalement sur les hauteursy le long des deux rives du Gange et en quantité assez considérable pour alimenter tons les marchés.
La meilleure laque est celle qui offre encore une couleur rouge foncé. Si elle est pftle et perforée, elle ne peut plus servir que pour la préparation des vernis, car les insectes Tont alors abandonnée.
La croûte qui enveloppe les tiges a quelques millimètres d'épaisseur.
Les cellules sont disposées en lignes longitudinales, chacune a 0",005 de diamètre et renferme le cadavre d'un insecte. La résine qu'on en sépare est jaune comme de Tambre.
On ne sait pas encore exactement si la laque est sécrétée par l'animal, après avoir été élaborée dans son organisme, aux dépens de principes spéciaux de la plante sur laquelle il vit, ou si elle est directement fournie par le parenchyme végétal, à la suite de la piqûre de l'insecte.
Les indigènes font un grand usage de la laque pour fabriquer des objets d'ornement (bracelets, perles, colliers), de la cire à cacheter ; pour vernir ; comme poudre à polir et pour teindre.
En Europe, on s'en sert pour teindre et pour la préparation des vernis (1).
. Aux Indes et en Chine, il existe un arbre, le celastrus ceriferus^ qui fournit une cire blanche servant à la confection de bougies ou cierges, à la suite de la piqûre d'une variété de gallinsecte, le coccus ceri/ems, qui est rouge foncé.
Les Chinois élèvent un gallînsecte qui fournit la cire Pe-la ; c'est probablement le même (2).
(l)Kerp, PhiL Transactions, LXXI, 1781. p. 374, fig. 1-6. — Kerr, f?oxburgh Transariions, LXXXI, p. 228. — As atic Hesenrches^ U, lî'JO, p. 361. — Wrey^ Journal complt^m, du Dict, fies se, méd,^ X, 1821, i93, fig. 1-7.
(2) Anderson, Monographia cocci ceriferi, 1791. — Pearsoû, m Phii. Transact,^ 1794, p. 383.
On en distingue quatre espèces :
1" La laque en bâtons, récoltée en mars et octobre. Les cellules adhérent encore à la tige sur laquelle elles se sont fonnées.
Résine dure, rouge sombre, transparente, à cassure luisante ; elle colore la salive en violet, saveur astringente et amëre.
Insoluble dans Teau à laquelle elle cède, . cependant, sa matière colorante en la colorant en rouge, soluble partiellement en rouge^ dans Talcool; insoluble dans les huiles grasses et les huiles essentielles. Elle renferme, d'après Hatchett :
Résine 68
Matière colorante 10
Cire 6
Gluten 5,5
Ck)rps étrangers J0,5
Les acides sulfurique et chlorhydrique étendus dissolvent mieux la matière colorante que Teau pure, et servent quelquefois pour monter des bains de teinture.
La meilleure vient de Siam, la moins estimée du Bengale.
2** La laque en grains formée des cellules détachées du ligneux ; elle est en fragments brisés.
Elle est souvent privée, par un traitement à l'eau, d'une partie de son pigment. Elle renferme :
Résine 8^,5
Matière colorante 2,5
Cire. 4,5
Gluten 2,0
Corps étrangers et perte 2,5
3* La laque en tablettes, gâteaux ou pains. Les grains sont fondus et coulés dans des formes..
COCHENILLE. Zkt
4** La laque en écailles : pour la préparer, on enlève les croûtes de la tjge ; elles sont brisées en petits fragments, macérées pendant un jour dans l'eau, lavées et séchées. On les introduit ensuite dans un sac en calicot, que l'on ferme, et que l'on tourne au-dessus d'un feu de charbon. Lorsque la résine est fondue, on exprime, et on étend le produit, ainsi filtré, en couches minces, sur une planche polie de bois de figuier du paradis. En quelques minutes elle se solidifie et devient dure et cassante , elle ne renferme que 0,5 de matière colorante et 91 pour iOO de résine.
On donne le nom de lack-lake et de laque-dye à des préparations obtenues dans les Indes avec la laque, comme produits secondaires de la fabrication de la laque en écailles.
A cet effet, la laque en bâtons, réduite en poudre grossière, est épuisée par une macération dans l'eau chaude ou l'eau alcaline.
Le liquide est évaporé à feu nu, dans des chaudières, ou, au soleil, dans des vases plats. Le résidu se présente sous forme de tablettes plates et carrées de 67 millimètres de côté, sur 13 d'épaisseur. La laque-dye contient :
Résine 25
Matières colorantes 50
Matières terreuses 22
Elle est importée de Calcutta à Londres et à Hamboui^. C'est Stephens qui la prépara en premier, aux Indes, oîi elle se fabrique depuis longtemps, et sert à la teinture du coton et de la soie. Elle n'a fixé l'attention, en Europe, que vers la fin du dix-huitième siècle.
La matière colorante de la laque-dye offre beaucoup d'analogies avec cel'e de la cochenille ; cependant on n'est pas encore en droit de conclure à l'identité.
On évalue la richesse de ces produits par des essais de teintures, semblables h ceux usités pour la cochenille. .
La lack-lake s'obtient en précipitant par l'alun la décoc-
tion préparée en épuisant la laque en bâtons par une solution de soude caustique faible. Le précipité est exprimé, moulé en pains et séché, il renferme :
Matières colorantes 50
Résine 40
Alumine. . . .^ 9
Matières étrangères 1
Pour en faire usage, il convient de décomposer la laque alumineuse par Tacide chlorhydrique , ou l'acide sulfurique.
On trouve dansle commerce un grand nombre de marques de lacque-dye et de lack-lake, les marques inférieures ne sont pas toujours les moins riches.
Ces préparations servent surtout pour le rouge-écarlate sur laines ; 2 à 3 kilogrammes produisent le même eflet qu'un kilogramme de cochenille. Il convient d'employer plus de dissolution d'étain pour neutraliser Teflet de l'alumine , contenue dans le bain acide, et qui tend à faire virer la nuance au cramoisi.
La valeur de la laque en écailles dépend de sa transparence.
Cochenille de racine.
Autrefois on recueillait de la graine d'écarlate dans les pays du Nord, en Pologne et en Allemagne. Ainsi, les paysans étaient tenus de livrer annuellement, à leurs seigneurs, une certaine quantité de petits vers (t?ermtCM/t,d'où vermeil) qui adhèrent aux racines souterraines de certaines plantes, et notamment du scléranthe.
On donne à ce produit le nom de Kermès de Pologne {coccus polonicus).
Le scléranthe croît en abondance dans les champs sablonneux.
COCHENILLf:. S49
Le même ver à kermès se trouve aussi sur les racines du parieiaria^du herniaria^ du hieracium pilosella^ etc.
On les recueille en juin. Ils sont alors mûrs, d'un rouge pourpre violacé et de la grosseur d'un grain de poivre. Ils sont fixés immédiatement sous la tige, au nombre de deux, trois, jusqu'à six.
Les jeunes éclosent vers le mois de juillet, se promènent, sans prendre de nourriture, pendant une quinzaine , puis se fixent : leur corps se recouvre d'un duvet blanc. Au bout de cinq à six jours ils pondent et meurent. Vers la fin d'août, les petits éclosent, et ressemblent alors à des points rouges. Les mâles sont très-petits avec des ailes blanches à bords rouges (1).
On ne tire plus aucun parti de la cochenille ou du kermès de Pologne, cette exploitation ne pouvant lutter avec celle de la cochenille vraie.
Citons encore : 1° le coccus fragariœ^yisBx\l sur les racines du fraisier de Sibérie;
2® Le coccus uvœ ursij recueilli en Russie sur Yarctosia^ phylos uva ursi. Sa grosseur est double de celle du kermès de Pologne.
3* Le coccus fabœ^ découvert par M. Guérin Menneville en 1851, dans le sud de la France, sur les fèves {vicia faba)^ et plus tard sur diverses espèces de chardons et plusieurs plantes sauvages et cultivées ; on a fait en 18o6 des essais de culture sur des esparcettes, essais couronnés de succès ; les œufe, pondus en automne, éclosent en hiver. Les jeunes restent sansnourriture, jusqu'au moment oti ils peuvent se répandre sur les jeunes plantes.
D'après les essais de M. Chevreul, le pouvoir tinctorial de cette nouvelle cochenille est moindre que celui du coccus ordinaire ; elle donne de plus un rouge orangé (brun-capucine)
(1) Breynius, Histnria nafuralis <y>cci radicum. Dantzig, 1733. — - Wolfei Pfttloê. Transac.^ LIV, p. «Jl. — Frisch, Entomologie^ V, 1736, p. C, pi. 2.
950 TltAlTÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
dans les conditions où la cochenille ordinaire fournit du rouge-écarlate. Selon M. A. Vée, on trouve au Canada, sur un sapin {abies nigra)^ un insecte dont les ailes contiennent une forte proportion de matière colorante rouge écarlate, analogue à celle de la cochenille.
Dans la langue slave le mot qui répond à notre couleur rouge, dérive de celui qui veut dire ver ; d'où Ton peut conclure que le kermès de Pologne était employé de temps immémorial à la teinture en rouge.
D'après des renseignements imprimés, on en faisait autrefois une consommation considérable.
Matière colorante des gai l insectes.
On n'a guère étudié que les matières colorantes de la cochenille vraie, du kermès et de la laque, et d'après cette étude elles semblent avoir les mêmes caractères.
La cochenille doit ses propriétés tinctoriales à un acide rouge, soluble dans Teau.
La matière colorante n'est pas dissoute dans le corps de l'animal suivant Clark, elle s'y trouve en petits grains groupés autour d'un noyau incolore plus grand, et en suspension au sein d'un liquide, incolore. C'est surtout avant la ponte que linsecte en renferme le plus.
Ce corps a été isolé pour la première fois, mais à l'état impur, par Pelletier et Caventou, qui le désignèrent sous le nom de carminé. Ces chimistes considéraient la carminé comme un principe azoté et lui assignaient la formule
MM. Arppe et Waren de la Rue démontrèrent sa nature acide, et, par une purification plus complète,éliminèrent toute trace des substances azotées incolores qui l'accompagnent d'une manière persistante. D'après ces expérimentateurs,
GOCHEMUE. 351
cide canninique, obtenu sous forme d'une masse amorphe, a une composition qui répond à la formule
J'ai préparé, de mon côté, Tacide carminique à l'état de cristaux. Mes analyses conduisent à la formule
Enfin, M. Schaller qui a étudié Facide carminique cristallisé, préi>aré par mon procédé, arrive à l'expression
J'ai, du reste, fait observer que la matière colorante de h cochenille y existe à deux degrés d'oxydation ; que l'un d'eux répond à la formule C»H«0% et l'autre, à C^H^O^ L'expression de M. Schaller est intermédiaire.
Cette question mérite d'être reprise pour fixer définitivement la composition de l'acide carminique. Ce corps est assez facile à obtenir à l'état de pureté et en cristaux, en suivant le procédé de MM. Arppe et Waren de la Rue, légèrement modifié, procédé qui m'a permis de préparer, pour la première fois, l'acide carminique cristallisé.
La cochenille en grains est épuisée par l'éther qui enlève une matière grasse, puis, plusieurs fois, par l'eau bouillante. Le liquide rouge est précipité par de l'acétate neutre de plomb rendu un peu acide, par addition d'acide acétique. Le précipité bleu-violet, qui se forme, entraîne toute la matière colorante, car le liquide filtré est à peu près incolore, tout au plus jaunâtre. Après un lavage prolongé à l'eau chaude, il se compose principalement decarminate de plomb, de phosphate de plomb avec un peu de matière azotée dont la majeure partie reste dans le liquide. En effet , celui-ci, après concentration, donne un sirop qui dépose des aiguilles
3 5i TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
de tyrosine, et retient les principes ordinairement contenus dans les extraits d'organes animaux.
Le précipité plombique est traité, en présence de reau,par unequantité insuffisante d'acide sulfurique. On filtre à chaud. L'acide carminique mis en liberté se dissout, tandis que l'acide phosphorique reste avec le résidu. Le liquide est évaporé à sec, au bain-marie, à 50*, et le résidu est repris par l'alcool absolu.
Par l'évaporation et le refroidissement de la solution alcoolique on obtient l'acide carminique cristallisé, sous forme d'une végétation mamelonnée rouge, offrant l'aspect d'une peau rugueuse.
Ces cristaux sont souvent mélangés de cristaux jaunes ayant la forme de tables hexagonales, que l'on peut séparer en utilisant leur insolubilité dans l'eau froide. La solution aqueuse, séparée parle filtre de la substance jaune (ou incolore), est évaporée, et le résidu est repris par l'alcool absolu.
On peut aussi faire cristalliser l'acide carminique dans l'éther. Bien qu'il y soit très-peu soluble, on obtient, par la concentration, des concrétions mamelonnées.
MM. Pelletier et Caventou préparaient leur carminé en traitant la cochenille, dégraissée à Télher , par de l'alcool bouillant. En concentrant, il se forme un dépôt semi-cristallin, qu'on redissout dans l'alcool ; le liquide rouge additionné de son volume d'éther sulfurique précipite de la carmine.
Ce produit représente, très-probablement, une combinaison d'acide carminique et de substance azotée (tyrosine?).
Dans le cours de mes recherches, j'ai souvent observé^ dans les solutions alcooliques, la formation de grumeaux caséeux, rouges, contenant de l'azote et qui se rapprochaient, par conséquent, de la carminé de Pelletier.
Propriétés de Cacide carminique. — Solide, rouge pourpré, donnant une belle poudre rouge clair, friable à l'état sec, susceptible de cristalliser en concrétions mamelonnées,
par le refroidissement de ses solutions concentrées, alcooliques ou éthérées. Saveur acidulé prononcée. Très-soluble dans Teauetralcool, presque insoluble dans Téther. Il sup« porte une température de 136"*, au-dessus il se décompose. Soluble sans décomposition dans l'acide sulfurique et Tacide chlorhydrique concentrés. Le chlore, le brome, l'iode, l'attaquent rapidement. L'acide azotique, de densité = 1,4, le tranrforme, avec dégagement de vapeurs nitilantes, en un mélange d'acides oxalique et nitrococcussique. Ce dernier représente un composé nitré, cristallisable en beaux feuillets jaunes, répondant à la formule
CW(AzO«)W + H«0.
La solution aqueuse d'acide carminique pur ne s'altère pas au contact de l'air. Les afcalis caustiques la colorent en bleu pourpré. Les solutions de chaux et de baryte y déterminent des précipités bleus pourprés. Les acétates de plomb, de zinc, de cuivre et d'argent, donnent des précipités pourpres. Le précipité argentique se réduit très-rapidement, et de l'argent devient libre. L'alun ne donne de précipité qu'après l'addition de quelques gouttes d'ammoniaque ; la laque est cramoisie.
L'hydrate d'alumine enlève immédiatement l'acide carminique à ses solutions ; la laque est rouge tant qu'on ne chauffe pas, et devient cramoisie, puis violette, par une élévation de température ; le même effet se produit par l'intervention de peu d'acide ou d'un sel aluminique, tandis que les alcalis donnent de la stabilité à la couleur rouge que forme l'acide carminique avec l'alumine.
Les sels alcalins neutres font virer au violet la couleur de l'acide carminique, les sels alcalins acides lui communiquent une teinte orange (bitartrate de potasse). Les sels neutres de chaux, baryte et strontiane, colorent en violet ; cependant le sulfate de chaux donne un précipité.