‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 96 sur 110 · II · texte numérisé non relu

II

La touffe de feuilles nées à l'origine de la racine est trèsfournie. Celles-ci sont un peu charnues, à saveur et à odeur fortes. Les feuilles adhérentes à la tige sont lancéolées. La panicule florale est très -chargée. Les fruits sont des siliques.

On enlève les feuilles au mois de juin de la seconde année, lorsque celles du bas commencent à jaunir. Il en repousse d'autres qui peuvent servir à une nouvelle récolte.

Ces feuilles sont tantôt lavées et séchées, pour servir directement à la teinture. Souvent aussi on les réduit en pâte avec de Feau, et on dispose cette pâte en tas de 90 centimètres à i mètre de hauteur.

Au bout de quinze jours on façonne la p&te en boules de quelques centimètres de diamètre, que l'on sèche. Quelquefois, la masse, triturée une seconde fois avec un peu d'eau, est soumise à une nouvelle fermentation, pendant laquelle il se développe de Tammoniaque.

La préparation ainsi obtenue est appelée pastel ou vouède. Les meilleurs produits viennent de Provence, du Languedoc, de Normandie. On trouve aussi dans le commerce des feuilles de pastel en ballots (coques ou coquaignes). En Allemagne, on consomme presque exclusivement le pastel de Thuringe, dont les tonneaux portent trois tours avec la marque 4,5.

Fig.9.

INMGOTlNfi. 647

Le pastel de Bohême et de Hongrie est employé dans le pays même de production.

Le pastel est fréquemment usité dans la teinture, en mélange avec Tindigo ordinaire. Certains fabricants prétendent même qu'ils ne peuvent obtenir^ sans son concours, de belles nuances.

Les boules doivent être légères, à odeur douceâtre, de couleur yerte ou vert-jaunfttre, à section grasse et luisante; frottées sur un papier, elles doivent laisser une marque verte. Elles gagnent en valeur tinctoriale avec la durée de leur conservation. Au bout de 6 à 8 ans , leur richesse est presque doublée.

On n'a pas cherché à retirer industriellement Tindigo du I j pastel. ' '

Voici par quel procédé M. Schunck en extrait Vindican.

On prépare un extrait alcoolique, en épuisant les feuilles par Falcool froid* Le liquide, additionné d'eau, est concentré à la température ordinaire, sous Tinfluence d'un courant d'air, puis filtré et agité avec de l'hydrate de cuivre fraîchement précipité. On filtre ensuite, et on enlève l'oxyde cuivrique dissous par un courant d'hydrogène sulfuré. Le liquide filtré de nouveau est évaporé dans un courant d'air, à la température ordinaire. Il reste une masse sirupeuse, dont on extrait l'indican par l'alcool froid. Celui-ci sépare une masse brune. En ajoutant de l'éther àla solution alcoolique, on détermine la précipitation d'autres produits étrangers. Après filtration on évapore. L'indican, ainsi obtenu, offre l'apparence d'une masse sirupeuse, brun clair, à saveur amère, à réaction acide, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther.

D'après Schunck, on trouverait l'indican dans l'urine nor*maie et pathologique, ainsi que dans le sang de {'hoo^me et du bœuf.

Ufsatis indigotica, Tein-^hoa^ Tein^hing^ croU dans la plupart des provinces de Chine et sertà la préparation d'une

espèce d'indigo se vendant en pftte visqueuse qui, séchée, ne fournirait plus qu'une couleur noirâtre. Ce produit sert à la teinture en bleu, à Canton, à Emouî, etc.

Polygonum tinctorium^ ou renouée des teinturiers.

Plante herbacée de la famille des polygonëes ; à feuiltes alternes lancéolées. Les fleurs sont disposées en épis et portent sept étamines.

Au dire delà plupart des auteurs, on prépare avec les

feuilles de cette plante, en Chine, une variété très-estimée dlndigo. Les feuilles elles-mêmes servent directement à la teinture.

Cependant la description donnée par M. Natalis Rondot du lan de Chine, exploité plus généralement à Canton, ne s'accorde pas avec le signalement des polygonées ; les feuilles sont opposées. Le lan serait plutôt une asclépiadée.

On a tenté de nombreux essais

pour acclimater en Europe lePo-

lygonum tinctorium^ au moyen

de semis faits avec des graines

venues de Chine. L'opération a

bien réussi, mais le rendement

F»*«- ^^' en indigo, 1/8 à 1 pour 100,

en moyenne 1/2 pour 100, a été trouvé trop faible pour

que l'on ait donné suite à ces expériences (1).

(1) Bulletins de la Société industrielle, t. XI, p. 186; XH, 216; XIV, 212. Journal de pharmacie^ n* 5, mai 1840.

INDIGOTINE. &49

M. E. Schwartz a, de plus, observé que Tindigo retiré du polygonum, par divers procédés, n*a qu'une richesse colorante moitié moindre que celle de l'indigo des Indes^

Le rendement varie du reste, dans certaines limites, suivant l'âge de la plante, le climat, la température, la nature du terrain. Le sol le plus avantageux est celui des prairies humifêres. Le polygonum se comporte, sous ce rapport, comme l'indigotier, qui se plaît dans les terrains d'alluvion.

L'extraction de l'indigo peut se faire comme avec l'indigotier, par macération de la plante dans l'eau et battage du liquide à l'air, avec ou sans addition de chaux. La simpleexpresaion du suc de la plante permet aussi de l'obtenir, car la matière colorable es1[^en dissolution.

Indigo (1). — L'indigo retiré par les procédés décrits pins haut, de diverses espèces du genre Indigofera^ peut varier beaucoup quant à sa richesse et à ses qualités tinctoriales. Ce produit, en effet, dont la préparation ne laisse pas que d'être délicate, et exige beaucoup de soins, est fabriqué dans divers pays, avec des plantes d'espèces différentes, récoltées dans des conditions atmosphériques changeant d'une année à l'autre, et par des mains plus ou moins habiles. On comprend donc facilement que suivant que Tannée aura été bonne ou mauvaise, suivant la nature du sol, les conditions atmosphériques, l'espèce cultivée et l'attention prêtée aux opérations, le produit offrira des aspects très-distincts.

De là les nombreuses qualités d'indigo qui sont connues dans le commerce.

M. Girardin donne, dans son Traité de chimie technolo^ gique (2), une nomenclature très-complète des indigos, en les classant d'après leur origine, en :

(I) Une grande partie des données pratiques relatives à Tindigo et à ses applications m*ont été foarnies par M. E. Schlumberger. (2)T.n, p. 604.

i« Indigos et Asie (du Bengale, â'Oude ou de Coromandel,

de Manille, ée Madras, de7ava).

2« Indigos d* Afrique (Egypte, lie de France, Sénégal). d^^ndigos d'Amérique (Guatemala, Caraque, Mexique, Brésil,

Caroline, Antilles).

Les trois variétés les plus estimées, sont le Bengale, le Java et le Guatemala.

Javas. — Ils se distinguait, en général, par la grande pureté de leur matière colorante ; ils renferment le minimum de matière oi^nique extractive. Si, malgré cela, ils n'atteignent pas toujours une forte teneur en indigotine, cela tient àla présence de substanees siliceuses minérales, mélangées à la pâte.

Leur pâte est molle ; ils happent fortement à la langue ; leur densité est faible. Ils sont ordinairement d'un bleu pur, tendre et cendré dans les sortes les moins riches et d'un magnifique bleu violet dans les qualités supérieures. Ces dernières prennent aussi un beau cuivré par le frottement à Tongle. Ils se placent, sans contredit, au premier rapg» parmi tous les indigos, au moins sous le rapport de la finesse et d(e la beauté, si ce n'est pour la teneur en principe colorarnt bleu.

Leur pureté, l'absence complète de carbonate de chaux et la petite quantité de matières organiques étrangères, qu'ils coBitîennent, les rendent très-propres à la préparation du carmin d'indigo ; aussi sont-ils recherchés pour cet usage.

Us se présentent généralement en carreaux aplatis ou cubiques, et arrivent en petites caisses de 20 à 60 kilogrammes. Gn les rencontre rarement en France^

Bengaies. — C'est l'indigo par excellence , car c'est dans cette espèce que l'on trouve les qualités les plus variées, depuis les plus belles et les plus riches, jusqu'aux plus ordinaires.

L'indigo bengale arrive ordinairement, quand U n'a pas été modifié pendant son voyage par une avarie quelconque,

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