‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 98 sur 110 · II · texte numérisé non relu

II

Cependant, par suite des additions successives, le dépôt finit par être tellement abondant, qu'il devient urgent de vider la cuve.

Pour ne pas perdre Tindigotine, que peut renfermer encore le dépôt et le liquide d'une semblable cuve, certains teinturiers, tout en. continuant les additions successives de chaux et de vitriol, cessent d*y introduire de nouvelles doses d'indigo, et épuisent le bain par des articles destinés à ne recevoir qu'une nuance peu foncée, jusqu'à refus de coloration.

D'autres fois, on précipite l'indigotine des vieilles cuves, pour la faire servir à une nouvelle réduction.

A cet effet, le liquide clair et les dépôts sont pompés dans de grands cuviers en bois et étendus de beaucoup d'eau. Par des additions convenables de sulfate de fer et de chaux, on amène tout l'indigo du dépôt à se dissoudre. On laisse reposer, et on fait couler la partie claire sur un appareil servant à multiplier les surfaces de contact avec l'air.

On ajoute de l'acide chlorhydrique, et on recueille l'indigo oxydé sur des filtres en laine. Le dépôt est traité une seconde et une troisième fois par l'eau, avec addition de réducteurs, jusqu'à ce qu'il cesse de fournir de l'indigotine.

Avec toutes ces précautions, on arrive néanmoins à une perte d'environ 2,5 p. 100 de la quantité d'indigotine employée.

La teinture du calicot et du coton en écheveaux, ainsi que celle des fils et tissus de lin et de chanvre, se fait toujours dans la cuve à la couperose, à froid.

Les bleus unis s'obtiennent par simple immersion dans la cuve, suivie d'une exposition suffisante à Tair (déverdissage).

En variant la force de la cuve, ainsi qne le nombre et la durée des immersions, on obtient à volonté des gradations de nuance, depuis le bleu le plus clair, jusqu'à celui qui paraît presque noir.

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La durée de rimmersion a une grande influence sur la dose d'indigotine fixée.

En effet, nous avons déjà dit, ailleurs, que ce n'est pas seulement la quantité d'indigotine dissoute dans ia portion de liquide pénétrée dans le tissu, qui se fixe, mais qu'il s'exerçait, en outre, une véritable attraction de porosité, capable de dépouiller peu à peu le bain de sa matière colorante, longtemps avant que tout le liquide dissolvant ait été absorbé.

Pour cette teinture, il est bon de mouiller préalablement le tissu ou les écheveaux, avec de l'eau. Ils sont alors plus également pénétrés et les nuances sont plus unies.

Le point important est d'obtenir des teintes égales partout, aussi le fabricant doit-il veiller à tendre également la pièce, s'il opère avec le Champagne, et à bien passer au large et à exprimer également entre deux cylindres, s'il se sert de l'appareil continu. Dans ce dernier cas l'excédant de liquide retombe dans la cuve.

Une autre cause d'inégalité est le déverdissage incomplet,

La pièce doit toujours rester exposée à l'air pendant un temps égal à celui de la trempe précédente.

La durée d'une trempe peut varier de S à IS minutes.

Pour avoir des teintes unies et solides, il est préférable de commencer par des cuves faibles, et de donner les immersions suivantes dans des bains de plus en plus forts. L'indigotine pénètre ainsi plus complètement jusqu'au centre.

Le tissu doit être bien blanchi, pour éviter les inégalités résultant de l'action des corps gras et des saletés, fonctionnant comme réserves.

Après les cuvages et dé verdissages, on passe en acide sulfurique, à 1 ou 2** Baume, afin d'enlever la chaux précipitée par l'acide carbonique de l'air, et d aviver la nuance; enfin on rince à l'eau et on sèche.

Les bleus de cuve passés en eau de chaux bouillante, ou sous l'influence des traitements alcalins, en général, s'améliorent sensiblement; probablement par l'élimination de

certains principes jaunes. Aussi donne-t-on souvent un bain de savon chaud.

Les fonds bleus cuvés, sur fibres végétales, peuvent être combinés avec des impressions blanches ou diversement colorées ; et cela par deux méthodes distinctes.

Tantôt on imprime, avant le cuvage, une préparation (réserve) capable de s'opposer à la fixation de Tindigotine, aux places où elle est déposée.

lintôt, au contraire, on détruit l'indigotine uniformément fixée, en certains points déterminés par l'impression, au moyen d'agents chimiques convenables (enlevage).

^Les réserves sont ou mécaniques, c'est-à-dire qu'elles s'opposent mécaniquement, par imperméabilité , à la pénétration du bain indigotique dans la fibre et partant à la teinture (cire, terre de pipe), ou chimiques. Celles-ci déterminent, soit en raison de leurs propriétés acides, soit en agissant comme oxydants énergiques, la précipitation de l'indigotine avant qu'elle ait touché la fibre et pénétré dans ses pores.

Tels sont les sels de cuivre, le bichlorure de mercure.

Cette classification n'est du reste pas absolue ; car il existe un grand nombre de corpâ qui jouent à la fois le rôle de réserves mécaniques ou physiques et de réserves chimiques.

Ainsi les sels de cuivre, en oxydant l'indigo blanc et en prédpitant à la surface du tissu une couche d'indigotine bleue, déterminent par cela même la formation d'un enduit plus ou moins imperméable.

Les sels de zinc ou d'alumine, fréquemment usités, fournissent en même temps un dépôt d'indigo blanc et un. enduit d'hydrate gélatineux d'oxyde de zinc ou d'aluminium.

L'acide arsénique, les arséniates et les phosphates acides, l'acide borique, les sels de plomb, de peroxyde de fer se comportent d'une manière analogue.

Les savons métalliques de cuivre et de plomb sont à la fois réserves chimiques et mécaniques.

Ce n'est, du reste, qu'en unissant dans des rapports ration-

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nels ces différents genres de produits et en composant une préparation complexe, qu'on arrive à de bons résultats.

L'épaississant lui-même joue un grand rôle^ et il importe de bien connaître le mode d'action de chaque épaississant» et le rapport dans lequel il doit se trouver avec les parties réservantes de la couleur.

La composition d'une bonne réserve est donc principalement une question de bonnes proportions des parties constitutives, variant avec la force de la cuve et llntensité du bleu que l'on veut réserver.

La première condition, c'est qu'elle durcisse immédiatement après l'immersion dans la cuve. Si elle se ramollissait, au contraire, il y aurait coulage.

En d'autres termes, l'acidité de l'impression doit être proportionnelle à la force et à l'alcalinité de la cuve. Ainsi une réserve fortement acide qui durcirait bien dans une euve forte, se ramollira et coulera dans une cuve faible.

D'un autre côté, une réserve presque neutre, qui réserverait bien une cuve faible, se laisserait traverser par une cuve forte. A ce point de vue, il n'est pas indifférent de chmsir tel ou tel sel d'une base donnée. Les sulfates et les nitrates auront une puissance réservante plus forte que les acétates, tandis qu'en faisant intervenir ces derniers, on obtient des réserves qui durcissent bien dans les cuves faibles.

La réserve blanche, la plus généralement employée, est composée avec de la terre de pipe, de la gomme, du vert-degris et du sulfate de cuivre.

On emploie ordinairement, pour cet article, les pièces simplement débouillies et non blanchies; dans cet état, elles se teignent mieux et plus rapidement. C'est encore pour faciliter leur teinture et pour les rendre plus aptes à se mouiller rapidement et uniformément, au moment de l'immersion, que l'on fait subir aux pièces une préparation préalable, consistant en un passage en empois faible, presque liquide, avec addition de sulfate de cuivre, de nitrate ammonique,

sels qui favorisent la prompte oxydation et la pénétration.

Après le placage de la pièce dans cet apprêt, on dessèche et on cylindre légèrement, on imprime en réserve, on sèche et on cuve. Le tissu est nettoyé en bain tiède d'acide sulfurique à 2** Baume.

On conçoit que si, au lieu d'imprimer la réserve sur fond blanc, on l'applique sur fond bleu cuvé clair, on réalisera un dessin bleu clair sur fond foncé.

Une application très-intéressante des réserves sous bleus cuvés est celle qui résulte de l'intervention simultanée du bleu d'indigo et des couleurs garancées, ou autres, et qui constitue le genre connu sous le nom de lapis ; ce genre a joui pendant longtemps d'une grande vogue.

Nous en dirons quelques mots, parce qu'il constitue un exemple 4;rès-curieux des ressources que le fabricant trouve dans les réactions chimiques, pour varier ses effets de coloration.

On conçoit qu'un tissu étant cuvé avec réserves blanches, lavé et dégorgé, il soit possible de rentrer sur les parties blanches une couleur vapeur ou un mordant, et d'achever la fixation de cette nouvelle couleur, ou la fixation et la teinture du mordant, comme s'il s'agissait d'un fond blanc ordinaire. Ce genre constitue le fond bleu enluminé ordinaire; il n'offre pas plus d'intérêt pour nous que les genres enlu- ^ minés en général. L'encadrement plus ou moins exact des couleurs nouvelles, par le bleu, dépendait des soins apportés dans la gravure ou l'impression.

Mais voici un moyen très-simple d'obtenir une impression colorée rouge, mauve, jaune, parfaitement entourée de bleu, sans que l'œil puisse distinguer la moindre solution de continuité.

Supposons qu'au lieu d'imprimer une réserve blanche ordinaire, on y ajoute de l'acétate ou du nitrate de plomb. Le passage en cuve déterminera la fixation d'une certaine dose d'oxyde de plomb; après la teinture en bleu, il suffira

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de passer le tissu, d'abord dans un bain d'acide sulfurique, puis en chaux, pour déplacer l'oxyde de plomb précipité par la chaux de la cu\e et transformé consécutivement en sulfate; enfin on teint dans un bain de bichromate saturé ou non de chaux, pour voir apparaître, à la place des parties blanches, un jaune ou un orange parfaitement encadré.

En imprimant cette réserve jaune sur fond uni clair et en teignant d'abord en gros bleu, puis au bichromate, on obtient des dessins verts, entourés de gros bleu.

Ou bien nous pourrons imprimer une réserve qui contient les éléments du mordant rouge. Après une exposition convenablement prolongée dans la chambre d'oxydation, on teint en cuve, on lave à l'eau courante, puis en bouse, pour achever la fixation du mordant, et enfin on teint en garance. Ici encore le rouge garance se juxtapose exactement au bleu.

En combinant, suivant les besoins du dessin, la réserve sous gros bleu, la réserve sur petit bleu et sous gros bleu, la réserve jaune, la réserve rouge, on peut obtenir, comme on le voit, une multitude d'effets très-intéressants. On se servait en outre d'une réserve sous mordant et sous bleu, permettant d'obtenir des dessins blancs plus fins et plus réguliers que par la seule réserve sous bleu.

Enfin, on faisait intervenir le mordant noir qui . n'a pas besoin de réserver le bleu, l'addition du bleu cuvé au noirgarance étant plutôt favorable à sa beauté.

Sans entrer dans les détails de cette fabrication assez délicate, nous donnons, en note, quelques recettes de ces diverses réserves (1). Voir pour plus de développements

(1) Réserve pour

Gros bleu. Bleu moyen.

Eau 4 litres. 4 litres.

Sulfate de cuivre lki\2^ 500 grammes.

Acétate de cuivre 500 grammes. 250 —

Azotate de cuivre 875 — 500 —

Alun 240 — 240 —

Texcellent article de M. Persoz {Traité de rimpression^X. IV» p. 319 et suivantes) : fonds bleus enluminés {Lapis).

Enlevages. — Le procédé par réserves offre plusieurs inconvénients : 1** On ne peut réaliser des impressions d'une grande finesse ; 2* il exige remploi de cuves fortes, pour prévenir le coulage des réserves.

Dans le genre enlevage, on commence par fabriquer des fonds bleus unis. La force de la cuve est donc peu impor-

Terre de pîpe.'. 2'*'',1 25 2 kilogrammes.

Amidon grillé lkii,260 1 —

La proportion d'azotate de cuivre n'est pas indifférente. Si l'on en met trop peu, la couleur ne perce pas d'un côté, et le blanc devient imparfait. Si l'ou en met trop, la couleur coule dans la cuve.

Rouge, réserve lapi».

Mordant rouge, à 1 i<* Baume 12 litres.

Gomme Sénégal 2à3 kilogrammes .

Terre de pipe 4à6 —

Huile d'olive 1 kilogramme.

Sulfate de cuivre 1 —

Azotate de cuivre 600 grammes.

Sel ammoniac lïfi',500

Blancs lapis.

/ Jus de citron, à 15o Baume 5 litres.

I Jus de citron épaissi à ]l^*i,600 de gomme

N» I ) pour21itres liii,&0

I Sulfate de cuivre 1 kilogramme.

\ Terre de pipe 3 kilogrammes.

(Eau 2 litres.

Sulfate de ^inc 1 kilogramme.

rs" 2 < Terre de pipe 725 grammes.

I Gomme Sénégal 500 —

l Nitrate de cuivre, à 5*4.** Baume. 0^St2

Blanc, réserve fous mordant et sous bleu, pour contoun.

Soude caustique, à lO*" Baume 8 litres.

Eau 0

Arséniate de potasse 3*",500

Sublimé corrosif. 500 grammes.

Terre de pipe 3 kilogrammes.

Gomme Sénégal 1^,500

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tante et Ton peut épuiser les bains. Tous les moyens de détruire rindigo fixé sont fondés sur l'emploi des oxydants énergiques, qui transforment l'indigotine insoluble en isatine soluble.

Généralement c'est Tacide chromique dont on se sert.

Cet oxydant puissant ne pouTTait pas entrer à Tétat de liberté dans la constitution d'une couleur d'impression ; l'épaississant agirait immédiatement sur lui, en le ramenant à l'état d'oxyde de chrome.

Pour éviter cet inconvénient, on plaque le tissu en bichromate ou chromate neutre, et, après dessiccation, on imprime une couleur dont les éléments principaux sont des acides susceptibles de mettre l'acide chromique en liberté, sur le tissu.

La force de la solution chromique sera proportionnée à l'intensité du bleu. Pour un bleu moyen le liquide doit être à peu près saturé. La dessiccation des pièces plaquées ne peut avoir lieu au soleil ; l'indigotine, dans ce cas, serait fortement attaquée.

L'acide généralement employé, pour déterminer la mise en liberté de l'acide chromique et son action ultérieure comme rongeant de la couleur, est l'acide oxalique épaissi à la gomme, à la dextrine ou à l'amidon, avec addition d'un peu de terre de pipe ; pour éviter le coulage, on fait aussi

Préparation pour enlcTage.

£au 2 litres.

Chromate Jaune 600 grammes.

Blanc, enlevage sur fond bl«u.

Acide tartrique 3 kilogrammes.

— oxaliqae 250 grammes.

Amidon grillé 4 kilogrammes.

Acide azotique 500 grammes.

£ad 4 litres.

Imprimer à froid, enrouler les pièces encore humides avec une toile écrue, sur un tourniquet ; mettre à l'eau à travers de Teau de craie, aussitôt que le blanc parait. ^

quelquefois intervenir Tacide azotique, l'acide sulfurique et Tacide tartrique. La décoloration, sur les places frappées par Tacide, se fait rapidement, il ne reste plus qu'à passer en bain de craie, pour saturer l'excès d'acide.

Un autre procédé d'enlevage, à l'acide chromique, consiste à imprimer du chromate de plomb en pâte avec de l'empois d'amidon, ou tout autre épaississant, et à passer ensuite en acide chlorhydrique assez fort et tiède.

Ici c'est plutôt le chlore mis en liberté qui décolore l'indigo.

On peut remplacer le chromate de plomb par du peroxyde de manganèse hydraté, obtenu par voie humide.

Rappelons aussi que l'on réalise de très-beaux enlevages, en plaquant le tissu bleu en ferricyanure de potassium (cyanure rouge), en imprimant une couleur à la soude caustique et en vaporisant. Ce procédé a, sur tous les autres, l'avantage de ne pas altérer la fibre ni le fond ; il mériterait-, à tous égards, la préférence s'il n'était trop dispendieux.

On combine quelquefois le principe de l'enlevage avec celui de la réserve. Ainsi en imprimant à la fois, sur fond bleu clair : ï"" une réserve ordinaire ; 2** la même réserve additionnée de bichromate et d'acide chlorhydrique et en cuvant, on aura un fond gros bleu avec dessins petits bleus et blancs enlevages réserves. Une semblable couleur ne se conserve pas bien et ne saurait être imprimée au rouleau.

Si l'on additionne la réserve qui donne le vert (réserve jaune sur fond cuvé clair) d'une suffisante quantité d'acide nitrique, pour détruire le peu de bleu sur lequel on l'imprime, on pourra réaliser des dessins jaunes.

Supposons un bleu cuvé avec vert réserve au chromate, en imprimant une couleur très-acide, partout où elle touche le vert, elle met en liberté de l'acide chromique, qui détruit l'indigo; en lavant, on aura du blanc; si, au contraire, on reteint en chromate, on reproduit le jaune.

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Combinaisons du bleu des fonds cuvés avec d autres matières colorantes.

Vert d^ indigo cuvé. — Combinaison du bleu et du jaune de chrome. Il faut quatre cuves pour cette opération. La première est montée avec deux litres sous-acétate de plomb à iS"" Baume et 2'',500 de chaux par mesure d'eau. Elle marque 3° Bamné.

La seconde est une cuve d'eau, à maintenir pure.

La troisième une cuve d'indigo montée avec 7'',S00 indigo.

La quatrième une cuve de chromate, S kilos bichromate et 40 litres vinaigre.

On immerge trois minutes dans la première ; on rince dans la seconde. On plonge cinq minutes dans la troisième, et on rince dans la quatrième, qui oxyde Tindigo blanc, et développe le vert. On rince à la rivière, on lave à la roue et on teint dans un deuxième bain de bichromate, on lave à Teau et on donne un passage, à froid, àla soude caustique, avec un litre de soude à 10** Baume par pièce ; on lave et on sèche.

Les pièces doivent être bien cylindrées. - En imprimant sur ces fonds verts une couleur acide, lavant ensuite à Teau, ou passant en chaux et en bichromate, on réalise des impressions blanches ou jaunes sur fond vert, par la méthode ci-dessus décrite.

Une autre variété de fonds verts se fabrique en mordançant en acétate d'alumine un tissu cuvé pour bleu et en teignant en quercitron, graine ou gaude. Si Ton plaque en bichromate mêlé d'acétate d'alumine, si, après dessiccation, on imprime une couleur acide qui détruit l'indigo et enlève le mordant, on a, après teinture en jaune, un fond vert avec dessins blancs.

En remplaçant le quercitron par de la garance, on produit un beau puce.

On comprend, du reste, qu'un bleu cuvé mordancé peut

être teint avec toutes les matières colorantes susceptibles de se fixer aux mordants. On possède donc une foule de moyens pour modifier la couleur bleue.

Association de Vindigo et du bistre de manganèse. — Nous savons déjà qu'un tissu teint en bistre ou en bioxyde de manganèse jouit de la remarquable propriété de se charger d'une dosed'indigotine supérieure à celle qu'il prendrait seul. On obtient ainsi des fonds noirs, sur lesquels on peut produire des dessins blancs, bistres et bleus, soit par en^evage, soit par réserve, agissant sur l'un ou l'autre des constituants, ou sur les deux simultanément.

Ainsi : Fond bistre avec impression réserve sous bleu ordinaire donne, après cuvage, fond noir dessins bistres.

Fond bistre impression blanc enlevage {sel d'étaîn acide) et cuvé donne fond noir avec dessins bleus.

Le même résultat s'obtient en imprimant sur le fond noir (bistre cuvé) un enlevage bistre.

Fond bistre, réserve sous bleu, avec enlevage sur bistre, donne du blanc. Le même effet se produit par l'impression d'un acide sur le noir. Dans ce cas, c'est le bioxyde de manganèse qui brûle l'indigo, en se décolorant simultanément.

Les genres qui dérivent de ces combinaisons ont été exécutés avec succès pendant quelque temps.

La combinaison de l'indigo et de l'hydrate ferrique donne lieu à des effets analogues, mais moins heureux.

Ce que nous venons de dire des bleus cuvés s'applique plus particulièrement au calicot. Pour le chanvre et le lin, qui possèdent en général une moindre affinité pour les couleurs, il convient de ne pas négliger certaines précautions ; ainsi on aura toujours soin de préparer le tissu au moyen d'un empois salin, ou tout au moins de le mouiller préalablement. Du reste, ce ne sont ordinairement que des genres simples que l'on a à exécuter sur ces fibres.

Clivage des laines et soies. — L'application de l'îndigotine sur laine se fait toujours par voie de teinture, c'est-

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à-dire à la cuve. La teinture d'un grand nombre de couleurs réclame l'application préalable d'un pied de bleu, c'està-dire d'une immersion en cuve d'indigo. -Ces laines se teignent généralement en flocons ou en écheveaux, plus rarement en tissus et, dans ce cas, c'est toujours en uni que la teinture a lieu, sans réserve.

Les cuvages des soies sont peu employés.

Dans l'un et l'autre cas, on fait usage de cuves fonctionnant à chaud (cuves au pastel, au vouède, à l'urine, cuve d'Inde^ cuve allemande, etc.).

La réduction de l'indigotine est le résultat d'une fermentation spéciale, que Ton développe au sein d'une liqueur alcaline, avec des substances azotées et des corps riches en sucre, ou en substances hydrocarbonées.

Nous savons que dans ces conditions le sucre se convertit rapidement, surtout si la température est sensiblement élevée, en acide butyrique avec mise en liberté d'acide carbonique et d'hydrogène

On conçoit, maintenant, comment l'hydrogène naissant peut venir se fixer à l'indigotine et la transformer en indigo blanc soluble dans les alcalis du bain.

D'après les travaux de M. Pasteur, la fermentation butyrique est le résultat du développement de petits infusoires (bactéries), ayant la forme de bâtonnets enflés aux extrémités et susceptibles de se mouvoir par glissement. Ces animalcules vivent sans le concours de l'oxygène, qui les tue. Ils sont donc très à l'aise dans une cuve d'indigo réduit, où l'oxygène est sévèrement proscrit.

Les ingrédients, destinés à fournir les substances hydrocarbonées fermentescibles, sont le son, la garance moulue, quelquefois même on y introduit de la mélasse. La matière azotée se trouve en abondance dans le pastel, que l'on ajoute souvent en fortes proportions aux cuves de fermentation. Ce dernier produit donne aussi l'indigotine qu'il contient. Dans la cuve d'Inde, cuve à la potasse, à la soude, cuve aile-

mande où Ton ne fait pas intervenir le pastel, la substance protéique est fournie par la garance ou le son.

Les cuves montées à Turine putréfiée sont dans des conditions analogues. Cette excrétion renferme à la fois des principes azotés, susceptibles de fonctionner comme ferments, et Tammoniaque nécessaire à la dissolution de rindigo.

Tous ceux qui ont étudié les fermentations avec attention savent que ce sont des phénomènes souvent complexes, qu'il faut bien peu de modifications dans les conditions pour changer ou arrêter la marche de la réaction chimique. On comprend donc que le montage des cuves fondées sur le principe des fermentations ne repose pas sur des principes aussi sûrs et aussi constants que celui de la cuve à la couperose, et que bien des accidents, souvent imprévus, viennent arrêter et gêner le travail du teinturier inexpérimenté.

Une longue pratique des ateliers peut seule conduire à une réussite certaine, dans une opération où la théorie n'a pas dit son dernier mot , et où l'empirisme est souvent plus heureux que la science.

Ces considérations nous engagent à ne pas entrer dans des détails trop circonstanciés au sujet de ces cuves.

Cuves à fermentations.

Cuves au pastel. — Les dimensions varient de 2 à 2", 5 de diamètre sur 3 de profondeur. On y met 100 kilog. de pastel en boule, puis on remplit la cuve avec de l'eau bouillante, on ajoute 10 kilogrammes de garance, 3 à 4 kilog. de b <^.\ =- son et 4 kilog. de chaux vive préalablement éteinte et réduite en bouillie ; quelquefois aussi on ajoute de la gaude. Après trois heures de repos, on pallie la cuve en répétant la même opération de trois en trois heures. Peu à peu il se développe une odeur ammoniacale caractéristique, il se forme

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à la surface une écume bleue (fleurée) avec des veines plus foncées. Le liquide agité àTair bleuit rapidement. Ces symptômes indiquent la dissolution de Findigotine du pastel, on ajoute, alors, 10 kilog. d'indigo broyé à Teau, et on remue.

Si la fermentation semble devenir trop active, ce que Ton reconnaît au dégagement gazeux, on la ralentit par une ad^ dition convenable de chaux; on l'active, au contraire, en augmentant la dose de son. Une odeur agréable, ni piquante ni fade, et une fleurée^abondante sont les signes d'une bonne marche.

Les premières teintures sont moins belles que les. suivantes, la laine enlevant au bain certaines matières fauves, brunes ou jaunes, tenues en dissolution et fournies tant par le pastel et la garance, que par l'indigo lui-même. La laine est immergée dans la cuve pendant deux heures, sortie, déverdie à l'air et lavée. 100 kilog. de laine emploient de 8 à 12 kilogrammes d'indigo.

Il faut donc entretenir la cuve par des additions successives d'indigo et de chaux faites le soir. Au bout de quelques mois, on épuise le bain sans additions nouvelles,* et on le remonte avec de nouveaux produits.

Un autre genre de cuves au pastel se monte à peu près comme la première, mais on y met, en plus, une certaine dose de potasse.

On chauffe jusqu'à 93"*, au moyen d'un serpentin à eau chaude, un mélange de 200 kilog. pastel et 8000 litres d'eau. Au bout de quelques heures, on ajoute 6 kilog. indigo, — 8 kilog. garance, — 2 kilog. son, 4 kilog. chaux et 2 kilog. potasse; on pallie, de trois en trois heures, durant 48 heures^ en modérant la fermentation par des additions de chaux. Lorsque l'on observe tous les signes d'une bonne réduction, on ajoute encore 6 kilog. d'indigo et 1 kilog. de garance, on remue et on laisse reposer jusqu'au lendemain. La température est maintenue entre 40 et SO**. Tous les soirs après le travail on ajoute 1*',S de garance, et tous les trois jours

6 kilog. d'indigo. Celte cuve, si elle marche bien, peut fonctionner plusieurs mois.

La cuve à la potasse ou à la soucie j cuve dlnde^ sert à teindre la laine et la soie. Elle se monte avec du son, de la garance, deVindigo et de la potasse. On ajoute l'indigo après avoir chauffé quelque temps à 90° le mélange d'eau, de son, de garance et de potasse. On la maintient alors entre 30 et 40% en palliant de douze en douze heures, durant quarantehuit heures environ. Le bain doit être jaune verdâtre avec des plaques cuivrées et une fleurée à la surface. Les proportions enployées sont ordinairement : 8 kilog. indigo, 12 kilog. potasse, S'^jSOO son et 3'',S00 garance. On entretient la cuve, comme les précédentes, par des additions successives d'alcali, d'indigo et de garance. Ces cuves sont plus faciles à manier que celles au pastel, moins sujettes aux accidents, et cèdent plus facilement leur matière colorante à la fibre. On peut y teindre, dans le même temps, trois fois plus de laine. La laine décharge aussi moins au savon et aux alcalis. D'un autre côté, elles ne servent pas aussi longtemps, et au bout de vingt-cinq à trente jours il faut les remonter.

La potasse, en se saturant des graisses de la laine, devient impropre à la dissolution de l'indigo»

La cuve allemande^ aussi employée aujourd'hui dans les teintureries du nord de la France, est encore plus avantageuse que les cuves dinde.

L'eau de la cuve est portée à 95"*. On y verse vingt seaux 'de son, 11 kilog.de cristaux de soude, 6^,5 indigo et 2^5 de chaux vive éteinte. Au bout de douze heures, la température étant maintenue à 40 ou 50'', la fermentation commence et le liquide prend une odeur douce de son aigri, se colore en bleu verdâtre et il se dégage des bulles de gaz.

De temps à autre on remet de l'indigo, de la soude et de la chaux, dans les proportions indiquées ci*dessus, ainsi que de la inélasse, 3 à 4 kilog., au bout du troisième jour, la cuve est apte à travailler.

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L'emploi de la soude est plus économique que celui de la potasse. La cuve allemande peut fonctionner très-longtemps (deux ans).

Les cuves de fermentation, et particulièrement celles au pastel, sont sujettes à des maladies. Les deux plus fréquentes sont dues Tune à un excès, l'autre à une quantité insuffisante de chaux. Dans le premier cas, le liquide prend une teinte de plus en plus claire, perd sa fleurée et son odeur. La fermentation est arrêtée par la précipitation des matières actives.

On remédie à cet inconvénient, s'il est vu à temps, en ajoutant du sulfate ferreux qui élimine le trop grand excès de chaux. Dans le second, la fermentation devient trop active, passe à la fermentatioi^putride, le liquide prend une teinte rouge ; un tissu teint en indigo s'y décolore en très-peu de temps. Le seul moyen de salut est de chauffer à 90** et d'ajouter de la chaux. Si l'on n'atteint pas le but par là, si la putréfaction continue néanmoins, la cuve est perdue.

Pour se servir des cuves ci-dessus décrites, on les pallie le matin, on enlève la fleurée, et on y immerge un panier formé d'un cercle en bois garni d'un filet de cordes, de manière à ce qu'il ne touche jamais le dépôt. C'est dans le panier que se travaille la laine en écheveaux, ou en flocons, ou en tissu.

L'immersion est de vingt à vingt-cinq minutes. La fibre, au sortir de la cuve, est jaune verdâtre, elle s'oxyde rapidement à l'air et passe au bleu. Cette immersion se répète plus ou moins souvent, suivant la teinte désirée, enfin on lave à l'eau acidulée et à grande eau. La soie se teint toujours en cuve d'Inde, mais le bleu n'est jamais intense, aussi préfère-t-on le bleu de Prusse.

On a récemment proposé (1), pour remplacer les cuves dites à chaud, cuves au pastel, cuves d'Inde, cuves alle-

(1) Uuchspolyt. Notizbl., 1865, p. 277.

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