‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 100 sur 124 · MATIÈRE COLORANTE DU CURCUMA · texte numérisé non relu

MATIÈRE COLORANTE DU CURCUMA

Curcumine (1).

La curcumine est encore peu étudiée, ou plutôt peu connue, malgré les travaux de Vogel et de Pelletier. Pour l’isoler, on épuise la racine pulvérisée par l’eau, on sèche, et on enlève les principes gras et résineux, par le sulfure de carbone, qui ne touche pas à la curcumine. Le résidu peut, être traité par l’alcool bouillant, ou par une lessive alcaline. Dans le premier cas, on évapore à sec et on reprend par l’éther qui dissout la matière colorante ; dans le second on précipite par l’acide chlorhydrique, on sèche le dépôt pectique de curcumine, et on traite également par l’éther.

La matière colorante, obtenue par l’évaporation de ce véhicule, peut être purifiée davantage, en précipitant par l’acétate de plomb la solution alcoolique, lavant et décomposant par l’hydrogène sulfuré. Le sulfure de plomb mélangé de curcumine est séché et traité par l’éther.

C'est une masse translucide, amorphe, de couleur cannelle, jaune en poudre, fusible à 40°, insoluble dans l’eau, soluble dans l’éther et l’alcool, les alcalis et les acides concentrés. Les solutions alcalines sont rouge-brun. La curcumine subit, sous l’influence de l’acide borique, des modifications intéressantes, étudiées récemment par M. E. Schlumberger (2).

On sait depuis longtemps que le papier, dit de curcuma (papier coloré par immersion dans une solution alcoolique

(1) Journal de pharmacie, t. Il (2), p. 20. — Lepage, Journal des connaissances médicales el pharmaceutiques, t. XXVI, p. 315. — Répertoire de chim. appliq., t. I, p. 304.

(2) Bulletins de la Société chimique de Paris, 2e série, t. V, p. 101.

de curcuma), se colore en brun sous la double influence d’un acide minéral (C1I1) et de l’acide borique ; l’ammoniaque fait virer cette nuance au bleu.

Une solution alcoolique de curcumine, bouillie avec de l’acide borique, passe à l’orangé, l’eau précipite alors après refroidissement, une poudre vermillon, formée d’une combinaison du pigment avec l’acide borique. Sous l’influence de l’eau (action prolongée), cette combinaison se défait; l’acide borique se dissout, et il reste une matière résinoïde jaune, différente de la curcumine, car elle ne donne plus de coloration rouge avec l’acide borique et l’acide chlorhydrique et se dissout en gris verdâtre dans les alcalis (pseudo-curcumine).

La combinaison borique de curcumine se dissout en violet pourpré dans les alcalis, cette coloration passe rapidement au gris.

Un solution alcoolique de boro-curcumine, additionnée d’acide chlorhydrique et portée à l’ébullition, prend rapidement une teinte rouge de sang foncée. Par le refroidissement il se dépose un nouveau corps, tandis que l’acide borique reste en solution.

On puritie ce dernier par des lavages avec des mélanges d’eau et d'alcool, puis à l’eau pure, afin d'éliminer tout l’acide borique. On sèche le résidu, et on le dissout, dans un mélange bouillant de deux parties d'alcool et d’une partie d’acide acétique, on filtre bouillant, et on laisse refroidir. La rosocyanine se sépare, tandis que la pseudo-curcumine qui l’accompagnait reste en solution ; elle est séchée et épuisée par l’éther qui enlève les dernières traces de substance jaune.

La rosocyanine pure se présente sous la forme d’une masse composée de fines aiguilles enchevêtrées, d’un reflet vert scarabée; elle est insoluble dans l’eau, l’éther et la benzine, très-soluble dans l’alcool, auquel elle communique une magnifique couleur rose intense, comparable pour la richesse aux dissolutions de fuchsine. Cette liqueur passe au

Page 1