ROCOU
Acide gentianigue.
La racine de gentiane (1) renferme un acide jaune, cristallisable en aiguilles, très-peu soluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et l’éther. Il forme avec les alcalis des sels jaune d'or, cristallisables. L’acide nitrique le transforme en une substance verte, insoluble, qui semble être l’acide nitro-gentianique.
ROCOU. — BIX IN E. — ORLÉANS. — ANNOTTE.
Le produit commercial est préparé avec la pulpe qui entoure les fruits du bixa orellana, ( rocouyer ), arbuste de la famille des Bixinées. Le rocouyer est exploité dans l’Amérique du Sud, dans la Guyane française, les îles des Indes Orientales (Antilles — Cayenne), au Mexique et au Brésil. La même tige fleurit deux fois dans l’année.
Le fruit est une capsule bivalve, munie de pointes molles. Lorsqu’elles ont atteint leur maturité, les capsules s’ouvrent sous la pression du doigt, avec une sorte d’explosion. Elles renferment des semences anguleuses au milieu d’une pulpe rouge, gluante.
A ce moment, on détache les graines de leur capsule, on les broyé grossièrement avec de l’eau, et l’on abandonne quelque temps à la fermentation; au bout de plusieurs semaines, on passe au tamis. La matière colorante, d’abord en suspension, se dépose. La pâte épaissie par évaporation est mise dans des caisses, qu’on laisse encore sécher à l'air.
Le rocou arrive en Europe sous forme de gâteaux, de 5 à 8 kilogr., enveloppés de feuilles de banane (rocou de Guyane), ou en pains entassés dans des fûts (rocou de Brésil), ou dans des boîtes en fer-blanc (rocou de Cayenne).
(1) Henry et Caventnn, Journ. de pharm., VIT, !73. — Baumert, Ann.der Chem, und Pharm., LXII, 10C.
Ce dernier produit est environ deux fois plus riche que le rocou ordinaire. Sa couleur est belle et son odeur agréable; il contient 5 pour 1 00 de matières minérales, et 67 à 70 pour 100 d’eau. (1). Il est fabriqué à Cayenne depuis 1857 parM. Daubriac.
Dès 1848, M. Dumontel préparait avec beaucoup de soins, en remplaçant l’écrasement par le lavage, et en évitant toute fermentation, un produit très-pur, valant 5 à 6 fois la pâte ordinaire et donnant des nuances plus pures. Il est vendu en forme de tablettes sous le nom de bixine.
Le rocou ordinaire a l’appparence d’une pâte homogène, grasse et onctueuse au toucher, d’une couleur rouge terne, plus vive à l’intérieur qu’à l’extérieur, d’une odeur désagréable, urineuse.
Il contient en moyenne :
Eau 72
Feuilles et substances étrangères diverses 22
Matière colorante 6
Le rocou en pâte du commerce est souvent mélangé à des substances minérales rouges (ocres, colcothar, brique pilée). L’incinération donne les meilleurs renseignements à cet égard. A cet effet, on dessèche la pâte à 100°, puis on la brûle dans un creuset de platine. Lesbonsrocousne donnent pas plus de 8 à 13 pour 100 de cendres jaunâtres.
D’un autre côté, le rocou peut être plus ou moins riche en matière colorante, suivant les soins apportés à sa préparation, et la quantité d’eau qu’il renferme. On apprécie ceile-ci en desséchant à 100° un échantillon de 10 grammes et en déterminant la perte.
(1) Girardin, Mémoire sur la bixine. — Journ. de pharm. et de chimie, XXI, 174 [3]. — Girardin, Mémoire sur les falsifications du rocou. — Journ. de pharmacie, cahier de mars 1838.
MATIÈRES COLORANTES DU ROCOU
La matière colorante se dose par, un essai de teinture sur coton ou sursoie. M. Girardin propose la marche suivante.
Pour coton on prend :
Rocou séché i 100° et broyé 5 grammes.
Sel de tartre (carbonate de potasse). ... 10 —
Eau 400 —
Pour soie on prend :
Rocou 0er,5
Sel de tartre 1 gramme.
Eau 200 grammes.
On chauffe les bains à l’ébullition, aprèsy avoir plongé des écheveaux de 12 grammes, pour le coton, et 2 grammes pour la soie. Après 15 minutes d’ébullition, on retire du feu, on laisse reposer une heure, on retire les écheveaux, on les tord et on les lave à grande eau, puis on les sèche à l’ombre. Cet essai, fait comparativement avec un type, permet déjuger de la richesse.
MATIÈRES COLORANTES DU ROCOU
Le rocou a été étudié chimiquement par MM. Chevreul(l), Boussingault (2), Kerndt (3), Picard (4), Bolley et Mylius (5).
Cette substance cède à l’eau un principe jaune soluble dans ce véhicule et dans l’alcool, insoluble dans l’éther et susceptible de teindre en jaune les tissus mordancés à l'alun (orelline).
Le résidu renferme la principale matière colorante, la
(1) Leçons de chimie appliquée à la teinture.
(2) Annales de chimie et de physique [?], XXVIII, 440
(3) Jahresbericht de Liebig, et Kopp, 1 8 4 9, p. 457.
(4) Schweitzerische Polyteehnische Zeitschrift , 1801. — Répert. de chimie appliquée, 1801,419.
(5) Idem, IX, 134 .
bixine. Pour l’isoler, on peut suivre le procédé de M. Bolley.
Le rocou de Cayenne, lavé à l'eau et séché, est épuisé par l’alcool concentré et bouillant. Le liquide filtré est évaporé au bain-marie. Le résidu est mis à digérer dans l’éther qui en dissout facilement une partie. Ce qui reste est une poudre rouge-cinabre, fusible à 100°, soluble dans l’alcool, insoluble dans l’eau, inaltérable à 145° et sous l’influence de l’ébullition avec l’acide sulfurique étendu, soluble en jaune ou en orangé dans les alcalis et l’eau de savon.
M. Bolley donne à ce corps la formule C5H602 qui manque de contrôle. Il n’a pas étudié le produit soluble dans l’éther.
D’après Iverndt, on obtient, en évaporant le liquide éthéré, un résidu fusible à 100°, qui répond à la formule C12 ll220, mais M. Picard considère ce produit comme impur, et propose de le débarrasser de matières grasses et huileuses, par une solution dans la soude.
La bixine impure est dissoute dans l’alcool, on ajoute de la soude, et l'on chasse l’alcool par l’ébullition. Le liquide est agité avec de l’éther qui enlève une substance molle, saturé par l’acide carbonique qui précipite un savon sodique. Enfin on neutralise par l’acide acétique; le précipité est repris par i’éther qui donne à l’évaporation une poudre amorphe rouge de sang, peu soluble dans l’éther et l’alcool froid, soluble dans l’acool bouillant et dans la benzine. Ce produit diffère de celui de M. Bolley pir son infusibilité à 100°. Peut-être n’est-ce qu’un corps altéré.
D’après Iverndt, l’orelline dériverait elle-même de la bixine, par une altération subie au contact de Pair et de i’eau.
L’acide sulfurique concentré dissout la bixine et le rocou en se colorant en beau bleu foncé.
On voit, d’après ce peu de données certaines, que l’histoire chimique de cette matière colorante est encore bien incomplète.