USAGES DES MATIÈRES ASTRINGENTES
soie en noir, on associe généralement les matières astringentes et le campêche.
Ainsi, pour le coton, on donne un engallage en bain de sumac ou noix de galle (12 heures, en commençant au bouillon et en laissant refroidir) ; de là on passe successivement en eau de chaux, en sulfate de cuivre, en décoction bouillante de campêche et enfin en sulfate de fer, mélangé à du sulfate de cuivre. On peut aussi mordancer en fer et passer ensuite en bain de galle, campêche et sumac mélangés.
Pour la laine , on donne un pied de bleu cuvé, on teint dans un bain bouillant monté avec du sumac et du campêche (noir de Sédan) ; ou du sumac, du campêche et du bois jaune (noir d’Elbeuf), auquel on ajoute, après teinture, du sulfate de fer, • ou un mélange de sulfate de fer et de sulfate de cuivre.
Le noir sur soie s’obtient par des trempages alternatifs en bains astringents et en pyrolignite de fer.
Les décoctions de noix de galle, de sumac, de gallon entrent dans la composition de certains gris vapeur, ou d’application sur coton, concurremment avec l’acétate ou le pyrolignite de fer ; et en mélange avec les extraits de campêche et de bois rouge, un mordant rouge ou ferrugineux, et un oxydant (sel cuivrique et sel ammoniac), pour les nuances bois, ou autres couleurs complexes sur coton et laine.
N°-35. Echantillon de gris de noix de galle.
Elles servent aussi pour l’obtention de certains noirs vapeur sur soie, associées au campêche et au nitrosulfate de fer.
L’encre noire à écrire est une véritable matière colorante, ou plutôt une couleur toute faite, offrant des qualités physiques spéciales qui la rendent apte à être fixée sur papier au moyen de la plume.
On a proposé un grand nombre de recettes, pour la préparation des encres noires à écrire. Nous ne dirons quelques mots que de celle à base de tannin et d’oxyde de fer.
La matière colorante noire ou bleutée, doit être en suspension dans le liquide, et dans un grand état de division, grâce auquel elle n’ait pas de tendance trop prononcée à se déposer.
Le tannin donne avec les sels ferriques un précipité noir bleuté, en flocons gélatineux, mais la séparation du tannate de fer est trop rapide, et les flocons trop denses. On arrive à de meilleurs résultats, en ajoutant le sulfate ferreux à une décoction de noix de galle ; dans ce cas, le liquide ne se colore et le précipité ne se forme que par suite d’une oxydation au contact de l’air. Ce dernier reste plus divisé. Certaines encres, très-pâles au début, se foncent beaucoup sur le papier. Cet effet se produit lorsque l’oxydation de la couleur u’est pas complète.
L’addition d’une certaine quantité de gomme empêche la précipitation trop rapide de la matière colorante et peut être favorable, quoiqu’au delà de certaines limites, elle rende l’encre trop visqueuse, en l’empêchant de se détacher facilement de la plume. Un des défauts de l’encre ordinaire est la facilité avec laquelle elle moisit. On évite cette altération par l’introduction de certains composés métalliques (sublimé) vénéneux.
Les bois de teinture en poudre ne sont pas directement utilisables dans l’impression des toiles ; delà, la nécessité d'ex-
traire préalablement la matière colorante par un lessivage du bois, et la concentration du liquide aqueux. Cette industrie date du premier tiers de ce siècle. Là concentration à. feu nu du liquide provenant du lessivage (petites eaux) ne permettant pas d’aller au delà de certaines limites, sous peine d’une destruction totale du principe colorant, et altérant, même dans ces limites, la pureté et la richesse des nuances, on eut recours à la vapeur. Cette modification, tout en reculant le terme possible de l’évaporation, ne permet pas de chasser toute l’eau et d’arriver à un extrait sec de bonne qualité.
On n’obtient ce dernier résultat que par la concentration dans le vide, et à une température relativement basse.
On trouve, dans le commerce, des extraits de divers bois colorants (cuba, fustel, quercitron, épine-vinette, bois rouges, campêche, noix de galle, etc.), secs ou liquides, marquant divers degrés, 10 à 20° Baumé.
La fabrication des derniers ne diffère pas essentiellement de celle des extraits secs, on s’arrête seulement à une phase moins avancée de la concentration, aussi peut-on remplacer à la rigueur, mais avec désavantage quant à la conservation de la couleur, les évaporateurs dans le vide par des appareils à air libre.
La première opération est purement mécanique ; le bois est réduit en une poudre grossière, au moyen de machines spéciales, qui l’attaquent et le déchirent perpendiculairement à la direction des fibres. De cette manière, les cellules qui contiennent la matière colorante sont à peu près toutes déchirées et accessibles à l’eau.
La pulvérisation du bois est une opération assez dispendieuse, à cause de la grande quantité de force motrice qu’elle consomme; ainsi préparés, les copeaux peuvent être immédiatement soumis au lessivage, ou subir une fermentation oxydante préalable, qui augmente la solubilité de la
matière colorante et facilite l’épuisement. C’est surtout pour le bois de campêche qu’il y aurait avantage à laisser exposé au contact de l’air, en tas peu épais et humides.
Pour être profitable et économique, le lessivage doit se faire avec le moins d’eau possible, en utilisant le principe de l’épuisement méthodique, si fréquemment en usage dans les industries où il s’agit d’enlever, par un véhicule, une partie soluble mélangée à une autre insoluble. Certains fabricants opèrent avec de l’eau à 60 ou \ 00°, dans des appareils ou cuviers ouverts ; d’autres, au contraire, préfèrent agir à une température dépassant 100°, dans des vases clos.
La figure 25 donne une idée d’un semblable appareil.
C, chaudière en cuivre fixée sur les colonnes en fonte D, et pouvant tourner autour d’un axe imaginaire aa.
b, Trou d’homme fermé hermétiquement par la vis de pression c. e, anneaux pour faciliter l’enlevage de la pièce b.
f, Faux-fond percé de trous en cuivre; sur ce plateau est fixé un tamis circulaire en fils de laiton serrés. K, serpentin percé de trous, en communication avec le générateur à vapeur, par le tuyau /.
Le tuyau g, qui passe sous le faux-fond, communique à trois tuyaux munis de robinets m , n et o ; le dernier n’est pas visible sur le dessin, il est situé en avant de n et du plan de la figure ; m sert à l’introduction de l’eau pure, n et o à l’écoulement de la décoction sous l’influence de la pression ; qy robinet de vidange.
Evaporation. — On peut évaporer très-économiquement au moyen de l’appareil suivant. Soit un réservoir ayant la forme d’un demi-cylindre horizontal. Deux surfaces cylindriques et concentriques, ajustées de manière à laisser entre elles un espace annulaire clos , et fixées sur un arbre horizontal, tournent dans le liquide contenu dans le réservoir. Le diamètre du double cylindre rotatif est un peu moindre que celui du récipient ; mais sa surface rase, à une petite distance, celle du récipient.
Le liquide se trouve ainsi étalé constamment en couches minces sur la surface de l’espace annulaire, dans lequel circule de l’eau chaude (eau provenant de la condensation de la vapeur), ou de la vapeur d’eau. Ces appareils ont l’inconvénient d’opérer au contact de l’air, à une température assez élevée, et de plus ils ne permettent pas d’atteindre à un degré aréométrique dépassant 20 à 23°.
On arrive à de beaucoup meilleurs résultats, en évaporant dans le vide; s’agit-il d’un extrait sec, l'évaporation se divise en deux phases distinctes. Dans la première, on amène l'extrait à consistance pâteuse ; dans la seconde, on achève la dessiccation : dans la première phase on peut faire usage des appareils à double effet usités pour la concentration des
sirops (1); il faut seulement leur donner une plus grande capacité, pour combattre la tendance qu’ont les liquides à former des bulles.
Quand la dissolution commence à marquer 18° Baumé, sa consistance est telle que la concentration dans les appareils à double effet devient impossible ou trop lente. La température de la vapeur qui sert au chauffage est trop faible, et les bulles de gaz aqueux ne peuvent plus vaincre la résistance du liquide v isqueux. Il faut alors recourir à l’action directe de la vapeur, et produire au-dessus de la masse pâteuse la plus grande diminution de pression possible. M. Varillat a eu l’idée de faciliter l’évaporation, en mettant l’extrait à demi concentré en mouvement, au moyen d’un râteau en bois, mobile dans l’intérieur de l’appareil à achever la concentration. Ce râteau se meut sur un plateau de bronze, au-dessous duquel se trouve un bain-marie. On évite ainsi de mettre l’extrait en contact avec de la vapeur à 140 ou lo0ü. Cet appareil se compose :
D’un bain-marie ;
D’un plateau en bronze, au centre duquel s’appuie un arbre vertical donnant le mouvement au râteau ;
D’une calotte sphérique en cuivre ;
D’un tube d’alimentation ;
D’une vidange destinée à tirer l’extrait de l’appareil quand il a atteint un degré suffisant de consistance pour durcir après le refroidissement.
La diminution de pression dans l’intérieur de l’appareil est de 0,00 à 0,65 de mercure.
Malgré la qualité du produit obtenu, cet appareil offre cependant de nombreux inconvénients, qui l’ont fait rejeter dans plusieurs fabriques d’extraits.
(1) Deux évaporateurs sont accouplés: le premier est chauffé à la vapeur; le second, au moyen de la vapeur formée par l’ébullition du premier liquide. On fait le vide au moyen d’une pompe dans le second ; pour le premier, le vide se fait en grande partie par la condensation de la vapeur.
Il est dispendieux, fait peu de travail en beaucoup de temps, exige une machine constamment en marche, et est exposé à subir de fréquentes réparations ; aussi lui a-t-on souvent préféré les appareils à simple effet, à cuire le sucre dans le vide.
L’extraction des matières colorantes des bois rouges : Sainte-Marthe, Lima ; des bois jaunes rTuspan, Cuba, etc., se fait absolument de la môme manière que celle du campêche. Leur rendement est seulement moindre. Il est de 12 à 12,o p. 100 d’extrait sec au lieu de 13.
Le quercitron qui nous arrive en poudre fine est d’un lessivage plus difficile que celui des bois proprement dits ; aussi est-on obligé d’avoir recours à une ébullition prolongée de cette écorce dans l’eau, ébullition suivie d’une filtration.
Les extraits de bois contiennent, outre la matière colorante, tous les sels solubles que renfermait le bois, une matière azotée, des glucosides. Il serait utile d’enlever ces impuretés qui nuisent à l’éclat de la teinte obtenue et qui augmentent les frais de transport et la difficulté de l’emploi de ces matières colorantes.
Peut-être arrivera-t-on à les en séparer, au moyen de dissolvants appropriés et peu dispendieux.
Il est aussi une question pleine d’intérêt pour les fabricants d’extraits, c’est l’utilisation du ligneux épuisé par l’eau. Déjà, en Angleterre, on a essayé de distiller les poudres, et d'en obtenir l’acide acétique. La complication des appareils employés diminue l’importance des résultats obtenus.