DES DÉRIVÉS COMMERCIAUX DE LA GARANCE
La garance du commerce employée dans des conditions convenables de concentration des bains, de température, et en présence d’une proportion déterminée de craie naturellement renfermée dans le produit ou artificiellement ajoutée au bain, donne, avec les mordants d’alumine et de fer, des nuances très-belles et très-solides, si l’on a soin de soumettre le tissu teint à une série d’opérations connues sous le nom d’avivage. Elle présente, d’un autre côté, des inconvénients graves dépendant en partie des substances étrangères qui accompagnent la matière colorante. Ainsi, au sortir du bain de teinture, les rouges, les roses et les violets sont fortement ternis, parce que l’oxyde métallique a non-seulement fixé l’alizarine et la purpurine, mais encore des matières jaunes et fauves. De plus, les parties blanches réservées par l’impression des mordants sont salies par suite de la fixation de ces mêmes principes sur la fibre non mordancée; enfin, pour utiliser toute la matière colorante libre et dispo-
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nible, il est indispensable de faire monter progressivement et régulièrement la température du bain, faute de quoi on éprouverait des pertes très-sensibles.
Un autre désavantage offert par l’emploi de la garance, c’est que de toute façon on n’utilise en teinture qu’une partie du colorant renfermé dans la racine. Près de la moitié se trouve dans un état de combinaison avec les sels calcaires (carbonates et pectates) et avec le ligneux, qui ne lui permet pas de se dissoudre dans le bain et de venir se combiner avec les mordants du tissu. Il résulte de là, que le dépôt formé dans les cuves épuisées contient encore de l’alizarine que l’on peut utiliser, comme nous le verrons, en soumettant les résidus de la garance à un traitement convenable.
L’idée de débarrasser la garance de toutes les substances étrangères nuisibles ou inutiles dans les opérations de teinture, a donc dû préoccuper de bonne heure les industriels qui se servent de cette précieuse matière colorante.
En effet, nous voyons, dès le commencement de ce siècle, s’exécuter une foule de travaux dans le but de purifier la garance et d’isoler le principe utile dans son plus grand état de pureté.
Nous voyons également la société industrielle provoquer de semblables recherches, en posant la question dans son programme des prix.
Le but final à atteindre serait d’isoler l’alizarine et la purpurine sous la forme la plus pure, et par conséquent en cristaux. Suivant l’effet qu’il voudrait produire, le fabricant emploierait l’un ou l’autre de ces principes ou un mélange des deux. Quant aux difficultés de dosage, résultant d’une concentration beaucoup plus grande de la matière colorante , elles seraient bien vite surmontées par l’industrie.
Malheureusement cette question, qui a exercé la sagacité de bien des expérimentateurs, est loin d’être résolue. Jusqu’à présent, aucune des méthodes proposées n'a pu réaliser économiquement et en une seule opération la séparation
complète des matières colorantes d’avec les parties végétales ligneuses.
Pour que le fabricant d’indiennes adopte, en guise de garance, les produits dérivés qu’on lui offre, il faut, non-seulement qu’ils soient d’un emploi commode et profitable pour la beauté des nuances, mais encore qu’il y trouve un avantage économique ou tout au moins une égalité de prix de revient.
Les procédés de traitement doivent donc être fondés sur l’emploi de moyens simples- et peu coûteux, couvrir leurs frais et même trouver leur bénéfice dans des avantages accessoires tels que : production d’alcool dans la fabrication de la fleur de garance, ou gain en matière colorante dans la préparation de la garancine.
C’est contre cette difficulté que sont venus butter un grand nombre de modes de traitement de la garance. Ajoutons, de plus, que les innovations en fait de garance ne s’accomplissent que difficilement et avec une extrême circonspection de la part des consommateurs.
La garancine amis des années à se faire adopter.
Pour faciliter les recherches dirigées dans cette voie, nous donnerons, en résumé, tous les procédés publiés jusqu’à présent pour purifier la garance et pour concentrer son pouvoir colorant sous un moindre volume. Nous insisterons particulièrement sur ceux qui ont eu le bonheur de réussir industriellement.
Nous ne pouvons ici adopter l’ordre chronologique des découvertes, il sera plus profitable de classer les méthodes par analogie de traitement. Nous les partagerons, d’après cela en :
1° Procédés dans lesquels on concentre le pouvoir colorant de la garance par l’élimination des substances étrangères solubles dans l’eau, ou susceptibles d’être rendues solubles par des influences qui ne modifient pas la matière colorante ;
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2° Procédés qui utilisent la solubilité des matières colorantes dans certains véhicules, pour l’isoler des principes étrangers insolubles dans ces véhicules ;
3° Procédés fondés sur la volatilité des matières colorantes ;
4° Procédés purement mécamques.
N’oublions pas que les matières colorantes se partagent en trois groupes : le premier comprend les glucosides solubles dans l’eau ; le second, les matières colorantes libres, et simplement mélangées aux autres principes immédiats; le troisième, les matières colorantes combinées aux divers principes du ligneux.