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AINSI QUE LA SOLIDITÉ DES TEINTES

Une teinture faite avec une dose connue et constante de garance et une surface constante d’un tissu mordancé avec les divers mordants usités (mordants d’alumine pour rouge et pour rose, mordants de fer pour noir et pour violet, mordant puce) , la comparaison du résultat obtenu avec celui que donne une bonne garance prise pour type ; tels sont, en quelques mots, les moyens simples usités pour l’essai des garances, fleurs de garance, garancine, etc.

Le rapport entre la surface mordancée et la matière tinctoriale doit être tel que le mordant ne soit pas complètement saturé, afin de permettre l’évaluation de richesses dépassant le type ; il doit l’être assez pourtant, pour que l'on puisse estimer la vivacité des nuances sortant de teinture et les soumettre aux avivages, pour en examiner la solilidité.

Cette dernière opération est d’autant plus indispensable, qu’elle ramène souvent les nuances à un rapport inverse de celui de leur intensité primitive.

On emploie ordinairement pour un essai : 23 centimètres carrés de tissus imprimés en mordants, par bandes parallèles (mordants pour rouge, pour rose, pour noir et

GARANCE

pour violet. Ils doivent être parfaitement fixés en bouse ou silicate et bien dégorgés) ; 10 grammes de garance ou 5 grammes de fleur et un litre d’eau distillée ou d’eau pure. Avec la garance d’Alsace, il est nécessaire d’ajouter de la craie. La pesée de la garance doit se faire au moins à 1 centigramme près. On teint simultanément avec des poids égaux de garance ou de fleur type et des produits à essayer, afin que les conditions soient bien égales. L’appareil dont on se sert, se compose d’une grande bassine en cuivre ou en fer battu dont le couvercle présente deux ou un plus grand nombre d’ouvertures assez larges pour y fixer des vases en verre de 1 litre , 2 décilitres de capacité dans lesquels la teinture a lieu. Ces vases sont chauffés par l’eau du bain-marie. On chauffe soit à la vapeur, soit sur un fourneau à charbon, en montant progressivement de 25 à 95 degrés centigrades, pendant deux heures. La limite supérieure doit être maintenue une demi-heure. Chaque vase est muni d’un agitateur que l'on met en activité toutes les cinq minutes, afin de renouveler les surfaces et d’obtenir des teintes unies. Les échantillons sont marqués par des trous coupés dans la partie blanche. Au sortir du bain, ils sont bien lavés et dégorgés, séchés, repassés et partagés en deux moitiés dont l’une est conservée et l’autre avivée. La première permet de juger de l’intensité avant l’avivage et de la pureté des blancs après la teinture. La seconde sert à déterminer la solidité.

L’avivage se compose :

1° D’un passage d’une demi-heure dans un bain de savon, à 75 degrés centigrades, monté avec 10 grammes de savon mi-blanc et 4 litres d’eau, pour 8 échantillons ;

2" D’un passage au savon bouillant, une demi-heure, monté comme le premier ;

3° D'un lavage à l’eau ;

4° D un passage de dix minutes dans un bain de nitromuriate d’étain , monté avec 5 grammes de savon et

5 grammes de nitromuriate d’étain, pour 4 litres d’eau, et chauffé à 45 degrés centigrades, de là on passe immédiatement en :

5° Savon bouillan t (1 0 grammes de savon pour 4 litres d’eau), une demi-heure. Enfin on lave, on sèche et on compare.

A propos de l’essai des fleurs de garance, M. G. Schaeffer fait remarquer que depuis que leur emploi s’est généralisé, leur valeur tinctoriale a baissé. Bien souvent la fleur est encore chargée de matières solubles et de quantités d’acide sulfurique très-appréciables. Avec de pareils produits on est exposé à de grandes irrégularités dans la fabrication, et il est impossible d’obtenir, surtout pour les violets, cette pureté de nuance qui fait le mérite de la véritable fleur.

Les essais faits pour évaluer la richesse et la solidité du produit ne correspondent pas toujours aux résultats obtenus en grand : la quantité d’eau employée pour les essais en petit étant environ huit fois plus grande que celle pour la teinture des pièces, il est évident que l’action des substances étrangères et de l’acide doit être moins sensible.

Il importe avant tout de savoir si le produit est débarrassé de ses matières solubles, avant de procéder à des essais de teinture. M. Schæffer propose à cet effet le moyen suivant :

11 fait macérer avec de l’eau quelques grammes de la fleur à essayer et filtre. Les eaux de lavage des fleurs dont le rendement et la beauté des nuances étaient reconnus inférieurs, se trouvaient sensiblement colorées. Le nitrate de baryum y donne un précipité assez abondant. Chauffées avec de l’acide sulfurique ou chlorhydrique, elles donnent une coloration verte très-prononcée.

Pour les fleurs donnant les meilleurs rendements et les plus belles teintes, les eaux de lavage sont peu colorées et neutres : elles ne précipitent pas par le sel de baryte, elles ne prennent qu’une légère coloration rose avec l’acide sulfurique, et jaunâtre avec l’acide chlorhydrique. Dans l’essai par voie de teinture, il convient de faire une double expérience,

GARANCE

l’une avec! /5 environ de craie et l’autre sans craie. Avec les garances la température doit être élevée graduellement, sans jamais rester stationnaire ni descendre : une irrégularité; de cette nature n’a pas d'influence lorsque l’on opère avec les fleurs.

Essai des garancines. — On prend pour 25 centimètres carrés de tissu mordancé, lgt,6degarancineet 3/4 de litre d’eau. On teint une heure et demie en montant de 25 à 90 degrés centigrades: onlaveaprès teintureetonpasse en eau chaude.

Les produits plus concentrés, tels qu’extraits divers, alizarine verte, etc., peuvent être examinés de la même manière, en ayant soin d’en prendre un poids tel que l’échantillon ne soit pas saturé complètement, ce à quoi l’on arrive en teignant plusieurs doses décroissantes et en prenant, pour l’évaluation, l’échantillon qui offre la nuance immédiatement inférieure à celle de deux essais consécutifs de même intensité. Il est bon de délayer les extraits résineux dans de l’alcool, afin de favoriser la dissolution delà matière colorante et sa division dans le bain. Enfin, d’après les observations de M. C. Kœchlin, il est nécessaire, pour arriver à des résultats exacts, degraduer la quantité d’eau suivant la richesse et la concentration du produit. En règle générale, la quantité d'eau employée dans la teinture doit être d’autant plus faible, jusqu’à une certaine limite, que la matière colorante est plus concentrée.

Ainsi avec un extrait teignant comme 16 à 20 fois la garance, 250 centimètres cubes d’eau suffisent pour un échantillon de 25 centimètres carrés et la dose d’extrait convenable pour le teindre.

Le procédé de M. Schlumberger, modifié légèrement suivant la nature des substances, ne donne qu’une comparaison par rapport à un produit type. Si l’on a soin de former une gamme chromatique décroissante, avec des poids connus de plus en plus faibles du type, le résultat de l’essai fait avec la dose normale (10 grammes de garance, 5 grammes de fleur,

lgr,6 garancine) tombera, quant à l’intensité, avant et après l’avivage, entre deux numéros de la gamme et pourra se classer d’après ces numéros mêmes.

Si nous avons, par exemple, la gamme de fleur teinte avec :

N° 1 seqoo

N° 2 4gr,0o

N° 4 . 3gr,05

5 3gr,00

N° a 2gr,0o

et si la teinture faite avec 5 grammes de la fleur à déterminer tombe entre 2 et 3, on pourra dire que 5 grammes de cette fleur valent entre 4gr,5 et 4 grammes du type, ou en moyenne que la fleur vaut 85, le type valant 100.

Evaluation de la quantité absolue de matière colorante. — Nous perdrions notre temps à décrire tous les procédés imaginés pour arriver à ce résultat. Aucun d’eux ne résout la question d'une manière satisfaisante , vu qu’ils fournissent toujours, pour la pesée, la matière colorante encore impure et mélangée à plus ou moins de substance résineuse. Ces procédés exigent, de plus, des manipulations longues et difficiles et qu’il est par conséquent impossible d’appliquer en fabrique, où l’on a toujours un grand nombre d’essais de ce genre. Une bonne méthode approximative a été proposée par M. Schlumberger, elle est basée sur le pouvoir dissolvant de l’acide acétique indiqué, déjà en 1829, par un anonyme, pour l’extraction de la matière colorante.

On pèse 10 grammes de garance qu’on met dans un flacon, avec 500 grammes d’eau distillée à 30 degrés centigrades et un peu de levûre de bière. On laisse fermenter pendant vingt-quatre heures, puis on filtre et on lave avec de l’eau aiguisée de 1 /50 d’acide acétique.

On peut aussi négliger la fermentation et macérer et laver avec l’eau acétique. Cette opération préalable est inutile pour la fleur.

GAHANCE.

Le résidu est bouilli avec un litre d’acide acétique à 1/2 degré Baumé, pendant dix minutes; on décante, après repos, sur un filtre et on traite par une nouvelle quantité d'acide acétique. Les* deux solutions abandonnent par refroidissement des flocons oranges et l’eau mère retient du colorant qu’on précipite complètement par addition de chlorure de sodium. Le dépôt est recueilli sur un petit filtre taré, lavé à l’eau pure, séché et pesé.

Ce procédé a fourni à M. Schlumberger4er,i à 4gr,2 de colorant, pour 100 grammes de bonnes garances d’Avignon, d’Alsace, de Hollande ou de Belgique ; tandis que les garances de qualités inférieures donnaient lgr,9 à2gr,7 de précipité. Les garances nouvelles, d’un faible pouvoir tinctorial, donnèrent 3gr,8 à 4gr,2, c’est-à-dire autant que les bonnes anciennes, parce que l’ébullition avec l’acide, en dédoublant les glucosides, ramenait ces garances nouvelles au même état que les anciennes.

Le produit déposé dans l’acide acétique, contenant tout le colorant de la garance, pourrait fournir par son poids une donnée certaine, mais seulement comparative, s'il était 'prouvé que la résine et le colorant s’y trouvent toujours dans le même rapport. Dans ce cas il suffirait de déterminer une fois pour toutes la proportion des deux principes.

Les progrès de la science rendent plus exigeant, et il conviendrait de pouvoir doser exactement l’alizarine, la purpurine, la pseudopurpurine, la matière orange contenue dans une garance. Une méthode si riche en résultats est encore à trou \er.

Examen des garances au point de vue des falsifications. — Quelle que soit la nature des poudres étrangères mélangées par fraude aux garances, elles ne peuvent influer sur le résultat final de l'essai de teinture, si l’on a soin, comme nous l’avons prescrit plus haut, d’aviver au savon et au nitromuriate d’étain. En effet, les couleurs rouges étrangères qui peuvent se fixer aux mordants et simuler ainsi, au sortir du

bain, une richesse mensongère, ne résistent pas, comme l’alizarine et ses congénères, aux agents énergiques de l’avivage, et disparaissent complètement en colorant les bains de savon et de nitromuriate.

Voici la liste des produits étrangers qui ont été trouvés dans la garance.

Substances minérales.

Brique pilée, ocres jaune et rouge , sable jaunâtre, argile ou terre argileuse jaunâtre.

— jaune, etc.

Substances végétales.

Sciure de bois de campêche.

Coques d’amandes. — d’acajou.

Son, — santal.

Écorce de pin. — sapan.

Cette nomenclature peut s’étendre suivant l’esprit plus ou moins inventif des sophisticateurs.

L’incinération complète, dans un creuset de platine, d’un poids connu de garance (5 à 10 grammes ) et la pesée des cendres permettent de découvrir la présence des substances minérales, vu que le poids des cendres normales varie de 5 à 9 pour 100. Leur analyse qualitative, faite d’après les règles connues, conduira à la solution complète du problème.

Pour reconnaître la nature des poudres tinctoriales ajoutées, on peut suivre le procédé de M. Pernod, d’Avignon.

On plonge, pendant une minute, une feuille de papier blanc dans un bain faible de bichlorure d’étain. On pose cette feuille sur une assiette ou une plaque de verre, et on la saupoudre à l’aide d’un tamis avec la garance à essayer. Au bout d’une demi-heure, on remarquera sur tous les points du papier occupés par les parcelles de bois étrangers les colorations suivantes :

Bois do Brésil.

Campêche.

Cuba.

Garance.

Points rouge-cramoisi.

Taches violettes.

Taches jaunes.

Légère couleur jaune.

GARANCE

Pour apprécier la présence de substances astringentes, on se sert d’un papier imbibé de sulfate ferroso-ferriqne et humecté avec de l’alcool. Après un quart d’heure, on verra des taches bleu noirâtre partout où seront venues se déposer des parcelles de matière astringente.

La garance pure ne donne au papier qu’une coloration brun clair.

On peut aussi rechercher la présence des bois étrangers en opérant sur une infusion filtrée de garance, faite à chaud. Ce liquide est essayé soit parle bichlorure d’étain, soit par le sel ferrique.

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