‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 31 sur 124 · Partie soluble · texte numérisé non relu

Partie soluble

Chlorures, carbonates, sulfates alca-

lins.

Carbonate de chaux

Phosphate de chaux et un peu d’alu-

mine

Silice

Le carbonate de chaux de la cendre de la garance d’Avignon préexiste dans la poudre, au moins en partie, et n’est pas tout entier formé par l’incinération des sels do chaux à acides organiques. Cette garance n'offre, en effet, pas de réaction acide ; sa couleur est un peu violacée ; par l’ébullition avec l’eau, elle dégage de l’acide carbonique et fait ensuite encore effervescence avec l’acide acétique.

Dans la garance d’Alsace, qui a une teinte jaune claire, une réaction franchement acide (acide organique), et qui ne fait pas effervescence avec les acides, il n’y a pas de carbonate de chaux naturel. Ce sel est donc nécessaire pour obtenir des nuances solides.

Reste à savoir si son rôle se borne à saturer l’acide libre de la garance , ou s’il intervient d’une autre manière ; c’est ce que nous examinerons plus tard.

La garance d’Alsace renferme plus de principes mueilagineux, sucrés, amers et plus de purpurine que la garance d’Avignon. Elle cède à l’eau ses parties colorantes à une moindre température.

La présence du carbonate de chaux dans les racines de garance dépend évidemment de la nature du sol, et, pour s’en convaincre, il suffit de se reporter à l’analyse des terres d’Alsace et de Palud que nous avons donnée plus haut.

On pouvait donc espérer qu’en amendant convenablement, avec des calcaires marneux, les terres d’Alsace, on parviendrait à leur faire rendre des produits égaux à ceux d’Avignon. Pour vérifier ces déductions, on planta en mars 1834, dans lejardin botanique de la société industrielle, des boutures de garance d’Alsace et d’Avignon : 1° dans une terre préparée avec 50 à 80 pour 100 de blanc de Troyes, et 1 /o du volume en fumier ; 2° dans de la terre venue d’Avignon ; 3° dans la terre d’Alsace non calcaire. Tous les produits cultivés dans les terrains calcaires, récoltés en novembre de la même année, donnèrent en teinture des résultats comparables en solidité à ceux des bonnes garances paluds. Les différences observées dépendaient de l’âge ; tandis que les échantillons des terrains non calcaires se comportaient comme la garance d’Alsace. Il résulte de là que le climat n’a pas d’influence sensible sur l’assimilation de la craie, au moins pour la première année. Celle-ci est d’autant plus grande que les racines sont plus vigoureuses et plus âgées.

Les différences signalées résident surtout dans la solidité des couleurs ; quant à l'intensité, mesurant la quantité utilisable de matière colorante et à la dose absolue de cette dernière, il est difficile d’établir une comparaison d’une espèce à l’autre. En effet, d’après les essais deM. H. Schlumberger, une même espèce peut offrir des variations de 60 pour 1 00

GARANCE

dans le pouvoir tinctorial, tandis qu’en comparant les meilleures qualités prises dans les différentes espèces, on ne trouve pour ainsi dire aucune différence. On peut en conclure que les bonnes garances d’Alsace, de Zélande, de Belgique, d’Avignon, etc., ont un pouvoir tinctorial équivalent. Ce facteur dépend d’une foule de circonstances, telles que le climat, le temps où la racine reste en terre, les variations des conditions atmosphériques pendant la végétation, la manière de sécher les racines, les soins apportés à leur trituration et à leur conservation.

Au point de vue de la solidité des nuances, dérivant de la présence ou de l’absence de calcaire dans la racine etle terrain , les garances de Zélande et de Belgique (Hassell) se rapprochent tout à fait de celles d’Alsace. Il en est de même des produits de la Silésie, du Bonat, du Rhin et jusqu’à un certain point de la garance rosée d’Avignon cultivée dans des terrains siliceux. Les garances de la mer Caspienne, cultivées dans le district de Derbent, ont une teneur en chaux égale ou inférieure à celle de l’Alsace, d’après les analyses de M. Petsholdt. La garance dite du Levant appartient au type Avignon.

L âge de la racine influe beaucoup sur la quantité de matière colorante rouge et sur la solidité des couleurs. C’est vers la fin de la troisième année que la racine doit être récoltée. Dans la première et la seconde, les parties jaunes ou fauves sont beaucoup plus abondantes que dans la troisième, et les parties rouges le sont moins. Cette opinion, généralement admise par les cultivateurs et formulée par M. D. Ivœehlin, n’est pas d’accord, au moins en ce qui touche les racines cultivées dans un terrain non calcaire, avec les essais faits à Mulhouse. Ainsi, on planta au jardin botanique de la société industrielle des garances pendant quelques années, en laissant les anciennes racines en terre et en replantant à chaque printemps de nouvelles, par boutures. On récolta à la fois toutes les racines des différents âges, soit

espèces d’Alsace, soit espèces d’Avignon , et l’on trouva que les racines d’une seule année de terre (plantées en mars et récoltées en novembre), étaient à très-peu de chose près aussi riches en matière colorante que celles de deux, de trois et même de cinq ans. Les racines de l’espèce Alsace ont donné des nuances un peu plus foncées que celles d’Avignon. Avec addition de craie, les résultats étaient tout aussi solides.

Les jeunes pousses de l’espèce d’Avignon donnent des couleurs aussi foncées que les racines, mais elles exigent un peu plus de craie.

Pour les garances cultivées dans un terrain calcaire, le résultat n’est pas le même, car l’assimilation du calcaire est d’autant plus grande, que les racines sont plus vigoureuses et plus anciennes. Ainsi, il est bien prouvé que les garances paluds sont plus calcaires et donnent des couleurs plus vives et plus solides lorsqu’elles ont trois années de terre que lorsqu’elles n’ont qu’une année et demie, et ces dernières sont plus avantageuses que celles de six mois.

En Allemagne, on emploie sous le nom de Roethe une qualité de garance inférieure qui se compose de racines récoltées avant leur maturité. Elle ne fournit que des nuances peu solides, et ne sert que pour les teintures communes, pour brunir et pour rougir.

Influence de la trituration de la poudre. — L’influence de la préparation sur la solidité et la richesse, abstraction faite de tout mélange hétérogène, dépend du soin que l’on apporte à séparer les diverses parties et le chevelu. Quelques fabricants broient avec la racine la partie de la tige qui, restée sous terre pendant la culture, en a pris la couleur, sans participer à ses propriétés tinctoriales. Us augmentent ainsi le poids de la garance au détriment de sa richesse.

L’écorce donne trois fois plus de couleur rouge que le ligneux ; elle est plus épaisse dans les plantes mûres que

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dans les jeunes pousses. A la troisième année, son épaisseur est du tiers du rayon. Elle est d’un brun foncé et plus pesante que la partie ligneuse.

Les fabricants cherchent principalement à séparer, pendant la trituration, les parties ligneuses et charnues de l’épiderme. Le plus ou moins de pureté de l’une de ces parties, ou leurs proportions respectives dans le mélange du ligneux et de l’écorce formentles diverses qualités. Celles-ci, provenant d’une même racine , outre les différences dans la richesse colorante, donnent des résultats variables au point de vue de la solidité, puisqu’il se peut que le carbonate de chaux soit distribué inégalement dans la racine. Ainsi le ligneux de la racine d’Alsace teint plus solide que l’écorce charnue.

Pour certaines teintures fines, on préfère la partie centrale, quoiqu’elle soit moins riche.

Influence de l'âge de la poudre. — Une longue pratique a démontré, qu’un produit conservé quelque temps en tonneau rend mieux en teinture que lorsqu’il est fraîchement préparé. Ce fait est déjà signalé dans la traduction allemande de Bancroft. Dingler et Kurrer disent que les garances moulues et conservées dans des tonneaux bien fermés s’améliorent pendant plusieurs années, qu’elles y gagnent de 2 à. 5 pour 100 en poids et un tiers en faculté tinctoriale.

Cette amélioration, d’après les auteurs cités, atteindrait son maximum de la troisième à la quatrième année. A partir de la sixième, elle commencerait à se perdre. Les essais directs de M. H. Schlumberger ont pleinement confirmé ces intéressantes observations. En teignant avec des racines fraîches ou vertes sortant de terre et un poids équivalent des mêmes produits séchés et pulvérisés rapidement, de suite après la récolte, ce chimiste a trouvé des résultats identiques , ou même plutôt en faveur des racines vertes. Les mêmes produits, conservés dans des flacons en verre, bouchés avec du liège, ont accusé, après trois ans, un gain en matière colorante de oO à 00 pour 100. En- grand, pour la

ii. i ?

garance conservée en tonneau, on trouve généralement que 100 kilogrammes de garance de deux ans équivalent à 120 kilogrammes des mêmes produits de deux mois de tonne. Des garances de qualités médiocres de dix années de tonneau lui donnèrent des résultats équivalents àceuxde garances de première qualité. Les racines conservées entières offrent des effets semblables , l’amélioration s’y accuse même plus tôt.

Voici, en résumé, les changements physiques que subissent les garances depuis le moment de leur récolte :

1° La matière colorante devient rouge, de jaune qu’elle était d’abord.

2° Les garances pulvérisées et conservées dans de bons tonneaux augmentent de poids pendant quelques années, et perdent de leur gain pendant les suivantes. Leur nuance continue à se foncer par l’âge.

3° Certaines garances riches en principes sucrés et mucilagineux, celle d’Alsace par exemple, s’agglomèrent et se durcissent. On dit alors qu’elles sont mûres ou grappées.

L’augmentation de poids, éprouvée par les garances en tonne, ne peut tenir qu’à une absorption d’humidité, due aux principes hygroscopiques qu’elle renferme. Dans des flacons bien bouchés, ce changement n’est pas observable.

Sous la double influence de l’oxygène interposé et de l’humidité absorbée, et parallèlement à cette absorption, il s’établit une fermentation lente qui donne lieu au dédoublement des glucosides colorants, jaunes ; de là le gain en matière colorante.

Le rôle de l’oxygène dans les modifications que subissent les principes colorants n’est pas douteux, lorsqu’on voit le suc jaune de la racine se troubler et devenir rouge dès qu’il est exposé au contact de l’air. Il est probable, d’après cela, que les principes se trouvent, dans la plante vivante, dans un état particulier de désoxydation . Mais l’oxydation ne se poursuit probablement pas activement, lorsque

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la garance, une fois moulue, est mise en tonneau. Le phénomène principal revient alors à cette fermentation particulière, due à la matière azotée, modifiée par l’air, qui possède le pouvoir de dédoubler les glucosides.

Le rapport remarquable que nous avons fait ressortir, entre la composition des diverses matières colorantes rouges, pourrait faire penser que pendant cette fermentation la pseudopurpurine et la purpurine sont susceptibles de se changer, par voie de réduction, en alizarine ; mais aucun fait chimique ne permet encore d’adopter cette hypothèse comme probable.

Essais des garances , fleurs de garance , garancine , extraits , etc. — Comme nous l’avons vu plus haut, de nombreuses circonstances peuvent influer sur la richesse colorante d’une garance d’origine donnée, et sur la solidité des teintes quelle est susceptible de fournir. A ces causes naturelles de variations, nous avons encore, à ajouter les sophistications pratiquées dans le commerce des poudres.

C’est pendant la pulvérisation, que certains fabricants peu consciencieux mélangent aux garances diverses substances de médiocre valeur, qui en augmentent le poids sans en changer la couleur.

De semblables falsifications peuvent nuire, aussi bien à la pureté et à la beauté des couleurs qu’à la richesse tinctoriale du produit.

Il était donc urgent de trouver une méthode d'essai permettant d’évaluer rapidement les qualités et la richesse d’une garance ou d’un de ses dérivés.

Dans l’examen d’une garance, nous avons trois choses à déterminer :

1° La valeur de la matière pour l’industriel qui la consomme, et dans les conditions où elle est employée, valeur qui se fonde sur la quantité utilisable de la matière tinctoriale et sur la solidité et la pureté des nuances ;

2° La quantité absolue de matière colorante renfermée dans la poudre ;

3° La présence de substances étrangères et la dose de ces substances.

La première question intéresse le plus le consommateur; c’est aussi celle qui a trouvé la solution la plus pratique et la plus complète, grâce aux beaux travaux de M. H. Sehlumberger. Pour ce qui est de la seconde, il peut être utile dans certains cas de l’éclairer ; malgré le grand nombre de procédés proposés, on peut dire qu’elle n’est pas résolue d’une manière convenable.

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