GENRES GARANCES ORDINAIRES (SUR TISSUS DE COTON
Le garançage ordinaire , dirigé dans le but d’obtenir
GARANCE
des rouges, des roses, des noirs, des violets et lilas aussi vifs que possible , soit isolément , soit simultanément , se compose d’une série d’opérations que nous pouvons diviser en :
1° Blanchiment aussi parfait que possible du calicot;
2° Impression des mordants dissous dans un véhicule convenable;
3° Fixation de ces mordants, c’est-à-dire précipitation des oxydes colorants dans les pores de la fibre ;
4° Teinture ou garançage ;
5° Avivage ou purification des teintes, on pourrait dire aussi modification des teintes par introduction dans la laque binaire d’une certaine quantité de corps gras et d’oxyde d’étain.
A. Blanchiment. — Nous n’avons que peu de chose à ajouter à ce qui a été dit au premier volume. Ce blanchiment doit être complet, afin d’éliminer toutes les substances étrangères capables d’attirer la matière colorante du bain, et d’obtenir les blancs réservés par la gravure aussi purs et aussi faciles à restituer que possible.
C’est à ce point de vue surtout que l’introduction du savon de résine a rendu de grands services.
B. Impression et fixation des mordants . — Nous ne nous occuperons pas ici des procédés d’impression en eux-mêmes ; leur description ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage. Le lecteur les trouvera en détail dans le Traité de T impression des tissus , de M. Persoz.
Mais nous examinerons avec soin les méthodes et les préparations qui servent à les fixer.
Mordants pour rouge et rose.
La base fixatrice des rouges et des roses garancés est toujours et partout l’alumine hydratée ou un sous-sel d’alumine insoluble.
Pour remplir le but auquel on le destine, cet oxyde doit
être intimement et mécaniquement uni à la fibre et faire corps avec elle.
On doit, par conséquent, le dissoudre physiquement ou chimiquement, imprégner le tissu de cette solution et déplacer l’hydrate par un moyen convenable, variant avec la nature du dissolvant.
Alumine. L’aluminium forme avec l’oxygène une seule combinaison dont la composition correspond à la formule
Al2 hexatomique remplace H6 dans six molécules d’eau condensées en une seule.
On trouve l’alumine anhydre en cristaux prismatiques, très-durs, connus sous le nom de corindon. Ces cristaux sont tantôt incolores (corindon hyalin incolore), tantôt colorés en bleu, en rouge, en jaune et en vert, et constituent alors diverses pierres précieuses appelées rubis oriental, saphir, améthyste orientale, topaze orientale.
Ces teintes sont étrangères à l’alumine, et dérivent de la présence de petites quantités d’oxydes étrangers.
On a pu reproduire artificiellement l’alumine cristallisée, en dissolvant l’oxyde amorphe dans le borax fondu et en soumettant le mélange à la température soutenue et élevée d’un four à porcelaine (1000°).
Le borax se volatilise lentement, en laissant cristalliser l’alumine.
En exposant l’acide borique aux vapeurs du fluorure d’aluminium, on forme du fluorure de bore gazeux et de l’oxyde d’aluminium cristallisé. L’émeri ou poudre à roder n’est autre chose qu’une poussière cristalline de corindon.
Sous cette forme seulement, elle est indécomposable par la chaleur, fusible, sous l’influence de la haute température du chalumeau à gaz hydrogène et oxygène. Elle est insoluble dans l’eau, les acides et les alcalis.
GAIîANClî.
Une seconde variété d’alumine s’obtient par la dessiccation de l’hydrate. Tant qu’elle n’a pas été fortement calcinée, elle se dissout dans les acides et les alcalis.
L’alumine amorphe s’obtient le plus facilement par la décomposition sèche de l’alun ammoniacal ou des hydrates.
Hydrates d'alumine. — On distingue plusieurs variétés bien définies d’hydrate d’alumine : l’hydrate ordinaire
( ^H6^1 ! O6’ l’hydrate allotropique ^^jj*^'jo5 ou premier
anhydride de l’autre, insoluble; l’hydrate allotropique soluble, isomère du précédent.
L’hydrate ^ V1 j O6 se trouve cristallisé dans le règne
minéral, on lui donne le nom de gibsite. La gibsite artificielle s’obtient en abandonnant à l’action lente de l’acide carbonique de l’air, une solution potassique d’alumine.
Le composé gélatineux qui se précipite lorsqu’on ajoute de l’ammoniaque ou du carbonate d’ammoniaque à un sel d’alumine soluble, offre aussi, après dessiccation à 100°, une composition semblable. Il est très-peu soluble dans l’eau et l’ammoniaque, facilement soluble dans les acides et les alcalis caustiques. Bouilli pendant vingt-quatre heures avec de l’eau, il perd la faculté de se dissoudre dans les acides et les alcalis et change de composition en perdant une molécule d’eau (hydrate allotropique ^4VI j(D5 de M. Péan de Saint-Gilles).
M. Walter Crum a obtenu une modification soluble trèsremarquable de cet hydrate allotropique. A cet effet, une solution de biacétate d'alumine, ne renfermant que 1 partie d’alumine sur 200 parties d’eau, est introduite dans un vase bouché que l’on maintient au bain-marie, à 100°, pendant deux fois vingt-quatre heures. Au bout de ce temps la saveur astringente a disparu et l’acide acétique est devenu libre, car on peut le chasser par une ébullition prolongée avec de
l’eau, en vase ouvert. L’hydrate allotropique reste en solution et le liquide devient gommeux par la concentration. Il est coagulé en gelée par l’addition d’une très-petite quantité d’acide sulfurique et par beaucoup d’autres acides encore, ainsi que par les alcalis. Un excès de réactif redissout le coagulum en ramenant l’alumine à sa modification normale.
M. Graham obtient une modification soluble colloïdale de Al2 i
l’hydrate x ^6VI O6, en soumettant à la dialyse une solution
d’alumine hydratée, dans le chlorure d’aluminium. Le sel neutre passe à travers le dialyseur, en laissant l’alumine en solution dans de l’eau pure. Une semblable liqueur se coagule facilement par la chaleur ou par l’addition de sels solubles alcalins.
Cette alumine soluble de Walter Crum se fixe facilement sur tissu et fonctionne comme mordant ; l’alumine soluble allotropique a perdu la propriété d’attirer en bain de teinture.
L’alumine hydratée se précipite encore, non plus en gelée, mais en grains plus denses : 1° par l’ébullition d’un mélange de sulfate ou de chlorhydrate d’alumine et d’hyposulfite de soude ; i! se dépose en même temps du soufre et il se dégage de l’acide sulfureux ; 2° lorsqu’on décompose par un courant d’acide carbonique une solution alcaline d’alumine, convenablement concentrée.
Les solutions alcalines précipitent de l’hydrate par les acides, mais un excès d’acide redissout le précipité; bouillies avec du chlorhydrate d’ammoniaque, elles dégagent de l’ammoniaque avec production d’hydrate d’alumine et formation d’un chlorure alcalin. L’alumine hydratée perd son eau à une température qui n’est pas trop élevée, mais l’élimination n’est complète qu’au rouge vif.
Elle s’unit facilement aux matières colorantes en formant souvent de très-belles laques.
Elle fonctionne comme acide et comme base, faisant dou-
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ble décomposition avec les acides hydratés et avec les alcalis hydratés; dans le premier cas pour donner ce que l’on nomme les sels d’alumine, dans le second les aluminates.
Caractères des sels d'alumine. — Généralement incolores, saveur astringente (lorsqu’ils sont solubles). Ils ne précipitent pas par l’acide chlorhydrique et l’hydrogène sulfuré ; donnent un précipité blanc gélatineux par l’ammoniaque (très-peu soluble dans un excès de réactif), par le sulfhvdrate, le carbonate d’ammoniaque, les carbonates dépotasse et de soude (insoluble dans un excès des réactifs), parla potasse et la soude (solubles dans un excès de réactif). Tous ces précipités représentent de l’hydrate. Cet hydrate, calciné avec du nitrate de cobalt, donne une masse d’un beau bleu.
Il existe un grand nombre de variétés de sels d’aluminium :
J o Les sels saturés dans lesquels les six atomes d'hydrogène de l’hydrate ‘ O0 sont remplacés par six atomes d’un radical d’acide monoatomique : exemple, nitrate saturé J. , ^z'q2) j O8, ou par trois atomes diatomiques : exemple, sulfate saturé ! O6, ou par deux atomes tria-
tomiques : exemple , phosphate ^ j O6.
Le sesquichlorure APV, Cl6 représente l’hydrate dans lequel Cl6 remplace fi(HO), tout comme la glycérine tri-
chlorhydrique C3I1S„, Cl3 représente la glycérine /" > <j!
dans laquelle Cl3 remplace 3(110).
2° Les sels non saturés. On peut, en effet, remplacer une partie seulement de l'hydrogène basique par un radical d’acide.
Tel serait, par exemple, le sulfate basique
APVI ]