‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 50 sur 124 · RUBIACÉES EXOTIQUES, PROPRES A LA TEINTURE EN ROUGE · texte numérisé non relu

RUBIACÉES EXOTIQUES, PROPRES A LA TEINTURE EN ROUGE

Le rubia tinctorum n’est pas la seule plante dont la racine renferme des matières colorantes rouges, congénères de l’alizarine ou de la purpurine.

Aux Indes, on utilise divers produits de la famille desrubiacées, qui n’ont été jusqu’à présent introduits en Europe que sous forme d’échantillons. On aurait trouvé, en effet, peu d’avantages à les substituer à la garance ordinaire.

MM. Ed. Schwartz et D. Kœchlin ont étudié les propriétés tinctoriales ae ces produits, rapportés des Indes par M. Gonfreville (1).

Tels sont :

Le chayaver , plante cultivée sur les côtes de Malabar et de Coromandel, où l’on se sert de sa racine pour la teinture en rouge des cotons huilés.

Elle réussit le mieux dans des terrains sablonneux.

La racine se présente sous forme de filaments ayant environ un millimètre de diamètre, de couleur grise extérieurement et jaune clair à l'intérieur. Elle est plus tenace et plus

(1) Bulletin de la Société industrielle, t. V, p. 301 et suivantes.

GARANCE

difficile à pulvériser que la racine de garance et représente une des rubiacées la plus généralement employée dans les Indes. Sa réaction est acide et, avant d’en faire usage en teinture, il convient de la laver à l’eau. Il est aussi nécessaire d’ajouter au bain une certaine quantité de craie ou de carbonate de soude. On montede 30° Réaumurjusqu’àl’ébullition, dans un espace de temps proportionné à la quantité de matières colorantes à épuiser. Les couleurs obtenues sont moins • ^rangées que celles que donne le nona et se rapprochent de celles de la garance. Le rouge huilé s’avive parfaitement au bain de savon, en chaudière fermée.

Le rouge, le rose, le noir, le puce et le violet sur toile non huilée, supportent les opérations au savon et à l’acide nitrique, tout comme les couleurs garancées et ne le cèdent à celles-ci ni en vivacité, ni en solidité.

Ce qui s’oppose surtout à l’emploi de ce produit en Europe, c’est qu’il renferme à peine le quart de la matière colorante d’une garance indigène moyenne. Ses qualités sont parfaitement analogues à celles de la garance d’Avignon, tandis que les autres rubiacées des Indes (sans en excepter aucune), quoique plus riches en matières colorantes, sont, trop acides.

L’histoire chimique et l’analyse immédiate de’ cette racine sont encore à faire. Quelques essais tentés avec le peu de racine que je dois à l’obligeance de M. D Kœchlin-Schouch, m’ont démontré que le chayaver contient de la chlorogénine et de l’alizarine et qu’il est très-facile de l’épuiser, par un traitement alcoolique, vu l’acidité naturelle de cette racine et l’absence des sels de chaux.

Le mungeet ou rubia mungista a cela de particulier, (pie la tige fournit plus de parties colorantes que la racine.

A l’état sec, elle est presque aussi riche que la bonne garance d'Avignon, mais elle renferme beaucoup de parties jaunes et acides ; aussi ne peut-on obtenir des teintes solides avec son concours.

Le rouge huilé et avivé, quoique très-intense au début, se détruit rapidement sous l’influence des rayons solaires.

Ce phénomène semble indiquer que la coloration ne dérive pas de l’alizarine ou de la purpurine ; et, en effet, M. Stenhouse a démontré l’existence, dans le mungeet, d’une matière colorante spéciale, à laquelle il a donné le nom de mungistine.

Il épuise le mungeet, réduit en poudre fine, par une solution bouillante de sulfate d’alumine (hOO grammes de mungeet, 1 kilogramme de sulfate d'alumine et 8 kilogrammes d’eau). La liqueur filtrée fournit par l’ébullition un précipité rouge clair, qui est filtré, lavé et séché. Le résidu repris parle sulfure de carbone lui cède la matière colorante, tandis qu’il reste une matière résineuse insoluble. Par l’évaporation du sulfure de carbone, on obtient un extrait rouge clair, composé de mungistine et de purpurine. En traitant par l’eau bouillante, additionnée d’acide acétique, la purpurine reste insoluble, tandis que la mungistine se dissout en jaune et se reprécipite par le refroidissement. Purifiée par des cristallisations répétées dans l’alcool bouillant, elle se présente sous forme de grandes écailles jaunes.

La mungistine est fusible, et cristallise par le refroidissement; elle est peu soluble dans l’eau froide, assez soluble dans l’eau bouillante ; l’alcool la dissout à froid et mieux à chaud. Avec le carbonate de soude, l’ammoniaque et les alcalis caustiques, elle donne des liqueurs rouge clair. L’eau de baryte donne un précipité jaune ; l’hydrate d’alumine, une laque orange clair. Elle se dissout dans l’acide sulfurique.

M. Stenhouse attribue à la mungistine la formule G8H603 (1). L’acide azotique concentré transforme la mungistine en acides phtalique et oxalique. L’ammoniaque caus-

(1) Annalen t/e> Chemie und Plwrm. , !. CXXX, p. :;Xr>.

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tique la convertit en une substance brune ayant l’aspect de l’humus.

Si la formule donnée à la mungistine est exacte, ce principe colorant sort delà série de ceux que nous avons trouvés dans la garance, et qui renferment tous 20 atomes de carbone.

Nona. — La rubiacée, connue sous ce nom, est la racine d’un arbre qui appartient à l’espèce des guilandina. Son aspect diffère peu de celui de la racine de garance. Elle est plus tenace et plus difficile à pulvériser; très-riche en matières jaunes et acides. Aussi convient-il, non-seulement de la laver à l’eau froide avant de s’en servir, mais encore de teindre avec addition de carbonate de soude, en se conformant en cela au principe bien prouvé par l’expérience, que pour avoir des nuances solides avec la garance ou les rubiacées analologues, le bain de teinture doit être parfaitement neutre.

Pour teindre, on pulvérise finement la racine de nona, puis on la lave avec cinquante fois son poids d’eau froide et pure ; on ajoute I/o de son poids de carbonate de soude et on monte progressivement de 30° Réaumur à l’ébullition.

On obtient ainsi, sur coton huilé, un rouge très-intense qui, avivé en chaudière close avec du savon et un peu de chlorure d’étain, se convertit en un écarlate voisin du rouge d’Andrinople ordinaire. Le coton non huilé prend des nuances voisines de celles de la garance, mais plus jaunâtres. Cette teinte se conserve après l’avivage.

L ' Ouongkoudou contient entre la moitié et le tiers des parties rouges que donne une bonne garance d’Avignon. Elle n’est pas aussi acide que le mungeet et exige néanmoins une addition de 3 pour 100 de carbonate de soude. Les couleurs sont moins vives et moins solides que celles de la racine de nona.

L ' Hachrout ne diffère guère du nona ni par sa richesse, ni par ses qualités tinctoriales.

L’histoire de ces rubiacées tinctoriales, exotiques, est, comme on le voit, peu étudiée encore.

Bibliographie de la garance et des mordants. — Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse. — Rapports sur divers mémoires envoyés à la Société, par H. Schlumberger, t. 1, p. 93. — Mémoire sur la garance, par Robiquet et Colin, t. I, p. 126. — Idem, par M. Kuhlmann, t. I, p. 146. — Essais sur la garance, par M. Kœchlin-Schouch, t. I, p. 175. — Notice sur les propriétés tinctoriales des racines de garance, par Edouard Kœêhlin, t. I, p. 194. — Lettre sur la fleur de garance (ancienne fleur, aujourd’hui garancine), par Lagier, t. Il, p. 209. — Rapport sur cette lettre, par M. Penot, t. Il, p. 215. — Rapport sur un mémoire traitant de la garance, par Philippe Weber, t. IV, p. 125. — Rapport sur un mémoire relatif à la garance, par H. Schlumberger, t. IV, p. 130. — Note sur un moyen de séparer la matière colorante de la garance, par Dandrillon, t. IV, p. 144. — Mémoire sur la garance, t. V, p. 145. — Rapport sur ce mémoire, t. V, p. 159. — Examen comparatif de la garance d’Avignon et de la garance d'Alsace, par H. Schlumberger, t. VII, p. 99. — Rapport sur ce mémoire, par Léonard Schwartz, t. VII, p. 147. — Rapport sur divers mémoires relatifs à la garance, par H. Schlumberger, t. VIII, p.293. — Observations sur la garance, par H. Schlumberger, t. VIII, p. 401. — Réflexions sur le mémoire de M. H. Schlumberger relatif ci la garance, par Robiquet, t. X, p. 47. — Mémoire sur la matière colorante de la garance, par G. Schwartz, t. X, p. 329. — Rapport sur ce mémoire, par H. Schlumberger, t. X, p. 344. — Considération sur le pouvoir tinctorial des garances, par II. Schlumberger, t. XI, p. 270. — Rapport sur ce mémoire, par A. Scheurer, t. XI, p. 332. — Notice sur l’extraction d’un principe colorant de la garance, par Ed. Collomb, t. XII, p. 307. — Rapport sur cette notice, par H. Schlumberger, t. XII, p. 321. — Moyen d’extraire la matière colorante de la garance, par M. Camille Kœchlin, t. XV, p. 457. — Rapport sur ce mémoire, par H. Schlumberger, t. XV, p. 460. — Rapport sur le prix relatif à un extrait de garance , par H. Schlumberger, t. XXIV, p. 99. — Essais sur la solubilité de la matière colorante de la garance dans les huiles fixes, par Ed. Schwartz, t. XXV, p. 180. — Rapport sur cette notice, par M. G. Schæffer, t. XXV, p. 184. — Recherches pour trouver un moyen de mieux utiliser la matière colorante de la garance en teinture, par Ed. Schwartz, t. XXV, p. 366. — Mémoire sur les matières mucilagineuses de la garance, par M. P. Schützenberger, t. XXVII, p. 5. — Recher-

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ches sur la nature de la matière colorante de la garance, par Ed. Schwartz, t. XXVII, p. 342. — Rapport sur ce mémoire, t. XXVI I, p. 346. — Mémoire sur la solubilité de la matière colorante de la garance dans de l’eau à des températures comprises entre 100 et 250°, par MM. E. Mathieu-Plessy et P. Schützenberger, t. XXVII, p. 395. — Notice sur une teinture par substitution, par M. Carlos Kœchlin, t. XXVIII, p. 119. — Rapport sur cette notice, par M. E. Mathieu- Plessy, t. XXVI 1 1, p. 121 . — Note sur un extrait de garance obtenu par l’ackle sulfurique concentré, par M. Ed. Schwartz, t. XXVIII, p. 320. — Notes sur le chlorage des pièces teintes en garancine, par MM. Cl. Royet, G. Steinbach, II. Kœchlin, t. XXVII, p. 232, 237 ; XXVIII, p. 418, 421. — Emploi des hyposulftes comme mordants , par E. Kopp, t. XXVIII, p. 435, 448. — Notice sur l’essai de la fleur de garance, par G. Schæffer, t. XXIX, p. 200. — Notice sur l’adultération de la garance et de ses dérivés, par Pernod, et Rapport, par G. Schæffer, t. XXIX, p. 231,233, 235. — Recherches sur la garance d’Alsace, par E. Kopp, t. XXXI, p. 145. — Action de /’ ammoniaque sur l’alizarine, par P. Schützenberger et Paraf, t. XXXI, p. 503. — Mémoire sur les matières colorantes contenues dans la garance d’Alsace, par P. Schützenberger et H. Schiffert, t. XXXIV, p. 70. — Rapport sur quelques substances tinctoriales des Indes, par Ed. Schwartz, t. V, p. 296. — Mémoire sur le mordant rouge, par Kœchlin-Schouch, t. I, p. 277. — Rapport sur ce mémoire, par Léonard Schwartz, t. 1, p. 322. — Mémoire sur les mordants de fer, par H. Schlumberger, t. XIII, p. 399. — Mémoire sur les acétates et autres composés de l’alumine, par Walter Crum, t. XXV, p. 317. — Rapport sur le garanceuu de M. Léonard Schwartz, par Iwan Schlumberger, t. XVIII, p. 316.

Annales de chimie, lre série. — Acétate d'alumine comme mordant, IV, 153, 108. — Alumine en teinture, VII, 240. — Alun, XXV, 295; XXVI, 255. — Garance, X, 328 ; Batholdi, XII, 74; Watt, IV, 104, 159. — Laque de garance, XXX, 193. — Mordant, IV, 112; IX, 143; XXVI, 251. — Rouge d’Andriuople, IV, 150; XII, 196; XXVI, 251. — Alizari, XXXI, i!>8. — Alun, LVII, 329; L, 170; XXXI, 129; LVII, 95, 322; L, 169, 313 ; LI, 328; LVII, 317; LIX, 58, 71 ; L, 154 ; LIX, 63. — Alunage, XXXI, 197; LUI, 184. — Avivage, XLVIII, 241. — Garançage, XLI, 124; XL VIII, 233, 241. — Garance, XXXI, 198; XLI, 125. — Art de la teinture du coton en rouge, par J. -A. Chaptal, LXII, 294. — Observations sur l'acétate d’alumine, par Gay-Lussac, LXX1V, 193. — Mémoire sur les mordants employés en teinture, par Thénard et Roard, LXX1V, 267. — Procédé simplifié pour la teinture du rouge dit d’Andrinople par la voie de l’animalisation, par J.-M. Haussmann, LXXVI, 3.

Annales de chimie et de physique, 2e série. — Sur la décomposition de l’acétate d’alumine par la chaleur, VI, 201. — Analyse chimique de la racine de garance, par F. Kuhlmann, XXIV, 225. — Nouvelles recherches sur la matière colorante de la garance, par MM. Robiquet et Colin, XXXIV, 225. — Mémoire sur les matières colorantes de la garance, par MM. Gaultier de Claubry et Persoz, XLVIII, 69. — Monographie chimico technique de la garance, par Runge, LXIII, 282. — Observations à ce sujet, par Robiquet, LXIII, 297. — De la préexistence de la matière colorante dans la racine de garance, par Robiquet, LXX1I1, 274.

3e série. — Recherches sur la garance, par Rochleder, XXXV, 373. — Garance, par Laurent, XXXVI, 320. — Rubiacées, par Rochleder, XXXVII, 230. — Acide oxylizarique, XXXVIII, 490. — Alun, LVI, 102.

Dingler’s Potytechnisches Journal, I, 59. — Carmin de garance, XVI11, 393 et 399. — Rouge turc, XVI, 477; XXII, 66, 60, 134, 459; XIX, 109 ; XX, 476 ; XXIII, 390 ; XXIV, 530 ; XXIV, 275, 553, 530; XXIII, 73; XXVII, 200, 222; XXX, 30; XXVIII, 224 ; XXXI, 123; XXXIII, 158; XXXIX, 383, 392; XL, 358, 434 ; XLIII, 381; XLVI, 123; XLV, 381; XLVI, 154; L, 390 ; XLVIII, 236 ; LIV, 359; LII, 460; LV1II, 42, 55, 283, 474; LV, 136 ; LVII, 43 4; LXV, 207 ; LXIV, 195, 208; LXV, 209 ; LXIX, 239 ; LXX, 124; LXXI1, 386; LXXIIÏ, 53; LXXIV, 432 ; LXXI1I, 47; LXXV1I, 294 ; LXXVIII, 76, 430; LXXXIl, 133 ; I.XXXV, 204 ; XCI, 145; XCII, 156, 64 ; XCVII, 27; XCV1II, 48, 68; XCV, 239; CI, 205; CIV, 64; CV, 43 ; CIII, 124, 420; CVI, 293; CX, 40 ; CXI, 213 ; CXIV, 395; CXII, 463; CXVIII, 77, 315 ; CXX, 199 ; CXXIV, 201 ; CXXVI, 200, 372; CXXVI, 206 ; CXXIX, 222, 29- ; CXXVII, 88; CXXXI, 345 ; CXLI, 130, 437; CXLII, 21*, 215, 139 ; CXL, 55, 1 35, 237 ; CXXXIX, 36; CXLI, 60 ; CXLIV, 399; CXLV, 53 ; CXLVI, 142, 217; CXLIX, 205; CXLVII, 159,451; CL, 295 ; CL1, 287 ; CLIII, 374, 428; CLV, 447, 206 ; CLVII, 158.

Répertoire de chimie appliquée, II, 280,255, 218, 43; II, 69, 241 ; 111, 220, 261, 410, 85, 165, 223, 276 ; V, 179, 181, 157. — Rulletinde la Société chimique de Paris, II, 218 ; III, 208 ; IV, LU, 12, 314.

Bulletins de la Société d’encouragement, II, 88; VII, 86, 89, 202, 43; X, 253 ; XIV, 236, 36 ; XV, 5 ; XVI, 33 ; XIX, 282, 244 ; XX, 304; XXVI, 62, 270, 417 ; XXVIII, 328, 467 ; XXIX, 32 ; XXX, 206; XXXI, 366 ; XXXII, 37 ; XXXVIII, 406 ; XXXIX, 296 ; XLII, 548, 402 ; XLIII, 399, 363 ; XLVIII, 184; L, 775, 1 99 ; LII, 435, 630 ; LIV, 791 ; LV, 760, 764 ; LVII, 405 ; LVIII, 508 ; LX, 37 ; LXI, 702, 251 ; LX1I, 557,381. Annalen der Chemie und Pharmacie, LXXXVII, 356; LXXXIX, 156;

liOIS ROUGE OU BOIS DE B1IÉSIL.

LXXXF, 347, 336; LXXXII, 205, 213, 339, 83, 64, 315; LXVI, 187,

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