BOIS ROUGE OU BOIS DE BRÉSIL
Les alcalis caustiques ou carbonatés donnent une teinte rouge cramoisi.
La chaux ou même la craie, bouillie avec la solution de Brésil, donne un liquide rouge cramoisi. Cette base favorise singulièrement l’oxydation. Ce liquide cramoisi se recouvre très-rapidement, en effet, d’une pellicule noire, qui tombe au fond pour être remplacée par une nouvelle.
L’alun donne au liquide une couleur rouge, mais ne précipite pas. Si on le rend basique par addition de carbonate de potasse etque l’on chauffe, ilsedéposera une laque rouge ; l’acétate d’alumine chauffé avec le jus de Brésil donne un phénomène analogue.
L’acétate neutre de plomb ne donne qu’un précipité rougeâtre très-faible, le liquide fdtré presque incolore teint encore autant et avec une nuance plus vive que le liquide primitif. Il semble donc, d’après cela, que l’acétate de plomb précipite seulement la matière suroxydée et les substances qui nuisent à l’éclat des nuances.
Le sous-acétate de plomb donne un précipité abondant bleuâtre, le liquide filtré presque incolore ne renferme plus rien d'intéressant.
Le nitromuriate d’étain donne un précipité rougeâtre qui passe peu à peu au rouge-carmin très-vif, d’autant plus beau que le liquide est moins altéré.
Ces caractères, qui sur quelques points sont en désaccord avec ceux indiqués par M. Girardin, ont été constatés avec soin sur les solutions de bois de Babia récentes ou anciennes. Il est possible qu’avec d’autres bois, plus anciennement moulus, ils ne soient plus les mêmes.
La décoction de bois de Brésil donne en teinture de meilleurs résultats, lorsqu’elle est conservée longtemps dans un endroit frais, que si elle est récente. Ce phénomène bien connu des praticiens peut s’expliquer par l’altération et la décomposition des substances étrangères, nuisibles à la pureté des nuances. Peut-être aussi la matière colorante se
réduit-elle sous l’influence d'une fermentation spéciale.
M. le docteur Dingler a publié (1) une méthode simple et facile d’épurer de leur pigment jaune les bains faits avec du bois du Brésil d’une qualité inférieure, savoir : les bois de Bimas, de Sainte-Marthe, d’Aniola, de Nicaragua, de Siam onde Sappan, et de les substituer avec un succès assuré au véritable Fernambouc. Elle consiste à ajouter au liquide bouillant de petites quantités de lait écrémé. La caséine se coagule et entraîne la substance jaune. La gélatine peut également senir à la purification. Ainsi, en arrosant les copeaux avec une eau renfermant 2 kilogrammes de gélatine par quintal métrique, et en laissant en tas pendant quelques jours, on obtient des bains plus riches que par la méthode ordinaire, la matière colorante se dissolvant plus aisément : on a aussi observé (Leuchs) qu’une fermentation humide de quelques semaines améliore la qualité de certains bois. Ces phénomènes rappellent, à ce qu’on voit, ce que nous avons déjà dit pour la garance, et nous montrent que, dans la plante productrice, les allures de la matière colorante pure sont modifiées de beaucoup de manières, tant parla présence de substances étrangères que parles divers états de combinaison dans lesquels elle peut se trouver engagée.
Matière colorante.
Le glucoside colorant est encore peu connu. D’après mes expériences il est incristallisable, soluble presque en toute proportion dans l’eau, soluble dans l'alcool, d’une saveur amère ou sucrée, et d’une couleur blonde très-belle, lorsqu'il n’est pas altéré.
On peut l’obtenir en évaporant le jus de Brésil dans le vide, à la température ordinaire, jusqu’au dixième de son volume (10° Baumé), et en ajoutant du sel marin ou du sulfate
(1) Annules de chimie , t. XVII, p. 323. — Dirigler's Pulytechnisches Journal, t. XXV, p. SO. .
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de soude. Il se précipite alors sous forme d’une masse pâteuse, complètement soluble dans l’eau pure.
Les extraits ordinaires de bois rouge du commerce à 10 ou 20°, donnent, lorsqu’on y ajoute de l'eau, un précipité floconneux jaune, comme si la matière colorante était plus soluble dans un liquide concentré qu’étendu. Cette réaction peut s’expliquer par la décomposition partielle et l’oxydation du glucoside pendant la préparation de l’extrait. Le produit du dédoublement est alors maintenu en solution concentrée à la faveur des matières sucrées, et se dépose au contraire, si, par dilution, on diminue l’influence des corps étrangers.
On donne le nom de brésiline au principe colorant libre et dégagé de sa combinaison glucosique.
Elle a été pour la première fois isolée et étudiée par M. Chevreul (1). Ce chimiste a opéré de la manière suivante : Le bois en poudre est épuisé par l’eau. L’extrait est évaporé à sec, repris par l’eau et le liquide est agité avec de l’hydrate de plomb, dans le but de saturer les acides fixes. On filtre et on évapore à sec. Le résidu est traité par l’alcool. La solution alcoolique, rapprochée et additionnée d’eau, est précipitée par la gélatine qui enlève le tannin. On évapore encore une fois à sec, et on traite par l’alcool bouillant. La brésiline cristallise alors par refroidissement.
Dans les anciens extraits (même ceux qui ne marquent (jue 1 ,5 à 2° à l’aréomètre) conservés au contact de l’air, dans un endroit frais, on trouve souvent au fond des vases un dépôt cristallin et abondant de brésiline. C’est en opérant sur un semblable résidu que M. Bolley a pu étudier d’une manière plus approfondie les caractères et la composition de ce corps (2). Ce dépôt a été remis à M. Bolley par M. Muller, de Bâle. J'ai eu moi-même entre les mains une certaine quantité de ce produit, provenant de la même origine. En traitant les cristaux formés spontanément, par de l'alcool
(1) Annules < le chimie, l,e silrie, t I.XV1, p. 255.
(2) Bolley et GreifF, Schweiz. Polyteeh. Zeitschr., tSGt- 1 IX, p. toi.
absolu bouillant et en évaporant à l’abri de l’air et de la lumière, on obtient des cristaux d’un jaune d’ambre représentant la brésiline pure. Leur forme est celle d’un prisme hexagonal ou klinorhombique. Ils sont solubles dans l’eau, l'alcool et l’éther. La solution aqueuse est un peu plus rougeâtre que la solution alcoolique. La moindre trace d’ammoniaque suffit pour la colorer en rouge-carmin intense.
Les cristaux conservés dans un flacon prennent une teinte plus foncée sur le pourtour exposé à la lumière. Il est probable que l’oxygène intervient aussi dans ce phénomène et que l’oxydation est favorisée par la lumière.
La solution alcoolique de brésiline, abandonnée longtemps à elle-même, ou évaporée lentement, dépose, outre les cristaux jaunes volumineux, des paillettes vert- cantharide contenant de l’azote. Celles-ci prennent probablement naissance sous l’influence combinée de l’ammoniaque et de l’oxygène.
Les cristaux de brésiline sont anhydres. Us se décomposent entre 130 et 140°.
D’après les analyses de MM. Bollev et Greiff, ce corps pourrait se représenter par la formule