‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 52 sur 124 · BOIS BOUGE OU BOIS DE BRÉSIL · texte numérisé non relu

BOIS BOUGE OU BOIS DE BRÉSIL

de prendre un beau poli ; d’une couleur rouge beaucoup plus pâle que celle des autres bois du même genre. On en distingue deux sortes principales, celui de Siam, qui est en bûches privées d’aubier, grosses comme le bras et d’nn rouge vif à l’intérieur, celui de Bimas, qui est en bâtons de 27 à 33 millimètres de diamètre, jaunâtre à l’intérieur et d’un rouge rosé aux parties qui approchent de la surface et ont éprouvé l’action oxygénante de l’air. Le bois de Lima du commerce n’est qu’une variété de sapan. Les bois de Manille et desautres Philippines, de Saint-Martin etdePadangs, sont les plus mauvaises variétés.

6° Bois de Brésillet. Produit par le cæsalpinia vesicaria , suivant d’autres par un arbrisseau du genre Balsamodendron. Guyane et quelques-unes des Antilles, notamment la Jamaïque, îles de Bahama. On l’appelle souventaussi, à cause de son origine, bois rouge de la Jamaïque, bois de Bahama. Il se présente sous forme de bâtons de 54 millimètres de diamètre, dépouillés de leur écorce, mais recouverts d’un aubier blanchâtre; l’intérieur est d’un rouge brun parsemé de veines transversales plus foncées. C’est le moins estimé des bois de Brésil.

7° Bois de Californie. Produit par un cæsalpinia non spécifié des forêts de la Californie. Bûches de toutes grosseurs, noueux, tortueux, à fibres quelquefois longitudinales, le plus souvent entrelacées, fort dur, d'un rouge jaune souci quand il vient d’être fendu, brunissant à l’air et devenant d’un rouge violet.

8° Bois de Terre-Ferme. Produit par un cœsalpinia non spécifié des forêts de la Terre-Ferme, une des régions de la république de Colombie. Bûches travaillées à la hache. Il vient à nu dans les navires, où il sert à l’arrimage. Dur, pesant, noueux, compacte, tortueux ; à fibres longitudinales, le plus souvent entrelacées, d’un intérieur jaune doré avec des cercles concentriques jaune rougeâtre, plus serrés, plus larges, plus foncés en couleur, à mesure qu'ils di mi-

mient de diamètre et s’approchent du centre. Il ressemble un peu au Nicaragua, mais sa couleur est plus jaunâtre.

9° Le bois dit de Bahia se présente en grosses bûches coupées carrément et dépouillées. Sa couleur est jaune et fonce peu à peu à l’air. Il est moins estimé que le Fernambouc et offre une qualité moyenne parmi les bois rouges ; sa saveur est astringente et nullement sucrée.

Examen chimique des bois rouges. — L’étude chimique des bois rouges laisse encore beaucoup à désirer. On ne sait rien de positif sur les substances étrangères qui accompagnent la matière colorante, et celle-ci n’estencore que fort incomplètement étudiée. Pour ce qui est des premières, on peut admettre, par analogie, qu’elles représentent les principes immédiats que l’on retrouve en général dans le bois (substances sucrées, astringentes ; acides organiques combinés, résines, sels minéraux).

Jusqu’à présent on n’a encore signalé qu’une seule matière colorante dans les nombreuses variétés de bois rouges, mais il n’est nullement prouvé qu’il en est réellement ainsi, quoique l’analogie de propriétés tinctoriales semble favorable à cette opinion.

La matière colorante du bois de Brésil est soluble dans l’eau et peut être enlevée complètement au ligneux par des décoctions suffisamment répétées. Telle qu’elle existe dans le bois, elle est peu colorée et présente une teinte jaune pâle qui ne laisserait nullement supposer sa richesse tinctoriale ; au contact de l’air on voit peu à peu cette teinte foncer et passer au rouge plus ou moins brun. Évidemment, il y a oxydation lente et passage d’une matière colorable à l'état de substance colorée.

Les décoctions offrent un phénomène analogue. Au début elles sont jaunes et prennent à l’air, ou par l'addition d’eau aérée, une nuance rouge. Du reste, au point de vue de son état d’oxydation, on observe de nombreuses variétés suivant l’espèce de bois, et suivant que le bois est employé immédia-

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tement après avoir été réduit en poudre on longtemps après.

La matière colorante ou colorable existe dans le bois sous forme de glucoside. Le fait est facile à vérifier. La décoction réduit très-peu la solution cupropotassique, tandis qu’elle donne un abondant précipité d’oxydule de cuivre, lorsqu’elle a été chauffée quelque temps avec de l’acide chlorhydrique ou sulfurique. Après le dédoublement, la matière colorante a une tendance à cristalliser qu’elle ne possédait pas auparavant. Ainsi, il suffit d’ajouter un sel alcalin à la solution chauffée avec l’acide (1/100) et marquant de 2 à 3° pourvoir se former, après refroidissement, un dépôt cristallin, plus ou moins rouge suivant que le liquide employé était plus ou moins oxydé. Ce phénomène se produit d’une manière beaucoup moins marquée avant le traitement acide. L’addition d’un sel alcalin a pour effet de diminuer la solubilité de la matière colorante.

D’après ces résultats on peut admettre, dans la décoction de bois de Brésil, la présence d’un glucoside colorable, dans un état d’oxydation plus ou moins avancé, ainsi que d’une certaine proportion de matière colorante libre, préexistant sous cette forme dans le bois ou se formant par dédoublement pendant la décoction.

Le glucoside colorable, qui est le plus abondant dans les décoctions fraîches, ne précipite pas par l’acétate neutre, mais seulement par l’acétate basique de plomb.

Si l'on ajoute de l’acétate neutre, on obtient un précipité rouge-brique peu volumineux, il renferme, outre le tannin et quelques substances étrangères, de la brésiline et les matières colorantes déjà oxydées.

Le liquide filtré, à peine teinté de jaune, donneen teinture des nuances presque aussi riches et plus belles que les liqueurs primitives et précipite abondamment en lilas clair, par l’acétate basique de plomb.

L’oxydation ne se produit, du reste, que dans des condi-

tions spéciales, et elle est singulièrement favorisée par les alcalis ou les vapeurs ammoniacales, quelque faibles qu’elles soient.

On peut conserver pendant des mois, dans des vases largement ouverts, des solutions de Bahia, sans que la teinte change beaucoup, elle se maintient jaune clair, tandis que le bois lui-même brunit assez rapidement. Cet effet peut tenir à l’influence de substances étrangères contenues dans ce dernier, et qui activent l’altération.

L’oxydation poussée jusqu’à une certaine limite est favorable au développement du pouvoir tinctorial, mais si elle est trop prolongée, surtout sous l’influence des rayons du soleil, elle devient nuisible et fait complètement disparaître la couleur.

La décoction des bois rouges est tout aussi sensible à l’action des agents réducteurs qu’à celle des oxydants. Ainsi l’hydrogène sulfuré la décolore. Bouillie avec f/1000 seulement de sulfite de soude, elle ne présente bientôt plus qu’une teinte rougeâtre due à l’influence du sel à réaction alcaline, qui disparaît si l'on neutralise par un acide. Un bain de teinture, monté avec un pareil liquide, est presque incolore, et semble ne plus devoir teindre du tout ; mais peu à peu, à mesure que la température s’élève, la couleur reparaît et la teinture se fait aussi bien qu'avec le liquide primitif, quoiqu’avec une perte sensible de matière colorante.

Les acides font passer au jaune, plus ou moins orangé, la nuance du jus de Brésil, suivant qu’il provient d’un bois plus ou moins oxydé; au bout d’un certain temps il se forme un dépôt cristallin jaune, si la décoction était bien désoxydée, rouge dans le cas contraire. Ce dépôt dérive d’un dédoublement partiel du glucoside, la matière colorante étant moins soluble que lui.

Un excès d’acide chlorhydrique concentré fait virer la nuance au rose vif. Cette teinte disparaît par addition d’eau.

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