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LAC-DYE

La belle matière tinctoriale rouge, connue dans le commerce sous le nom de cochenille, n’est autre chose que le corps desséché d’un petit insecte du genre hémiptère, de la famille desgallinsectes.

L’importance de lacochenille a beaucoup diminué depuis la découverte des couleurs artificielles, cependant elle sert encore, avec avantage, dans la préparation de certaines couleurs, telles que le ponceau et le rouge écarlate sur laine.

Les insectes à matière colorante rouge vivent sur diverses plantes. On les distingue en : 1° Cochenille proprement dite ou coccus cacti ; 2° coccus ilicis ou kermès ; 3° coccus lacca ou ficus; 4° coccus ceri ficus ; S° coccus polonicus radicens.

Les coccus, ou gallinsectes, se divisent en deux groupes suivant qu’ils contiennent ou non du pigment rouge. Cette distinction a peu d’importance au point de vue d’une classification naturelle ; elle en a au contraire beaucoup pour nous. Nous ne nous occuperons que des premiers, qui portent le nom générique de Cochenilles.

Ce sont généralement de petits insectes de la grosseur d’une lentille ou d’un pois, vivant sur les parties aérienne^, ou sur les racines de la plante.

Leur base, dans laquelle se confondent la tête, le cou et le

ventre, est ovale et présente la forme d’un bouclier ; ils sont munis d’antennes et de pieds articulés.

Ils restent généralement immobiles sur les parties vertes ou charnues de la plante et n’abandonnent que rarement la place où ils ont fixé leur suçoir. Les mâles seuls, qui n’apparaissent que plus tard, et qui n’ont pas de suçoir, se promènent ou volent. Les femelles restent sur les œufs, y meurent et se dessèchent, sous forme d’une coque vide qui sert de tégument aux œufs.

Leur immobilité et leur paresse est telle qu’on les prend facilement, vu la simplicité de leurs formes, pour des excroissances verruqueuses.

Ils vivent généralement sur les plantes qui passent l’hiver sans perdre leurs feuilles, et leur existence se prolonge pendant une année environ.

Lorsqu’ils sont arrivés au summum de leur croissance, ils ont la forme de petits hémisphères implantés à la surface végétale par leur base, ou de dessins ovoïdes. Leur couleur varie du brun, au rouge, au violet ou au noir.

Cochenille vraie ou coccus cacti.

L’insecte, dont le corps desséché constitue la cochenille du commerce, Ait sur une espèce de cactus ( cactus opuntia ou nopal , opuntia coccinilifera ), qui croît, à l’état sauvage, au Mexique, et que l'on cultive aussi d’une manière régulière. Les champs ainsi cultivés portent le nom de nopaleries.

Le nopal est une plante grasse, droite, composée d’articlesdressés verticalement, de forme ovoïde allongée, aplatis, avec peu de pointes réunies par places, sous forme de brosses. La hauteur est de 2 à 3 mètres, la longueur des articles de (P, 30, leur largeur de 0m,15 environ et leur épaisseur de 0ra,01 à 0m,02.

Les fleurs sont petites, jaunes ou rouges, peu ouvertes, avec de longues étamines ; les fruits ont la forme de figues

COCHENILLE

rougeâtres, munies de petites pointes ; leur saveur est douce. Lorsqu’on en mange, l’urine est teinte en rouge et l’on est sujet à des constipations.

On distingue deux espèces de cochenilles : la cochenille Mestèque, domestique, ou cochenille fine, préparée principalement à Mestèque, dans la province de Honduras ; et la cochenille sauvage ou silvestre, recueillie sur les nopals sauvages.

La première est beaucoup plus estimée que la seconde, à cause d’une plus grande richesse en matière colorante.

Les Indiens plantent le nopal autour de leurs habitations et sur les versants abrités de leurs collines, comme nous disposons la vigne ; ou bien encore dans des gorges éloignées de plusieurs milles des habitations. A cet effet, on coupe et on brûle les arbres sauvages et on nettoie le terrain deux fois l’an. La plantation se fait par boutures, qui, au bout de deux ans, sont aptes à la nourriture de la cochenille. Certaines plantations contiennentjusqu afiOOOO pieds de nopals alignés. On fait la récolte de l’insecte avant la saison des pluies, et pour la reproduction on coupe des tranches de nopal couvertes de jeunes individus et on les conserve à l’abri, jusqu’à la bonne saison. Durant ce temps ils se sont développés. On les porte aux champs dans de petits nids de mousse.

Cette opération se fait au mois d’août, en plaine, et au mois de novembre, sur les hauteurs.

Suivant la saison, on transporte souvent les femelles, enveloppées dans des feuilles de palmier, à d’assez grandes distances, de la plaine sur les hauteurs, ou réciproquement. Un climat tempéré convient le mieux pour la culture.

Après quelques jours, ils déposent leurs jeunes, par milliers, sous forme de petites têtes d’épingles. Ceux-ci ne tardent pas à se répandre sur la surface des nopals et à s’\ fixer. Au bout de trois à quatre mois, on fait une première récolte, au moment où les ftynclles vont effectuer leur ponte

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et lorsqu’on aperçoit sur les nopals quelques insectes nouveau-nés. La récolte se fait dans des paniers de paille, ou dans des bassins de fer-blanc munis d’une échancrure dans laquelle on engage la partie étroite des articles de nopals. Avec un pinceau on fait tomber les cochenilles mères dans le récipient.

Les mères, qu’on a laissées, produisent une nouvelle génération qui pourra être enlevée au bout de trois à quatre mois avant la saison des pluies.

Cette seconde opération se fait avec un couteau à tranchant émoussé qui, grattant toute la surface delà plante, enlève les jeunes individus, comme ceux cpii ont acquis tout leur développement. Ce produit est moins estimé et est connu sous le nom de granilla.

Les insectes sont tués par une immersion très-courte dans l’eau bouillante, puis desséchés au soleil ou dans des fours.

Le traitement à l’eau fait perdre à l’insecte son duvet blanc et lui donne une couleur rouge-brun. La cochenille ainsi préparée porte le nom de renegrida. Souvent aussi la cochenille est enfermée dans un nouet de linge et tuée au four; elle garde sa couleur grise naturelle et porte le nom d ejaspeada. On tue encore mieux par une exposition à la vapeur d’eau.

La dessiccation dans les fours se fait simplement, en étalant l’insecte sur les plaques où l'on a l'habitude de cuire les gâteaux de maïs ; elle communique à la cochenille une couleur noirâtre; on l’appelle alors negra.

Dans les grandes exploitations ces pratiques sont remplacées par des procédés réguliers qui conservent à la matière colorante son aspect le plus favorable.

Les femelles reproductrices, mortes dans les nids, perdent plus à la dessiccation que celles qui portent encore leurs jeunes.

Quatre kilogrammes des dernières et trois kilos des premières donnent un kilogramme de matière sèche.

COCHENILLE

Un hectaredenopalerieproduitenviron 300 kilosdeeochenille ; trois hommes suffisent pour le soigner. 140000 insectes donnent 1 kilogramme de cochenille sèche.

Les grains de cochenille sèche se présentent sous forme orbiculaire. Us sont anguleux, noirâtres, rougeâtres ou gris; de 2,05 à 3 millimètres de diamètre.

Macérés dans l’eau tiède, ils se gonflent et prennent la forme hémisphérique. On distingue alors très-bien les anneaux qui composent le corps de l’insecte, la place des trois paires de pieds, du suçoir et de la tête.

Si l’on comprime ces grains gonflés, ils éclatent et il en sort des milliers de petits grains rouge foncé, semblables à des œufs, mais que l’on reconnaît, au microscope, comme formés d’individus déjà développés. Les mâles sont ailés, beaucoup plus petits et beaucoup plus alertes.

La cochenille Mestèqueest blanche, couverte d’une poudre farineuse ; la cochenille silvestre est plus petite et enveloppée d’un duvet laineux, qui ne permet pas d’en apercevoir les articulations.

Les observations précédentes sont faciles à faire, malgré cela on prit pendant longtemps la cochenille pour une graine et un produit végétal.

Lopez de Gomara en 1525, et Plumier, en 1692, donnèrent les premiers la description de l'insecte et de la plante sur laquelle il vit, mais leur opinion ne fut point écoutée.

Hartsœker en 1694, de la Hire en 1704 et Geoffroy, en 1714, appelèrent de nouveau l’attention sur la véritable nature de la cochenille ; mais ce n’est qu’en 1729, que le débat fut clos, par les informations que fit prendre le Hollandais Ruuscher, auprès des éducateurs de cochenille de la vallée d’Oaxaca ( J ).

Le Mexique a conservé pendant longtemps le monopole de la cochenille. On la cultivait principalement dans les

(1) Histoire naturelle de la cochenille. Philos. Transactions , XXXVI , p. 265. Amsterdam, 1729, in-8°, p. 175.

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