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provinces deTlascala, d’Ûaxaca, de Guatimala, d'Honduras. Oaxaca livrait en Europe 400 surons de produit.
La flotte espagnole apportait par an, à chacun des grands négociants d’Amsterdam, 2 à 3000 surons de cochenille.
Le suron renfermait de 130 à 200 livres. Chaque vaisseau portait 1300 à 1400 surons. On a calculé que l’importation de la cochenille en Europe atteignait le nombre de 880 000 livres, en 183o, dont le tiers en cochenille sauvage. La valeur représentée par cette masse de produit est d’environ ISO 000 francs.
La culture de la cochenille au Mexique était pratiquée par les Indiens, bien avant la découverte de l’Amérique.
Elle s’est considérablement développée depuis. Vers le milieu du siècle passé, le gouvernement espagnol fit couper toutes les plantations de nopals dans la presqu’île du Yucatan, pour faire hausser le prix de la cochenille.
Ce n’est que vers 1830 que la culture de la cochenille fut importée en Espagne (Mulaga, Valence) et aux îles Canaries, en Algérie et à Java.
Ces différentes plantations ont bien réussi.
D’après l’autorité du médecin Ctésias(400 ans avant Jésus- Christ) et d’Élien (sous Alexandre Sévère), la cochenille était connue très-anciennement, en Perse et aux Indes.
Voici quelles sont, d’après M. Girardin, les diverses espèces commerciales et leurs caractères.
1° Cochenilles Honduras. Venant directement en Angleterre de cette province du Mexique. Très-estimées. Elles comprennent :
a. La cochenille noire ou zacatille, noirâtre ou d’un rouge brun, luisante, avec des traces d’un enduit blanchâtre; poudre d’un rouge cramoisi, devenant rouge brun très-foncé par l’eau. Valant 18 à 19 francs le kilogramme.
b. La cochenille grise, jaspée ou argentée. Enduit blanchâtre, nacré et pulvérulent, adhérent sur toute sa surface; il est dû à une substance volatile, offrant à la loupe une
COCHENILLE
forme cristalline très-marquée. Poudre d’une couleur moins foncée et prenant une teinte moins intense par l’eau. Valant 17 francs le kilogramme.
c. Cochenille rougeâtre. N’offre la poussière blanche que dans l’intérieur des rides. Moins estimée. Vaut 16 francs le kilogramme.
Elles tiennent en sacs recouverts d’un jonc ou d’un cuir (surons), et pesant de 76 à 80 kilos.
2° Cochenille Vera-Crnz. Arrivant par Bordeaux et le Havre, en surons de 80 à 100 kilogrammes.
La lrc qualité ou zacatille vaut 18f,50 à i9 fr. le kilogr.
La 2e — la grise, vaut 17 francs.
La 3e — la rougeâtre, vaut 16 francs.
L'insecte doit être creux, léger et frisé. La cochenille en gros grains, terne et chargée de menus et de grabeaux résineux, est moins estimée.
3° Cochenille des Canaries. Venant de Cadix par Marseille.
Il en arrive peu. Prix plus élevé que celui des cochenilles du Mexique.
L’argentée vaut 18f,o0 à 19 francs le kilogramme.
La noire vaut 1 7 f,*i0 à 18 francs.
Elles sont logées dans de petits sacs de 25 à 30 kilogrammes, dans de petites caisses ou en petits barils. Cette sorte est toujours très- bonne.
4° Cochenilles Java. Importées directement en Hollande, d'où elles viennent par voie d’Amsterdam ou de Rotterdam.
Elles sont logées dans de petites caisses en fer-blanc, renfermées dans des caisses en bois, pesant 40 à 60 kilogrammes.
Petite, rougeâtre, peu estimée. Valant de 3 à 4 francs de moins que celle du Mexique (1).
Kermès animal ou végétal , graine d'écarlate , cochenille du chêne (coccus ilicis).
Le chêne à kermès ou chêne vert, à feuilles piquantes ( quercus coccifera ), croît en abondance dans le midi de la France, en Espagne, dans l’Archipel grec, principalement à Candie. Cette variété ne dépasse jamais les proportions d’un arbuste de 1 mètre à lm,o0 de hauteur. Il n’exige aucune culture ni aucun soin, et se trouve généralement dans les parties pierreuses et arides.
Le kermès récolté par les paysans, sur les feuilles de cet arbrisseau, a longtemps été considéré, à tort, comme une excroissance végétale. Cestoni démontra le premier, dans l’ouvrage de Ballisnieris (1714), la véritable nature de ce produit, et le rattacha à la famille des gallinsectes ; tandis que Marsilli (1711), prétendait que c’était une espèce de galle. Cette dernière opinion était surtout fondée sur la propriété du kermès de donner de l’encre noire avec les sels de fer. Il paraît, d’après cela, que le tannin du suc végétal ne se modifie pas beaucoup, en passant dans le corps de 1 insecte.
Les kermès sont fixés, sous forme de baies bleuâtres, recouvertes d’une poussière blanche, aux tiges de l'arbrisseau, tantôt isolés, tantôt réunis en groupes.
La couleur rouge brun pâle, qu’ils offrent dans le commerce, est due au vinaigre avec lequel on les asperge.
Au mois de mars la graine d’écarlate offre la grosseur d’un grain de millet, d’une belle couleur rouge ; elle est
(1) Girardin, Traité de chimie appliquée, t. II, p. 553. — Persoz, Impression des tissus , t. I, p. 509. — Tliiéry de Alenonville, Traité de la culture du nopal et de l’éducation de la cochenille , 2 vol. in-8°. Paris, 1 7S7 . — Réatimnr, IV, t. VII, p. 87, fig. 11 à 19. — Ruuscher, Amsterdam, in-S°. p. 175.
COCHENILLE
couverte d’un duvet cotonneux ; sa forme est celle d’un pruneau coupé en deux ; on aperçoit au microscope, sous le ventre, beaucoup de points brillants comme de l’encre. Au mois d’avril leur volume a acquis celui d’un pois, et leur forme s’est arrondie; l’enveloppe cotonneuse a disparu, et a été remplacée par une poussière blanche superficielle.
En mai, on trouve, au-dessous d’eux, un dépôt considérable de petits œufs de couleur rouge clair.
Les jeunes, éclos des œufs, sont rouges, ovales, avec des points dorés sur leur dos convexe, striés en travers. Ils ont six pieds et deux antennes, d’une longueur égale à celle du corps, et deux appendices filiformes à la partie postérieure ; ils ont deux yeux noirs. Ils peuvent sauter comme des puces. Les mâles ont des ailes blanches.
L’abondance de la récolte dépend de la douceur de l’hiver, et notamment des conditions atmosphériques du printemps. Les gelées blanches et les brouillards lui sont défavorables. Les arbustes âgés en portent plus que les jeunes. Le kermès du bord de la mer est plus gros et plus brillant. Il est récolté par des femmes, le matin, avant que le soleil ait chassé la rosée; les feuilles sont alors moins piquantes. Elles détachent l’insecte au moyen des ongles. Avec un peu d’habitude on peut en recueillir 1 kilogramme par jour.
Dans fîle de Candie, où on lui donne le nom de coccus baphica , ce sont les pâtres et les jeunes enfants qui le récoltent.
A cet effet, ils repoussent les feuilles au moyen d’une fourchette qu'ils tiennent de la main gauche et coupent avec une faucille les jeunes pousses sur lesquelles le kermès est fixé.
Les négociants humectent le kermès avec du vinaigre et l’exposent au soleil pour tuer les jeunes ; le produit prend alors une couleur rougeâtre.
On fait souvent une seconde récolte. Les grains, dans ce cas, sont fivés aux feuilles, leur grosseur est moindre et la
3 4î TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
couleur est moins belle ; ce sont, en effet, les insectes qui auraient passé l’hiver et servià la récolte de l’année suivante, si l’automne n’avait pas été exceptionnellement favorable. Les ramiers aiment beaucoup le kermès, et lui fontla guerre.
Le kermès vient en caisses et en barils de tous poids.
On en distingue surtout deux variétés :
1° Celui de Provence, qui donne à l’écrasement une poussière rouge.
Il fait pâte dans le mortier et ne peut facilement être tamisé.
2° Le kermès d’Espagne, en grains secs et plats, ne donne que peu de poussière et se tamise aisément.
Le kermès de Provence est plus riche en couleur et d’un prix plus élevé ; on le mélange souvent avec la seconde espèce.
En 1856, la France a importé 22130 kilogrammes de kermès qui, à raison de 7 francs le kilogramme, représentent une valeur de 134 910 francs. L’Espagne seule en a fourni 20235 kilogrammes; l’Algérie 733 kilogrammes.
Suivant M. Girardin (1), le kermès était déjà connu dans le Levant du temps de Moïse, qui l’appelait joie ; on s’en servait pour donner le premier bain aux draps destinés à être teints en pourpre. Dans l'Inde, on l’employait pour teindre la soie. Pline en parle sous le nom de coccigranum, et dit qu’on teignait en pourpre avec cette matière, que les Espagnols apportaient pour payer la moitié de leur tribut au peuple romain.
Lorsque l’art de teindre avec la pourpre des Tyriens fut perdu, on fit usage du kermès pour obtenir la même couleur, aussi devint-il pour plusieurs pays méridionaux un objet important d’exportation. On le désignait alors sous le nom de vermiculus (petit ver); le mot kermès qui est arabe, et celui de vermillon, qui est français, ne sont que la traduc-
(1) T. Il, 4e édit., p. 562.
COCHENILLE
tion du premier. Ces noms semblent indiquer que l’on connaissait mieux chez les anciens, qu’au dix-septième siècle, la vraie nature du kermès. Au moyen âge c’était la seule substance employée pour la teinture d’un rouge vif. En Allemagne, les paysans serfs devaient livrer aux couvents et aux chefs, une certaine quantité de kermès. On le recueillait à la Saint-Jean, entre 11 heures et midi, avec des cérémonies religieuses, et on le désignait pour cela sous le nom de sang de Saint-Jean.
A Venise on en consommait beaucoup pour la fabrication de l’écarlate de Venise sur laine, qui ne doit pas être confondu avec l’écarlate à la cochenille ou écarlate des Gobelins ou de Hollande ; ce dernier n’a été préparé que beaucoup plus tard.
Le kermès est la seule récolte abondante qui se fasse régulièrement au Maroc. Il constitue la vraie richesse des populations montagnardes.
Les Arabes des provinces d’Alger et d’Oran en récoltent annuellement 2000 kilogrammes. Le chêne coccifère est fort répandu dans ces provinces.
Gomme laque ou résine laque.
Ce produit nous vient des Indes orientales, et se trouve dans le Pégu, les royaumes de Siam, d’Assam, le Bengale, dans les forêts de Sylet et de Burdwan ; il est fourni par un gallinsecte, le coccus lacca ou ficus, qui vit sur les jeunes rameaux de différents arbres, notamment de certains grands figuiers ( ficus reliqiosa et indien), du rhammts jujuba (jujubier), du buteae t de certaines mimosées (mimosa cinerea et corindu ), du croton lacciferum). Elle se présente sous forme de croûtes adhérentes et représente les produits de la digestion des gall in sectes.
L’animal est petit, de la grosseur d’une tête d’épingle, ovale, un peu aplati, formé de douze anneaux, rouge ; son
abdomen est plat. Les antennes ont la demi-longueur du corps ; elles sont munies de deux à trois appendices filiformes. Le ventre porte, à la partie postérieure, deux soies divergentes. C’est sous cette forme qu’ils apparaissent, en novembre ou décembre, sous le squelette de la mère. Ils se promènent quelque temps sur les tiges, et se fixent au mois de janvier, aux extrémités charnues et gorgées de liquides des jeunes pousses, sans avoir éprouvé de modifications. Peu à peu le pourtour de leur ventre s’entoure d'un liquide visqueux et transparent qui les colle à la plante. C’est ce liquide qui, continuant à être sécrété, finit par former une cellule close autour de l’animal, et constitue la gomme laque. Au mois de mars, la cellule est achevée, et l’insecte présente l’apparence d’un sac rouge, ovale et poli, sans vie apparente, tout gorgé d’un beau liquide rouge ; sa grosseur est à peu près celle du cochenillier. Aux mois d’octobre et de novembre, on trouve de vingt à trente jeunes dans ce liquide. La mère meurt, les jeunes l’abandonnent, en perçant l’enveloppe près du dos. Celle-ci n’offre alors plus que l’apparence d’une coque Aide et incolore, dont on trouve les traces dans les cellules vides de la gomme laque.
Les insectes sont si rapprochés et si pressés que, sur six, un seul trouve la place nécessaire à la construction de sa cellule ; les autres périssent et sont mangés par les oiseaux ou d’autres insectes.
Les jeunes pousses des figuiers, couvertes de ces pucerons, semblent saupoudrées d’une poudre rouge. Elles sont si épuisées, qu’elles s’étiolent, ne portent pas de fruits et que leurs feuilles se fanent.
Ce sont les oiseaux qui transportent les gallinsectes d’un arbre à l’autre, au moyen de leurs pieds.
Lorsqu’on pratique une entaille sur un des figuiers l gomme laque sus mentionnés, il en sort un suc laiteux qu se coagule instantanément, en donnant unesubstancegluant qui, en se desséchant, ressemble à la gomme laque.
COCHENILLE
La gomme laque se trouve principalement sur les hauteurs, le long des deux rives du Gange et en quantité assez considérable pour alimenter tous les marchés.
La meilleure laque est celle qui offre encore une couleur rouge foncé. Si elle est pâle et perforée, elle ne peut plus servir que pour la préparation des vernis, car les insectes l’ont alors abandonnée.
La croûte qui enveloppe les tiges a quelques millimètres d'épaisseur.
Les cellules sont disposées en lignes longitudinales, chacune a 0m,00o de diamètre et renferme le cadavre d’un insecte. La résine qu’on en sépare est jaune comme de l’ambre.
On ne sait pas encore exactement si la laque est sécrétée par l’animal, après avoir été élaborée dans son organisme, aux dépens de principes spéciaux de la plante sur laquelle il vit, ou si elle est directement fournie par le parenchyme végétal, à la suite de la piqûre de l’insecte.
Les indigènes font un grand usage de la laque pour fabriquer des objets d’ornement (bracelets, perles, colliers), de la cire à cacheter ; pour vernir ; comme poudre à polir et pour teindre.
En Europe, on s’en sert pour teindre et pour la préparation des vernis (1).
Aux Indes et en Chine, il existe un arbre, le celastrus ceriferus , qui fournit une cire blanche servantà la confection de bougies ou cierges, à la suite de la piqûre d’une variété de gallinsecte, le coccus ceriferus , qui est rouge foncé.
Les Chinois élèvent un gallinsecte qui fournit la cire Pe-la ; c’est probablement le môme (2).
(1) Kerr, Phil. Transactions, LXXI, 1781, p. 374, fig. 1-G. — Kci-r, Rqxbuvgh Transactions, LXXXI, p. 238. — Asiatic Ilesearches , II, 17!)9, p. 361. — Virey , Journal complcm. du Dict. des sc. méd., X, 1821, 1 93, fig. 1-7.
(2) Anderson, Monograptna cocci ceriferi, 1791. — Pearson, in Phi/. Transact., 1 794, p. 383.
On en distingue quatre espèces :
1° La laque en bâtons, récoltée en mars et octobre. Les cellules adhérent encore à- la tige sur laquelle elles se sont formées.
Résine dure, rouge sombre, transparente, à cassure luisante ; elle colore la salive en violet, saveur astringente et amère.
Insoluble dans l'eau à laquelle elle cède, cependant, sa matière colorante en la colorant en rouge, soluble partiellement en rouge, dans l’alcool ; insoluble dans les huiles grasses et les huiles essentielles. Elle renferme, d’après Hatchett :
Résine fi8
Matière colorante 10
Cire G
Gluten 5,5
Corps étrangers 10,5
Les acides sulfurique et chlorhydrique étendus dissolvent mieux la matière colorante que l’eau pure, et servent quelquefois pour monter des bains de teinture.
La meilleure vient de Siam, la moins estimée du Bengale.
2° La laque en grains formée des cellules détachées du ligneux ; elle est en fragments brisés.
Elle est souvent privée, par un traitement à l’eau, d’une partie de son pigment. Elle renferme :
Résine 8^,5
Matière colorante 2,5
Cire 4.5
Gluten 2,0
Corps étrangers et perte 2,5
3° La laque en tablettes, gâteaux ou pains. Les grains sont fondus et coulés dans des formes.
COCHENILLE
4° La laque en écailles : pour la préparer, on enlève les croûtes de la tige; elles sont brisées en petits fragments, macérées pendant un jour dans l’eau, lavées et séchées. On les introduit ensuite dans un sac en calicot, que l’on ferme, et que l'on tourne au-dessus d’un feu de charbon. Lorsque la résine est fondue, on exprime, et on étend le produit, ainsi filtré, en couches minces, sur une planche polie de bois de figuier du paradis. En quelques minutes elle se solidifie et de\ient dure et cassante, elle ne renferme que 0,5 de matière colorante et 91 pour 100 de résine.
On donne le nom de lack-lake et de laque-dye à des préparations obtenues dans les Indes avec la laque, comme produits secondaires de la fabrication de la laque en écailles.
A cet effet, la laque en bâtons, réduite en poudre grossière, est épuisée par une macération dans l’eau chaude ou l’eau alcaline.
Le liquide est évaporé à feu nu, dans des chaudières, ou, au soleil, dans des vases plats. Le résidu se présente sous forme de tablettes plates et carrées de 67 millimètres de côté, sur 13 d’épaisseur. La laque-dye contient :
Résine 25
Matières colorantes 50
Matières terreuses 22
Elle est importée de Calcutta à Londres et à Hambourg. C’est Stephens qui la prépara en premier, aux Indes, où elle se fabrique depuis longtemps, et sert à la teinture du coton et de la soie. Elle n’a fixé l’attention, en Europe, que vers la fin du dix-huitième siècle.
La matière colorante de la laque-dye offre beaucoup d analogies avec cel e de la cochenille ; cependant on n’est pas encore en droit de conclure à l’identité.
On évalue la richesse de ces produits par des essais de teintures, semblables à ceux usités pour la cochenille.
La lack-lake s’obtient en précipitant par l’alun la décoc-
tion préparée en épuisant la laque en bâtons par une solution de soude caustique faible. Le précipité est exprimé, moulé en pains et séché, il renferme :
Matières colorantes oO
Résine 40
Alumine 9
Matières étrangères 1
Pour en faire usage, il convient de décomposer la laque alumineuse par l’acide chlorhydrique , ou l’acide sulfurique.
On trouve dansle commerce un grand nombre de marques de lacque-dye et de lack-lake, les marques inférieures ne sont pas toujours les moins riches.
Ces préparations servent surtout pour le rouge-écarlate sur laines ; 2 à 3 kilogrammes produisent le même effet qu’un kilogramme de cochenille. Il convient d’employer plus de dissolution d’étain pour neutraliser l’effet de l’alumine , contenue dans le bain acide, et qui tend à faire virer la nuance au cramoisi.
La valeur de la laque en écailles dépend de sa transparence.
Cochenille (le racine.
Autrefois on recueillait de la graine d’écarlate dans les pays du Nord, en Pologne et en Allemagne. Ainsi, les paysans étaient tenus de livrer annuellement, à leurs seigneurs, une certaine quantité de petits vers [vermiculi, d’où vermeil) qui adhèrent aux racines souterraines de certaines plantes, et notamment du scléranthe.
On donne à ce produit le nom de Kermès de Pologne ( coccus po Ioniens).
Le scléranthe croît en abondance dans les champs sablonneux.
COCHENILLE
Le même ver à kermès se trouve aussi sur les racines du par ie t aria ^ du herniaria , du hieraciurn pilosella , etc.
On les recueille en juin. Ils sont alors mûrs, d’un rouge pourpre violacé et de la grosseur d’un grain de poivre. Ils sont fixés immédiatement sous la tige, au nombre de deux, trois, jusqu’à six.
Les jeunes éclosent vers le mois de juillet, se promènent, sans prendre de nourriture, pendant une quinzaine, puis se fixent : leur corps se recouvre d’un duvet blanc. Au bout de cinq à six jours ils pondent et meurent. Vers la fin d’août, les petits éclosent, et ressemblent alors à des points rouges. Les mâles sont très-petits avec des ailes blanches à bords rouges (I).
On ne tire plus aucun parti de la cochenille ou du kermès de Pologne, cette exploitation ne pouvant lutter avec celle de la cochenille vraie.
Citons encore : 1° le coccus fragariœ, vivant sur les racines du fraisier de Sibérie;
2° Le coccus uvæ ursi , recueilli en Russie sur Yarctostaphylos uva ursi. Sa grosseur est double de celle du kermès de Pologne.
3° Le coccus fa.hæ , découvert par M. Guérin Menneville en 1851, dans le sud de la France, sur les fèves ( vicia faba ), et plus tard sur diverses espèces de chardons et plusieurs plantes sauvages et cultivées; on a fait en 1856 des essais de culture sur des esparcettes, essais couronnés de succès; les œufs, pondus en automne, éclosent en hiver. Les jeunes restent sansnourriture, jusqu’au moment où ils peuvent se répandre sur les jeunes plantes.
D’après les essais de M. Chevreul, le pouvoir tinctorial de cette nouvelle cochenille est moindre que celui du coccus ordinaire ; elle donne de plus un rouge orangé (brun-capucine)
(I) Breynius, Historia naturalis cocci radicum. Dantzig, 1733.'— Wolfe, Philos. Transac., LIV, p. 91. — Friscli, Entomologie, V, 1730, p. 0, pi. 2.
dans les conditions où la cochenille ordinaire fournit du rouge-écarlate. Scion M. A. Vée, on trouve au Canada, sur un sapin (abies niyra ), un insecte dont les ailes contiennent une forte proportion de matière colorante rouge écarlate, analogue à celle de la cochenille.
Dans la langue slave le mot cpii répond à notre couleur rouge, dérive de celui qui veut dire ver ; d’où l’on peut conclure que le kermès de Pologne était employé de temps immémorial à la teinture en rouge.
D’après des renseignements imprimés, on en faisait autrefois une consommation considérable.
Matière colorante des g ail insectes .
On n’a guère étudié que les matières colorantes de la cochenille vraie, du kermès et de la laque, et d’après cette étude elles semblent avoir les mêmes caractères.
La cochenille doit ses propriétés tinctoriales à un acide rouge, soluble dans l’eau.
La matière colorante n’est pas dissoute dans le corps de l'animal suivant Clark, elle s’y trouve en petits grains groupés autour d’un noyau incolore plus grand, et en suspension au sein d’un liquide incolore. C’est surtout avant la ponte que 1 insecte en renferme le plus.
Ce corps a été isolé pour la première fois, mais à l’état impur, par Pelletier et Gaventou, qui le désignèrent sous le nom de carminé. Ces chimistes considéraient la carminé comme un principe azoté et lui assignaient la formule
C8Itl3AzOs.
MM. Arppe et Waren de la Rue démontrèrent sa nature acide, et, par une purification plus complète, éliminèrent toute trace des -substances azotées incolores qui l'accompagnent d’une manière persistante. D’après ces expérimentateurs,
COCHENILLE
eide carminique, obtenu sous forme d’une masse amorphe, a une composition qui répond à la formule
CuH1408.
J’ai préparé, démon côté, l’acide carminique à l’état de cristaux. Mes analyses conduisent à la formule
C9H8Os.
Enfin, M. Schaller qui a étudié l’acide carminique cristallisé, préparé par mon procédé, arrive à l’expression
J'ai, du reste, fait observer que la matière colorante de la cochenille y existe à deux degrés d’oxydation ; que l’un d’eux répond à la formule C9H805, et l’autre, à C9H807. L’expression de M. Schaller est intermédiaire.
Cette question mérite d’être reprise pour fixer définitivement la composition de l’acide carminique. Ce corps est assez facile à obtenir à l’état de pureté et en cristaux, en suivant le procédé de MM. Arppe et Waren de la Rue, légèrement modifié, procédé qui m’a permis de préparer, pour la première fois, l’acide carminique cristallisé.
La cochenille en grains est épuisée par l’éther qui enlève une matière grasse, puis, plusieurs fois, par l’eau bouillante. Le liquide rouge est précipité par de l’acétate neutre de plomb rendu un peu acide, par addition d’acide acétique. Le précipité bleu-violet, qui se forme, entraîne toute la matière co’orante, car le liquide filtré esta peu près incolore, tout au plus jaunâtre. Après un lavage prolongé à l’eau chaude, il se compose principalement decarminate de plomb, de phosphate de plomb avec un peu de matière azotée dont la majeure partie reste dans le liquide. En effet, celui-ci, après concentration, donne un sirop qui dépose des aiguilles
de tyrosine, et retient les principes ordinairement contenus dans les extraits d’organes animaux.
Le précipité plombique est traité, en présence de l’eau, par une quantité insuffisante d’acide sulfurique. On filtre à chaud. L’acide carminique mis en liberté se dissout, tandis que l’acide pliosphorique reste avec le résidu. Le liquide est évaporé à sec, au bain-marie, à 50°, et le résidu est repris par l’alcool absolu.
Par l’évaporation et le refroidissement de la solution alcoolique on obtient l’acide carminique cristallisé, sous forme d’une végétation mamelonnée rouge, offrant l’aspect d’une peau rugueuse.
Ces cristaux sont souvent mélangés de cristaux jaunes ayant la forme de tables hexagonales, que l’on peut séparer en utilisant leur insolubilité dans l’eau froide. La solution aqueuse, séparée parle filtre de la substance jaune (ou incolore), est évaporée, et le résidu est repris par l’alcool absolu.
On peut aussi faire cristalliser l’acide carminique dans l’éther. Bien qu’il y soit très-peu soluble, on obtient, par la concentration, des concrétions mamelonnées.
MM. Pelletier et Caventou préparaient leur carminé en traitant la cochenille, dégraissée à l’éther , par de l’alcool bouillant. En concentrant, il se forme un dépôt semi-cristallin, qu’on redissout dans l’alcool ; le liquide rouge additionné de son volume d’éther sulfurique précipite de la carmine.
Ce produit représente, très-probablement, une combinaison d’acide carminique et de substance azotée (tyrosine?).
Dans le cours de mes recherches, j’ai souvent observé, dans les solutions alcooliques, la formation de grumeaux caséeux, rouges, contenantde l’azote et qui se rapprochaient, par conséquent, de la carminé de Pelletier.
Propriétés de l'acide carminique. — Solide, rouge pourpré, donnant une belle' poudre rouge clair, friable à l’état sec, susceptible de cristalliser en concrétions mamelonnées,
COCHENILLE
par le refroidissement de ses solutions concentrées, alcooliques ou étliérées. Saveur acidulé prononcée. Très-soluble dans l’eau et l’alcool, presque insoluble dans l’éther. Il supporte une température de 136°, au-dessus il se décompose. Soluble sans décomposition dans l’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique concentrés. Le chlore, le brome, l’iode, l’attaquent rapidement. L’acide azotique, de densité — 1,4, le transforme, avec dégagement de vapeurs rutilantes, en un mélange d’acides oxalique et nitrococcussique. Ce dernier représente un composé nitré, cristallisable en beaux feuillets jaunes, répondant à la formule
CsH5(Az02);,03 -f H20.
La solution aqueuse d’acide carminique pur ne s’altère pas au contact de l'air. Les alcalis caustiques la colorent en bleu pourpré. Les solutions de chaux et de baryte y déterminent des précipités bleus pourprés. Les acétates de plomb, de zinc, de cuivre et d’argent, donnent des précipités pourpres. Le précipité argentique se réduit très-rapidement, et de l'argent devient libre. L’alun ne donne de précipité qu’après l’addition de quelques gouttes d’ammoniaque ; la laque est cramoisie.
L’hydrate d’alumine enlève immédiatement l’acide carminique à ses solutions; la laque est rouge tant qu’on ne chauffe pas, et devient cramoisie, puis violette, par une élévation de température ; le même effet se produit par l’intervention de peu d’acide ou d’un sel aluminique, tandis que les alcalis donnent de la stabilité à la couleur rouge que forme l'acide carminique avec l’alumine.
Les sels alcalins neutres font virer au violet la couleur de* l’acide carminique, les sels alcalins acides lui communiquent, une teinte orange (bitartrate de potasse). Les sels neutres de chaux, baryte et strontiane, colorent en violet ; cependant le sulfate de chaux donne un précipité.
L’histoire chimique des carminates est encore à faire. Les carminates alcalins sont solubles, les autres se présentent sous forme de masses pulvérulentes amorphes. J’ai obtenu un carminate de soude cristallisé, en feuillets pourprés, en ajoutant avec précaution de l'alcool à une solution aqueuse de ce sel. A mesure que les deux liquides se mélangent, le composé se dépose en cristaux. D’après M. Schaller, le carminate de soude peut aussi cristalliser dans l’eau seule;
il aurait pour formule " O2
1 Na-
L’hydrogène naissant réduit les solutions d’acide carminique; la coloration rouge reparaît au contact de l’air.
Les décoctions de cochenille se comportent, en certains points et sous l’influence des réactifs, autrement que les solutions d’acide carminique. Ces différences tiennent à la présence des substances azotées et des sels minéraux (phosphates).
Voici, d’après M. Girardin, l'ensemble des caractères chimiques qu’offre la décoction :
Acides, font virer la couleur au rouge jaunâtre et y déterminent un léger précipité.
Alcalis, font virer au violet.
Eau de chaux, précipité violet.
Alun, vire au rouge, puis précipite.
Chlorure d’aluminium, précipité violet rougeâtre ; le liquide surnageant est amarante.
Chlorure d’étain acide, vire au jaune et forme un précipité cerise.
Chlorure ordinaire, précipité violet.
Bichlorure d’étain, vire au rouge-écarlate.
Sulfate de fer, vire au gris violeté et précipite.
Acétate de fer, précipité brun devenant vert-olive.
Sulfate de cuivre et sels de plomb, précipités violets.
Azotate mercureux, précipité lie de vin.
— mercurique — brun rougeâtre.
Sulfate de zinc — violet foncé.
COCHENILLE
Crème de tartre.
Sel d’oseille
Alun
Précipités rouges constituant le carmin du commerce.
Cochenille ammoniacale. — Une solution ammoniacale d’acide carminique, étant abandonnée quelque temps à ellemême, se modifie, par suite de la combinaison intime de l’acide avec les éléments de l’ammoniaque et de la formation d’une amide, ou d’un acide amidé. Ce fait est connu depuis longtemps et a été utilisé à la préparation d’une nouvelle matière colorante, dite cochenille ammoniacale.
La carminamide ne donne, en effet, plus des couleurs ponceau et écarlate, mais des violets, des amarantes et des mauves.
La nuance ne vire plus au rouge jaunâtre sous l'influence des acides. Le bichlorure d’étain la précipite en violet et non en ponceau, comme l’acide carminique.
On trouve dans le commerce deux espèces de cochenilles ammoniacales: celle en tablettes et celle en pâte.
La première se prépare par la macération, dans un vase fermé, pendant un mois, de trois parties d’ammoniaque et d’une partie de cochenille moulue. On tire à clair, on incorpore 0,4 d’alumine en gelée, et on évapore dans une bassine en cuivre, jusqu’à disparition de toute odeur ammoniacale; la masse, suffisamment épaisse, est découpée en tablettes que Ton sèche. Dans la préparation de la pâte, on ne laisse marcher l’opération que durant huit jours et on évapore aux deux tiers, sans ajouter d’alumine ; elle est d’un tiers moins riche que la cochenille en tablettes (1).
J’ai démontré directement que la matière colorante de la cochenille ammoniacale du commerce, ou celle que l’on obtient par l’action de l’ammoniaque sur l’acide carminique renferme de l’azote sous une autre forme que celle d'un sel
(I) Pcrsoz, Impression des tissus, t. 1, p. 511.
ammoniacal; et j’ai représenté sa composition par la formule probable
C9H9AzO\
Carmin. — On donne le nom de carmin à une couleur d’un rouge clair très-vif et très-beau, fabriquée au moyen de la cochenille.
Le carmin du commerce se présente sous forme d’une poudre impalpable, carmin broijé, ou bien en pains enveloppés dans du papier fin ou enfermés dans des boîtes, des bocaux. On le vend aussi délayé dans du blanc d’œuf ou dans une solution de colle de poisson (carmin à l’œuf, carmin à la gélatine).
La valeur de ce produit varie dans des limites très-étendues, suivant sa finesse, sa pureté et la beauté de sa nuance (de 6 francs à 20 et plus).
Le carmin pur est entièrement soluble dans l’ammoniaque; c’est même sur cette propriété que repose son emploi dans la coloration des tissus.
On n’est pas fixé sur la nature vraie de la combinaison d’acide carminique qui constitue ce produit.
Sa formation exige l’intervention des matières azotées existant naturellement dans la cochenille, ou de celles que l’on peut ajouter à un bain d’acide carminique.
La préparation du carmin est elle-même peu connue dans ses détails. Chaque fabricant garde, en effet, comme secret, les coups de main que la pratique lui enseigne, pour l’obtention d’un beau produit.
D’après M. Girardin, c’est à Pise que cette fabrication a pris naissance. Un moine franciscain préparant un extrait de cochenille avec du sel de tartre Ait se produire un beau précipité rouge, par l’addition d’un acide. En 1656, Homberg publia un procédé de fabrication du carmin.
Généralement on épuise par l’eau bouillante, pure ou chargée d’un sel alcalin, de la cochenille broyée, et l’on dé-
COCHENILLE
termine la séparation du carmin par l’addition d’un acide faible ou d’un sel acide. Certains fabricants favorisent la précipitation en ajoutant de l’albumine ou de la gélatine et font intervenir l’alun.
Voici, du reste, quelques recettes de préparation :
a. 1 livre de cochenille en poudre. Faire cuire quinze minutes avec 1 0 litres d’eau, ajouter 30 grammes d’alun, maintenir l’ébullition trois minutes, laisser clarifier. Le liquide clair, soutiré, déposera, au bout de quelques jours, 40 à 30 grammes de carmin. Si l’on attend plus longtemps, il se produit un nouveau dépôt de couleur moins vive.
b. 1 livre de cochenille pulvérisée, 30 livres d’eau ; bouillir un quart d’heure, ajouter 30 grammes de crème de tartre, bouillir encore dix minutes, ajouter 13 grammes d’alun, bouillir deux minutes. Le liquide clarifié est abandonné à lui-même dans des vases plats en verre. Le carmin, déposé et lavé, doit être séché à l’ombre.
c. Recette de M"’e Cenette.
2 livres de cochenille pulvérisée, 150 livres d’eau ; faire bouillir deux heures, ajouter 90 grammes de salpêtre pur, faire bouillir trois minutes ; ajouter 120 grammes de sel d’oseille, laisser encore bouillir dix minutes. Le liquide, éclairci par un repos d’un quart d’heure, est abandonné pendant trois semaines dans des vases en verre plats. Il ne reste alors plus qu’à séparer le carmin déposé, du liquide surnageant, couvert de moisissures. On sèche à l’ombre.
Le carmin commercial est souvent falsifié. On y mélange de l’amidon, du kaolin, du vermillon; quelquefois il renferme encore des parcelles de cochenille.
La solubilité complète du carmin pur, dans l’ammoniaque, permet de reconnaître aisément de semblables sophistications.
Ce produit sert dans la peinture, le dessin, la coloration des bonbons, des fleurs, dans l’impression des tissus. 11 se fabrique principalement en Allemagne. En J85(>, on a im-
porté 384 kilogrammes de carmin fin et 3125 kilogrammes de carmin commun.
Laque carminée. — Sous ce nom, on désigne le précipité d’un beau rouge, formé par l’addition d’alun à une décoction alcalinisée de cochenille.
Elle se fabriquait primitivement à Florence, avec le kermès 3 de là le nom de laque de Florence qu’on lui donnait autrefois.
La cochenille se rencontre aussi dans le commerce, agglomérée en tourteaux. Ainsi, en 1855, on en a importé de Cordova (Amérique du Sud), sous la forme de disques solides, luisants et d’un rouge foncé. Ils renfermaient environ les 5 /6 de la matière colorante de la cochenille ordinaire, et laissaient, après traitement à l’eau, un résidu composé des débris d’animaux, àdifférents degrés de leur développement, avec des fragments d’épines de cactus.
Falsifications. — Sans être mélangée à des substances étrangères, la cochenille de diverses origines peut être plus ou moins riche en matière colorante.
Quelquefois elle est livrée au consommateur après avoir subi un épuisement partiel à l’eau chaude.
Dans ce cas, elle perd la couche de duvet blanc qui la recouvre naturellement, et, pour masquer l'opération illicite qu’on lui a fait subir et lui restituer l’aspect normal, on fait tourner les grains, avant leur complète siccité, dans des tonneaux contenant une poudre blanche, telle que blanc de plomb, blanc fixe, talc, etc.
Il suffit de délayer la cochenille suspecte dans l’eau ; la poudre blanche, artificiellement ajoutée, se sépare et peut, être recueillie par dépôt et décantation, en quantité suffisante pour une analyse.
La cochenille déjà épuisée par l’eau est plus ridée, elle ne s’hydrate pas également. Un certain nombre de grains surnagent pendant que les autres tombent au fond.
COCHENILLE
On a proposé divers moyens pour évaluer la richesse colorante d’une cochenille.
Robiquet détermine, comparativement à un type, le volume d’une solution d’hypochlorite de chaux nécessaire pour décolorer la décoction d’un poids connu de cochenille (1 partie cochenille, 10 parties chaux; répéter cinq lois l’épuisement et mélanger les liqueurs). Le chlore portant son action oxydante sur d’autres matières organiques que l’acide carminique, on voit facilement que ce procédé n’offre aucune garantie.
Anthon évalue la richesse comparative, en recherchant les volumes d’une solution d’alun nécessaires pour précipiter complètement les décoctions delà cochenille essayée et du type,
La méthode de Penny, plus avantageuse, est fondée sur l’oxydabilité facile de l’acide carminique par le cyanure rouge, en présence d’un alcali.
On dissout 1 gramme de cochenille pulvérisée dans 3G gr. d’une solution faible de potasse ; on ajoute encore 2i gr. d’eau, puis on y verse, goutte à goutte, une liqueur normale de cyanure rouge, préparée avec 5 grammes de sel dissous dans 1 litre d’eau, jusqu’à ce que la nuance rouge pourpré ait été remplacée par une couleur jaune brunâtre.
M. Bloch a aussi proposé l’emploi d’une solution normale d’acétate neutre de plomb, qui précipite l’acide carminique avec une grande facilité ; malheureusement ce réactif agit encore sur beaucoup d’autres matières organiques.
Jusqu’à présent les fabricants se bornent à l’évaluation par des essais directs de teinture.
Soit en teignant un échantillon mordancé comme pour les essais de garance, dans un bain monté avec un gramme de cochenille ; soit en imprimant sur laine une couleur préparée avec un poids connu de cochenille broyée. On teint ou on imprime, en même temps, avec une cochenille type, et l’on obtient les éléments suffisants de comparaison.
TRAITÉ IiES MATIÈRES COLORAMES.
Cette méthode si pratique et si commode ne donnerait cependant pas des résultats exacts, si la cochenille était mélangée à la matière co'.orante du bois de Brésil. Mais rien n’est plus facile, d’après les indications de M. Persoz, que de reconnaître cette dernière.
En versant de l’eau de chaux dans une décoction étendue de cochenille, le liquide se décolore entièrement s’il est pur, il garde, au contraire, une teinte violette assez intense dans le cas delà présence de brésiline. Un tissu de calicot, imprégné de cette décoction, puis passé en bichromate tiède, prendra également une couleur assez intense s’il y a de la brésiline.
La cochenille est souvent mélangée à une pâte coloriée, moulée de manière à imiter la forme et les couleurs de l’insecte.
Un simple trempage dans l’eau ou dans un dissolvant convenable, qui désagrégé les grains artificiels, suffit pour déceler cette fraude grossière.
Dans l’impression et la teinture, on fait usage :
i° De cochenille ordinaire ;
2° De cochenille broyée ;
3° De diverses décoctions, faites, soit avec de l’eau pure, ou avec de l’eau acidulée, ou encore avec une eau alcaline.
Applications de la cochenille . — L’acide carrninique, soluble par lui-même, ne se fixe sans mordant ni sur fibres végétales ni sur fibres animales.
11 communique au coton mordancé, en alumine seule, une teinte rouge-amarante ou rouge-rose violacé. L’intervention simultanée de l’oxyde d’étain fait virer la nuance au rouge-ponceau.
Les mordants de fer prennent, suivant leur force, dans un bain de cochenille ordinaire, des teintes grises, Aiolacé gris, ou noir grisâtre.
Avec la laine et les préparations stanniques, on obtient
COCHENILLE
une belle couleur écarlate, qu’il est difficile de réaliser avec une autre matière colorante, ou sur une autre fibre.
L’amarante, le rouge et le rose violacé, le ponceau et l’écarlate sont les nuances simples que le fabricant prépare avec la cochenille ordinaire.
La cochenille ammoniacale lui donne des mauves, des amarantes; elle entre de plus dans la composition d’un certain nombre de couleurs composées.
La teinture du calicot mordancé se fait à peu près dans les mêmes conditions que le garançage. La préparation, l’impression et la fixation des mordants sont les mêmes.
L’acide carminique, acide relativement assez énergique, peut dissoudre, momentanément, du mordant d’alumine, s’ii se trouve en proportions trop fortes, en présence du tissu. La couleur se trouverait, par là, affaiblie et, de plus, cette laque dissoute pourrait se porter ultérieurement sur les parties blanches.
C’est pour obvier à cet inconvénient que l’on prescrit de ne pas ajouter, en une fois, au bain de teinture, toute la cochenille nécessaire, ou de teindre en deux fois; la première à 40° seulement, la seconde en portant au bouillon. L’addition d’une certaine proportion de noix de galle, au bain, doit aussi avoir pour but de donner plus de fixité au mordant et d’empêcher sa corrosion par l’acide carminique.
Il est probable qu’un excès d’acide carminique forme un carminate acide soluble. Celui-ci sera ultérieurement, par les progrès de la teinture, ramené à l’état de carminate neutre, insoluble, qui se porterait sur les parties blanches.
Au sortir du bain, les pièces sont assez pures ; il suffit de les rincer et de leur donner un passage en son, pour blanchir les fonds.
Les teintes ainsi obtenues sont peu solides et ne supportent pas l’influence des alcalis ou des acides.
La teinture du calicot mordancé, avec la cochenille, ne se pratique plus souvent depuis la découverte des couleurs aniliques. C’est plutôt dans les couleurs vapeur sur coton, dans la teinture et l’impression de la laine et de la soie que nous trouverons des applications importantes.
Rose vapeur foncé à la cochenille.
1 litre cochenille (décoction à 4° avec 250 grammes par litre).
2 litres eau.
0ut,50 mordant rouge à 10°.
40 grammes acide oxalique.
ikil,750 gomme.
Rose d’application.
2 litres décoction de cochenille à 375 grammes par litre. 23 grammes de gomme adragante.
185 grammes de sel d'étain ammoniacal préparé avec 1 litre nitromuriate d’étain ; mélanger à une dissolution chaude et saturée de 500 grammes de sel ammoniac.