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CHAPITRE II

COULEURS DERIVEES DE l' ANILINE ET DE SES ANALOGUES.

Avant d'aborder ce chapitre, un des plus importants que nous ayons à traiter, nous devons dire que notre tâche a été facilitée par les nombreuses publications de M. E. Kopp. Ce chimiste a en effet suivi pas à pas et retracé, dans de remarquables articles insérés dans le Moniteur scientifique du D' Quesneville et dans le Répertoire de chimie appliquée^ la marche des découvertes importantes qui se sont succédé depuis 18S6.

Nous ne pouvons donc éviter de lui faire de fréquents emprunts, tout en coordonnant dans un ordre logique les faits qu'il a dû présenter au fur et à mesure de leur apparition.

L'aniline, découverte par Unverdorben, en 1826 (1), parmi les produits de distillation sèche de l'indigo; extraite par Runge du goudron de houille et nommée par lui kyanol (2), était restée jusqu'en 1886 un produit delabo-

(I) Unverdorben, Annales de Poggendorff, t. VIII, p. 39T. \2] Runge, Idem, t. XXXI, p. 06 et 513, t, XXXII, p. 331.

ratoire et n'avait nullement, avant cette époque, fixé l'attention du public industriel.

Cependant, Runge avait fait connaître dans ses mémoires la remarquable propriété de ce corps d'engendrer des couleurs. Il avait annoncé que le chlorure de chaux donne avec le kyanol un violet bleuté magnifique, qiu passe au rouge sous l'influence des acides.

Appréciant môme, jusqu'à un certain point, l'importance pratique que pouvait avoir sa découverte, il proposa à la Chambre de commerce maritime de Prusse de traiter industriellement le goudron de houille en vue d'obtenir en grand les matières qu'il spécifiait(l).

D'après»Fritzsche, une solution aqueuse acide chromique produi3ait avec l'aniline un précipité bleu noirâtre.

En 1853, M. Beissenhirtz (2) décrivit la couleur bleue résultant du mélange de l'aniline avec du bichromate de potasse additionné d'acide sulfurique.

On savait, grâce aux recherches de Stenhouse sur le furfurol, que l'aniline ou l'acétate d'aniline donne immédiatement avec ce corps une magnifique couleur rouge-cramoisi.

Différents observateurs avaient également signalé des réactions colorées; ainsi :

En 1856, M. Natanson annonçait qu'en chauffant à 200*", dans des tubes fermés, l'aniline et le chlorure d'éthylène (liqueur des Hollandais), le mélange d'abord incolore prend une riche couleur rouge de sang.

M. A, W. Hofmann obtenait de son côté, alor-s que l'industrie possédait déjà le violet d'aniline, un produit soluble dans l'alcool en cramoisi magnifique, par l'action du tétracyorure de carbone sur l'aniline.

Sans rien ôter au mérite des remarquables découvertes de Perkin, de Verguin et de leurs continuateurs, on peut dire

(ij Moniteur scientifique, 15 juillet 1863 et 15 janvier 1865. (2) Annalm der Chemieund PAtirnUy LXXXVII, p. 3T6.

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que le terrain était préparé pour les résultats à venir ; d'autant plus qu'en faisant connaître des procédés pour obtenir la benzine et la nîtrobenzine, pour transformer la nitrobenzine en aniline, MM. Mansfield, Collas, Zinin et Béchamp avaient doté là pratique d'une source d'aniline bien plus riche que celles dont on disposait avant eux.

Les couleurs d'aniline ont suivi ainsi la marche ordinaire des grands progrès de l'humanité. Une invention réellement utile ne se fait jamais en une fois, elle veut être élaborée et mûrie longtemps d'avance.

Lorsque Perkin montra son violet préparé sur une grande échelle (1857), le succès fut immense et dès son apparition ce produit fut adopté pour la coloration des fibres. Ce fut comme le signal de toute une série de découvertes brillantes qui dotèrent l'industrie d'une riche palette de matières colorantes nouvelles.

Par leur richesse et leur beauté, elles laissaient bien loin derrière elles tout ce qu'on avait vu jusqu'alors.

En septembre 18o8 M. Hofmann préludait à la découverte du rouge ; bientôt après, Verguin l'obtenait par un procédé industriel presque immédiatement modifié et perfectionné entre les mains de MM. Gerber Keller, Hillmann, Medlock, Nicholson, Girard et de Laire, etc.

Le rouge ne tarda pas à se transformer en violet, en bleu, en vert, en jaune, par une série de réactions très-nettes dont M. Hofmann expliqua les rouages ; enfin le noir d'aniline^ dont la découverte est due à Lighfoot, vint compléter cette liste remarquable de substances applicables à l'industrie.

Après ce rapide aperçu historique, nous allons étudier successivement et avec détails :

1° La matière première, l'aniline et les corps qui la fournissent ;

2* Les dérivés colorés qu'elle est susceptible de donner.

Aniline onkYonol (Runge), cristalline (Unverdorben) azoture de phényle et d'hydrogène, phénylamine, benzidam.

„, > AzC*H' = 1 atome de phényle.

Az 14 15,05

Liquide incolore, réfringent; densité = 1,028; odeur spéciale, aromatique et forte; saveur acre et brûlante; ne se solidifie pas à — 20"; bout à 182" ; peu soluble dans l'eau, soluble dans Talcool et Téther en toutes proportions.

Propriétés chimiques. — La constitution chimique de Taniline la range à côté de Tammoniaque, dont elle dérive par la substitution d'un atome de phényle à un atome d'hydrogène ; il n'est donc pas étonnant de lui retrouver les caractères généraux les plus marqués de cet alcali. Ainsi l'aniline se combine, directement et à froid, avec les hydracides et les oxacides hydratés, sans élimination d'aucun produit, pour former des sels comparables aux sels ammoniacaux. Ils sont presque tous solubles et cristallisables dans l'eau et l'alcool. Les alcalis caustiques et les terres alcalines déplacent l'aniline de ses sels. Par contre, l'aniline décompose les sels de fer, de zinc, d'aluminium et en précipite les oxydes hydratés. Elle précipite les solutions de chlorures de mercure, d'or ou de platine.

On a réalisé avec l'aniline un grand nombre de substitutions diverses en remplaçant l'hydrogène disponible du type ammoniaque par des radicaux d'alcools ou d'acides. Dans ces phénomènes la molécule d'aniline reste tantôt simple, tantôt deux, trois ou plus de molécules se condensent pour n'en former qu'une seule.

L'aniline s'altère rapidement au contact de l'air en prenant une coloration jaune qui passe bientôt au brun et elle finit par se résinifier.

Ses sels, d'abord incolores, prennent au contact de l'oxy-

gène uae teinte rouge et colorent en jaune foncé le bois de pin et la moelle de sureau.

Un ' mélange de chlorate de potasse et d'acide chlorhydrique, transforme finalement Taniline en chloranile (C* CH 0*), mais il se produit des corps intermédiaires colorés.

Les circonstances dans lesquelles Taniline pure ou impure du commerce (mélange d'aniline et de toluidine), se change en matière colorante, et qui constituent une des parties les plus intéressantes de son histoire, seront étudiées en détail dans les paragraphes suivants. Nous indiquerons seulement en passant quelques réactions utilisées par les chimistes pour reconnaître l'aniline et ses sels.

!• Lorsqu'on mélange une petite quantité d'un sel d'aniline sur de la porcelaine avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, puis avec une goutte d'une solution de chromate de potasse, on voit se former, au bout de quelques minutes, une belle couleur bleue qui disparaît bientôt après.

2* Une solution d'hypochlorite alcalin colore l'aniline et ses sels en bleu violacé ; cette couleur est fugace.

3° Une seule goutte de solution de l partie d'aniline dans i ,000 parties d'acide sulfurique étendu (l partie acide sulfu*rique, 7 parties eau) placée sur une lame de platine mise en contact avec le pôle positif d'un seul élément de Bunsen, acquiert immédiatement une coloration bleue intense qui passe successivement au violet, puis au rose, lorsqu'on touche la goutte avec l'extrémité de l'électrode positive (1),

CIRCONSTANCES DE PRODUCTION DE l' ANILINE ET PRÉPARATION

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