‹ Traité des matières colorantesChapitre 12 sur 124 · LONGUE OR8 NOMBRES · texte numérisé non relu

LONGUE OR8 NOMBRES

COULEURS lï'ondes daus l'air des vibrations en 1"

eo Diillimèlr. éval. en billions.

Violet 0*«'",00042a 735

Indigo 0"'",000449 691

Bleu 0'°",000475 653

Vert 0'«"' ,000511 607

Jaune C^^jCOOoSl 563

Orangé 0"''",000583 532

Rouge 0*«'" ,000645 500

Le spectre solaire obtenu par le procédé précédent se compose de sept parties très-distinctes et que Tœil sépare aisément, mais la partie de la bande qui offre l'apparence du violet et dont la largeur varie avec Téloignement de Técran se compose en réalité de différentes espèces de violet, douées de réfrangibilités plus ou moins grandes et dont les nuances ne peuvent être confondues.

Il en est de même pour les autres bandes. Cependant notre œil n'est pas un instrument parfait, et de même que l'oreille est impuissante à séparer deux sons dont le rapport de vibrations occasionnelles est plus près de l'unité que

jj (coma), de* même la rétine ne peut distinguer deux lumières dont les réfrangibilités ou les durées de vibrations sont trop rapprochées.

La partie violette du spectre nous apparaît donc comme une bande continue avec des dégradations de teintes insensibles, et elle passe au bleu sans transition brusque. Les divisions que nous pouvons établir dans le spectre sont donc arbitraires, et le nombre dépend de la sensibilité de nos organes.

Il existe cependant, pour fixer dans le spectre solaire autant de points de repère qu'on peut en désirer, une méthode d'une précision mathématique, indépendante de notre plus ou moins grande aptitude à distinguer deux nuances voisines. Cette méthode est fondée sur l'observation des raies obscures de Frauenhoffer.

Lorsqu'on étudie le spectre d'une fente linéaire éck par le soleil, avec une bonne lunette, on aperçoit un gj nombre de raies (Frauenhoffer en a compté 600) verti( obscures, disséminées dans toutes les couleurs, ne présen aucune loi dans leur répartition et leur largeur. Les i sont fort déliées, les autres sont plus larges et plus somh et souvent la juxtaposition de plusieurs d'entre elles a titue des groupes plus apparents que les autres. Leurs p tions dans le spectre sont constantes. Frauenhoffer a de une des lettres de l'alphabet, depuis A jusqu'à G, aux i et groupes de raies qui se distinguent le mieux et peuvei plus facilement être retrouvées.

Cette discontinuité du spectre solaire prouve que certa couleurs manquent dans les rayons envoyés par le solei en est de même pour les étoiles fixes. Le spectre de 1 voltaïque formé entre deux cônes de charbon, celui d lumière de Drummond, et en général des corps solides liquides incandescents, contiennent toutes les lumières g pies possibles, depuis le rouge jusqu'au violet, et n'off] aucune apparence de discontinuité.

La multiplicité' et l'irrégularité dé position des raies ( cures a rendu très-difficile la découverte de leur cause ; a pendant longtemps s'est-on contenté de les décrire et mesurer leur situation.

MM. Kirchhoffet Bunsen ont résolu récemment le ] blême en établissant nettement une relation eoftre la sil tion des raies et la nature des corps qui produisem lumière.

Soit une fente verticale pratiquée à l'une des extrém d'un tube creux horizontal ; plaçons à l'autre bout un pris vertical convenablement orienté ; éclairons la fente pai flamme pâle d'un bec de Bunsen (gaz de l'éclairage mêla à une proportion convenable d'air), et recevons le spe< dans une lunette placée du' côté opposé du prisme; ei appliquons l'œil contre l'oculaire de la lunette ; nous verr

un spectre étalé sous forme de bande large horizontale, de hauteur égale à celle de la fente, mais il sera très-sombre et peu accusé, en raison de la faible intensité de la lumière.

Introduisons dans cette flamme pâte, mais très-chaude, un fil. mince de platine saupoudré de sel marin (chlorure de sodium), ou de tout autre sel de sodium ; immédiatement jaillit une raie jaune verticale très-brillante, qui persiste tant qu'il reste des vapeurs sodiques dans la flamme. Elle a une position invariable et correspond exactement à l'une des raies obscures les plus visibles du spectre solaire, celle que Frauenhoffer désigne par la lettre D. Elle est formée de deux traits brillants, séparés par un intervalle obscur, comme la la raie D est composée de deux lignes sombres isolées par un trait brillant.

Le potassium et ses composés déterminent la production de deux bandes brillantes caractéristiques, l'une située dans le rouge .coïncide avec la raie obscure A du spectre solaire, l'autre est dans le violet.

Avec le lithium nous avons une raie rouge distincte de celle du potassium et une raie jaune difiFérente de celle du sodium.

Au strontium correspondent quatre raies rouges, une jaune et une bleue.

Le baryum et le calcium donnent des spectres plus complexes, mais tout aussi constants.

Ces phénomènes sont d'une sensibilité extrême ; nonseulement ils ont conduit à une méthode d'analyse qualitative très-remarquable qui ne laisse rien à désirer sous ce rapport, maisJls ont amené MM. Bunsen et Kirchhoff à la découverte de deux nouveaux métaux. alcalins, le rubidium et le césium ; le premier est caractérisé par deux bandes rouges brillantes et deux bandes violettes moins prononcées, l'autre par deux raies bleues très-éclatantes et très-fines.

Enfin plus récemment M. Crookes observa dans le spectre formé par la flamme de Bunsen additionnée des boues des

chambres de plomb alimentées par certaines pyrites, raie verte remarquable qui lui fit admettre l'existence d nouveau corps simple; il l'appela Thallium. M. Lamy j vint plus tard à isoler ce corps et lui reconnut les propri» d'un métal.

La lampe Bunsen suffit pour les métaux dont les compc sont sensiblement volatils, pour les autres elle ne donne • des résultats négatifs ; il n'en est plus de même lorsqu'on éclater l'arc voltaïque entre divers métaux ; chacun en i ticulier donne des raies brillantes spéciales qui prouven généralité du phénomène ; mais elles sont en trop gn nombre (le fer en produit soixante et les autres métaux usi n'en donnent pas beaucoup moins) pour servir utilemer l'analyse.

Ceci posé passons à une autre expérience qui va m donner la clef de la production des raies obscures du spec solaire et en même temps une idée de la constitution de astre.

Soit encore notre flamme pâle avec le sodium, mais i çons derrière elle une boule métallique incandescente i seule donnerait un spectre très-brillant et continu ; nous i serverons ce spectre; seulement au lieu d'être contini offrira une raie obscure exactement correspondante à la r jaune du sodium ou à la raie D du spectre solaire. Il rési de là que la flamme qui donne un spectre sillonné de ban» brillantes, caractéristiques des métaux volatilisés qu'elle n ferme, produit un second spectre avec des bandes obscu correspondantes ou un spectre interverti lorsqu'elle est t versée par une lumière venant d'une source plus intense.

Or le spectre de la lumière solaire nous montre préci ment des raies obscures au lieu de bandes brillantes mél liques, d'où M. KirchhofT conclut que ce spectre est terverti, quïl est formé de lumière venue d'un noi incandescent et transmise par l'atmosphère du soleil qu absorbé les lumières qu'elle émettrait par elle-même, gr.

aux métaux qu'elle contient, si elle nous éclairait seule.

L'examen des raies de Frauenhoffer et de leur correspondance avec celle des métaux conduit donc à une analyse chimique de l'atmosphère du soleit, tout aussi certaine que celles que nous pouvons faire dans nos verres à pied, des substances terrestres.

Maintenant qu'il est bien établi par l'examen approfondi de la réfraction prismatique, que la lumière blanche se compose d'une foule de lumières distinctes pour l'impression visueUe, qu'on peut la décomposer et la recomposer à volonté, les phénomènes de coloration offerts par les corps nous apparaissent clairement comme le résultat d'une décomposition de la lumière blanche qui est privée d'une manière ou d'une autre d'une partie de ses éléments constitutifs.

Ce qui manque à une couleur pour qu'elle produise l'impression du blanc considéré comme lumière parfaite est appelé complément.

Deux couleurs sont dites complémentaires lorsque par leur superposition elles donnent du blanc. L'absence de lumière constitue le noir.

On comprend qu'en mélangeant les diverses nuances du spectre solaire en proportions qualitatives et quantitatives variables, en incorporant de plus dans les résultats de ces combinaisons des proportions croissantes de lumière blanche ou de noir, on arrive à produire des effets nombreux qui embrasseront tous les cas de nuances que l'œil est susceptible de saisir.

Mais de semblables considérations ne peuvent conduire à des résultats pratiques et à des règles de classement des couleurs variées offertes par les corps de la nature, qu'autant que l'on procède d'une manière rigoureuse et d'après des principes simples et bien arrêtés.

On doit à M. Chevreul pour la définition et la dénomination des couleurs, des recherches remarquables et une méthode d'une utilité incontestable pour l'art, l'industrie et

l'art industriel. L'exposé des travaux de Téminent direct< des Gobelins trouve naturellement sa place ici.

« Tous les arts, dit-il, qui parlent aux yeux par des a leurs ne peuvent atteindre parfaitement leur but qu'à condition de décrire avec netteté les couleurs qu'ils e ploient, en rapportant chacune d'elles à des types fixes s ceptibles d'être reproduits partout, soit qu'il s'agisse prescrire les règles propres à obtenir des effets exactemi définis, soit qu'il faille apprécier d'une manière précise effets des produits que ces arts ont élaborés respectiveme Or je crois pouvoir affirmer qu'il est possible d'assujettir couleurs à une nomenclature raisonnée, en les rapportan des types classés d'après une méthode simple, accessibL l'intelligence de tous ceux qui s'occupent des couleurs, s à un point de vue purement scientifique, soit à un point vue d'application. »

M. Chevreul part des principes suivants ;

Une matière colorée en rouge, en orangé, en jaune, vert, en bleu, en violet ne peut être modifiée que de qua manières dans l'emploi qu'on en fait en peinture et en te ture :

1° Par du blanc qui en l'éclaircissant en affaiblit V tensité ;

2° Par du noir qui en l'assombrissant en diminue l'intc site spécifique ;

3° Par une certaine couleur qui en change la proprii spécifique sans la ternir ;

4° Par une certaine couleur qui en change la propri< spécifique en la ternissant, de sorte que si l'effet est ma mum, il en résulte du noir ou du gris normal représenté j du noir mêlé de blanc.

M. Chevreul appelle : 1"* tons d'une couleur, les différei degrés d'intensité dont cette couleur est susceptible, suive que la matière qui la présente est pure ou simplement n langée de blanc ou de noir ;

2^ Gamme, l'ensemble de.s tons d'une même couleur 5

S"" Gamme rabattue^ lai gàmme^dont led tons'dairs eômme les tons foncés sont ternis paj?îdu noir;, / ;. •

4"* Nuance d*un€ couleur, les modifications que cette couleur éprousTe de l'addition d'une autre, couleur qui la change sans la ternir. j . «

Pour établir une classification rationnelle dèis couleurs, il commence par former soixante et douze types ou couleurs franches, qu'il dispose comme segments d'un cercle chromatique.

Il compose ces soixante-douze types en partant des trois couleurs que les artistes appellent simples, le rouge, le jaune et le bleu, et en les combina^t ensuite deux à deux dans des proportions déterminées, il produit, y compris les trois premiers, les soixante-douze couleurs binaires dont, fen allant du rouge au jaune, douze sont appelées rouge, rouge orange, orangé, orangé jaune, jaune, jaune vert, vert, vert bleu, bleu, bleu^violet, violet et violet rouge.. Lfes soixaHte autres forment des groupes de cinq intercalés entre les précédentes et que l'on, désigne par le nom de l'une des douze premières avec un numéro d'ordre. Ainsi on a le rouge, le rouge 1 , le rouge 2, le rouge 3, le roug^-4, le rouge 6^ enfin> le rouge orangé, et, ainsi de suite.

La disposition des soixante-douze couleurs est telle qu'elles^ sont à égales distances l'une de l'autre, de sorte qu'en en prenant trois de suite, celle du milieu fournit ce qu'on ap-. peUe l'entre des deux extrêmes.

Avec chacun de ces soixante-douze types, M. Ghevreul forme des gammes de vingt tons en mélangeant avec ^/^^^ * / 10 ^ / 10 d^ blanc et de noir.

Ces gammes peuvent se disposer en bandes d'une même couleur, ou bien on forme avec les vingt tons de chaque couleur vingt cercles chromatiques comprenant chacun les soixante-douze tons correspondants des couleurs types.

En mélangeant chaque gamme avec */i05 */io ^

de noir on obtient les gammes rabattues.

Une couleur sera maintenant nettement définie, 1* l'indication du nom de la gamme à laqueUe elle appartie 2" par le numéro de son ton, 3"* s'il y a lieu, par la fract de noir qui la rabat.

Ainsi le vert d'herbe se définit :

'"' Jaune vert 1 10"« ton ^ de rabattement.

Parce que parmi les nuances formées plus haut c'est a le jaune vert type rabattu de ^ de noir qu'il coïncide. L'aigue-marine est :

Vert bleu 5 du 3'"« au T""» ton.

Le bleu moyen de cuve (sur laine) est :

Bleu 3 14"'« ton.

Il est évident qu'entre les 14 400 tons et tons rabati engendrés par la méthode de M. Chevreul, il y a des int( valles sensibles entre lesquels une couleur donnée peut vei se placer ; on évalue alors en fractions la différence de cel ci avec les deux tons les plus voisins.

Le mélange des trois couleurs simples, rouge, jaune bleu, donne un des tons de la gamme du gris (blanc rabal de noir), il doit en être de même en réunissant dans è proportions convenables une des couleurs simples avec u couleur binaire qui résulte du mélange des deux autre

Ainsi : *

Le rouge et le vert (jaune + bleu).

Le jaune et le violet (rouge -|- bleu). Le bleu et l'orange (rouge -\- jaune).

sont complémentaires. On peut donc rabattre certaines co leurs en y introduisant non du noir, mais leurs eomplémei taires.

Nous avons vu comment les cercles chromatiques servent à définir les couleurs. Pour plus de détails à ce sujet nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage même de réminent chimiste. {Des couleurs et de leurs applications aux arts industriels à l'aide des cercles chromatiques , par E. Chevreul, 1864.) On y trouvera les noms usuels des principales teintes exprimées en nombres fixes et certains.

Toutes les fois que l'on mélange des couleurs matérielles qui n'ont pas d'action chimique mutuelle, il se produit des effets qui rentrent dans les deux principes suivants.

Premier principe. — Si les matières colorées sont le rouge et le jaune ou appartiennent à deux couleurs intermédiaires, on aura une couleur franche qui sera l'orangé ou une couleur allant de l'orangé au rouge ou de l'orangé au jaune.

Si les matières colorées sont le jaune et le bleu, ou appartiennent à deux couleurs intermédiaires, on aura' une couleur franche qui sera le vert, ou une couleur allant du vert au jaune, ou du vert au bleu.

Si les matières colorées sont le bleu et le rouge, ou appartiennent à deux couleurs intermédiaires, on aura une couleur franche qui sera le violet, ou une couleur allant du violet au bleu ou du violet au rouge.

Deuxième principe. — Si les matières colorées mélangées sont le rouge, le jaune et le bleu, il se produit du noir ou du gris.

a. Si la proportion des trois matières colorées est convenable, les couleurs sont neutralisées, le résultat est du noir ou du gris normal, c'est-à-dire du gris sans couleur sensible.

b. Dans le cas contraire, le résultat est du gris coloré par la couleur ou les deux couleurs dominantes.

. Une fois que la place, dans le cercle, des matières colorées que l'on voudra mélanger sera connue, il sera aisé de savoir ce qu'elles donneront par leur mélange mutuel. V Le rouge et le jaune matériels mélangés ne donneront

48 TRAITÉ DES MATIÈRES COtORANTES.

une couleur plus ou moins orangée pure qu'autant qu'ils sortiront pas des limites du rougQ et du jaune, types du p mier cercle.

2"* Dans le cas contraire, la couleur sera d'autant p rabattue qu'il y aura plus de bleu dans le mélange.

3"* Même résultat pour le jaune et le bleu. Si les matîè colorées ne sont pas en dehors de ce§ couleurs inijlusiveme on aura une couleur plus ou moins verte pure.

it" Dans le cas contraire, la couleur sera d'autant plus : battue qu'il y aura plus de rouge.

5"* Môme résultat encore pour le bleu et le rouge. Si matières qui les représentent sont comprises dans les limi du bleu et du rouge inclusivement, la couleur sera pure, peu violetée, le violet ou le violet rouge.

6° Dans le cas contraire, la couleur sera d'autant plus battue qu'il y aura plus de jaune,

7° Les matières colorées sont complémentaires ; c'est dire, si elles se trouvent diamétralement opposées dans cercle, elles se neutralisent mutuellement, et si les coulei en sont suffisamment intenses, le mélange donnera du noî si elles sont peu intenses, le mélange sera un gris ne mal.

La conséquence est en teinture, en peinture, etc., on ft du noir ou du gris normal en ajoutant, à une couleur qu conque, la complémentaire qui est donnée par le cercle.

8° Même résultat lorsqu'un corps blanc, n'ayant qu'u légère teinte déterminée, on peut la neutraliser comme on fait dans l'azurage sur papier, sur linge ; en ce cas on ajoi encore la complémentaire.

M. Chevreul appelle contraste simultané et contraste su cessif des couleurs, deux effets dont il a étudié les lois, et q résultent de l'impression simultanée de deux couleurs juxt posées ou successives au même endroit de la rétine. Il résur ainsi lui-même, dans l'ouvrage déjà cité, les phénomèn décrits en détail dans la loi du contraste simultané des coi

leurs (1 toL în-8^ avec atlas, Paris, 1839) : « En un mot, tous les phénomènes du contraste simultané des couleurs consistent en ce que la couleur complémentaire de chaque couleur juxtaposée s'ajoute à l'autre couleur. Ainsi la complémentaire du bleu étant l'orangé, celui-ci s'ajoute aii jaune, et la complémentaire du jaune étant le violet, celui-ci s'çgoute au bleu, . conformément à l'expérience. Ainsi, deux couleurs juxtaposées paraissent le plus différentes possibles quand elles sont complémentaires, puisque l'une rehausse. l'autre par l'addition de sa complémentaire. »

Toutes les modifications de couleur produites par le contraste simultané sont indiquées par le cercle, puisque les deux couleurs juxtaposées, étant une fois rapportées à deux des couleurs normales du cercle, la complémentaire de chacune des couleurs est celle qui est diamétralement opposée dans le cercle. Il sufQt donc de savoir, conformément au principe du mélange, ce que chacune des couleurs juxtaposées deviendra par le mélange de la complémentaire de la couleur qui est juxtaposée, pour se rendre compte des effets de contraste.

Le contraste simultané de ton se produit lorsque deux couleurs qui ne diffèrent que par le ton sont placées l'une à côté de l'autre. La couleur la plus claire est affaiblie aux points de contact, et cet affaiblissement va en diminuant jusqu'à une certaine distance où il est nul, tandis que la couleur foncée paraît plus foncée aux points de contact et jusqu'à une certaine limite au delà.

Le contraste successif consiste en ce qu'une couleur qu'on a regardée plusieurs secondes, dispose l'œil à voir dans le temps suivant sa complémentaire ; par exemple, après avoir regardé du vert pendant quelque temps, on a tendance à voir roses les objets qu'on regarde dans le temps suivant. Dès lors, une couleur étant donnée, en cherchant sa complémentaire dans le cercle, on saura la prédisposition de l'œil à voir les objets de cette couleur, après qu'il aura été fixé un certain temps sur la couleur donnée-

Panni les corps qui nous apparaissent colorés, les i produisent cette impression, en vertu d'une propriété inl rente à leur nature chimique et indépendante de la forme leur surface ; d'autres, au contraire, ne décomposent la mière que dans certaines conditions d'épaisseur ou de si face.

Le cuivre a une teinte rouge, qu'il soit en poudre ou plaque polie; il en est de même du cinabre ou vermillon, ( laques de garance, de cochenille; tandis que l'essence térébenthine, incolore par elle-même, s'irise des plus vi^ nuances lorsqu'elle est étalée en couches minces à la surfe de l'eau.

Parmi les corps de la première catégorie, les uns se opaques et ne sont susceptibles d'agir sur la lumière que f réflexion, les autres sont transparents et la dédoublent pe dant son passage à travers leur substance.

En traversant un milieu transparent, la lumière blanc subit toujours une perte en quantité qui croît avec l'épa seur du milieu. Elle devient donc moins intense, mais grandeur de la perte ou l'absorption varie d'une couleui l'autre, de sorte qu'à l'émergence certaines couleurs préd minent, d'autres disparaissent; de là, la coloration des dive milieux, par transmission.

En réalité, il n'y a aucun corps absolument transparent incolore. Les substances les plus diaphanes, comme l'eau l'air, sont colorées sous ui^e épaisseur convenable et deviei draient opaques sous une épaisseur plus grande ; mais il e des milieux qui agissent d'une manière particulièremei énergique pour absorber telle couleur ou tel groupe de coi leurs élémentaires de la lumière blanche. Ainsi se compo tent les verres contenant certains oxydes métalliques. I verre à l'oxyde de cobalt laisse passer relativement beaucou moins d'orangé, de jaune et de vert que de rouge, de ble et de violet.

Un corps, quel qu'il soit, n'est pas non plus absolumer

opaque. Sous une faible épaisseur, il se laissera toujours traverser par une partie de la lumière incidente ; Tor en feuilles minces est transparent, la lumière transmise est yerdâtre.

En partant de ce fait, on est conduit au principe suivant, qui explique tous les phénomènes de coloration produits par les corps, non-seulement par transmission, mais encore par réflexion ; toute particule pondérable a la faculté d'absorber ou d'éteindre une fraction déterminée des rayons lumineux qui atteignent son système ou qui passe dansi son voisinage, le reste est réfléchi ou transmis. Cette fraction varie avec l'espèce des rayons affluents et avec la nature de la particule.

La lumière blanche qui tombe à la surface d'un corps opaque n'est pas totalement réfléchie à cette surface même, puisqu'il n'y a aucune substance totalement opaque sur une très-petite épaisseur ; une portion de la lumière incidente pénètre dans la couche superficielle, où elle subit des réflexions qui la ramènent de nouveau hors du milieu ; mais elle éprouve dans ce double trajet des pertes inégales pour les différentes couleurs, et c'est de l'ensemble de ces pertes que résulte la couleur composée des faisceaux réfléchis ou la couleur propre du corps.

On devrait croire d'après cela que la teinte d'un corps diaphane, VU' par réflexion ou par transmission, doit être la même ; c'est le cas le plus général, mais il y a des exceptions auxquelles on donne le nom de dichroïsme. En voici un exemple :

Si on remplit un vase conique évasé, un verre à pied par exemple, d'une solution de chlorure de chrome, ce liquide vu par réfraction paraît vert près du sommet, et d'un beau rouge beaucoup plus haut.

Cette anomalie peut s'expliquer de la manière suivante :

Si nous représentons par r, o, y, t?., ô/, 4? t;, les nombres de rayons de diverses couleurs contenus dans la lumière blanche, par a, ô, c, d, e, /", y, la fraction des rayons de ces

couleurs que possède un faisceau qui a trayersé une épaiss égale à Tunité, pour une épaisseur e la lumière transmise composée de :

Dans le cas du sel de chrome, les termes r . a" et Ve dominent de beaucoup les autres, d'où il résulte que danî lumière composée, ces deux couleurs remporteront et i tirera sur le rouge si c'est le premier terme qui prime, su vert si c'est le second.

Or , r < t?e et A > rf, donc v^ . (t sera plus grand c r . a* pour de petites valeurs de e ; tandis qu'au delà d'u certaine limite d'épaisseur, on aura toujours v^.d^ <r .

Quand il s'agit de lumière réfléchie, e est toujours tr petit comparé à l'épaisseur parcourue par la lumière trai mise, et il peut y avoir dichroïsme par des raisons sei blables.

Certaines substances colorées offrent deux teintes, suive qu'on les observe en poudre ou étalées en surface pol Ainsi la carthamine et la fuchsine sont roses ou rouges poudre et vertes par réflexion sur les faces des cristaux, ou s une surface unie obtenue par dessiccation. La dernière co leur est généralement complémentaire de celle de la poud ou de la dissolution.

Pour expliquer ce phénomène, on doit admettre que c corps sont opaques pour les rayons réfléchis sur la surfa brillante et transparents pour les autres.

Les effets de coloration provoqués par l'état de la surfac ou l'épaisseur des corps que traverse la lumière, dérive également d'une décomposition de la lumière blanche, ma pour l'explication de laquelle nous devons invoquer d'autr principes.

Lorsque deux rayons homogènes et de même espèce i rencontrent sous une très-faible inclinaison, il résulte fo cément de la théorie des ondulations développée plus hai

que si ces rayons sont en retard d'un nombre pair de demilongueurs d'ondes, ils ajoutent leur éclat en totalité ; s'ils sont, au contraire, en retard d'un nombre impair de demilongueurs d'ondes, ils se détruisent et donnent de l'obscurité ; car si la molécule éthérée est sollicitée dans le même temps à suivre deux directions opposées, elle reste au repos. Ce résultat vérifié expérimentalement par Fresnel porte le nom de principe des interférences.

Ceci posé, soit de la lumière homogène arrivant sur une lame mince d'une épaisseur telle que les rayons réfléchis sur la première et la seconde surface soient en retard d'un nombre impair de demi-longueurs d'ondes, il y aura obscurité; et si le retard est d'un nombre pair de demi-longueurs d'ondes, il y aura lumière.

On conçoit d'après cela qu'il existe une série d'épaisseurs e, 2e j 3e, etc. , pour lesquelles se produit le premier phénomène, et une autre c', 2e\ 3e', etc. , qui donne lieu au second ; et ces épaisseurs varient avec la nature de la couleur ou la grandeur de la longueur d'onde ; avec la lumière blanche il ne peut donc jamais y avoir obscurité ; mais la couleur pour laquelle avec l'épaisseur donnée il y aurait interférence, manquera dans la lumière réfléchie qui apparaît alors avec la teinte complémentaire.

Les colorations des lames minces par transmission résultent de l'interférence des rayons transmis directement et des rayons réfléchis deux fois sur les faces de la lame.

Le moiré se forme par l'interférence des rayons réfléchis par les facettes diversement inclinées les unes par rapport aux autres, engendrées par le tissage.

Les vives couleurs des plumes des oiseaux ont une source analogue et dérivent en partie d'effets purement physiques dépendant de l'état de la surface, elles n'ont aucun rapport avec les couleurs proprement dites.

Page 1