BLANCHIMENT DES TISSUS DE LAINE
La laine filée et tissée n'est pas encore dans un état propre à recevoir l'impression des couleurs. Outre la matière grasse naturelle que n'a pu enlever complètement le dégraissage qui précède les opérations de la filature, elle contient des graisses introduites artificiellement pendant la filature et le tissage, des saletés de toute espèce ; elle offre en outre une teinte jaune fauve désagréable à la vue, et un duvet assez abondant qui générait beaucoup dans l'impression.
La préparation préliminaire des tissus de laine comprend, comme celle du calicot, trois séries d'opérations, savoir :
Le grillage ou flambage qui enlève le duvet, le dégraissage qui fait disparaître les corps gras, et le blanchiment proprement dit, ou décoloration qui détruit ou masque la matière colorante.
Le grillage s'exécute comme pour les étoffes de coton, en faisant passer les pièces bien tendues avec une vitesse convenable sur une plaque métallique convexe chauffée au rouge. Une hotte à tirage assez énergique doit enlever les produits très-odorants qui dérivent de cette calcination superficielle. Ce grillage peut être remplacé par le flambage nouveau dans lequel la flamme du gaz de l'éclairage, mélangé d'air, lèche le tissu. Il importe de ne pas chauffer trop fortement, car les corps gras, ainsi modifiés par la chaleur, sont plus difficiles à enlever dans les opérations subséquentes.
Les pièces grillées sont arrosées avec de l'eau avant de s'enrouler de nouveau et l'on a soin de faire tomber au
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moyen d'une brosse les petits fragments de matière calcinée qui y adhèrent. Quant au dégraissage et à la décoloration, la connaissance que nous venons d'acquérir des propriétés de la laine, nous permet de prévoir qu'il n'est pas possible de faire intervenir des agents aussi énergiques que pour le coton, ni d'atteindre des températures aussi élevées.
Les savons alcalins (savon blanc) et les carbonates alcalins (cristaux de soude), sont les seuls produits chimiques utilisés pour enlever les corps gras. La température à laquelle on peut opérer ne doit pas dépasser 60° centigrades.
Leur action est nécessairement moins énergique et moins complète que celle de la chaux caustique et du sel de soude, à des températures de 100 et 130*", dans le blanchiment du coton. Nécessairement il n'y a pas de saponification possible des graisses ou saponification peu marquée par le savon, mais simplement dissolution et émulsion.
Les pièces dans leur passage à travers les bains alcalins doivent être tendues. On évite ainsi la contraction irrégulière de la fibre et on favorise autant que possible la dissolution des corps gras dans les alcalis carbonates et dans le savon.
A cet effet elles se déroulent d'une manière continue du cylindre en bois qui les a reçues après le grillage, pour passer dans une cuve rectangulaire, munie de deux séries de roulettes, l'une inférieure et l'autre supérieure au niveau du liquide. Elles circulent de haut en bas et de bas en haut, en allant d'une roulette à l'autre ; et lorsqu'elles ont atteint la dernière, elles s'engagent au sortir de la lessive entre deux cylindres très-rapprochés et garnis de drap, destinés à exprimer l'excédant de liquide. De là elles se rendent dans une seconde cuve à roulette, contenant de l'eau tiède, oîi elles se lavent avant de s'enrouler sur un second cylindre. Quelquefois aussi, on les enroule avant ,1e passage en eau, et on conserve les rouleaux de tissu humide, imbibé de solution alcaline, pendant quelques heures, pour laisser à la substance active le temps de produire tout son effet.
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Les cuves sont portées à la température convenable par un courant de vapeur d'eau.
Dans certaines fabriques, on remplace le foulard par un appareil plus simple. On se contente d'un moulinet au moyen duquel on fait circuler les pièces cousues ensemble sous forme d'une chaîne fermée et non tendue dans le liquide chauffe à 40 ou S0^
Chaque passage en savon et en cristaux de soude est suivi d'un lavage à l'eau chaude. On commence généralement par un lavage à l'eau pour continuer par un savonnage avec ou sans addition de cristaux de soude, viennent ensuite un passage en cristaux de soude seul et un lavage ; après quoi on procède à la décoloration par le soufre ou plutôt par l'acide sulfureux formé pendant sa combustion.
Le premier soufrage peut être suivi d'une nouvelle série de passages en bains alcalins et d'un second soufrage. On consomme environ 500 grammes de cristaux de soude par pièce de 3 kilogrammes.
L'acide sulfureux remplace dans la décoloration de la laine lé chlore qui rend de si grands services pour la préparation des fibres végétales.
On peut chercher à expliquer l'effet de l'acide sulfureux, effet qui est toujours loin d'être complet, puisque que l'on doit masquer par l'azurage la couleur jaunâtre qui persiste, soit en admettant qu'il agit en vertu de ses propriétés réductrices bien connues et qu'il désoxyde la matière colorante, soit en invoquant la faculté qui lui a été reconnue par M. Schoenbein, d'ozonifier l'oxygène de l'air, de le faire passer à sa modification active et de fournir à la matière colorante de l'oxygène naissant; enfin, lorsqu'on étudie la manière d'être de l'acide sulfureux vis-à-vis des couleurs des fleurs, on reconnaît qu'en les décolorant, il ne fait que masquer la couleur par suite d'une combinaison qu'il contracte avec elle. Ainsi, un bouquet de violettes décoloré par
l'acide sulfureux, passe au vert sous Tinfluenee de Tammoniaque, et au rouge par Tacide sulfurique.
La matière colorante de la fleur est donc remise en liberté par ces deux agents, et elle apparaît avec la modification de teinte qu'elle subirait par l'un ou l'autre de ces corps. . L'action réductrice de l'acide sulfureux s'exerce plutôt sur des oxydants énergiques, tels que l'acide azotique, lesacides chromique, hypermanganique, etc.; elle ne paraît donc pas devoir être invoquée dans ce cas particulier. Il n'est pas non plus probable que la décoloration soit due à une oxydation provoquée par l'ozone. Car les oxydants les plus variés ne produisent pas le blanchiment de la laine.
Reste la dernière manière de voir d'après laquelle la matière jaune-fauve de la laine serait masquée et non détruite, par le fait d'une combinaison avec l'acide sulfureux. Cette opinion s'appuie encore sur ce que la laine blanchie au gaz sulfureux ne tarde pas à jaunir au contact de l'air.
Cependant, d'après M. Girardin, M. Pion à Elbeuf est parvenu à éviter cet effet, en remplaçant le soufrage ordinaire par une immersion plus ou moins prolongée de la laine dans une dissolution de sulfite de soude additionnée d'acide chlorhydrique. Le blanchiment est ainsi plus complet ; les laines les plus jaunes et les plus communes deviennent d'un blanc magnifique et persistant.
Il semble donc que dans ce cas l'altération de la matière colorante est plus marquée ; et cependant, la différence entre les deux procédés n'est pas assez radicale > pour que l'on puisse invoquer une réaction distincte dans les deux cas. Peut-être la substance colorante se modifie-t-elle par l'acide sulfureux en devenant soluble dans le bain qui l'enlève, tandis que le même effet n'a pas lieu aussi complètement par la méthode d'exposition dans un soufroir. Quoi qu'il en soit, la théorie de l'action qu'exerce l'acide sulfureux sur la laine n'est pas encore établie d'une manière satisfaisante.
D'après M. Persoz, c'est M. d'Oreilly (germinal an IX),
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qui, le premier, a proposé de substituer l'acide sulfureux liquide à Tacide gazeux. Quant à l'emploi de Tacide sulfureux lui-même, il date d'une époque très-éloignée.
Les citations de Pline et d'Apulée, faites par M. Girai;din, ne laissent aucun doute à cet égard et montrent qu'il était connu des anciens. . '
Les appareils pour les soufrages qu les soufroirs employés de nos jours peuvent être rangés dans deux catégories.
Tantôt ce sont des chambres en maçonnerie fixée avec du ciment et quelquefois goudronnées, pluSi hautes qi|ie largeg, dans lesquelles on suspend les. pièces encore humides à des perches horizontales disposées p?xallèlement à la partie su» périeureJ Le soufre est brûlé dans de petits fourneaux disposés aux quatre coins de la chambre, et le tirage en est réglé de façon que le gaz sulfureux pénètre dans l'espace réservé au tissu. Il est en partie absorbé par l'humidité dont le tissu est encore chargé, et il produit ainsi son effet après une exposition plus ou moins longue.
D'autres fois on se sert de soufroirs continus ou de chambres rectangulaires en maçonnerie ou en bois, à dimensions plus petites que les précédentes. Le tissu se déroule d'un rouleau et pénètre par une fente dans la partie supérieure de l'appareil où il circule, tendu par des roulettes, par couches horizontales, depuis le haut jusqu'au bas, pour sortir par une fente disposée à la partie inférieure de la paroi opposée. L'acide sulfureux engendré par la combustion du soufre s'élève en sens inverse de la marche des pièces pour s'écouler par un tuyau qui communique avec une cheminée d'appel. On peut absorber la plus grande partie du gaz sulfureux qui sort des soufroirs et qui serait perdu, en le faisant passer sur des cristaux de soude. On obtient ainsi du sulfite de soude susceptible de recevoir des applications.
Les pièces soufrées sont acides et imbibées d'acide sulfurique étendu. On sait, en effet, que ce corps prend naissance par l'oxydation lente de l'acide sulfureux au contact de l'air
et de l'eau, surtout en présence des corps poreux comme la laine. Il importe de faire disparaître cet agent corrosif avant de sécher; aussi doit-on soigneusement laver les pièces à Teau tiède, quelquefois même on leur donne encore un léger bain de savon ; il ne reste plus alors qu'à azurer en passant dans un bain monté avec de l'eau et du carmin d'indigo, et enfin, on sèche au tambour. La petite quantité de bleu qui se fixe ainsi masque la couleur jaune qui persiste encore. On sait, en effet, que le bleu et le jaune sont complémentaires et se détruisent mutuellement.
Les chaîne-coton'se blanchissent comme les laines pures ; le fil de coton qui entre dans leur préparation est ordinairement blanchi en pentes avant le tissage. J'ai eu l'occasion d'observer un accident assez remarquable développé sur de semblables tissus après le blanchiment. Les pièces conservées quelque temps en magasin offraient de nombreuses plaques blanches tranchant nettement sur le fond azuré. Évidemment en ces points le carmin d'indigo avait été décoloré par une action subséquente.
Ces plaques coïncidaient avec un affaiblissement tel de la fibre cotonneuse, que le tissu s'y déchirait aveclaplus grande facilité.
Au moyen de réactifs convenables, j'ai pu déceler dans ces taches affaiblies la présence simultanée des acides sulfiirique et sulfureux. Un examen attentif permettait de plus de constater leur origine, et de l'attribuer à des dépôts de graisse modifiée, que les opérations du dégraissage n'avaient pu éliminer.
L'acide sulfureux a probablement été fixé par le corps gras dans un état de combinaison telle que le lavage a été impuissant à le faire disparaître, puis, se dégageant peu à peu, il s'est transformé en acide sulfurique qui a affaibli la fibre végétale, en même temps que l'indigo se trouvait décoloré.
D'après les renseignements qui m'ont été fournis par M. Er. Schlumberger, on blanchit très-bien les écheveaux de
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laine en les moulinant dans un bain de savon fort à 40 ou SO"", et en les suspendant sans les laver, pendant une nuit, dans la chambre à soufrer ; puis on sèche à Tair sans laver. On obtient ainsi un très-beau blanc.
Si les écheveaux sont destinés à la teinture, on les passe au sortir du soufroir dans un bain d'acide sulfurique faible, et on les lave bien à Teau.
Le blanchiment de la laine a encore à faire des progrès très-sensibles pour se mettre au niveau de celui du coton, au point de vue de la perfection des résultats obtenus ; aussi 1^ découverte d'une amélioration importante dans cette indus*trie, figure-t-elle parmi les desiderata du programme des prix de la Société industrielle.