‹ Traité des matières colorantesChapitre 50 sur 124 · MINIUM ET MINE ORANGE. OXYDE ROUGE INTERMÉDIAIRE DE PLOMB · texte numérisé non relu

MINIUM ET MINE ORANGE. OXYDE ROUGE INTERMÉDIAIRE DE PLOMB

Le minium se rencontre, mais rarement, dans le règne minéral. Sa préparation en grand est fondée sur la propriété bien connue de l'oxyde de plomb (PbO) de fixer l'oxygène de l'air à une température au-dessous du rouge sombre, et de se changer en oxyde rouge.

Le succès de cette opération dépend beaucoup de l'état physique et de la division du protoxyde employé ; ainsi la litharge ne fournit que difficilement un produit convenable de teinte, tandis qu'avec le massicot ou protoxyde en poudre qui n'a pas subi de fusion préalable l'oxydation marche beaucoup mieux. Le plus beau minium, connu sous le nom de mine orange, s'obtient avec le blanc de céruse décomposé par la chaleur.

M. Dumas (1) a démontré nettement la cause de ces différences. Ainsi, d'après ses expériences, un minium obtenu après huit feux successifs, renferme 2S,2 pour 100 de protoxyde inaltéré; une mine orange de trois feux n'en contient plus que 4,17 pour 100*.

En éliminant l'excès de protoxyde des miniums et des mines oranges du commerce, par un épuisement avec de l'acétate neutre de plomb, M. Dumas a trouvé pour le résidu une composition constante, qui peut se représenter par la formule Pb^O*, et comme il se laisse dédoubler par l'acide azotique en protoxyde qui se dissout, et enbioxyde brun qui reste insoluble, on peut admettre que le minium chimi-

(1) J. Dumas, Recherchas sur la composition du minium, ia Annales de chimie et de physique, [2], XLIX, 398.

quement pur renferme les éléments de ces deux corps :

PbO»0* — 2(PbO) + PbO^

M. Houton La Billardière a analysé des cristaux de minium trouvés dans un four, et leur a reconnu une composition représentée par Pb*0» = 3PbO + PbO^

Enfin, selon Berzelius, il existerait un troisième minium Pb^O^ = PbO + PbO^

Préparation. On grille du plomb pour en faire du massicot très-divisé, en évitant la température de fusion. La masse oxydée est délayée et broyée dans un courant d'eau, qui entraîne l'oxyde et le laisse déposer dans des caisses. Le son ou résidu de métal est de nouveau grillé. Les massicots sont recueillis séparément, suivant leur ordre de dépôt. Les derniers, par conséquent les plus fins, donnent les miniums les plus riches en couleur.

On remplit avec cette poudre des cuvettes en tôle, qui sont placées la nuit dans le four à réverbère qui a servi à la préparation du protoxyde. On emploie aussi des fours à plusieurs étages, où le plomb s'oxyde dans les parties les plus voisines du foyer et se suroxyde plus loin.

Dans les usines de Villach, où se fabrique beaucoup de minium, on se sert d'un four à deux soles superposées. La flamme du combustible passe au-dessous de la première et au-dessus de la seconde. Des portes disposées convenablement permettent de remuer l'oxyde de plomb pour favoriser l'oxydation. Lorsqu'on a défourné le produit de la sole inférieure, on y fait tomber, par un orifice central maintenu fermé pendant le travail, le massicot de la seconde; celui-ci est déjà en partie modifié, et on le remplace par de nouveau protoxyde. La température est portée au rouge sombre. Audessus de chaque sole est une voûte en maçonnerie.

Le minium, et surtout la mine orange, se présentent sous forme de poudre d'un assez beau rouge clair, insoluble dans

Teau, et se décomposant par les acides en sels de plomb et en oxyde puce.

L'acide acétique au maximum de concentration dissout le minium intégralement ; Teau précipite du bioxyde de plomb de cette dissolution.

Chauffé au-dessus de 400% il perd de l'oxygène et se change en massicot, après avoir d'abord pris une teinte plus foncée.

Il sert dans les cristalleries et les fabriques de poteries ; comme couleur rouge pour la peinture, il couvre assez bien. Pour préserver le fer de l'oxydation, on lui donne une ou deux couches de minium broyé à l'huile. Quelquefois il est utilisé en raison de ses propriétés oxydantes.

Les miniums sont généralement préparés avec les plombs les plus purs et exempts de cuivre.

Le produit du commerce peut être mélangé à du colcothar ou à du chromate jaune ou rouge. Ainsi ce qu'on appelle rouge brun contient 10 parties de minium et 1 partie de peroxyde de fer. Le minium pur, fondu dans un creuset de porcelaine avec du cyanure de potassium, donne 90 pour 100 de son poids de plomb métallique. Ce mode d'essai, trèsrapide, ne convient pas s'il y a mélange de blanc de zinc ou de carbonate de plomb. Dans ce dernier cas, on doit doser l'acide carbonique dégagé par l'action des acides.

On peut aussi calciner le minium, dissoudre le résidu dans l'acide nitrique, précipiter le plomb par l'acide sulfurique et l'alcool, et peser le sulfate de plomb obtenu. Le poids trouvé multiplié par 0,6419 donne le plomb métallique (1).

(1) Fabrication du minium et de la mine orange, par Fallu, in Bulletins de la Société d'encouragement^ 1856. — Mémoire sur les miniums^ par M. V. A. Jacquelain, Comptes rendus de l'Académie des scienceSy XXXI, 626. — Mémoire sur les oxydes de plomb, par Th. Thompson, in Annales de Chimie^ [1],LX, 148. — Gentele, Lehrbuch der Farbenfabrikation, 30.

Page 1