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CINA&RR ET VERMILLON

Sulfure de mercure S,Hg,,.

Le sulfure de mercure offre deux états moléculaires distincts.

Le premier, connu sous le nom d'éthiops minéral, est noir et prend naissance par là combinaison directe du soufre et du mercure ; soit qu'on chauffe le mélange, ce qui donne lieu à un vif dégagement de lumière ; soit qu'on triture les deux produits à froid ; ou bien encore par la précipitation

(1) Pelletier, Examen de deux sels venus cP Angleterre, in Bulletins de la Société (fencouragement ; 1827, 335.

(2) Procédé pour teindre et imprimer les étoffes de coton à Fiodure rouge de mercure^ ia Bulletin^ de la Société d'encouragement; 1842, 224 ; etDingler*s Polyt. Joum.^ LXXXVI, 3J0.

d'un sel mercurique par Thydrogène sulfuré. La seconde modification, appelée cinabre ou vermillon, est d'un rouge plus ou moins vif.

Le cinabre est un produit -naturel et représente le seul minerai de mercure exploité. On le trouve en cristaux, en masses cristallines fibreuses ou grenues, particulièrement au Japon, à Idria en lUyrie, à Neumaerktel en Carniole, à Almaden en Espagne ; les analyses de Klaproth faites avec diverses variétés de cinabres naturels ne laissent aucun doute sur sa composition (1).

Sa forme est celle d'un rhomboèdre aigu (2). La variété rouge s'obtient artificiellement : !• par la sublimation du sulfure noir (cinabre artificiel) ; 2' par voie humide, en faisant digérer à une température convenable un mélange d'éthiops et d'une solution de polysulfure alcalin ou d'un mélange de soufre et de solution alcaline caustique (KirchhofiF). Réciproquement le sulfure rouge peut repasser à l'état de sulfure noir, lorsqu'on le chauffe avec du mercure ou du soufre ou même sans addition aucune (Séguin) (3). Le cinabre, amené à un grand état de division, donne une couleur d'un rouge plus ou moins vif, c'est le vermillon. Le vermillon, préparé ainsi par voie sèche, a toujours une teinte jaunâtre ; celui qu'où obtient aujourd'hui par voie humide, en utilisant les observations de Kirchhoff (4), peut égaler et dépasser même en beauté le produit des Indes (vermillon dit de Chine) resté longtemps sans rival sur les marchés européens, grâce à sa nuance plus intense et à sa teinte carminée sans mélange de jaune. On tirait en outre de Hollande un vermillon presque.aussi beau et dont la reproduction a préoccupé la Société d'encouragement (5).

(1) Examen chimique des cinabres natifs, par Klaproth, ia Annales de chimie [1], LVIII, 303.

(2) Dufrénoy, Traité de minéralogie^ t. H, p. 657.

(3) Séguin, Mémoire sur le cinabre, in Annales de chimie [I], XC, 252, 268.

(4) Kirchhotty Préparation du cinabre, in Annales de chimie [l], XXVII, 497.

(5) Bulletins de la Société d^encouragement ; 1805, .223.

D'après ce qui vient d'être dit, nous pouvons diviser les méthodes de préparation en deux groupes : 1** Méthodes par voie sèche ou par sublimation.

a. Procédé hollandais (1).

100 parties de mercure sont amalgamées dans une chaudière en fonte avec 18 parties de soufre fondu. La masse est versée sur des plaques en tôle, et après solidification, elle est concassée et introduite par portions de quelques livres dans des cruches en grès. La sublimation se fait dans de grands matras en terre réfractaire, lûtes extérieurement et fixés dans une plaque en fonte qui recouvre le foyer, de sorte que la moitié supérieure du vase est préservée de l'action de la chaleur. Après avoir porté la température au rouge sombre, on projette dans les matras, et successivement, le contenu des cruches, en attendant pour chaque nouvelle addition que la réaction très-vive, développée au début, soit calmée; puis on ferme l'orifice avec une plaque, et on procède à la sublimation en élevant la température. 11 ne reste plus qu'à broyer aussi finement que possible le produit sublimé, et à le séparer par lévigation en qualités de finesses différentes.

b. Procédé d'Idria (2).

A Idria on prépare l'éthiops en mélangeant, dans des tonnes animées d'un mouvement de rotation, 4,83 kilogrammes de soufre en canon, réduit en poudre grossière et 23,47 kilogrammes de mercure ; la volatilisation se fait dans des cornues en fonte munies d'une tête en argile et placées par six à la fois dans un four.

D'après un renseignement fourni par le Journal sdenti^ fique d' Edimbourg {Z)j les Chinois préparent aussi leur beau

(1) Notice sur quelques procédés chimiques employés en Hollande^ par Ferber, in Bulletins de la Société d* encouragement; 1814 , 214. — Gentele, Lehrbuch der Farbenfabrikation, 268 ••

(2) Préparation du cinabre à Idria, par M. Huyot, ingéoiear des mines, in. Annales des mines, 3* série; 1854, t. V, CD.

Si2 TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.

vermillon par la sublimation d'un mélange de soufre et de mercure.

2* Méthodes par voie humide.

Le nombre des recettes est considérable; nous n'en citerons que quelques-unes, en renvoyant aux sources pour les autres (l).

Liebig propose d'arroser avec du sulfhydrate d'ammoniaque saturé de soufre le précipité blanc obtenu en versant de l'ammoniaque dans une solution de sublimé (Cl,AzH*HgJ, chlorure de mercur-ammonium, La masse devient d'abord noire, puis d'un rouge vif.

Wehrle traite par une dissolution bouillante de pentasulfure alcalin, le cinabre pulvérisé obtenu en sublimant le sulfure de mercure additionné d'un peu de sulfure d'antimoine.

Brunner et Kirchhofif chauffent un mélange de soufre, de mercure et de solution de potasse caustique.

Firmenich fait digérer pendant deux ou trois jours le mercure et le soufre avec une solution de pentasulfure de potassium exempte d'hyposulfite , à une température de 50- (2).

M. Gauthier Bouchard propose l'emploi du sulfhydrate d'ammoniaque persulfuré, d'une densité de 1,034. Il introduit dans des cruches l kilogr. de mercure, 200 grammes de soufre et 200 grammes de sulfhydrate d'ammoniaque; le cruchon est bouché et conservé dans un endroit chaud pendant deux à trois jours. Le rouge ainsi formé est bien

(1) Procédé de Kirchhoff, Annales dechimie [1], XXVII, 97. — Procédé de Dvibereiner, m. [Dubereiner^s Neueste Erfahrung^ p. 118, et Dingler's PolyL Joum,^ LVIII, 453. — Procédé de M. Desmoulins, Bulletins de la Société d'encouragement ; 1837, 401. — Procédés de M. Liebig. in Annalen der Chemie und Pharmacie^ V, 289, et VII, 49 . — Procédé de Wehrle, Annalen der Chemie und Pharmacie, VIII, 181; — Procédé de Buchholz, in Scherer^s Journal y IX, 170. — Procédé de Brunner, in Poggendorff*s Annalen^ XV, p. 593. — Procédé de Martius, in Kastn. Arch., X, 497.

(2) Firmenich, Chemical News^ mai 1862, p. 247.

lavé à Teau et soumis encore, suivant les conseils de Fuchs à Faction de Tacide nitrique, qui semble donner plus de fixité à la couleur (1).

Le sulfure de mercure n'est attaqué ni par les acides sulfurique, nitrique, chlorhydrique, ni par les dissolutions alcâlines.

Il est soluble dans Teau régale. Chauffé au contact de Tair, il donne du mercure et de l'acide sulfureux. Fondu avec les alcalis caustiques ou carbonates, les terres alcalines et la plupart des métaux et des oxydes métalliques, il fournit un sublimé de mercure. Les suif hydrates de sulfures alcalins le dissolvent aisément à froid ; les sulfures alcalins jouissent de la même propriété, bien qu'à un moindre degré. Les persulfures alcalins sont sans action , à moins qu'on n'y ajoute des alcalis caustiques (2).

D'après M. Kamarsch (3), les couleurs au vermillon imprimées avec des planches en cuivre se ternissent en môme temps que celles-ci noircissent.

Cet effet semble plutôt dépendre d'un composé sulfuré particulier, que du sulfure de mercure lui-même, car il disparaît par un lessivage alcalin.

Le vermillon est, en raison de sa vivacité, employé dans les divers genres de peintures. J'ai vu dans la fabrique de MM. Steinbach-Koechlin de très-beaux échantillons de tissus imprimés avec du vermillon fixé à l'albumine. Ce genre n'offre aucune difficulté.

Le prix relativement élevé de cette couleur doit nécessairement appeler la fraude. Elle peut être mélangée avec d'autres substances rouges, telles que minium, vermillon d'antimoine, ocres rouges, rouge anglais, etc. La volatilité complète du sulfure de mercure permet de le séparer de ces

(1) Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse^ t. XXXII, 258.

(2) Stein {W.), Dingler*8 Polyt, Joum.y CXXXVIH, 390.

(3) Kamarscb, Action du cuivre et du laiton sur le vermillon, in Dingler's Polyt, Journ., CXXXVI» 153.

impuretés, dont une analyse minérale ordinaire donnera la nature.

vermillon d*antïmoine ou variété rouge de sulfure

d'antimoine.

Sb«S«.

Comme le sulfure de mercure, ce corps offre deux modifications allotropiques qui se distinguent surtout par la couleur. Le sulfure fondu ou naturel est gris-noirâtre, métallique, h texture cristalline radiée. Après une fusion prolongée et un refroidissement brusque, il prend par la trempe une teinte rouge hyacinthe (1).

Tout le monde sait que Thydrogène sulfuré précipite en jaune orangé les solutions acides des sels d'antimoine (émétique, chlorure d'antimoine).

D'après les analyses de M. M. Plessy, le sulfure formé dans cette circonstance est représenté par la formule

Sb^S^-f H«0:^Jf'' j^'

Par l'action d'un hyposulflte sur une solution de beurre d'antimoine, ou obtient un dépôt rouge de trisulfure anhydre, dont la teinte peut varier du rouge orangé un peu terne au rouge cramoisi, suivant le mode opératoire.

Cette intéressante réaction a été signalée pour la première fois par M. Himly, de Kiel, en 1842.

MM. Strohl, Mathieu Plessy, Boettger et E. Kopp ont fixé l'attention des savants et des industriels sur les propriétés et les applications de cette couleur appelée vermillon d'antimoine.

M. Plessy et ses devanciers font réagir des dissolutions

(l)Fachs, AnmUs de Poggendofff^XXXJybn^eiViOBe, Annales de Poggend., LXXXIX, 122, et Journal de Pharmacie, XXV, 230,

MATIÉRE& COLORANTES ROUGES. SiES

assez concentrées de beurre d'antimoine et d'hyposulflte de soude (2S° B.) : on chauffe le mélange dans une terrine au bain-marie. Vers 30°, la réaction commence. Le précipité, d'abord jaune-orange, se fonce de plus en plus. Lorsqu'on est arrivé à 85°, on retire la terrine du bain-marie ; le dépôt est lavé avec de l'eau acidulée à l'acide chlorhydrique, puis avec de l'eau pure, enfin filtré et séché (1).

M. E. Kopp (2) fait ressortir plusieurs inconvénients qui résultent de l'emploi de liqueurs concentrées, et entre autres la difficulté d'arrêter la réaction au moment où la couleur a pris le maximum d'éclat. Cet habile chimiste remplace, dans un but économique, l'hyposulfite de soude par le sel de chaux.

Le chlorure d'antimoine s'obtient facilement en grillant le sulfure naturel et en traitant le résidu d'oxyde par l'acide chlorhydrique. Les vapeurs sulfureuses qui se dégagent pendant le grillage peuvent être utilisées pour la préparation de l'hyposulfite calcique. On les dirige à cet effet dans une solution de polysulfure de calcium (produit par l'ébullition d'un lait de chaux avec du soufre).

Le vermillon d'antimoine se présente sous forme d'une poudre très-fine, insoluble dans l'eau et les acides étendus, soluble dans l'acide chlorhydrique concentré.

Il est attaquable par les alcalis caustiques. Sous l'influence d'une température élevée, il noircit et repasse à la modification ordinaire.

C'est une couleur opaque qui ne présente guère d'éclat et de vivacité, lorsqu'on la mouille avec de l'eau ou qu'on l'épaissit avec de la gomme ; mais elle acquiert beaucoup de feu et d'intensité lorsqu'elle est broyée avec de l'huile et des vernis.

D'après M. Kopp, le vermillon d'antimoine, employé

(1) E. Mathieu Plessy, Note sur le verfniUon d'antimomef in Bulletins de la Société industrielle, XXVI, 298, et XXIX, 341 .

(2) E. Kopp, Sur la préparation industrielle du vermillon d'antimoine, in Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, XXIX, 379.

comme couleur à l'huile, présente la nuance rouge la plus pure, c'est-à-dire qui ne vire ni à l'orange, ni au rose, ni au cramoisi; mais elle conserve toujours une légère teinte brunâtre. Elle est inaltérable à Tair et à la lumière, et supporte le mélange avec la céruse, qu'elle ne noircit pas, même au bout de quelques années. Elle ne favorise pas la dessiccation de l'huile de lin cuite, mais ne la retarde pas non plus d'une manière sensible.

C'est donc comme couleur à l'huile que le vermillon d'antimoine peut trouver ses plus utiles applications. Son prix peu élevé et ses propriétés couvrantes permettent de l'employer avec avantage dans la carrosserie et la peinture en bâtiments.

RÉALGAR. AR3ENIC ROUGE. BISULFURE D'ARS£KIC«

As*S*.

Il se rencontre en assez grande abondance dans les terrains primitifs, en Hongrie et en Transylvanie.

Celui qui est préparé artificiellement sert seul en peinture. On calcine, à cet effet, un mélange de 3 parties d'acide arsénieux et de 4 parties de fleur de soufre. Il se dégage de l'acide sulfureux ; le bisulfure formé est purifié par sublimation. On peut aussi combiner directement le soufre à l'arsenic métallique.

Le réalgar s'unit aux sulfures alcalins, lia potasse le décompose en donnant de l'arsénite de potassium, du soussulfure d'arsenic et une combinaison de bisulfure d'arsenic et de potassium.

Il est d'un rouge assez foncé, couvre bien ; mais son peu de solidité et ses propriétés vénéneuses en restreignent l'emploi en peinture.

Il entre dans la composition du feu indien (2 parties de réalgar, 7 parties de fleur de soufre, 24 parties de salpêtre).

Un grand nombre d'anciennes recettes de couleurs d'im-

MATIÈRES COLORANTES ROUGES. t27

pressions sur tissus renferment du réalgar. On est aujourd'hui beaucoup plus sobre dans l'emploi de cet ingrédient, et on ne le fait intervenir que lorsqu'il joue réellement un rôle utile. Pour la préparation du bleu dit de pinceau, on réduisait l'indigo par la soude et le réalgar.

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