VÉRONE. OXYCHLORURE DE PLOMB
PbCl« + 7PbO.
C'est une substance à cassure lamelleuse, cristalline, d'un jaune assez riche, servant dans la peinture.
Il est soluble dans la potasse. L'acide nitrique lui enlève l'oxyde et le transfonne en chlorure. Il se prépare par les procédés suivants :
1** En fondant dix parties d'oxyde de plomb pur et une partie de sel ammoniac.
Il se forme du chlorure de plomb qui reste uni à une partie de l'oxyde; l'azote se dégage et l'hydrogène réduit une partie de la litharge.
2° Turner fait dig'érer du massicot avec la moitié de son poids de sel marin réduit en bouillie avec de l'eau. L'oxyde de plomb se change en une poudre blanche, tandis qu'il se produit de la soude caustique.
On décante, on lave et on sèche. Le résidu est fondu pour le déshydrater et développer le jaune.
Il existe encore d'autres oxychlorures renfermant moins d'oxyde et dont la teinte jaune est trop pâJe, ou qui même sont incolores ; ils correspondent aux formules :
PbCl» + PbO,PbCl« + 2PbO,PbCl* + 3PbO.
JAUNE d'antimoine.
Cette couleur d'un beau jaune solide, employée dans la peinture fine, résulte du mélange intime de l'antimoniate de plomb avec les oxychlorures de plomb et de bismuth. • Pour la préparer on fond ensemble 30 parties de bismuth, 240 parties de sulfure d'antimoine, et 640 parties d'azotate de potasse, tant qu'il se dégage des vapeurs rutilantes. Le produit versé dans l'eau est lavé. Il reste de l'antimoniate de
bismuth. Une partie de celui-ci est broyée avec 8 parties de selammoniacet 128 parties de litharge. Après la fusion la masse est coulée sur une plaque de fer.
COULEURS DÉRITÉES DE L' ACIDE CHROMIQUE.
L'acide chromique (CrO^) à l'état de liberté ne peut être utilisé comme couleur, bien que sa nuance soit d'un assez beau rouge vif virant au cramoisi. Il est en effet très-soluble dans l'eau et doué de propriétés oxydantes si énergique^, que le contact seul avec des matières organiques suffit pour le ramener à l'état d'oxydQ de chrome.
Mais il forme avec la plupart des bases métalliques des combinaisons salines insolubles, douées de couleurs variant du jaune citron clair au jaune orangé, à l'orange et même au rouge vermillon. O^elques-uns de ces produits sont utilisés avec avantage dans la peinture et l'impression des tissus et des papiers.
Lorsqu'on verse une solution isaturée à froid de bichromate de potasse dans une fois et demie son volume d'acide sulfurique, il se dépose par le refroidissement de longues et ' belles aiguilles rouges d'acide chromique. Celles-ci égouttées sur un entonnoir bouché avec de l'amiante, puis sur des briques absorbantes, contiennent encore uue certaine proportion d'acide sulfurique adhérent. Purifié par cristallisation dans l'eau, l'acide chromique donne des masses cristallines mamelonnées de couleur rouge-brun foncé. L'acide chromique n'est utilisé qu'en raison de ses propriétés oxydantes et dans ce cas il suffit de le préparer en solutions plus ou moins concentrées. Schrôtter laisse digérer une partie de chromate de plomb en poudre fine avec 2 partie^ d'acide sulfurique concentré, pendant vingt-quatre heures,, à une douce température, il ajoute de l'eau, décante et concentre le liquide à 1 ,33 de densité ; tout l'acide se sépare alors par le refroidissement. En décomposant le chromate de baryte par
une proportion exactement équivalente d'acide sulftirique, on obtient immédiatement une solution d'acide chromique pur, qu'il suffit de concentrer au degré voulu.
L'acide chromique libre est employé dans les laboratoires comme un oxydant puissant, capable de produire des réactions intéressantes. Quelques-unes d'entre elles ont passé dans le domaine de la pratique, grâce à ce progrès incessant qui tend à élargir le champ de la science, en lui faisant empiéter sur celui des applications utiles. C'est ainsi qu'il intervient dans les enlevages sur fonds bleu cuvé, dans la fabrication de l'aldéhyde devenue génératrice du vert d'aniline, etc., etc.
L'acide chromique se rapproche par sa constitution de l'acide sulfurique ; il forme comme lui des sels neutres GrO*M* correspondant à SO*M^ et des sels acides CrO*M*, CrO^ correspondantaux sulfates acides anhydres SO*M^,SO^.
La couleur des chromâtes varie du jaune, au jaune orangé, à Torange et peut aller jusqu'au rouge minium. Ils se reconnaissent facilement à la manière dont ils se comportent sous l'influence des agents réducteurs, tels que l'acide sulfureux, un mélange d'alcool et d'acide chlorhydrique, l'acide chlorhydrique seul à l'ébullition, l'hydrogène sulfuré. 11 se forme alors de l'oxyde vert de chrome, tandis que la base combinée primitivement à l'acide chromique se retrouve dans la solution, en mélange avec l'oxyde de chrome.
Les chromâtes sont généralement insolubles à l'exception de ceux des métaux alcalins, de calcium et de strontium.
Pour déterminer la richesse d'un produit commercial, un des procédés les plus expéditifs consiste à faire bouillir un poids connu du chromate avec un excès d'acide chlorhydrique et à doser par une des méthodes connues le chlore devenu libre, d'après l'équation
2CrO»+ 12aH— Cl«(Cr«)ri + Cl» -f 6H«0.
Le minerai de chrome le pluis riche et qui est uniquement
S56 TRAITÉ DBS HATIÈRKS COLORANTES.
exploité représente un composé analogue à Toxyde de fer magnétique
Fe>0» =- (Fe«)^'
dans lequel le femcum (Fe*)^* serait remplacé par (Cr^y*. La composition de ce minerai connu sous le nom de fer chromé ou chromaté {chromeUemimi) est donc représentée par la formule
FeM"
Ajoutons cependant qu'une partie du fer peut être remplacée par du magnésium.
On trouve le fer chromé sous forme de nodules amorphes, dans la serpentine (Fréjus, département du Var, Baltimore, Pensylvanie, Sibérie) (1). Quelques échantillons cristallisés trouvés à Baltimore indiquent que la forme primitive est un octaèdre régulier et que par conséquent le corps est isomorphe avec l'oxyde de fer magnétique.
Le fer chromé est infusible au chalumeau, il raye le verre et possède un éclat demi-métallique ; sa densité est égale à 4,3.
Chauffé sous une influence oxydante, aune température élevée et en présence d'une base salifiable puissante, il se change en un chromaté et en peroxyde de fer ; et si cette base est la potasse, la soude ou la chaux, le chromaté fornoié se séparera facilement du peroxyde de fer insoluble, par un simple lessivage à l'eau.
C'est sur ces principes que sont fondés tous les procédés de traitement qui ne varient que par la nature des corps-oxy-
(1) A. W. Hoffmann, Rapport du jury international de 1862, p. 73. «-i- Jacquelain, Bulletins de la Société d*encourageràent pour ^industrie nationale, 1851, p. 585, et Comptes rendus de P Académie des sciences, t. XXV. — Dinglcr, Polytechnisches Journal, XXVH, 44.
dants, et par celle de la base employée. Primitivement on chauffait au rouge \if, dans des creusets, un mélange intime de deux parties de minerai en poudre fine et d'une partie de salpêtre (Vauquelin). La masse refroidie était ensuite épuisée par Feau et le liquide jaune neutralisé ; par de Tacide nitrique,elle donnait des cristaux de bichromate dépotasse. Cette méthode dispendieuse a été avantageusement modifiée. Ainsi on a peu à peu remplacé le salpêtre par du carbonate de potasse, et on détermine l'oxydation par le concours de l'air, en chauffantdans des fours à réverbère convenablement disposés. Le perfectionnement le plus important consiste dans la substitution de la chaux h la potasse. Non-seulement on économise l'alcali, mais la masse ne fond plus, et le minerai n'a plus de tendance à se réunir au fond du sel alcalin liquéfié, et à se soustraire ainsi à l'oxydation par l'air. MM. Stromeyer de Norway en Angleterre et Jacquelain en France se sont occupés de cette question (1). Le procédé primitif de M. Jacquelain consistait à faire un mélange intime de 100 kilogrammes de minerai très-fin et de 50 kilogrammes de carbonate de chaux et à le calciner pendant dix heures dans un four à réverbère. On traite par l'eau, on précipite la moitié de la chaux par l'acide sulfurique et l'autre par du carbonate dépotasse. Ce chimiste est parvenu plus tarda diminuer de moitié la durée du grillage, tout en faisant usage d'un minerai en poudre plus grossière, en associant le carbonate de potasse à la craie et en effectuant le grillage dans des cornues, avec courant d'air pur.
Le minerai est chauffé au rouge et refroidi brusquement dan^ l'eau ; il devient ainsi plus friable. Il est ensuite bocardé, puis broyé à l'eau avec des meules en silex ou en fonte, et empâté avec du carbonate de potasse. On incorpore de la craie et on frite à 800**. La masse desséchée est intro-
(1) Jacquelain, Bulletin de la Société d'encouragement, 1847, p. C89, et 1851, p. 685. — Hofmann, Rapport du jury international de l'exposition^ 1862, p. 73.
958 TRAITÉ DES MATIÈBBS GOLOBANTES.
duite dans des cornues verticales en terre avec tète en fonte pourvue d'orifices pour l'accès de Tair. Le haut de la cornue conununique avec une cheminée à registre. On écrase le produit de cette calcination, pour le traiter méthodiquement par Feau. La solution de chromate de potasse est débarrassée de la chaux qu'elle peut renfermer par une addition de carbonate de potasse ; enfin on sature par Tacide sulfurique la moitié de la potasse pour transformer le sel neutre en sel acide.
M. Booth de Philadelphie réduit préalablement le fer à l'état métallique, en calcinant le minerai avec du charbon. Le fer réduit est dissous dans l'acide sulfurique étendu, ce qui donne du sulfate de fer vénal ; enfin le résidu est calciné avec un mélange de chaux et de carbonate de potasse, sous l'influence d'un courant d'air. Il en résulte que l'action de l'oxygène se portant uniquement'sùr l'oxyde de chrome, la transformation en chromate marche plus rapidement.
M. Tilghmann forme une pâte épaisse avec de l'eau, le minerai et deux fois son poids de chaux, n la façonne en petites boulettes qui après dessiccation sont fortement chauffées avec du chlorure de potassium ou de sodium, dans une cornue cylindrique et verticale, à travers laquelle il fait passer un courant d'air et un courant de vapeur d'eau.
L'équation suivante résume la réaction,
Cr«0* + 4G1K -f 2H*0 4- 30 == 2CrO*K* + 4C1H.
D'aprèslemême, on peut aussi former du chromate, en calcinant du feldspath avec de la chaux et du fer chromé, dans un four à réverbère.