HYDRATES DE CHROME FORMÉS PAR PRÉCIPITATION
Les hydrates de chrome obtenus par précipitation peuvent offrir différentes teintes suivant la nature du sel employé, celle de la substance saturante et enfin les conditions physiques dans lesquelles la double décomposition a lieu.
Les sels de chrome se présentent sous deux modifications différentes par leurs teintes.
Us sont tantôt verts, tantôt violets ou rouges.
Les sels verts s'obtiennent généralement lorsqu'on soumet les solutions des sels violets ou rouges à l'action de la chaleur. Réciproquement les sels verts se transforment à la longue en sels violets, lorsqu'ils sont abandonnés à euxmêmes en solution aqueuse.
Un sel vert de chrome donne par l'ammoniaque, ou une proportion convenable d'alcali caustique fixe, un précipité bleu verdâtre d'hydrate ; ce précipité est soluble dans la potasse en excès, insoluble dans l'ammoniaque. La solution potassique verte se trouble par l'ébuUition et dépose une modification verte d'hydrate de chrome insoluble dans les alcalis.
Les sels de chrome violets donnent par l'ammoniaque un
hydrate bleu violacé, soluble dans l'acide acétique et rammoniaque, qui se change facilement, et dans beaucoup de circonstances, en oxyde vert insoluble dans la potasse (action de l'eau bouillante, dessiccation, frottement, contact prolongé de Teau froide).
D'après M. Fremy, cette modification paraît être due à un changement isomérique et non à un phénomène de déshydratation.
M. Lefort(l), au contraire, admet que les deux hydrates verts (soluble et insoluble dans la potasse) et l'hydrate bleu se distinguent par la proportion d'eau de constitution.
M. Lœwel reconnaît en outre un hydrate rouge-carmin.
L'hydrate de chrome formé directement et par voie chimique, sur la fibre textile, a été appliqué à la coloration des tissus. Sa teinte peu marquée est souvent rehaussée par l'intervention des acides arsénieux et arsénique. L'historique de cette utile application se trouve très-bien retracé dans un remarquable article publié par M. Cam. Kœchlin (2), nous y emprunterons d'utiles données.
Cette substance ne joue, du reste, pas seulement le rôle de colorant ; mais elle intervient souvent comme mordant capable d'attirer en bain de teinture.
C'est à Mulhouse (1832) que la teinture et l'impression utilisèrent pour la première fois cette couleur, dont la qualité est loin de résider dans l'intensité, surtout lorsqu'elle est vue par réflexion ; aussi ne ne s'approprie-t-elle qu'aux grandes surfaces, où peu de ton est requis, avec beaucoup de ténacité, tels que fonds meubles.
Toutes les dissolutions de sesquioxyde de chrome, quoîqu'à forces égales de chrome, ne sont pas également avanta-
(1) Recherches sur le chrome^ par M. J. Lefort (de Gannat). Comptes rendus ^ de V Académie des sciences, t. XXX, p. 41 G.
(5) Sur Vhistorique des applications de chrome dans Vimpression et dans la teinture. Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, t. XXV, p. 399.
MATIÈRES COLORANTES VERTES. il»
geuses pour fournir l'oxyde, et moins encore pour se prêter h la teinture en arsénite.
Une dissolution assez généralement répandue est celle de l'alun de chrome; c'est la moins convenable, celle dont l'oxyde est le moins vert et le plus dur à arséniter.
Le nitrate donne sous ce rapport de meilleurs résultats. Préparé avec une quantité suffisante d'eau, pour éviter la formation du sel briin et débarrassé par cristallisation du nitrate de potassium, il donne des dissolutions plus concentrées^ ijue les autres sels, et partant des teintes foncées qui permettent des effets à plusieurs tons ; il abandonne, par aérage, assez de chrome pour qu'il puisse au besoin fonctionner comme mordant, n'altère pas les tissus et n'est pas déliquescent comme le chlorure. On le prépare par l'acUon de l'acide nitrique et de la cassonade sur une solution de bichromate.
Étant donné un sel de chrome, il suffit d'en Imprégner !a fibre uniformément ou par impression et de déplacer ensuite l'hydrate par un passage, soit en carbonate de soude faible (3" Baume à 40" centigrades), ou en tout autre corps saturant.
IS. ficbontillon de rert de chrome.
Cette méthode réussit bien sur coton ; sur Un et chanvre il vaut mieux procéder à l'inverse, et imprégner le tissu de la dissolution précipitante, puis immerger en sel de chrome.
Pour laine, M. Gam. Kœchlin met à profit la propriété de cette fibre d'absorber le bichromate de potasse et de le rete* nir même après un lavage à l'eau.
On laisse la laine s'imbiber à froid ou à tiède d'une dissolution saturée de chromate acide, on lave et on soumet à un réducteur ; le plus convenable est le sulfite de soude ; on réitère quatre à cinq fois cette série d'opérations, selon la teinte désirée.
Comme moyen de rehaussement, ce procédé s'adapte parfois au coton enduit d'une première couche d'oxyde précipité à la manière ordinaire. Cette méthode ne réussit pas très-bien sur la soie.
On peut chromer la laine en la tenant quelque temps dans ui^ bain faible d'un sel de chrome chaud (alun de chrome); mais la quantité d'oxyde fixé au tissu ne suffit, au plus, que comme mordant, et ne peut procurer une teinte verdâtre convenable.
Ayant un tissu teint en oxyde de chrome, on le transforme en divers composés qui en modifient la teinte ; tels sont les arsénites, les arséniates, les phosphates, les silicates, les chromâtes, les savons, les lessives.
Les arsénites donnent la teinture la plus verte et la plus agréable. Il suffit de passer à chaud en arsénite de soude; ou, si c'est de la laine, en acide arsénieux ou en arsénite neutralisé, pour obtenir la variation verte. L'arsénite de chrome, comparé à l'oxyde, présente une différence beaucoup moins tranchée de teinte à la lumière solaire qu'à la lumière artificielle.
L'oxyde de chrome devient olive en chlorures décolorants, par suite de la formation d'oxyde intermédiaire Cr*0*. Celui-ci est ramené au vert par une ébuUition au contact d'un corps réducteur.
On obtient la modification violette d'oxyde de chrome, sur coton, en décomposant une impression d'alun de chrome par l'ammoniaque, et en laissant macérer dans ce véhicule ;
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OU en employant une dissolution d'oxyde violet dans un acide et en le déplaçant par l'ammoniaque.