‹ Traité des matières colorantesChapitre 89 sur 124 · SÉCHAGE · texte numérisé non relu

SÉCHAGE

Après avoir subi cet épuisement, toute la bouillie de bleu est versée dans une cuve, délayée dans douze fois son poids d'eau la plus limpide et froide, enfin abandonnée au repos pendant douze heures. On trouve (alors au fond du récipient un pain à surface dure et polie comme du cristal, d'un bleu d'azur intense, représentant la moitié du poids du produit à obtenir; c'est le numéro 1 comme richesse de teinte.

La liqueur surnageante est décantée au siphon dans une autre cuve. Après un séjour de vingt heures, elle y donne le numéro 2, nuance moins vive que la précédente, mais d'un douci, d'une impalpabilité plus parfaite; c'est le tiers du produit.

On opère de même pour retirer les numéros 3 et 4. Quelques fabricants font un plus grand nombre de sortes en fractionnant semblablement les dépôts de ces quatre décantations principales. Mais la richesse de la couleur va toujours décroissant en raison inverse des numéros d'prdre.

La consommation du bleu d'outremer est aujourd'hui trèsconsidérable.

La peinture artistique du bâtiment et des décors fait plus spécialement usage du numéro 1.

Le numéro 2 est plus recherché par les imprimeurs sur tissus de coton en raison de son extrême finesse. Cette fixation se fait au moyen d'une dissolution d'albumine à laquelle on incorpore le bleu et que l'on coagule en soumettant le tissu imprimé à l'action de la vapeur d'eau.

Le numéro 1 reçoit encore une importante application dans l'art du papetier qui le fait entrer dans la composition des pâtes du papier azuré, et aussi de celui de luxe, afin d'en rehausser la blancheur.

Tout le monde sait aussi que, pour donner au linge fin l'éclat et la fraîcheur du neuf, on le passe après lavage dans une eau chargée de bleu en boule ; cet emploi n'était autrefois réservé qu'à l'indigo. Ces boules d'azur sont faites d'un mé-

lange à proportions variables, suivant la qualité de bleu^ des différentes sortes avec de la fécule grise, le tout lié en pâte au moyen d'une dissolution de gomme arabique très-forte et chaude. Pétrie et mélangée sur un marbre au moyen d'un rouleau, de fer, la matière rendue plastique est façonnée à la main par des femmes et des enfants, en boules de 480, 360 et 120 au kilogramme.

DEVIS ESTIMATIF DES CONSTRUCTIONS ET DU MATÉRIEL D'UNE . FABRIQUE DE BLEU D'OUTREMER.

(Jne halle de 50 mètres de longueur sur 12 de largeur, à un étage. 15,000 fr.

Une cheminée d'usine de 27 mètres 3,000

Quatre fours à cuire 2»400

Quatre torréfacteurs montés sur leurs fourneaux 1 ,600

Une chaudière de fonte de 8 hectolitres, montée sur son fourneau 800

Plaqites à sécher, environ 1>000 kil. fonte, à 25 fr. les 100 kilos. 250 Un générateur de vapeur à foyer intérieur, timbré à 5 atmosph.,

force, 10 chevaux, monté avec tous ses accessoires. 3,000

Une machine à vapeur de 10 chevaux 3,000

Le mécanisme de la transmission du mouvement aux moulins. . 2,000

Les 10 cuviers des moulins 300

Les meules desdits 500

Les trois broies à composition 1 ,500

Les bluteries et accessoires 500

Vingt cuves à laver 300

Tuyauterie, robinetterie, ustensiles divers, garnitures de foyer,

brouettes, bascules, etc 1,000

Deux mille creusets d'Étépigney (Jura), à 80 c. la pièce 1,600

Total 30,750 fr.

Ainsi outillé, on fait aisément trois opérations par semaine, qui coûtent en :.

Matières de trois fournées de- (12 masses chacune, composées comme jeTai dit :

Bernasses, à 35',50 la masse l,278f 50

Je compte le soufre à d5 £r. les 100 kilog.

— le kaolin a 7^,50 id,

— le sulfate de soude à 26 fr. id,

— le sel de soude à 50 fr. id,

— le charbon de bois lavé (poussier), à 2f,90 id,

A reporter. 1,278' 50

Report 1,278' 50

Coke de gai brûlé aux fours à creusets, 130 hectolitres à l',25. . . 150 00 Ck>ke de gax brûlé aux torréfacteurs et chaudières, 50 hectolitres

àlf,25,ci 62' 50

Charbon de terre au générateur de vapeur, 28 hectolitres à 2^50 70' 00

Main-d'œuvre, 7 2 journées d'ouvrier à 3 f r 216f 00

Creusets et couvercles hors d*usage, en moyenne 15^ 00

Éclairage, huile à graisser, terre à luter, et frais divers 30^ 00

Dépense au Total \ 1,821^ 50

Qui produit :

De 2,200 kilog. à 2,500 kilog. de bleu, dont la moyenne est 2,350 kil.

se divisant en :

No 1 : 1,175 kilog. — No 2 : 783 kilog. — N«« 3 et 4 ensemble : 408 kil.

Le kilogramme de marchandise en moyenne revient donc, brut, à la fabrique, de 0S7o à 0^80.

Il reste à ajouter à ce prix la quotité proportionnelle des frais généraux et de vente.

Le kilog; du n« 1 se vend de 2^50 à 3^00

— no 2 - ...... 1»,85 à 2',50

— no 3 — l',50 à 2f,75

— no 4 — If ,00 à l',25

D*après cela il est facile de calculer le bénéfice du manufacturier.

ESSAIS DES OUTREMERS (1).

Mélanges ou impuretés.

Les outremers ne sont guère susceptibles de falsifications. On trouve dans le commerce des azurs, mélanges d'outremer et d'un corps blanc, généralement des albâtres ou du sulfate de baryte. On peut rencontrer l'outremer à l'état de mélange soit avec une couleur rouge pour former du

(I) Communication inédite de M« Iwan Zuber au comité ds Chimie.

violet, soit avec du jaune pour amener au vert, mais cela se reconnaît ordinairement à simple vue.

Essais des qualités, — Les qualités essentielles à rechercher dans un outremer sont la beauté de la ntuzncej la jxnesse ou la ténuité de la poudre, la richesse colorante, la fixité de la combinaison.

On saisit le mieux la moindre différence dans les nuances en mettant une toute petite parcelle d'une sorte sur un fort échantillon d'une autre et en applatissant avec un couteau ou un plioir, puis en répétant l'épreuve inverse.

La finesse s'apprécie avec quelque habitude, assez exactement, en frottant un peu d'outremer entre deux ongles, ou bien en mettant même poids de plusieurs outremers en suspension dans l'eau dans des éprouvettes pareilles et en notant l'ordre dans lequel ils se déposent ; ou bien encore en frottant au doigt un peu de couleur et d'eau sur du papier et en examinant laquelle se délaye le plus facilement et le plus loin sous le doigt. On peut encore frotter à sec et noter la façon dont l'outremer s'étale.

Valeur colorante. — Pour apprécier la valeur colorante d'un outremer et la comparer à celle d'autres produits du même genre, on prend 0^',1 de chacun des échantillons à essayer et on le mélange intimement et à sec avec 1 gramme de blanc d'albâtre ou autre blanc, la coloration du mélange indique la richesse de l'outremer et fait mieux juger de la nuance. En adoptant lin type, on peut ainsi facilement classer les divers produits du commerce (1).

Les modes d'essais ci-dessus indiqués seront presque toujours à compléter en pratique par un essai de fabrication, notamment pour l'impression sur tissu, en fixant à l'albumine et en vaporisant. Certains outremers se comportent autrement ^u'on ne devrait s'y attendre et s'altèrent facilement.

(1) Ce mode d'essai a été proposé par M. Barreswill.

L'essai se fait à trois nuances.

Pour le foncé, on prend 280 grammes d*outremer par litre d'eau d'albumine d'œufe.

Pour le moyen, on prend 120 grammes d'outremer par litre d'eau d'albumine. »

Pour le clair, on prend 2S grammes.

On coupe l'échantillon imprimé en trois parties.

L'une reste intacte, la seconde est passée à l'eau bouillante et la troisième vaporisée, et Ton compare.

USAGES DE l'outremer ARTIFICIEL.

Cette belle matière colorante a reçu de nombreuses applications.

Elle sert dans la peinture à l'huile, à la miniature et à l'aquarelle, pour les impressions typographiques et lithographiques, les impressions sur tissus, la fabrication des papiers peints, la peinture murale, l'azurage, le bleuissage des étoffes, du linge dans les lessives, du sucre, de l'amidon, des bougies, du papier, de l'apprêt, la coloration de la cire à cacheter, des allumettes. Nous n'insisterons ici que sur ses emplois dans la fabrication des toiles peintes.

Pour l'impression on recherche avant tout la finesse, afin de ne pas user les rouleaux et les racles ou encrasser la gravure ; l'intensité de la nuance est importante à considérer quand il s'agit de couleurs foncées ; pour les claires on demande à la fois beauté de nuance, richesse colorante et fixité, ce qui est difficile à réunir, car les outremers les plus purs et les plus frais de nuance sont ordinairement les plus altérables et les moins colorants.

Le cyanogène, étudié avec soin par Gay-Lussac, forme la base d'un certain nombre de produits diversement colorés,

parmi lesquels les bleus occupent le premier rang au point de vue des applications,

La présence de ce composé remarquable imprime à tous les corps dans lesquels il intervient comme radical des propriétés communes qui permettent d'en former une classe à part et bien définie.

Les matières colorantes de ce groupe qui doivent particulièrement fixer l'attention de l'industriel sont : le bleu de Prusse ordinaire, le bleu de Prusse soluble et ses dérivés, le bleu de Turnbull insoluble, le bleu de TurnbuU soluble, le bleu à Tétain insoluble, le bleu à Tétain soluble, le vert Havraneck ou vert auprussiate de chrome-

Toutes ces préparations s'obtiennent par l'intermédiaire des cyanures jaunes et rouges, que l'industrie livre en quantités considérables ; mais la découverte du bleu de Prusse a précédé celle du cyanure jaune, aux dépens duquel il prend naissance. Elle a été faite par hasard en 1710 par un fabricant nommé Diesbach. Ayant voulu précipiter par du carbonate de potassium une solution de sulfate de fer, il obtint un dépôt bleu. Le carbonate employé pour cette expérience avait été fourni par Dippel, qui s'en était servi à faire des essais sur la génération de l'huile animale qui porte son nom (1); de là la présence accidentelle de cyanure jaune dans ce sel qui à l'état de pureté ne peut produire une semblable réaction.

Les cyanures jaune et rouge, bien que ne constituant pas par eux-mêmes des matières colorées, doivent être rangés dans la classe des substances colorables, susceptibles d'engendrer par des réactions nettes et simples des couleurs proprement dites, et l'étude de ces sels ne peut être détachée de celle des bleus qu'ils fournissent.

Nous aurions encore à mentionner quelques composés colorés tels que ceux qui dérivent de l'action des sulfocya-

(1) Benelios, Traité de chimie, t. III, p. 558.

nures sur les sels ferriques ou des nitroprussiates sur les sulfures alcalins, maïs les belles teintes rouges et violettes qui les distinguent ne sont pas, très-probablement, susceptibles de recevoir des applications.

Cyanogène. — Le cyanogène, ou générateur des couleurs, résulte de l'union du carbone et de Tazote, dans les rapports de 1 atome de carbone ou 12 parties et de 1 atome d'azote ou 14 parties. Son poids atomique est donc 26 et représenté par CAz. Sa molécule, composée de deux atomes, pèse S2. Dans beaucoup de circonstances il fonctionne comme radical susceptible d'être transporté par double échange d'un composé à l'autre, sans que sa nature complexe soit accusée en rien. Dans toutes ces réactions on peut représenter l'atome de cyanogène par un symbole de corps simple ou par Cy. D'autres fois, il subit des dédoublements qui ne permettent plus de laisser dans l'ombre le carbone et l'azote dont il est composé.

On obtient le cyanogène libre en chauffant le cyanure de mercure ou d'argent; le métal reste, tandis que le cyanogène se dégage sous forme d'un gaz incolore, d'une odeur forte et irritante qui provoque le larmoiement. Ce corps fonctionne comme radical monoatomique ; en se substituant, atome pour atome, à l'hydrogène des types généraux (HSH^0,C1H, AzH») , il engendre l'acide cyanhydrique CyH,

l'acide cyanique tJ 0, le chlorure de cyanogène CyCl, la

cyanamide AzH^Cy.

La synthèse directe du carbure d'azote n'a réussi par aucun des moyens tentés pour la réaliser, mais, toutes les fois que l'on met le carbone et l'azote en présence, dans des conditions telles qu'il puisse se former un cyanure alcalin, l'union des trois éléments (carbone, azote, métal alcalin), s'effectue. C'est ainsi que l'on obtient les cyanures :

1** En chauffant au rouge une matière azotée animale avec du potassium ou du sodium.

2*^ En chauffant au rouge vif ces mêmes substances ou le charbon azoté qui dérive de leur calcination avec des carbonates anhydres de potassium, de sodium, de baryum.

3** En dirigeant un courant d'azote sur un mélange incandescent de charbon et de carbonate de potassium ou de baryum.

i"" Par l'action de l'ammoniaque gazeuse sur du charbon chauffé au rouge.

Dans les procédés 2 et 3 on peut admettre que le carbone réduit les carbonates et que le métal alcalin détermine l'union du carbone et de l'azote libre ou naissant.

La réaction de la quatrième méthode est exprimée par l'équation

4AzH8 4- C» «= 2(CyAzH*) + CH*.

Le cyanure de potassium engendré ne peut être industriellement séparé des matières étrangères avec lesquelles il reste mélangé ; il est en effet trop soluble et trop altérable dans l'eau. On arrive à de meilleurs résultats en utilisant la propriété de ce corps de former avec les cyanures métalliques et notamment avec le cyanure fierreux des combinaisons doubles, beaucoup plus stables et faciles à amener à l'état de cristaux.

En pratique, si nous laissons momentanément de côté la nouvelle méthode de MM. Margueritte et de Sourdeval, fondée sur l'emploi de la baryte, on peut dire que le produit cya-: nique qui sert de matière première à la préparation de tous les autres, et qui sort des usines, est le cyanure jaune dont nous allons nous occuper en premier lieu.

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