XXXIT NOT. U1ST. SUR XAV. BICHAT
un des bustes de Bichat , et qu'il soit placé dans cette salle , comme un monument de l'estime que la Société lui portoit , et comme un ga^e de l'union qui doit animer tous les membres qui la composent.
La Société médicale a arrêté, dans sa séance extraordinaire du 16 fructidor, que le buste de Mar.-Fr.-Xav. Bichat seroit placé dans le lieu ordinaire de ses séances
TRAITÉ
ARTICLE PREMIER
Considérations générales sur la classification des membranes.
I. Les membranes n'ont point été jusqu'ici un objet particulier de recherches pour les anatomistes. Ce genre d'organes , disséminé pour ainsi dire dans tous les autres, concourant à la structure du plus grand nombre, ayant rarement une existence isolée, n'a jamais été isolément examiné par eux. Ils en ont associé l'histoire à celle des organes respectifs sur lesquels elles se déploient. Le péricarde et le cœur, la plèvre et le poumon, le péritoine et les organes gastriques, la sclérotique et l'œil, le gland et sa muqueuse enveloppe, les intes-
tins et leurs tuniques fongueuses, appartiennent toujours au même chapitre, dans leurs ouvrages. C'est, pour la description, la marche la plus simple et sans doute la meilleure; mais, en la suivant, les anatomistes, frappés de la différence de structure des organes, ont oublié que leurs membranes respectives pouvoient avoir de l'analogie ; ils ont négligé d'établir entre elles des rapprochements, et c'est là un vide essentiel.
II. La science manque ici de ces considérations générales qui précèdent, dans nos livres^ anatomiques, le traité de chaque système organique, tels que les systèmes nerveux, vasculaire, musculaire, osseux, ligamenteux, etc.; considérations qui forment la plus belle partie de l'étude de la structure animale, et qui nous montrent la nature, uniforme partout dans ses procédés, variable seulement dans leurs résultats, avare des moyens qu'elle emploie, prodigue des effets qu'elle en obtient, modifiant de mille manières quelques principes généraux, qui, différemment appliqués, président à notre économie et en constituent les innombrables phénomènes.
III. Haller, qui. sous le triple rapport de l'érudition, des expériences et de l'observation,
HES MEMBRANES. 3
semble avoir épuisé chaque point d'anatomie. n'a fait pour ainsi dire qu'effleurer celui-ci. Il n'établit dans son article Sur les membranes en gênerai aucune ligne de démarcation enlreelles. Une texture analogue les confond toutes; elles ne sont à ses yeux qu'une modification de l'organe cellulaire, qui lui fournit une base commune, toujours facile à ramener à son état primitif. Cette opinion, vraie sous un rapport, sera évidemment prouvée fausse sous plusieurs dans la suite de cet ouvrage. Ici , la moindre réflexion suffît pour concevoir que ces organes doivent différer, non-seulement par la manière dont est arrangée, entre-croisée, la fibre qui les forme, mais encore par la nature de cette fibre elle-même; qu'il y a entre eux différence de composition comme de tissu. Cette composition pourroit-elle être en effet la même dans des parties que distinguent leur conformation extérieure, leurs propriétés vitales, leurs fonctions?
IV. Plusieurs médecins célèbres ont conçu cette vérité depuis Haller; ils ont senti que, dans le système membraneux, diverses limites étoient à établir entre des organes jusqu'ici confondus. L'observation des caractères extrêmement variés que prend l'inflammation sur
chaque membrane leur en a surtout indiqué la nécessité; car souvent l'état morbifique, plus que l'état sain , développe nettement la différence des organes entre eux, parce que dans l'un, pius que dans l'autre cas, leurs forces vitales se montrent très-prononcées. M. Pinel a établi d'après ces principes un judicieux rapprochement entre la structure différente et les différentes affections des membranes : c'est en lisant son ouvrage, que l'idée de celui-ci s'est présentée à moi (1), quoique cependant plusieurs résultats s'y trouvent, comme on le verra, très-différents de ceux qu'il a énoncés.
Y. Lorsqu'on embrasse d'un coup d'œil général toutes les membranes de l'économie organique, il semble que la classification doit en être très-composée, tant par rapport à leur étonnante multiplicité, qu'à cause de leur ap-
(1) On aime à voir un jeune homme, plein de force et de talent, rendre un candide hommage au savant modeste qui l'a précédé dans la carrière et qui en a ouvert les voies; bien différent de ceux qui , pour faire un peu de bruit , n'ont pas craint d'empoisonner la vieillesse de l'homme vénérable dont la bonté les avait sortis de l'obscurité à laquelle leur médiocrité native les condamnait.
nLS MEMBRANES. D
parente variété dans chaque région. Ce n'est point exagérer la proportion des membranes internes avec la peau, que de la fixer de 8 : 1 ; et s'il étoit possible de les rassembler toutes en une même surface, peut-être aucune n'offriroit-elle un aspect exactement semblable à celui des autres. Cependant, pour peu qu'on réfléchisse à leur structure et à leurs fonctions, on voit bientôt que plusieurs se rapprochent, et que, quoiqu'une conformation extérieure différente semble les distinguer, cette différence n'est cependant que dans la forme , et nullement dans le fond de leur organisation.
VI. 11 faut donc fixer avec précision quelles membranes appartiennent à la même classe , quelles sont celles qui s'isolent ou se rapprochent entre elles : or, observons ici que les caractères de nos divisions ne doivent point être fondés sur des attributs extérieurs , étrangers pour ainsi dire à la nature de l'organe, mais bien sur cette nature elle-même. Ce n'est que sur l'identité simultanée de la conformation extérieure, de la structure, des propriétés vitales et des fonctions , que doit être fondée l'attribution de deux membranes à une même classe. Laissons à d'autres sciences les méthodes artificielles de distribution; ce n'est que paj
les méthodes naturelles que nous pouvons être conduits ici à d'utiles résultats.
VII. En classant les membranes d'après ces principes, nous pouvons, je crois, les rapporter à deux divisions générales : l'une comprendra les membranes simples, l'autre les membranes composées. J'appelle membranes simples celles dont l'existence isolée ne se lie que par des rapports indirects d'organisation avec les parties voisines : une membrane composée est celle qui résulte de l'assemblage de deux ou de trois des précédentes, et qui en unit les caractères souvent très-différents.
VIII. On peut distribuer dans trois classes générales les membranes simples. La première est celle des membranes muqueuses , dont j'emprunte la dénomination du fluide qui en humecte habituellement la surface libre, et que fournissent de petites glandes inhérentes à leur structure (i) ; elles revêtent l'intérieur de tous
(1) Il est fort douteux que ce soit les petites glandes dont parle Bichat, qui fournissent seules le mucus qui se voit sur la surface des membranes muqueuses ; il est beaucoup plus probable que cette sécrétion s'effectue par tous les points de la surface de la membrane.
DES MEMBIl.WLS.
les organes creux qui communiquent à l'extérieur par les diverses ouvertures dont la peau est percée : telles sont les cavités de la bouche, de l'œsophage, de l'estomac, des intestins, de la vessie, de la matrice (1) ; les fosses nasales, tous les conduits excréteurs, etc. . . . Dans la seconde classe se trouvent les membranes séreuseSj caractérisées aussi par le fluide lymphatique qui les lubrifie sans cesse, et qui, séparé par exhalation de la masse du sang, diffère en cela du précédent, qui s'en échappe par voie de sécrétion (2). Ici se rangent le péricarde, la plèvre, le péritoine, la tunique vaginale, l'a rachnoïde, la membrane synoviale des articulations, celle des coulisses des tendons, etc — Enfin, la troisième classe comprend les membranes fibreuses, que leur texture fait ainsi dénommer, qu'aucun fluide n'humecte, que compose une fibre blanche analogue aux tendons, et auxquelles se rapportent le périoste, laçlure-
(1) On regarde aujourd'hui comme très-douteux que l'intérieur de la matrice soit tapissé par une membrane muqueuse.
(2) Cette distinction est difficile à établir, et repose eu fraude partie sur une idée hypothétique sur laquelle nous reviendrons.