‹ Traité des membranes en général et de diverses membranes en particulierChapitre 16 sur 40 · XIII. La première de ces deux surfaces · texte numérisé non relu

XIII. La première de ces deux surfaces

pénétrant par la bouche, le nez et la face antérieure de l'œil, i° tapisse la première et la seconde de ces cavités, se prolonge, de l'une, dans les conduits excréteurs des parotides des glandes sous-maxillaires ; de l'autre, dans tous les sinus, forme la conjonctive, s'enfonce dans les points lacrymaux, le canal, le sac nasal, et se continue dans le nez ; 2° descend dans le pharynx et y fournit un prolongement à la trompe d'Eustache, qui de là pénètre dans l'oreille interne et la tapisse, comme nous le verrons ; 5° s'enfonce dans la trachée-artère, et se déploie sur toutes les voies aériennes; 4° pénètre dans l'œsophage et l'estomac; 5° se propage dans le duodénum, où elle fournit deux prolongemens, destinés, l'un au conduit cholédoque, aux rameaux nombreux de l'hépatique, aux cystiques et à la vésicule; l'autre, au pancréatique et à ses diverses branches; 6° se continue dans les intestins grêle et gros, et se termine enfin à l'anus, où on la voit s'identifier avec la peau.

XIV. La seconde membrane muqueuse générale pénètre dans l'homme par l'urètre , et de li se déploie, d'une part, sur la vessie, les uretères, les bassinets, les calices, les mamelons et les conduits capillaires qui s'ouvrent à

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leur sommet ; de l'autre part , elle s'enfonce dans les tubes excréteurs de la prostate, dans les conduits éjaculateurs , les vésicules séminales, les canaux déférents et les branches mille fois repliées qui leur donnent naissance. Chez la femme, cette membrane s'introduit par la vulve, et, pénétrant d'un côté par l'urètre, se comporte, comme dans l'homme, sur les organes urinaires; de l'autre côté, on la voit entrer dans le vagin, le tapisser, ainsi que la matrice, les trompes, et se continuer ensuite avec le péritoine par l'ouverture de ces conduits. C'est le seul exemple, dans l'économie, d'une communication établie entre les surfaces muqueuses et les séreuses.

XV. Cette manière d'indiquer le trajet des surfaces muqueuses, en disant qu'elles se prolongent, s'enfoncent, pénètrent, etc., dune cavité à l'autre, n'est point sans doute conforme à la marche de la nature, qui crée dans chaque organe les membranes qui lui appartiennent, et ne les étend point ainsi de proche en proche; mais notre manière de concevoir s'accommode mieux de ce langage, dont la moindre réflexion rectifie le sens.

XVI. En rapportant ainsi à deux membranes générales toutes les surfaces muqueuses, je suis

non-seulement appuyé sur l'inspection anatomique, mais encore l'observation pathologique me fournit et des points de démarcation entre elles deux, et des points de contact entre les diverses portions de membranes dont chacune est l'assemblage. Dans les divers tableaux d'épidémies catarrhales tracés par les auteurs, on voit fréquemment l'une de ces membranes être affectée en totalité, l'autre au contraire rester intacte; il n'est surtout pas rare d'observer une affection générale de la première, de celle qui se prolonge de la bouche, du nez et de la surface de l'œil dans les voies alimentaires et les bronches. La dernière épidémie observée à Paris, dont M. Pinel a été lui-même affecté, portoit ce caractère; celle de 1761, décrite par Razous, le présentoit aussi; celle de 1702, décrite dans les Mémoires de la Société d'Edimbourg, fut remarquable par un semblable phénomène : or, on ne voit point alors une affection correspondante dans la membrane muqueuse, qui se déploie sur les organes urinaires et sur ceux de la génération. Il y a donc ici, i° analogie entre les portions de la première par l'uniformité d'affection ; a0 démarcation entre les deux, par l'intégrité de l'une et la maladie de l'autre.

XVII. On voit aussi que l'irritation d'un point quelconque d'une de ces membranes détermine fréquemment une douleur dans un autre point de la même membrane qui n'est pas irrité. Ainsi le calcul dans la vessie cause une douleur au bout du gland (1); la présence des vers dans les intestins, une démangeaison au bout du nez, etc., etc.... Or, dans ces phénomènes purement sympathiques, il est infiniment rare que l'irritation partielle de l'une de ces deux membranes affecte douloureusement une des parties de l'autre.

XVIII. On doit donc, d'après l'inspection et l'observation, considérer la surface muqueuse en général comme formée par deux grandes

(j) Bichat a fort souvent, dans son étonnante activité d'esprit, et au milieu des aperçus les plus justes, laissé échapper des assertions qu'il lui aurait été difficile de prouver. Ici , par exemple , quelle preuve avait-il que c'était seulement l'irritation de la muqueuse de la vessie qui réagissait sympathiquement sur la muqueuse du gland? Il est d'observation , au contraire , que la douleur des calculeux se fait ressentir dans la totalité du gland, et non point exclusivement à sa surface. La même remarque peut être faite relativement à l'action des vers intestinaux.

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membranes successivement déployées sur plusieurs organes, n'ayant entre elles de communication que par la peau, qui leur sert d'intermédiaire, et qui, se continuant avec toutes deux , concourt ainsi avec elles à former une membrane générale partout continue , enveloppant au-dehors l'animal, et se prolongeant au-dedans sur la plupart de ses parties essentielles. On conçoit qu'il doit exister des rapports importants entre la portion intérieure et la portion extérieure de cette membrane unique : c'est aussi ce que d'ultérieures recherches vont bientôt nous montrer.

§ II. Organisation extérieure des membranes muqueuses.

XIX. Toute membrane muqueuse présente deux surfaces : l'une adhérente aux organes voisins; l'autre libre, hérissée de villosités , toujours humide d'un fluide muqueux. Chacune mérite une attention particulière.

XX. La surface adhérente correspond presque partout à des muscles. La bouche, le pharynx, tout le conduit alimentaire, la vessie, le vagin, la matrice, une portion de l'urètre, etc., présentent une couche nuisculeuse, embrassant au-dehors leur tunique muqueuse , qui

est en dedans. Cette disposition coïncide parfaitement dans les animaux à panicule charnu avec celle de la peau , qui d'ailleurs se rapproche de si près, comme nous le verrons, de la structure des membranes muqueuses, et qui, comme nous l'avons vu , leur est partout continue. Dans l'homme, l'organe cutané présente encore çà et là des traces de ce muscle extérieur, comme on le remarque au peaucier, au palmaire cutané, aux occipitaux frontaux, à là plupart des muscles du visage, etc.... Cette disposition des membranes muqueuses fait qu'elles sont agitées de mouvements habituels de contraction et de dilatation , qui favorisent la sécrétion qui s'y opère, et les diverses autres fonctions dont elles sont le siège.

XXI. L'insertion de cette couche musculeuse ne se fait pas immédiatement à la face externe des membranes muqueuses , mais bien , selon Albinus, à une couche dense de tissu cellulaire, que tous les auteurs anciens ont décrite, à l'estomac , aux intestins, à la vessie, etc. , sous le nom de tunique nerveuse 3 mais qui, bien examinée, ne présente aucun caractère analogue à celui qu'indique ce nom. L'expérience de l'insufflation par laquelle on la ramène à son état primitif n'est point aussi facile qu'Albinus et au-

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très l'ont prétendu : c'est ce qui m'a fait soupçonner que peut-être sa nature n'étoit pas cellulaire; qu'elle étoit probablement de texture fibreuse, formée par l'assemblage et l'entrecroisement d'une foule innombrable de tendons extrêmement déliés et à peine sensibles , offrant des points d'origine et de terminaison à toutes les fibres charnues de la couche musculeuse, lesquelles, comme on le sait, ne décrivent jamais des cercles entiers, mais bien des segments plus ou moins étendus de cette courbe. J'avoue que ce soupçon, quoique assez vraisemblable, n'est fondé sur aucune expérience décisive et rigoureuse.

XXII, Quelle que soit, au reste, la nature de cette membrane intermédiaire à la muqueuse et à la musculeuse, elle a évidemment une texture dense, serrée, qui lui donne une résistance très-analogue à une des couches fibreuses. C'est d'elle que l'organe reçoit sa forme; c'est elle qui maintient et assujettit cette forme : l'expérience suivante le prouve. Prenez une portion d'intestin; enlevez -lui dans un point quelconque celte couche, ainsi que la séreuse et la musculeuse; soflluez-la ensuite, après l'avoir liée inférieu rement : l'air détermine en cet endroit une hernie de la tunique

muqueuse. Retournez ensuite une autre portion d'intestin; privez-la, dans un petit espace, de sa membrane muqueuse et de celle-ci, l'insufflation produira sur les tuniques séreuses et musculeuses le même phénomène que dans le cas précédent elle a déterminé sur la muqueuse : donc c'est à cette couche intermédiaire qu'il doit sa résistance aux substances qui y tendent. Disons-en autant de l'estomac, de la vessie, de l'œsophage, etc.

XXIII. La surface libre des membranes muqueuses, celle qu'humecte habituellement le fluide dont elles empruntent leur nom, présente deux espèces de rides ou de plis. Les uns, inhérents à la structure de ces membranes, s'y rencontrent constamment, quel que soit l'état de dilatation ou de resserrement de l'organe : tels sont le pylore, les valvules conniventes des intestins grêles, celle de Bauhin, etc.... Ces plis sont formés non-seulement par la membrane muqueuse, mais encore par la tunique intermédiaire dont nous avons parlé, qui prend ici une densité et une épaisseur remarquables et qui assure leur solidité.

XXIV. Les autres plis sont .pour ainsi dire accidentels, et ne s'observent que pendant la contraction de l'organe : tels softt ceux de l'in-

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térieur de l'estomac, des gros intestins, etc. Dans le pins grand nombre des cadavres humains apportés dans nos amphithéâtres, ces plis dont on parle tant pour l'estomac ne sont point susceptibles d'y être aperçus, parce que, le plus communément, le sujet est mort à la suite d'une affection qui a altéré en lui les forces vitales, au point d'empêcher toute action de ce viscère; en sorte que, quoiqu'il se trouve fréquemment en état de vacuité, ses fibres ne sont nullement contractées.

XXV. Dans les expériences sur les animaux vivants, au contraire, ces plis deviennent trèssensibles; et voici comment on peut les démontrer. Faites copieusement manger ou boire un chien ; ouvrez-le à l'instant, et fendez l'estomac le long de la grande courbure : aucun pli n'est alors apparent; mais bientôt il se contracte; ses bords se renversent, toute la surface muqueuse se couvre d'une infinité de rides trèssaillantes, en forme de circonvolutions. On obtient le même résultat en arrachant d'un animal récemment tué l'estomac: en le distendant par Yr.'ir et l'ouvrant ensuite , ou bien encore en le fendant tout de suite dans son état de vacuité et en le tiraillant en sens opposé par ses bords, il s'étend, ses rides disparoissent, et

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si on cesse de les distendre, elles se reforment alors sur-le-champ d'une manière manifeste.

XXVI. J'observe, au sujet de l'insufflation de l'estomac, qu'en le distendant avec de l'oxigène, on ne détermine pas par le contact de ce gaz des rides plus prononcées, et par conséquent une contraction plus forte qu'en faisant usage pour le même objet du gaz acide carbonique. Cette expérience présente un résultat assez semblable à ce que j'ai observé en rendant des animaux emphysémateux par différents fluides aériformes. Les grenouilles et les cochons d'Inde (ce sont les deux espèces choisies pour avoir un exemple dans les animaux à sang rouge et froid, et dans ceux à sang rouge et chaud) ne présentent que très-peu de différences dans leur irritabilité et dans leur susceptibilité galvanique , soit qu'ils aient été soufflés par l'oxigène, soit qu'ils aient été gonflés par le gaz acide carbonique, et que conséquemment leurs muscles aient été en contact avec l'un ou avec l'autre, résultat différent de celui des diverses asphyxies. Ils vivent très-bien avec cet emphysème artificiel, qui finit peu à peu par se dissiper. L'emphysème avec le gaz nirreux est constamment mortel, et son contact semble frapper les muscles d'atonie. Distendu

par lui, l'estomac, au bout de peu de temps, ne se contracte pas, et ses rides ne paroissent plus. Au reste, ici, comme dans tous les essais qui ont les forces vitales pour objet, on obtient des résultats souvent très-variables.

XXVII. Il suit de ce que nous avons dit sur les replis des membranes muqueuses que, dans la contraction des organes creux qui tapissent ces membranes, elles ne subissent qu'une trèslégère diminution de surface, qu'elles ne se contractent presque pas, mais se plissent audedans, en sorte qu'en les disséquant sur son organe en contraction, on auroit une étendue presque égale à celle qu'elles présentent pendant sa dilatation. Celte assertion, vraie pour l'estomac (1), l'œsophage, les intestins, ne l'est peut-être pas tout-à-fait autant pour la vessie, dont la contraction montre au-dedans des rides

(1) Cette assertion est au contraire loin d'être exacte pour l'estomac; non-seulement la muqueuse de cet organe se plisse quand il revient sur lui-même, mais son épaisseur s'accroît d'une manière très-sensible; elle diminue beaucoup quand l'organe est même médiocrement distendu. Il est facile de vérifier ce fait soit sur le cadavre, soit sur l'animal vivant.

moins sensibles ; mais elles le sont assez pour ne point déroger entièrement à la loi générale. Il en est aussi à peu près de même de la vésicule du fiel; cependant ici on trouve une autre cause. Alternativement observée dans la faim et pendant la digestion, la vésicule contient le double de bile dans le premier cas que dans le second, comme j'ai eu occasion de le voir une infinité de fois dans des expériences faites sur cet objet ou dans d'autres vues. Or, lorsque la vésicule est en partie vide, elle r.e se contracte pas sur ce qui reste de bile avec l'énergie de l'estomac lorsqu'il contient peu d'aliments, avec la force de la vessie lorsqu'elle renferme peu d'urine. Elle est alors flasque; en sorte que sa distension ou sa non-cjistension n'influent que légèrement sur les replis de sa membrane muqueuse (1).

(1) Il y a plusieurs erreurs dans ce paragraphe. D'abord ce n'est pas à raison de ia digestion que la vésicule diminue de volume quand l'estomac contient des alimens, mais bien à cause de sa distension, et de la pression, médiate qu'il exerce sur la vésicule. Ensuite la vésicule du fiel n'est pas conlrâciile chez les mammifères ; aussi , comme le remarque trèsbien Bichat , elle est flasque quand elle contient peu

XXVIII. Au reste, en disant que les membranes muqueuses présentent toujours, à quelque différence près, la même surface dans l'extension et le resserrement de leurs organes respectifs, je n'entends parler que de l'état ordinaire des fonctions, et non de ces énormes dilatations dont on voit souvent l'estomac, la vessie, plus rarement les intestins . devenir le siège. Alors il y a sans doute une extension et une contraction réelles qui, dans la membrane, coïncident avec celle de l'organe.

XXIX. Une observation remarquable que nous présente la face libre des membranes muqueuses, et que déjà j'ai indiquée, c'est que cette face est partout en contact avec des corps hétérogènes à celui de* l'animal , soit que ces corps introduits du dehors pour le nourrir ne soient point encore assimilés à sa substance, comme on le Voit dans le tube alimentaire.

de bile; c'est une preuve évidente que ce n'est pas sa contraction qui a expulsé la bile de sa cavité. Au milieu des inexactitudes qui lui sont échappées, et qui tiennent en grande partie a la rapidité avec laquelle il composait, Bichat montre le plus souvent un excellent esprit et toujours une grande candeur d'observation.

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dans la trachée-artère; soit qu'ils viennent du dedans, comme on l'observe dans tous les conduits excréteurs des glandes, lesquels s'ouvrent tous dans des cavités tapissées par les membranes muqueuses, et transmettent au-dehors les molécules, qui, après avoir concouru pendant quelque temps à la composition des solides , leur deviennent hétérogènes , et s'en séparent par le mouvement habituel de décomposition qui se fait dans les corps vivants. D'après cette observation, on doit regarder les membranes muqueuses comme des limites, des barrières, qui, placées entre nos organes et les corps qui leur sont étrangers, les garantissent de l'impression funeste de ces corps. et servent par conséquent, au -dedans, aux mêmes fonctions que remplit au-dehors la peau à l'égard des corps qui entourent celui de l'animal, et qui tendent sans cesse à agir sur lui.

§ III. Organisation intérieure des membranes m uq ueuses.

XXX. 11 y a entre les membranes muqueuses et les autres cette*difFéretice essentielle sous le rapport de l'organisation intérieure, que toujours elles résultent de l'assemblage de plu-

sieurs feuillets, les séreuses, fibreuses, etc.. n'en ayant jamais qu'un. Ces feuillets ou couches sont, au corps réticulaire près, les mêmes que ceux qui composent la peau, avec laquelle ces sortes de membranes ont la plus exacte analogie. Nous allons isolément examiner chacune de ces couches, l'épiderme, le corps papillaire et le chorion, dans leurs attributs généraux. Nous considérerons ensuite les modifications particulières qu'elles subissent dans diverses parties des surfaces muqueuses.

XXXI. Tous les auteurs ont admis-lepiderme des membranes muqueuses; il paroît même que la plupart ont cru qu'il n'y a que cette portion de la peau qui descend dans les cavités pour les tapisser. ïlaller, en particulier, est de cette opinion. Mais la moindre inspection suffit pour remarquer qu'ici, comme à la peau, elle ne forme qu'une couche superficielle au corps papillaire et au chorion. L'eau bouillante, qui la détache de dessus le palais, la langue, le pharynx même, laisse ensuite apercevoir à nu les deux autres couches (1).

(1) Le véritable épiderrae des membranes muqueuses, c'est la couche (Je mucus qui les revêt; l'épiderme de la peau est aussi une couche de mucus,

XXXII. Cet épidémie est très-distinct sur le gland , à l'entrée de l'anus, de l'urètre , des fosses nasales, de la bouche, et en général partout où les membranes muqueuses commencent à se séparer de la peau. Il se démontre dans ces divers endroits par les fréquentes excoriations qui y surviennent, aux lèvres principalement par la dissection avec une lancette très-fine, qui sert à le soulever, par l'actiou de l'eau bouillante , l'approche d'un fer rougi , les épispastiques même , comme le prouve le procédé des anciens, qui, pour rafraîchir les bords libres du bec-de-lièvre, employoient ce moyen.

XXXIII. Mais à mesure que l'on s'enfonce dans la profondeur des membranes niuqueuses, l'existence de cette enveloppe y devient plus difficile à constater; l'instrument le plus délicat ne peut l'y soulever. L'eau bouillante ne la dé-

comme les analyses chimiques l'ont démontré. Il n'y a donc de différence entre l'épiderme proprement dit et la couche muqueuse qui revêt les membranes muqueuses, qu'en raison de la consistance ; dans un cas ie mucus est demi-liquide, dans l'autre il est solide. Cette différence physique des deux épidermes est p arfaitement appropriée à leurs fonctions respectives.

lâche point, au moins dans les intestins, la vésicule du fiel et l'estomac, que j'ai soumis à cette expérience, soit lorsque la chaleur vitale les avoit abandonnés, soit lorsque, arrachés palpitants du ventre d'un animal , ils étoient encore tout pénétrés des forces de la vie. Mais ce que nos expériences ne peuvent faire, les inflammations l'opèrent fréquemment. Tous les auteurs qui ont écrit sur les affections des organes qui tapissent ces membranes, rapportent des exemples de lambeaux plus ou moins considérables, rejetés au-dehors par l'urètre, l'anus, la bouche, les narines, etc. Haller a recueilli un grand nombre d'observations semblables. Sans doute qu'alors la séparation de l'épiderme se fait à peu près comme on le voit dans les inflammations cutanées. Au reste, dans plusieurs cadavres morts avec des signes d'inflammation sur les membranes muqueuses, et que j'ai déjà eu occasion de disséquer ou de faire disséquer, je n'ai pu encore observer cette séparation s'opérant, c'est-à-dire l'épiderme se soulevant dans un point, et restant encore adhérent aux autres, comme dans l'érysipèle. J'ai essayé sans succès de la déterminer par l'application d'un épispastique sur la tunique interne des intestins d'un chien.

XXXIV. Cet épiderme est sujet, comme celui de la peau, à devenir calleux par la pression. Choppart cite l'exemple d'un berger dont le canal de l'urètre présentoit cette disposition, à la suite de l'introduction fréquemment répétée d'une petite baguette, pour se procurer des jouissances voluptueuses. On connoît la densité que prend cette enveloppe dans l'estomac des gallinacés. Dans certaines circonstances où les membranes muqueuses sortent au-dehofs, comme dans les chutes de l'anus, du vagin, de la matrice, dans les anus contre nature, etc.. quelquefois la pression des vêtements produit dans cet épiderme une épaisseur sensiblement plus considérable que celle qui lui est naturelle.

XXXV. L'épiderme est joint aux poils sur la peau, quoiqu'elle ne leur donne pas immédiatement naissance. Quelquefois aussi on observe des productions piliformes dans les membranes muqueuses. La vessie , l'estomac , les intestins, la membrane pituitaire, ont été, en diverses circonstances, le siège de ces excroissances non naturelles : Haller en cite divers exemples (1).

(1) C'est probablement à la muqueuse des voies

XXXVI. Cette enveloppe paroit avoir sur les surfaces muqueuses la même texture qu'à la peau,' à la finesse près, dans les lames dont elle résulte. C'est à cette finesse et par là môme à la dénudation des nerfs, qu'il faut sans doute rapporter la facilité qu'on éprouve à exciter dans la sensibilité diverses modifications remarquables , lorsque , par les procédés galvaniques, on arme de zinc la surface muqueuse de la conjonctive, de la pituitaire, de la membrane interne du rectum ou des gencives, etc., et qu'on met en contact immédiat ou médiat ces métaux divers. L'épiderme se reproduit avec promptitude lorsqu'il a été enlevé. Dépourvu de toute espèce de sensibilité, il est, sous ce rapport, destiné, comme la peau, à garantir le corps papillaire très-sensible qui lui est sous-jacent. C'est à sa présence sur les mem-

urinaires qu'il faut, rapporter les poils qui forment les caractères de la gravelle que j'ai nommée pileuse, et ceux qui se voient quelquefois dans certains calculs décrits par M. J. Cloquet. Mais alors pourquoi ces poils ne restent-ils pas implantés dans les buibes qui les ont produits? pourquoi se mêlent ils avec le dépôt salin de l'urine , dans quelques cas ,en quantité vraiment extraordinaire? (Yoy. Journal de Pltysiol. exp., Tom.VI.)

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branes muqueuses qu'on doit attribuer la faculté qu'elles ont d'être exposées à l'air et même au contact des corps extérieurs, sans s'exfolier ni s'enflammer, comme on le voit dans les anus contre nature, les chutes de l'anus, etc. ... ; tandis que les membranes fibreuses et séreuses ne supportent jamais impunément ce contact: de là aucun danger, sous ce rapport au moins, d'ouvrir la vessie; de là, au contraire, le précepte si justement recommandé de ne pas ouvrir la cavité du péritoine, d'inciser, le moins possible, les capsules synoviales, etc J'observe que l'existence de l'épiderme sur les membranes muqueuses est importante à considérer, par rapport à l'opinion de ceux qui , comme Séguin, les en croyant dépourvues, ont dit que la contagion se gagnoit toujours par le poumon , et non par la peau, que garantit , selon eux, cette enveloppe (1).

XXXVII. A l'épiderme succède, dans l'organisation de la peau, le corps muqueux ou ré-

(1) Je l'ai déjà dit, le véritable épidémie des membranes muqueuses est la couche de mucus qui les revêt dans l'état sain, el qui ne diffère de l'épiderme ac la peau qu'en ce que dans les membranes muqueuses le mucus est visqueux, et que dans la peau il est

4iculaire, spécialement décrit par Malpighi, et généralement considéré comme le siège de la couleur des diverses races humaines. On le décrit comme une couche criblée de trous par le passage des mamelons nerveux. M. Sabattier indique la manière de le voir; Sœmmering l'a, dit-on, isolé de l'épidémie et du chorion sur le scrotum d'un Éthiopien : j'avoue que je n'ai encore pu l'apercevoir; M. Portai ne paroît pas avoir été plus heureux.

XXXVIII. On distingue seulement une espèce de suc gélatineux, intermédiaire au corps papillaire et à 1'épiderme, et le plus communément même il n'est pas apparent; jamais je n'ai pu non plus l'observer avec précision. En examinant attentivement la peau d'un uègre, j'ai vu, 1'épiderme étant enlevé, la surface externe du chorion teinte en noir, et voilà tout. Au reste, quels que soient et ce corps réticulaire et cet enduit muqueux , certainement ils n'existent pas dans les membranes muqueuses, puisqu'elles ne participent point à la coloration des

sec et de forme membraneuse. Que leur membrane muqueuse se trouve accidentellement et durant un certain temps exposée à l'air, h; mucus se solidifie el prend les caractères de l'epiderme de la peau.

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téguments. L'ardeur du soleil, qui obscurcit ceux-ci dans les blancs , ne paroît point agir sur le commencement de ces membranes, exposées, ainsi qu'eux, à cette ardeur, comme on le voit au bord rouge des lèvres , etc. J'ai remarqué plusieurs fois cependant, sur le palais des chiens soumis à mes expériences, des taches analogues à celles qui coloroient ça et là leur enveloppe extérieure (1).

XXXIX. La sensibilité de la peau est due, comme on le sait, principalement au corps papillaire; celle des membranes muqueuses, entièrement analogue à celle de la peau, me paroît tenir à la même cause. Les papilles de ces membranes ne peuvent être révoquées en doute; à leur origine, là où elles s'enfoncent dans les cavités, dans le commencement même de ces cavités, comme sur la langue, au palais, à la partie interne des ailes du nez , sur le gland , dans la fosse naviculaire , au-dedans des lèvres, etc , l'inspection suffît pour les y démontrer. Mais on demande si , dans la profondeur de ces membranes, ces papilles existent aussi. L'analogie l'indique, puisque la :ensibi-

(1) Voir sur ce sujet les Expériences de M. Gautier, et ma Physiologie, Tom. III.

lité y est la même qu'à leur origine; mais l'inspection le prouve d'une manière non moins certaine. Je crois que les villosités dont on les voit partout hérissées ne sont autre chose que ces papilles.

XL. On a eu sur la nature de ces villosités des idées très-différentes : elles ont été considérées, à l'œsophage et dans l'estomac, comme destinées à l'exhalation du suc gastrique ; aux intestins , comme servant à l'absorption du chyle, etc.... Mais, i° il est difficile de concevoir comment un organe, partout à peu près semblable, remplit en diverses parties des fonctions si différentes. Je dis à peu près semblable, car on sait que les villosités des intestins grêles sont plus prononcées que celles des gros, etc.. 2° Quelles seroient les fonctions des villosités de la membrane pituitaire, de la tunique interne de l'urètre, de la vessie, si elles n'ont pas rapport à la sensibilité de ces membranes? 3° Les expériences microscopiques si vantées de Leiberkuhn sur l'ampoule des villosités intestinales ont été contredites parcelles de Hunier, de Cruikshank , et surtout de Hewsson. Je puis assurer n'avoir rien vu de semblable à la surface des intestins grêles , à l'instant de l'absorption chyleuse; et cependant il paroît

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qu'une chose d'inspection peut varier. 4" H est vrai que ces villosités intestinales sont accompagnées partout d'un réseau vasculaire, qui leur donne une couleur très -différente de la couleur des papilles cutanées; mais la non-ap parence du réseau cutané ne dépend que de la pression de l'air atmosphérique, et surtout de la crispation qu'il occasione dans les petits vaisseaux (1). Voyez, en effet, le fœtus sortant du sein de sa mère : sa surface cutanée est aussi rouge que celle de ses membranes muqueuses; et si les papilles étoient un peu plus prolon-

(i) La rougeur de la peau du foetus lient surtout à la préseHce et à la température du liquide de Pamnios. Quand on veut trop généraliser, il naît des obstacles difficiles à surmonter. Sans doute , il est bon et utile d'étudier les muqueuses comme une seule et même membrane étendue sur un grand nombre d'organes différens; mais dès qu'on pousse l'examen de la .-.tructure de cette membrane jusqu'à certains détails, on est arrêté par des différences trèstranchées. Dans la réalité, les membranes muqueuses diffèrent essentiellement, selon les organes et même selon les parties d'organes. La muqueuse de l'œsophage ne ressemble pour ainsi dire en rien à celle de l'estomac ou du nez. La membrane de l'intestin grêle est tout autre que celle du gros intestin ou que

gées, sa peau ressembleront exactement à la face interne des intestins (i). Qui ne sait, d'ailleurs, que le réseau vasculaire, entourant les papilles cutanées^est rendu sensible par les injections fines, au point de changer entièrement la couleur de la peau?

XLI. Que, dans l'estomac, ce réseau vasculaire exhale le suc gastrique ; que dans les intestins il s'entrelace avec l'origine des absorbants, de manière que ceux-ci embrassent les villosités : c'est ce dont on ne peut douter d'après les expériences et les observations des

celle de la vessie; et ce sont précisément ces différences qu'il faut remarquer, bien pins que les ressemblances, qui sont très-légères. Dans les animaux, les caractères sont encore plus opposés; la portion splénique de l'estomac du cheval est entièrement différente de la membrane de la portion pylorique du même organe. Chacun des quatre estomacs des ruminans offre une disposition très-différente: ce sont donc ces dispositions particulières qu'il faut étudier si l'on veut savoir quelles sont les fonctions de chacun de ces organes. En général, les différences sont bien plus importantes à connaître que les analogies.^

(1) Cette comparaison est évidemment forcée et inexacte.

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anatomistes qui se sont occupés, dans ces derniers temps, du système lymphatique. Mais cela n'empêche pas que la base de ces villosités ne soit nerveuse, et qu'elles ne fassent sur les membranes muqueuses les mêmes fonctions que les papilles sur l'organe cutané (i). Cette manière de les envisager, en expliquant leur existence généralement observée sur toutes les surfaces muqueuses, me paroît bien plus conforme au plan de la nature, que de leur supposer en chaque endroit des fonctions diverses et souvent opposées.

XL1I. Au reste, il est difficile de décider la question par l'observation oculaire. La ténuité de ces prolongements en dérobe la structure, même à nos instruments microscopiques, espèce d'agents dont la physiologie et l'anatomie ne me paroissent pas d'ailleurs avoir jamais retiré un grand secours, parce que quand on regarde dans l'obscurité, chacun voit à sa manière et suivant qu'il est affecté (2). C'est donc l'ob-

(1) Cette base nerveuse des papilles est une pure supposition que Bichat aurait été embarrassé de prouver par le seul genre de preuve qu'elle comporte , c'est-à-dire la dissection.

(2) Quand on fait des recherches microscopiques,

servation des propriétés vitales qui doit surtout nous guider : or, il est évident qua en juger d'après elles, les villosités ont la nature que je leur attribue. Voici une expérience qui me sert à démontrer l'influence du corps papillaire sur la sensibilité cutanée; elle réussit aussi sur les membranes muqueuses. On enlève l'épiderme dans une partie quelconque et on irrite le corps papillaire avec un stylet aigu : l'animal s'agite, crie, et donne des marques d'une vive douleur. On glisse ensuite par une petite ouverture faite à la peau un stylet pointu dans le tissu cellulaire sous-cutané, et on irrite la face interne du chorion ; l'animal reste en repos, ne jette

on ne regarde pas clans l'obscurité. On se sert d'un instrument qu'il faut connaître à fond avant de se mettre a l'œuvre : qu'un anatomiste, sans être physicien, veuille employer le microscope, il sera la dupe de nombreuses illusious ; et s'il a l'esprit spéculateur, il fera un système; mais qu'un esprit sage et réservé étudie avec soin le mécanisme du microscope, et qu'ensuite il applique l'instrument a la structure des organes, il pourra obtenir les résultats les plus satisfaisans. 11 est facile, mais peu sage, de blâmer ce qu'on connaît peu ou point; c'est un détour de la vanité paresseuse.

muqueuses. 3;

aucun cri, à moins que quelques filets nerveux, heurtés par hasard , ne le fassent souffrir. Il suit de là bien évidemment que c'est à la surface externe de la peau que réside sa sensibilité, que les nerfs traversent le chorion sans concourir à sa texture, et que leur épanouissement n'a lieu qu'au corps papillaire. Il en est de même aux surfaces muqueuses.

XLIII. La longueur des papilles, leur forme même, varient dans les diverses surfaces muqueuses ; leur aspect n'est point le même à l'estomac, aux intestins, à la vessie, à la vésicule du fiel, sur le gland, etc. ; ce qui coïncide trèsbien avec la sensibilité propre à chaque organe, sensibilité prouvée par une foule d'observations recueillies depuis Cordeu, qui le premier a fixé l'attention des physiologiste? sur les modifications particulières que subit cette propriété dans les diverses parties.

XLIV. Les membranes muqueuses ont leur chorion comme la peau : il est épais au palais, aux gencives, dans la membrane pituitaire ; plus mince à l'estomac, aux intestins; peu distinct à la vessie, à la vésicule du fiel, dans les conduits excréteurs. Il paroît fo/mé de couches cellulaires condensées et fortement unies, comme à la peau. La macération développe

cette texture d'une manière très-sensible. 11 y a, cependant cette différence, que dans lhydropisie le chorion cutané se soulève et se résout en cellules distinctes, que rempli t l'eau ; au lieu que rien de semblable ne s'observe, dans la même circonstance, sur le chorion muqueux. Cette différence dans l'état morbifique en suppose-t-elle une dans la structure? Non, car la membrane synoviale est ce rtainementdemême nature que les membran es séreuses, et cependant elle ne participe point aux diathèses hydropiques qui souvent les affectent en totalité. 11 seroit curieux d'exposer à l'action du tan les membranes muqueuses, pour voir s» elles présenteroient les mêmes phénomènes que la peau.

§ IV. Glandes des membranes muqueuses.

XLV. Outre la triple couche dont nous venons de parler, les membranes muqueuses présentent encore dans leur structure une trèsgrande quantité de glandes et de nombreux vaisseaux sanguins. Les glandes muqueuses existent dans toutes les membranes de ce nom, situées au-dessous de leur chorion, ou même dans son épaisseur; elles versent sans cesse par

des trous imperceptibles une humeur mucilagineuse, qui lubrifie leur surface libre, et la garantit de l'impression des corps avec lesquels elle est en contact, en même temps qu'elle favorise le trajet de ces corps (1).

XL VI. Ces glandes, très-apparentes aux bronches, au palais, à l'œsophage et aux intestins, où elles prennent le nom des anatomistes qui les ont décrites avec exactitude , sont moins sensibles dans la vessie, la matrice, la vésicule du fiel, les vésicules séminales, etc.; mais la mucosité qui en humecte les membranes démontre irrévocablement leur existence. En effet, puisque d'une part ce fluide est à peu près de la même nature sur toutes les surfaces muqueuses, et que, d'une autre part, dans celles où les glandes sont apparentes il est évidemment fourni par elles, il doit être séparé de

(1) Bichat De donne aucune preuve que les glandes muqueuses soient les seuls agens sécrétoires de la mucosité; les observations directes sur la membrane muqueuse vivante montrent au contraire le mucus sortant de tous les points de la membrane. (Voyez ma Physiologie, Tom. II.) De même que l'épidémie, les ongles, les poils, le mucus se forme et s'accroît encore quelque temps après la mort.

même dans celles où elles sont moins sensibles. L'identité des fluides sécrétés, en effet, suppose l'identité des organes sécrétoires. Il paroît que là où ces glandes se cachent à nos yeux, la nature supplée par leur nombre à leur ténuité. Au reste, il est des animaux où, aux intestins surtout, elles forment, par leur multitude, une espèce de couche nouvelle ajoutée à celles dont nous avons parlé. Ceci est remarquable dans le palais de l'homme, dans les piliers du voile, etc.

XLVII. Il y a donc cette grande différence entre les membranes muqueuses et les séreuses, que le fluide qui lubrifie les unes est fourni par sécrétion, tandis que celui qui humecte les autres l'est par exhalation. On connoît peu la composition des fluides muqueux , parce que dans l'état naturel il est difficile de les recueillir ; et dans l'état morbifîque, où leur quantité augmente , comme dans les catarrhes , par exemple, cette composition change probablement. Mais leurs fonctions dans l'économie animale ne sont pas douteuses.

XLVIII. La première de ces fonctions est de garantir les membranes muqueuses de l'impression des corps avec lesquels elles sont en contact, et qui tous, comme nous l'avons ob-

serve , sont hétérogènes à celui de l'animal. Voilà, sans doute, la raison pour laquelle les fluides muqueux sont plus abondants là où ces corps séjournent quelque temps, comme dans la vessie, à l'extrémité du rectum, etc., que là où ils ne font que passer, comme dans les uretères, et en général dans tous les conduits excréteurs. Voilà encore pourquoi, lorsque l'impression de ces corps pourroit être funeste, ces fluides se répandent en plus grande quantité sur leurs surfaces. La sonde qui pénètre l'urètre et qui y séjourne ; l'instrument qu'on laisse dans le vagin pour y serrer un polype ; celui qui, dans la même vue, reste quelque temps dans les fosses nasales ; la canule fixée dans le sac lacrymal pour le désobstruer, .celle qu'on assujettit dans l'œsophage pour suppléer à la déglutition empêchée , déterminent toujours sur les portions de la surface muqueuse qui leur correspond une sécrétion plus abondante du fluide qui y est habituellement versé. C'est là une des raisons principales qui rendent difficile le séjour des sondes élastiques dans la trachée-artère. L'abondance des mucosités qui s'y séparent alors , en bouchant les trous de l'instrument, nécessite de fréquentes réintroductions, et même peuvent menacer le malade

de suffocation , comme Desault lui-même l'a observé, quoique cependant il ait plusieurs fois retiré de grands avantages de ce moyen.

XLIX. Il paroît donc que toute excitation un peu vive des surfaces muqueuses détermine dans les glandes correspondantes une augmentation remarquable d'action. Mais comment cette excitation, qui n'a pas lieu immédiatement sur la glande, peut-elle avoir sur elle une si grande influence (1)? Car, comme nous l'avons dit, ces glandes sont toujours sous-jacentes à la membrane, et par conséquent séparées par elle des corps qui l'irritent. Il paroît que cela tient à une modification générale de la sensibilité glanduleuse, qui est susceptible d'être mise en jeu par toute irritation fixée à l'extrémité des conduits excréteurs. Les considérations suivantes serviront à le prouver : i° la présence des aliments dans la bouche détermine la salive à y couler plus abondamment ; 2° la sonde fixée dans la vessie et irritant les uretères ou leur voisinage , augmente l'écoulement de

(1) Le fait dont parle ici Bichat n'étant pas exact, son application n'a aucune valeur, bien que les raisons qu'il apporte soient excellentes sous d'autres rapports.

l'urine; 3° il suffit souvent, pour faire contracter cet organe de manière à surmonter les obstacles du canal . d'introduire à moitié une bougie dans celui-ci ; 4° l'irritation du gland et de l'extrémité de l'urètre détermine, dans le coït, la contraction des vésicules séminales et augmente l'action sécrétoire du testicule; 5° Faction d'un fluide irritant sur la conjonctive occasione une abondante sécrétion de larmes; 6" en faisant des expériences sur l'état des viscères gastriques pendant la digestion et pendant la faim, j'ai observé que, tant que les aliments sont seulement dans l'estomac, l'écoulement de la bile est peu considérable, mais qu'il augmente quand ils passent dans le duodénum, en sorte qu'on en trouve alors beaucoup dans cet intestin. Dans la faim, la vésicule du fiel est très-distendue; peu de bile coule dans les intestins. A la fin et même au milieu de la digestion, la vésicule contient la moitié moins de bile ; cependant elle devroit d'autant plus facilement se vider dans l'abstinence, qu'alors la bile qui s'y trouve est d'un vert foncé , très-amère, très-acre, et par conséquent trèssusceptible d'irriter l'organe qui la renferme. Au contraire, dans le milieu ou à l'issue immédiate de la digestion , elle est beaucoup plus

claire, plus douce, moins irritante; il faut donc qu'il y ait pendant la digestion un autre stimulus : or, ce stimulus, ce sont les aliments passant à l'extrémité du cholédoque *.

L. Concluons de ces nombreuses considérations , qu'un des moyens principaux qu'emploie la nature pour augmenter l'action des glandes et pour déterminer celle de leurs con-

* On a beaucoup disputé pour savoir s'il y avoit une bile critique et une bile hépatique, si l'une étoit d'une nature différente de l'autre , si leur quantité augmentait ou varioit, etc. Les opinions contraires et même opposées ont été appuyées sur des expériences nombreuses, faites sur les animaux vivants, comme Haller l'a très-bien fait observer. Ces expériences , quoiqu'au premier coup d'œil contradictoires, ne le sont pas cependant, comme j'ai eu occasion de m'en convaincre , en les répétant aux diverses époques de la digestion et pendant l'abstinence de l'animal , ce qu'on n'avoit point encore fait avec précision. Voici ce que j.'ai observé sur les chiens qui ont servi à mes expériences.

i°. Pendant l'abstinence, l'estomac et les intestins grêles étant vides, on trouve la bile des conduits hépatique et cholédoque, jaunâtre, claire; la surface du duodénum et du jéjunum teinte par une bile qui présente le même aspect; la vésicule du fiel très-

duits excréteurs ,^'est l'irritation de l'extrémité de ces conduits; et c'est à cela qu'il faut rapporter la sécrétion abondante et l'excrétion des fluides muqueux dans les cas rapportés cidessus. C'est encore à cette susceptibilité des glandes muqueuses pour l'irritation de l'extrémité de leurs conduits, qu'il faut attribuer les rhumes artificiels qu'on est parvenu à produire

distendue par une bile verdâtre, amère, d'autant plus foncée et plus abondante, que la diète a été plus longue. 20. Pendant la digestion stomacale, qu'on peut prolonger assez long-temps en donnant au chien de gros morceaux de viande, qu'il avale sans mâcher, les choses sont à peu près dans le même état. 5°. Au commencement de la digestion intestinale, on trouve la bile du conduit hépatique toujours jaunâtre, celle du conduit cholédoque plus foncée, la vésicule moins pleine, et sa bile devenant déjà plus claire. 4°- Sur la fin de la digestion et tout de suite après, la bile des conduits hépatique, cholédoque, celle contenue dans la vésicule du fiel, celle qui se trouve répandue sur le duodénum, sont absolument de la couleur de la bile hépatique ordinaire, c'est-à-dire d'un jaune clair peu amère. La vésicule n'est qu'à moitié pleine; elle est flasque, point contractée.

Ces observations, répétées un très-grand nombre de fois, prouvent évidemment que telle est pendant

par la respiration des vapeurs de l'acide muriatique oxigéné ; l'écoulement muqueux qui accompagne la présence d'un polype, d'une tumeur quelconque dans le vagin, de la pierre dans la vessie, etc.; la fréquence des fleurs blanches dans les femmes qui font un usage immodéré du coït; l'écoulement plus abondant du mucus des narines chez les personnes qui

l'abstinence et la digestion la manière dont se fait l'écoulement de la bile. i°. Il paroît que dans tous les temps le foie en sépare une quantité très sensible, (|uantité qui augmente cependant dans la digestion. 2°. Celle qui e^t fournie durant l'abstinence se partage entre l'intestin, qui s'en trouve toujours coloré, et la vésicule, qui 'la retient sans en verser aucune portion par le conduit cystique, et où, ainsi retenue, elle acquiert un caractère d'âcreté , une teinte foncée, nécessaire sans doute à la digestion qui va suivre. 5°. Lorsque les aliments, ayant été digérés par l'estomac, passent dans le duodénum , alors toute la bile hépatique, qui auparavant se parlageoit, coule dans l'intestin, et même en plus grande abondance; d'une autre part, la vésicule verse aussi celle qu'elle contient sur la pulpe alimentaire, qui s'en trouve alors toute pénétrée. 4°- Après la digestion intestinale, la bile hépatique diminue et commence à couler eu partie dans le duodénum , et à refluer en partie dans

prennent du tabac, etc. Dans tous ces cas, il y a évidemment excitation de l'extrémité des conduits muqueux.

LI. Les membranes muqueuses, par la continuelle sécrétion dont elles sont le siège, jouent encore un rôle principal dans l'économie animale. On doit les regarder comme un des grands émonctoires par lesquels s'échappent sans cesse au-dehors les résidus de la nutrition , et par

la vésicule, où, examinée alors, elle est claire et en petite quantité, parce qu'elle n'a encore eu le temps ni de se colorer, ni de s'amasser en abondance.

Il y a donc cette différence entre les deux biles , que l'hépatique coule d'une manière continue dans l'intestin, et que la cystique reflue , hors le temps de la digestion, dans la vésicule , et coule pendant cette fonction vers le duodénum; ou plutôt c'est toujours le même fluide, dont une partie conserve toujours le caractère qu'il a en sortant du foie; l'autre va pn prendre un différent dans la vésicule. La diversité de couleur de la bile cystique, suivant qu'elle a ou non séjourné, a beaucoup d'analogie avec la couleur de l'urine, qui, plus ou moins retenue dans la vessie, se trouve plus ou moins foncée (1).

(i) Bichat parle dans cette note beaucoup trop affirmativement sur la manièfe dont se fait l'écoulement de la bile; au milieu d'observations justes il y a plusieurs explications hasardées.

conséquent comme un des agents principaux de la décomposition habituelle , qui enlève aux corps vivants les molécules qui, ayant concouru pendant quelque temps à la composition des solides, leur sont ensuite devenus hétérogènes.

LU. Remarquez en effet que tous les fluides muqueux ne pénètrent point dans la circulation , mais qu'ils sont rejetés au-dehors ; celui de la vessie, des uretères, de l'urètre, avec l'urine; celui des vésicules séminales, des conduits déférents, avec la semence ; celui des narines par l'action de se moucher ; celui de la bouche, en partie par l'évaporation, en partie par l'anus, avec les excréments; celui des bronches, par l'exhalation pulmonaire, qui s'opère principalement par la dissolution dans l'air de la respiration, de ce fluide muqueux (1); ceux de l'œsophage , de l'estomac , des intestins , de

(1) L'exhalation pulmonaire consiste principalement dans la vaporisation de la partie aqueuse du sang de l'artère pulmonaire. On peut augmenter à volonté celte exhalation en rendant plus abondante la sérosité du sang. ( Voyez ma Physiologie, Tom. II.) Le mucus ne pourrait point se vaporiser, si ce n'est dans la partie d'eau qui entre dans sa composition.

la vésicule, du fiel, etc.. avec les excréments, dont ils forment souvent, dans l'état ordinaire, une partie presque aussi considérable que le résidu des aliments, et même qu'ils composent presque en entier dans certaines dyssenteries, dans certaines fièvres, où la quantité de matières rendues est évidemment disproportionnée avec celle que l'on prend, etc. Observons à ce sujet qu'il y a toujours quelques erreurs dans l'analyse des fluides en contact avec les membranes dont nous parlons, comme l'urine, la bile, le suc gastrique, etc., parce qu'il est très-difficile , impossible même , d'en séparer les fluides muqueux.

LUI. Si l'on se rappelle ce qui a été dit précédemment sur l'étendue des deux surfaces muqueuses générales , égales et même supérieures à. l'étendue de l'organe cutané ;^si l'on se représente ensuite ces deux grandes surfaces rejetant sans cesse au-dehors les fluides muqueux, on verra de quelle importance doit être, dans l'économie, cette évacuation, et de quels dérangements sa lésion peut devenir la source. C'est sans doute à cette loi de la nature, qui veut que tout fluide muqueux soit rejeté au-dehors , qu'il faut attribuer dans le fœtus la présence du fluide onctueux dont est

pleine la vésicule du fiel, le méconium engorgeant ses intestins, etc., espèces de fluides qui ne paroissent être qu'un amas de sucs muqueux, qui, ne pouvant s'évacuer, séjournent, jusqu'à la naissance, sur les organes respectifs où ils ont été sécrétés (1).

LIY. Ce ne sont pas seulement les fluides muqueux qui sont rejetés au-dehors, et servent ainsi d'émonctoires à l'économie; presque tous les fluides , séparés de la masse du sang par voie de sécrétion , se trouvent dans ce cas : cela est évident pour la partie la plus considérable de la bile ; vraisemblablement que la salive, le suc pancréatique et les larmes sont aussi rejetés avec les excréments, et que leur couleur seule les empêche d'y être distingués comme la bile. Je ne sais même si, en réfléchissant à une foule de phénomènes, on ne seroit pas tentéjd'établir en principe général que tout fluide séparé par sécrétion ne rentre point dans la circulation;

(1) Ici Bichat ne s'aperçoit pas que ses expressions ne rendent pas ses idées. Un fluide onctueux ne peut éïre un amas de fluide muqueux ; le méconium est le résidu de la digestion qui s'opère dans l'estomac et les intestins du fœtus; celte matière ne peut être non plus un ama de mucus.

MUQUEUSES. 5l

que ce phénomène n'appartient qu'aux fluides séparés par exhalation, comme ceux des cavités séreuses, des articulations, du tissu cellulaire, de l'organe médullaire, etc. ; que tous les fluides sont ainsi excrémentiels ou récrémentiels, et qu'aucun n'est excrément récrémentiel^ comme l'indique la division vulgaire *.

LV. Ce qu'il y a de sûr au moins , c'est que je n'ai pu parvenir à faire absorber par les lymphatiques la bile et la salive, en les injectant dans le tissu cellulaire d'un animal ; elles y ont constamment donné lieu à une inflammation et ensuite àundépôt(i). 2°. On sait que l'urine in-

* La bile dans la vésicule, l'urine dans la vessie, la semence dans les vésicules séminales, sont certainement absorbées; mais ce n'est pas le fluide luimême qui rentre en circulation : ce sont ses parties les plus ténues , quelques-uns de ses principes que nous ne connoissons pas bien, vraisemblablement la partie aqueuse, iympba tique; cela ne ressemble point à l'absorption de la plèvre et aulres membranes analogues , où le fluide rentre dans le sang tel qu'il en est sorti.

(1) Il est vrai que souvent l'injection de la bile ou d'autre liquide, même de l'eau, peut donner lieu à des inflammations du tissu cellulaire; mais cela

filtrée ne s'absorbe pas non plus et frappe de mort tout ce qu'elle touche, tandis que les infiltrations de lymphe, de sang, se résolvent facilement. 3°. H y a une différence essentielle entre le sang et les fluides sécrétés, sous le rapport de la décomposition. Au contraire, sous ce rapport, les fluides exhalés s'en rapprochent beaucoup, comme la sérosité, etc. Mais cette discussion nous entraîneroit au-delà des bornes que nous devons ici nous prescrire; j'y reviendrai dans un autre ouvrage.

§ VI. Système vascuiaire des membranes muqueuses.

LVI. Les membranes muqueuses reçoivent un très-grand nombre de vaisseaux. La rougeur remarquable qui les distingue suffîroit pour nous le prouver, quoique les injections ne le démontreroient pas. Cette rougeur n'est pas partout uniforme; moindre dans la vessie, les gros intestins, les sinus de la face, elle est très-marquée à l'estomac, aux intestins grêles, au vagin, etc. Elle dépend d'un réseau vascu-

n'empêche pas qu'ils ne soient très-promptement absorbés, comme des centaines d'expériences me l'ont démontré.

laire extrêmement multiplié, dont les branches, après avoir traversé le chorion et s'y être ramifiées, viennent s'épanouir en se divisant à l'infini sur sa surface, y embrassant le corps capillaire, et se trouvant recouvertes seulement par l'épiderme.

LVII. C'est la position superficielle de ces vaisseaux qui les expose fréquemment aux hémorragies , comme on le remarque principalement aux narines , comme on le voit dans l'hémoptysie, dans l'hématémèse ou vomissement de sang, dans l'hématurie ou hémorragie des voies urinaires, dans certaines dysenteries où le sang s'échappe des paroies intestinales, dans les hémorragies utérines, etc. ; en sorte que les hémorragies spontanées, indépendantes de toute violence externe portée sur les vaisseaux ouverts, paroissent être une affection spéciale des membranes muqueuses ; qu'il est rare de les observer ailleurs que dans ces organes , et qu'elles forment au moins un des grands caractères qui les distinguent de toutes les autres membranes (1).

(1) I! n'est pas très-rare de voir de pareilles hémorragies à la peau , à la surface du cerveau ; et l'utérus en offre un exemple régulier aux époques

LVHI. C'est aussi la position superficielle du système vasculaire des membranes muqueuses, qui fait que leurs portions visibles, comme le rebord rouge des lèvres , le gland , etc. , servent souvent à nous indiquer l'état, de la circulation. Ainsi dans les diverses espèces d'asphyxie, dans la submersion, la strangulation, etc., ces parties présentent une lividité remarquable, effet de la gêne qu'éprouve le sang veineux à traverser le poumon, et de son reflux vers les surfaces, où le système des veines naît de celui des artères.

LIX. J'ai déjà fait observer que dans le fœtus et l'enfant nouveau-né le système vasculaire étoit aussi manifeste dans l'organe cutané que dans les membranes muqueuses; que la rougeur y é'«.oit la même : elle s'y trouve même encore plus marquée dans les premiers temps de la conception; mais, bientôt après la naissance, toute la rougeur de la peau semble se concentrer sur les membranes muqueuses , qui, auparavant inactives, n'avoient pas besoin d'une circulation aussi prononcée , mais qui ,

menstruelles, bien qu'il soit prouvé aujourd'hui que la cavité de l'utérus ne soit pas tapissée par une membrane muqueuse.

devenant tout à coup le siège principal où se passent les phénomènes de la digestion, de l'excrétion de la bile, de l'urine, de la salive, etc., doivent recevoir une quantité plus grande de sang. Au reste, l'exposition longtemps continuée des membranes muqueuses à l'air leur fait perdre souvent cette rougeur qui les caractérise, et elles prennent alors l'aspect de la peau, comme l'a très-bien observé M. Sabattier. en traitant des chutes de la matrice et du vagin, qui, par cette circonstance, en out imposé quelquefois et fait croire à un hermaphrodisme.

LX. Il se présente une question importante dans l'histoire du système vasculaire des membranes muqueuses, celle de savoir si ce système admet plus ou moins de sang, suivant diverses circonstances. Comme les organes au<dedans desquels se déploient ces sortes de membranes sont presque tous susceptibles de contraction et de dilatation, ainsi qu'on le voit à l'estomac, aux intestins, à la vessie, etc., on a cru que pendant la dilatation les vaisseaux, mieux déployés, recevoient plus de sang, et que durant la contraction, au contraire, repliés sur eux-mêmes, étranglés pour ainsi dire, ils n'admettoient qu'une petite quantité de ce

fluide, lequel reflue alors dans les organes voisins. M. Chaussier a fait une application de ces principes a l'estomac , dont il a considéré la circulation comme étant alternativement inverse de celle de l'épiploon, lequel reçoit pendant la vacuité de cet organe le sang que celuici, lorsqu'il est contracté, ne peut admettre. On a aussi attribué à la rate un usage analogue , depuis Lieutaud. Voici ce que l'inspection des animaux ouverts pendant l'abstinence et aux diverses époques de la digestion m'a montré à cet égard.

LX1. i°. Pendant la plénitude de l'estomac, les vaisseaux sont plus apparents à l'extérieur de ce viscère que pendant la vacuité; au-dedans. la surface muqueuse n'est pas plus rouge, elle m'a paru même quelquefois l'être moins. 2°. L'épiploon, moins étendu pendant la plénitude de l'estomac, présente à peu près le même nombre de vaisseaux apparents , aussi longs , mais plus ployés sur eux-mêmes que dans la vacuité *. S'ils sont alors moins gorgés de sang, la

* Ceci est une conséquence nécessaire de la disposition du système vasculaire de l'estomac. En effet, la grande coronaire stomachique étant transversalement siluée entre lui et !'épiplooii, et fournissant des

MUQUEUSES. 5j

différence n'est que très -peu sensible. J'observe, à cet égard, qu'il faut , pour bien distinguer ceci, prendre garde qu'en ouvrant l'animal le sang ne tombe sur l'épiploon qui se présente, et n'empêche ainsi de distinguer l'état où il se trouve. 3°. Je puis assurer qu'il n'y a pas de rapport tellement constant entre le volume de la rate et la vacuité ou la plénitude de l'estomac, que ces deux circonstances coïncident d'une manière nécessaire; et que si le premier organe augmente et diminue dans diverses circonstances, ce n'est point toujours précisément en sens inverse de l'estomac (1). J'avois d'a-

branches à l'un et a l'autre, il est évident que lorsque l'estomac se loge, en les écartant, entre les lames de l'épiploon, et que celui-ci, en s'appliquant sur lui. devient plus court; il est, dis-je, évident que les branches qu il reçoit de la coronaire ne peuvent également s'y appliquer aussi. Pour cela , il faudroit qu'elles se portassent de l'un à l'autre sans le tronc intermédiaire qui les coupe à angle droit : alors, en se distendant, l'estomac les écarteroit comme l'épiploon, et se logeroit entre elles; au lieu qu'il les pousse devant lui avec leur tronc commun, la coronaire, et les fait plisser.

(1) Le volume de la rate varie suivant une multitude de circonstances, et principalement suivant la

bord fait, comme Lieutaud, des expériences sur des chiens pour m'en assurer; mais l'inégalité de grosseur, d'âge de ceux qu'on m'apportoil, me faisant craindre de n'avoir bien pu comparer leur rate, je les ai répétées sur des cochons d'Inde, de la même portée, de la même grosseur, et examinés en même temps, les uns pendant que l'estomac étoit vide, lès autres pendant sa plénitude. J'ai presque toujours trouvé le volume de la rate à peu près égal, ou du moins la différence n'étoit pas très-sensible. Cependant, dans d'autres expériences, j'ai vu se manifester, en diverses circonstances, des inégalités dans le volume de la rate et surtout

quantité du sang que contiennent les vaisseaux sanguins. On peullaire varier ce volume du simple au double en augmentant artificiellement le volume du sang. Si on ouvre l'abdomen d'un animal vivant et qu'on prenne les dimensions de la rate avec un compas, et qu'ensuite on injecte une certaine quantité d'eau dans les veines, on voit les dimensions de la rate s'accroître graduellement. Une aulre cause influe aussi sur le volume de cet organe; c'est une contraction très-évidente qu'éprouve la rate particulièrement sous l'influence de certaines substances , telles que la noix vomique, le camphre, etc., et par l'effet du contact de l'air.

dans la pesanteur de ce viscère, mais c'étoit indifféremment pendant ou après la digestion. Il paroît, d'après tout ceci, que si pendant la vacuité de l'estomac il y a un reflux de sang vers l'épiploon et la rate, ce reflux est moindre qu'on ne le dit communément. D'ailleurs, pendant cet état de vacuité , les replis nombreux de la membrane muqueuse de ce viscère lui laissant , comme nous l'avons dit plus haut , presque autant de surface et par conséquent de vaisseaux que pendant la plénitude, le sang doit y circuler presque aussi librement. Il n'a alors d'obstacles réels que dans les tortuosités, et non dans le resserrement , la constriction , l'étranglement de ces vaisseaux par la contraction de l'estomac : or, cet obstacle est facilement surmonté.

LXII. Quant aux autres organes creux, il est difficile d'examiner la circulation des organes voisins pendant leur plénitude et leur vacuité, attendu que les vaisseaux de ceux-ci ne sont point superficiels comme dans l'épiploon, ou qu'eux-mêmes ne se trouvent pas isolés comme la rate. On ne peut donc, pour décider la question, que voir l'état des membranes muqueuses à leur face interne : or, cette face m'a toujours paru aussi rouge pendant la con-

traction que pendant la dilatation. Au reste, je ne donne ceci que comme un fait, sans prétendre en tirer aucune conséquence opposée à l'opinion commune. 11 est possible en effet que, quoique la quantité de sang soit toujours à peu près la même , la rapidité de la circulation augmente, et que par conséquent, dans un temps donné, plus de ce fluide y aborde pendant la plénitude ; ce qui paroît nécessaire à la sécrétion, plus grande alors, des fluides muqueux.

§ VI. Variétés d'organisation des membranes muqueuses dans diverses régions.

LX11I. L'assemblage de 1'épiderme, du corps papillaire, du chorion, des glandes et des vaisseaux , constitue , dans les membranes muqueuses, leur intime organisation, qui présente de très-grandes variétés dans les diverses régions où on les examine. Je n'indiquerai que les principales de ces variétés; car en aucun endroit ces membranes ne présentent le même aspect, et pour décrire toutes leurs différences, il faudroit toutes les examiner.

LX1V. Une de ces variétés, c'est celle qu'offre l'aspect des membranes muqueuses à leur origine, mises en parallèle avec celui sous lequel

muqueuses. 6i

elles se présentent dans la profondeur des organes. Comparez, par exemple, la surface du gland, du bord libre de la face interne des lèvres, des gencives, de la face interne des paupières , du commencement de l'urètre, de l'anus, de la vulve, etc., avec une portion quelconque de la surface de l'estomac, des intestins, etc. : vous verrez, d'un côté, le corps papillaire peu prononcé, n'offrant point la forme villeuse, l'épidémie épais, très-distinct et facile à s'enlever, le chorion très-caractérisé, les vaisseaux un peu moins superficiels, les glandes muqueuses très-multipliées , très-grosses surtout à la bouche; de l'autre côté, vous rencontrerez des caractères presque opposés. On diroit qu'à leur origine les membranes muqueuses ont une structure moyenne entre celle de la peau et celle de leur portion profonde. LXV. Une autre variété de structure non moins frappante, c'est celle qui se rencontre dans la portion de surface muqueuse qui tapisse les sinus. Presque plus de rougeur, ténuité extrême, impossibilité de distinguer les trois couches dont nous avons parlé , point de glandes muqueuses sensibles, quoiqu'il y ait une sécrétion remarquable de mucosités : voilà les caractères de ces prolongements de la

pituitaire, que l'on considère comme propres à augmenter l'odorat, mais qui ne remplissent pas cette fouction dans le sens où on l'entend communément. En effet, à l'instant où une odeur pénètre dans le nez, ayant l'air pour véhicule, elle ne peut tout à coup s'introduire dans les sinus, vu l'extrême rétrécissement des ouvertures par lesquelles ces cavités communiquent dans les narines ; mais peu à peu elle y pénètre, imprègne tout l'air qui y est contenu, et ne pouvant que difficilement en ressortir, par la même raison qu'elle y est difficilement arrivée, elle prolonge le sentiment, qui s'évanouit bientôt, sur la membrane pituitaire elle-même par le renouvellement de l'air. Ainsi la pituitaire est donc destinée à recevoir l'impression des odeurs, et ses prolongements dans les sinus à les retenir.

LX VI. Je remarque à l'égard de la structure particulière de la portion de membrane muqueuse qui tapisse les sinus, que celle du prolongement qui se déploie dans l'oreille interne est absolument la même, à la différence près d'une finesse encore plus marquée dans le tissu. Tous les anatomistes appellent cette membrane le périoste àé la caisse de l'oreille interne. Les considérations suivantes prouvent que ce

n'est point une membrane fibreuse analogue à celle qui enveloppe les os, mais une couche muqueuse semblable à celle des sinus. i° On la voit évidemment se continuer avec la membrane pituitaire , au moyen du prolongement de la trompe d'Eustache. 2° On la trouve habituellement humide d'un fluide muqueux , que ce canal sert à transmettre au-dehors, caractère étranger aux membranes fibreuses, toujours inhérentes par leurs deux faces. 3° Aucune fibre ne peut y être distinguée. 4° Sou apparence fongueuse, quoique blanchâtre; sa mollesse, la facilité avec laquelle elle cède au moindre agent dirigé sur elle pour la déchirer, sont un caractère que n'offre en aucun endroit le périoste.

LXV1I. Je passe sur les autres différences de structure des membranes muqueuses dans leurs différentes régions, différences très-réelles partout; j'observe seulement, i° que ces variétés les distinguent des membranes séreuses, dont l'aspect est partout le même, comme on peut le voir en comparant ensemble le péricarde, le péritoine, etc. ; 2° que cette variété coïncide, comme déjà je l'ai fait observer, avec les différences qu'on observe dans la sensibilité de diverses portions de ces membranes : ainsi l'é-

64 HËMBRAïCES

métique est un irritant pour l'estomac, et non pour la conjonctive ; la pituitaire perçoit exclusivement les odeurs; la surface muqueuse de la langue, les saveurs, etc. , etc. Au contraire, le contact de tous les corps sur les membranes séreuses mises à nu produit des phénomènes exactement analogues, comme nous le verrons.

§ VIII. Forces vitales des membranes muqueuses.

LX'VIII. La sensibilité des membranes muqueuses est un des grands caractères qui les distinguent des autres organes analogues. Cette force inhérente aux corps organiques, variable dans chaque partie, prompte à se développer dans les unes sous l'influence du moindre excitant, difficile à être mise en jeu dans les autres, présente dans toutes, susceptible de passer, par l'inflammation, de l'état le plus obscur au dernier degré d'intensité, cette force est remarquable ici par des caractères très-analogues à ceux qu'elle présente dans la surface cutanée, avec laquelle la surface muqueuse a, comme nous l'avons dit, de grands traits de ressemblance du côté de la structure. C'est à cette analogie de sensibilité qu'il faut rapporter une foule de phénomènes qui se déploient

MUQUEVSES. 63

alternativement et flans un ordre inverse sur l'une et sur l'autre surface. Je vais successivement indiquer quelques-uns de ces phénomènes.

LXIX. i°. Lorsque la température de l'air ambiant engourdit la sensibilité de l'organe cutané en resserrant son tissu, la sensibilité de la surface muqueuse reçoit un accroissement d'énergie remarquable. Voilà pourquoi , dans -l'hiver, dans les climats froids, etc., où les fonctions de la peau sont singulièrement bornées, toutes celles des membranes muaqueuses s'agrandissent en proportion : de là une exhalation pulmonaire plus marquée, les sécrétions internes plus abondantes, la digestion plus active, plus prompte à s'opérer, par conséquent l'appétit plus facile à être excité. 2° Lorsqu'au contraire la chaleur du climat, de la saison, etc., vient à relâcher, à épanouir la surface cutanée, on diroit que la surface muqueuse se resserre en proportion : en été, dans le Midi, etc., diminution des sécrétions internes, de celle de l'urine, par exemple; lenteur des phénomènes digestifs, par le défaut d'action de l'estomac et des intestins; appétit tardif à revenir, etc. 5° La suppression subite • les fonctions de l'organe cutané détermine

souvent un accroissement maladif dans celle de l'organe muqueux. L'air froid , qui arrête la transpiration, produit fréquemment des rhumes, des catarrhes ; espèce d'affection que caractérisent surtout la sensibilité et l'action augmentées des glandes muqueuses. 4° Dans diverses affections des membranes muqueuses, les bains, qui relâchent, épanouissent la peau, produisent d'heureux effets.

LXX. Les considérations précédentes établissent évidemment l'influence des forces vitales de la peau sur celles des membranes muqueuses ; d'autres, non moins importantes, démontrent la dépendance réciproque où la peau se trouve des forces vitales des mêmes membranes. i° Pendant la digestion, où les sucs muqueux pleuvent de toute part et en abondance dans l'estomac et les intestins, où les membranes muqueuses des viscères gastriques sont par conséquent dans une grande action, l'humeur de l'insensible transpiration diminue notablement, selon l'observation de Sanctorius; elle est en très -petite quantité trois heures après le repas : en sorte que l'action de l'organe cutané est visiblement moins énergique. 2° Pendant le sommeil, où toutes les fonctions internes deviennent plus marquées, s'exécu-

tent dans leur plénitude, où la sensibilité des membranes muqueuses est par conséquent très-caractérisée, la peau semble être frappée d'une débilité manifeste, débilité qu'indique le froid dont elle est saisie lorsque l'animal reste à découvert , comme, pendant la veille , son défaut de susceptibilité pour les divers excitants, etc., etc.

LXX1. Comme celle de l'organe cutané, la sensibilité des membranes muqueuses est essentiellement soumise à l'immense influence de l'habitude, qui, tendant sans cesse à émousser la vivacité du sentiment, dont elles sont le siège, ramène également à l'indifférence la douleur et le plaisir qu'elles nous font éprouver, et dont elle est, comme on sait, le terme moyen.

LXXII. Je dis premièrement que l'habitude ramène à l'indifférence les sensations douloureuses nées sur les membranes muqueuses. La présence de la sonde qui pénètre l'urètre pour la première fois, est cruelle le premier jour, pénible le second, incommode le troisième, insensible le quatrième ; les pessaires introduits dans le vagin, les tampons fixés dans le rectum, les tentes assujetties dans les fosses nasales, la canule placée à demeure dans le canal nasal, présentent à divers degrés les mêmes phéno-

mènes. C'est sur cette remarque qu'est fondée la possibilité de l'introduction des sondes dans la trachée-artère, pour suppléer à la respiration; dans l'œsophage, pour produire une déglutition artificielle. Cette loi de l'habitude peut même aller jusqu'à transformer en plaisir une impression d'abord pénible: l'usage du tabac pour la membrane pituitaire, de divers aliments pour la palatine, en fournissent de notables exemples (1).

LXXIII. Je dis, en second lieu, que l'habitude ramène à l'indifférence les sensations agréables nées sur les surfaces muqueuses. Le parfumeur placédans une atmosphère odorante; le cuisinier, dont le palais est sans cesse affecté de délicieusessaveurs, ne trouvent point dans leurs professions les vives jouissances qu'elles préparentaux autres. De l'habitude peut même naître la succession du plaisir à de pénibles sensations; comme dans le cas précédent elle ramène la peine au plaisir. J'observe au reste que cette influence remarquable de l'habitude

(1) Celte règle souffre de nombreuses exceptions. Combien ne connaît-on pas d'exemples de semblables contacts , d'abord presque insensibles , et qui sont devenus insupportables en se répétant!

ne s'exerce que sur les sensations produites pas le simple contact, et non sur celles que donne la lésion réelle des membranes muqueuses; aussi n'adoucit-elle pas les douleurs causées sur la vessie par la pression et même le déchirement que produit la pierre; sur la surface de la matrice par un polype, etc.

LXX1V. C'est à ce pouvoir de l'habitude sur les forces vitales des membranes muqueuses , qu'il faut eu partie rapporter la diminution graduelle de leurs fonctions qui accompagne l'âge. Tout est excitant pour l'enfant, tout s'émousse chez le vieillard. Dans l'un, la sensibilité très-active des surfaces muqueuses alimentaires, biliaires, urinaires, salivaires, etc., concourt principalement à produire cette rapidité avec laquelle se succèdent les phénomènes digestif et sécrétoire; dans l'autre, cette sensibilité , émoussée par l'habitude du contact, n'enchaîne qu'avec lenteur les mêmes phénomènes.

LXXV. N'est-ce point de la même cause que dépend cette remarquable modification de la sensibilité des surfaces muqueuses; savoir, qu'à leur origine, comme sur la pituitaire , la palatine, le gland, l'ouverture du rectum, etc., elles nous donnent la sensation des corps avec

lesquels elles sont en contact, et qu'elles ne proeurent point cette sensation dans les organes profonds qu'elles tapissent , comme les inlestins , etc. ? Dans la profondeur des organes, ce contact est toujours uniforme : la vessie ne connoît que le contact de l'urine; la vésicule, que celui de la bile; l'estomac, que celui des aliments mâchés et réduits, quelle que soit leur diversité, à une pâte pulpeuse analogue. Cette uniformité de. sensation entraîne la nullité de perception , parce que pour percevoir il faut comparer, et qu'ici deux termes de comparaison manquent. Aussi le fœtus n'a-t-il pas la sensation des eaux de l'amnios; aussi l'air, très-irritant d'abord pour le nouveau-né , finit-il par ne pas lui être sensible. Au contraire, au commencement des membranes muqueuses, les excitants varient à chaque instant; l'âme peut donc en percevoir la présence, parce qu'elle peut établir des rapprochements entre leurs divers modes d'action. Ce que je dis est si vrai, que si , dans la profondeur des organes, les membranes muqueuses sont en contact avec un corps étranger et différent de celui qui leur est habituel, elles en transmettent la sensation à l'âme. L'algalie dans la vessie , les sondes qu'on en-

fonce dans l'estomac, etc. , en sont un exemple. L'air frais, qui. dans une grande chaleur de l'atmosphère , est tout-à-coup introduit dans la trachée- artère, promène sur toute la surface des bronches une agréable sensation ; mais bientôt l'habitude nous y rend insensibles , et nous cessons d'en avoir la perception. LXXVI. Il est très-difficile d'indiquer exactement le caractère des forces toniques des membranes muqueuses (1), parce que, étant unies presque partout à une couche musculeuse , on ne peut guère distinguer ce qui appartient à la tonicité de l'une, de ce qui dépend de l'irritabilité de l'autre : ou bien , si les membranes muqueuses sont isolées, comme

(1) Cette force tonique de Bicbat exprime des phénomènes de nature très-différente , tels que la simple élasticité des canaux qui reviennent sur euxmêmes après avoir élé distendus; la propriété de se resserrer par la diminution de la masse des parois ; la contractilité musculaire, comme il arrive à l'urètre qui comprime la sonde par les contractions des releveurs de l'anus, ou par la contraction de la portion dite membraneuse , bien qu'elle soit réellement musculouse , d'après les dernières recherches de M. Amussat.

7^" MLilKRAÎftS

aux narines , leur adhérence rend très-obscurles phénomènes de leurs forces toniques. Cependant l'action des conduits excréteurs sur leurs fluides respectifs; celle de la vésicule du fiel, des vésicules séminales, qui sont dépourvues d'accessoires musculeux ; la contraction quelquefois spasmodique de l'urètre sur la sonde qui le pénètre , ne laissent pas de doute sur l'énergie de cette force tonique, semblable sans doute, dans ses diverses modifications , à celle qu'on observe dans l'organe cutané.

§ VIII. Sympathie des membranes muqueuses,

LXXVI1. Je rapporte à trois classes générales, les sympathies des membranes muqueuses, comme celles de la plupart des autres organes. Dans la première classe se rangent les sympathies dans lesquelles l'irritation d'une partie quelconque de la surface muqueuse détermine dans une autre partie l'exercice de la sensibilité. Une pierre dans la vessie occasione une douleur au bout du gland; les vers des intestins excitent une démangeaison du nez. W hytt a vu un corps étranger introduit dans l'oreille affecter douloureusement tout le côté correspondant de la tête ; un ulcère de la vessie dé-

terminer, chaque fois que le malade urinoit, une douleur à la partie supérieure des cuisses,, etc., etc.

LXXVIII. Je rapporte à la seconde classe les sympathies où l'irritation d'un point quelconque de la surface muqueuse détermine dans un autre l'exercice de l'irritabilité: ainsi une impression trop vive sur la pituitaire fait éternuer; l'irritation des bronches fait tousser; les calculs biliaires déterminent des vomissements spasmodiques , les pierres urinaires causent la rétraction du testicule à l'anneau, etc., etc. Dans tous ces cas il y a contraction des muscles , déterminée par l'irritation des surfaces muqueuses, loin de l'endroit où arrive cette contraction.

LXX1X. La dernière classe des sympathies des membranes muqueuses renferme celle où l'irritation d'un point quelconque de leur étendue détermine ailleurs l'exercice de la tonicité. C'est ici qu'il faut rapporter ce que nous avons dit plus haut sur l'action glanduleuse, augmentée par l'irritation de l'extrémité des conduits excréteurs. Ainsi il est évident que l'augmentation des forces toniques de la parotide pour séparer la salive, de son conduit excréteur pour la transmettre lorsque l'ex-

trémité de ce conduit est irritée par les aliments, les médicaments siliagogues , etc.; il est, dis-je , évident que cette augmentation est un phénomène purement sympathique. On pourroil caractériser chacune de ces trois classes de sympathies par le nom de la force vitale qu'elle met en jeu , en appelant la première , sympathie de sensibilité ; la seconde, sympathie d'irritabilité; la troisième, sympathie de tonicité. LXXX. Cette manière de classer les sympathies, entièrement empruntée de l'état des forces vitales , dont elles ne* sont que des modifications irrégulières , que des aberrations encore inconnues dans leur nature , me paroît préférable à celle de Whytt, qui suit tout simplement l'ordre des régions , et même à celle de Barthez, qui, plus méthodique en ce qu'il les examine successivement dans les organes liés par systèmes, dans ceux qui sont isolés , dans ceux situés dans les moitiés symétriques du corps, est cependant sujette, comme je le démontrerai ailleurs, à de très-graves inconvénients.

§ IX. Fonctions des membranes muqueuses.

LXXXI. J'ai déjà examiné plusieurs fonctions des membranes muqueuses, je les ai

ML'QUEISES. 70

considérées, i° comme un des grands émonctoires de l'économie animale; 20 comme remplissant à l'égard des corps hétérogènes qui existent au-dedans de nos organes les mêmes fonctions que la peau à l'égard des corps extérieurs qui l'environnent; 3° comme facilitant le trajet de ces corps hétérogènes par le fluide muqueux qui les lubrifie. 11 me reste à examiner trois questions très-agitées dans ces derniers temps : celles de savoir, i° si les membranes muqueuses influent sur la rougeur du sang; 2° s'il s'y fait une exhalation; 5° si les absorbants en naissent, si l'absorption s'y observe par conséquent (1).

LXXXII. La rougeur remarquable de ces membranes ; l'analogie de la respiration , où

(1) Les trois questions que Bichat va traiter ne seraient plus agitées aujourd'hui; la coloration du sang à travers les membranes est un phénomène physico-chimique qui peut avoir lieu partout, plus ou moins complètement, suivant l'épaisseur et la porosité des membranes. L'exhalation se voit aussi partout où il y a circulation; et quant à l'origine des absorbans et à la faculté d'absorption, on n'en peut douter, puisque les membranes muqueuses offrent des veines et des vaisseaux lymphatiques.

'jG MEMBRANES

le sang se colore à travers la surface muqueuse des bronches; l'expérience connue d'une vessie pleine de sang , et plongée dans l'oxygène , où le fluide se colore aussi , ont fait penser que le sang n'étant séparé de l'air atmosphérique que par une mince pellicule sur certaines surfaces muqueuses, comme sur la pituitaire, sur la palatine, sur le gland, etc., y prenoit aussi une couleur plus rouge, soit en s'y débarrassant d'une portion de gax acide carbonique; soit en s'y combinant avec l'oxygène de l'air, et que ces membranes remplissoient ainsi des fonctions accessoires à celles des poumons. Les expériences de Jurine sur l'organe cutané, expériences adoptées par plusieurs physiciens célèbres, semblent ajouter encore à la réalité de ce soupçon.

LXXX1II. Voici l'expérience que j'ai tentée pour m'assurer de ce fait. J'ai retiré par une plaie faite au bas- ventre une portion d'intestin que j'ai liée dans un point; je l'ai réduite ensuite , en gardant au-dehors une anse , qui a été ouverte et par où j'ai introduit de l'air atmosphérique , qui a rempli toute la portion située en deçà de la ligature. J'ai lié ensuite l'intestin au-dessous de l'ouverture , elle tout a été réduit. Au bout d'une heure . l'ani-

mal ayant été ouvert , j'ai comparé le sang des veines mésentériqnes qui naissoient de la portion d'intestin distendue par l'air, avec le sang des autres veines mésentériques tirant leur origine du reste du conduit. Aucune différence de couleur ne s'est manifestée; la surface interne de la portion d'intestin distendue n'était pas d'un rouge plus brillant. J'ai cru obtenir un effet plus marqué en répétant avec l'oxygène la même expérience sur un autre animal ; mais je n'ai aperçu non plus aucune variété dans la coloration du sang. Comme sur les membranes muqueuses, qui sont ordinairement en contact avec l'air, ce fluide se renouvelle sans cesse ,- est agi|£ d'un perpétuel mouvement, et que dans l'expérience précédente il étoit resté stagnant, j'ai essayé de produire le même effet dans les intestins. J'ai fait deux ouvertures à l'abdomen , tiré par chacune une portion de tube intestinal , ouvert ces deux portions , adapté à l'une le tube d'une vessie pleine d'oxygène, à l'autre celui d'une vessie vide; j'ai comprimé ensuite la vessie pleine, de manière à faire passer l'oxygène dans l'autre, en traversant l'anse d'intestin restée dans le bas-ventre, afin que la chaleur y entretînt la circulation. L'oxygène a été

ainsi plusieurs fois renvoyé de Tune à l'autre vessie, en formant un courant dans l'intestin; ce qui, vu sa contractilité , est plus difficile qu'il ne le semble d'abord. Le bas-ventre ayant été ouvert ensuite , je n'ai trouvé aucune différence entre le sang veineux revenant de cette portion d'intestin , et celui qui s'écouloit des autres. La position superficielle des veines mésentériques que recouvre seulement une lame mince et transparente du péritoine; leur volume, pour peu que l'animal soit gros, rendent très-faciles ces sortes de comparaisons.

LXXX1V. Je sens qu'on ne peut conclure de ce qui arrive aux intestins à ce qui survient dans la membrane pituitaire, dans la palatine, etc., parce que, quoique analogue , l'organisation peut être différente. On ne peut ici, comme aux intestins, examiner le sang veineux revenant de la partie; mais, i° si l'on considère que dans les animaux qui ont respiré pendant quelque temps l'oxygène , on ne voit point que la membrane palatine pituitaire soit plus rouge; 2° si l'on réfléchit que la lividité des diverses parties de cette membrane dans ceux asphyxiés par le gaz acide carbonique dépend, non du contact immédiat de ce gaz sur la membrane, mais du reflux vers les extrémités du sang vei-

neux, qui ne peut traverser le cœur, comme l'a démontré Godwin pour la submersion , et comme il arrive dans tous les cas où le sang a éprouvé avant la mort de grandes difficultés à traverser le poumon; 5° si l'on remarque enfin que dans ces circonstances , le contact de l'air ne change point . après la mort , la lividité que donne le sang veineux aux membranes muqueuses, quoique la peau soit alors bien plus facilement perméable à toute espèce de fluide aériforme, on verra qu'il faut au moins suspendre son jugement sur la coloration du sang à travers les membranes muqueuses , jusqu'à ce que des observations ultérieures aient décidé la question.

LXXXV. Voici une autre expérience qui peut jeter encore quelque jour sur ce point. J'ai gonflé la cavité péritonéale de divers cochons d'Inde avec du gaz acide carbonique, de l'hydrogène, de loxygène, et avec de l'air atmosphérique , pour voir si j'obtiendrois à travers une membrane séreuse ce à quoi je n'avois pu réussir dans une muqueuse : je n'ai, à la suite de ces expériences, trouvé aucune différence dans la couleur du sang du système abdominal; il étoit le môme que dans un cochou d'Inde ordinaire , que

8<> MEMBRANP.S

je luois toujours pour la comparaison (1). LXXXVI. Je crois cependant avoir remarqué plusieurs fois, soit sur des grenouilles, soit sur des animaux à sang rouge et chaud, tels que des chats et des cochons d'Inde, que l'infiltration de l'oxygène dans le titfsu cellulaire donne, au bout d'un certain temps, une couleur beaucoup plus vive au sang que celle que présente ce fluide dans les emphysèmes artificiels, produits par les gaz acide, carbonique, hydrogène, et par l'air atmosphérique; circonstances dans lesquelles la rougeur du sang ne diffère guère de celle qui est naturelle. Mais , dans d'autres cas , l'oxygène n'a eu aucune influence sur la coloration du sang; en sorte que, malgré que beaucoup d'expériences aient été répétées sur ce point, je ne puis indiquer aucun résultat général. Il paroît que les forces toniques du tissu cellulaire et des parois des vaisseaux qui

(1) Le phénomène que n'a pas pu voir Bicliat est cependant des plus apparens, chaque fois qu'on met à découvert une anse intestinale et qu'on la met en .contact avec du gaz oxygène, ou simplement avec l'air atmosphérique; quelques instans suffisent pour qu'il soit des plus ëvidens.

MUQUEUSES. 8l

rampent çà et là dans ce tissa reçoivent une influence très-variée du contact des gaz, et que, selon la nature de cette influence, les fibres, se resserrant, se crispant plus ou moins, rendent ces parties plus ou moins perméables, soit aux fluides aériformes qui tendent à s'échapper du sang pour s'unir avec celui de l'emphysème, soit à ce dernier fluide, s'il tend à se combiner avec le sang : ce qui détermine sans doute les variétés que j'ai observées.

LXXXVII. Se fait-il une exhalation sur les surfaces muqueuses? L'analogie de la peau sembleroit l'indiquer, car il paroît bien prouvé que la sueur n'est point une transsudation par les pores inorganiques de la surface cutanée , mais bien une véritable transmission par des vaisseaux d'une nature particulière et continus au système artériel.

LXXXVI1I. 11 paroît d'abord que la perspiration pulmonaire qui s'opère sur la surface muqueuse des bronches, qui a tant de rapport avec celle de la peau , qui augmente et diminue suivant que celle-ci diminue ou augmente, et dont la matière est vraisemblablement de la même nature; il paroît, dis-je, que la perspiralion pulmonaire se fait , au moins en partie, par le système des vaisseaux exha-

H 2 MEMBP.ANES

lans (1), et que si la combinaison de l'oxygène de l'air avec l'hydrogène da sang concourt à la produire pendant l'acte de la respiration , ce n'est qu'en très-petite quantité et pour la portion purement aqueuse ; il faut au reste observer, à cet égard, que la dissolution du fluide muqueux qui lubrifie les bronches dans l'air sans cesse inspiré et expiré , fournit une portion considérable de cette vapeur insensible en été, mais remarquable en hiver, qui s'élève du poumon.

LXXX1X. Le suc intestinal , que Haller a spécialement considéré , mais qui paroît être <n moindre quantité qu'il ne l'a estimé, les sucs gastrique et œsophagien, sont très-probablement déposés par voie d'exhalation sur leurs surfaces muqueuses respectives. Mais en général il est très-difficile de distinguer avec précision dans ces organes ce qui appartient au système exhalant, de ce qui est

(1) L'exhalation pulmonaire est en grande partie physique; elle dépend de la perméabilité des parois artérielles : on peut la faire varier à volonté sous le rapport de sa qualité et de sa nature. (Voyez mon Monoire sur la Transpiration pulmonaire, et ma Physiologie, Tom. II.)

fourni par le système des glandes muqueuses . qui, comme nous l'avons dit, leur sont partout sous-jacentes. Aussi voit-on constamment les fluides muqueux de l'œsophage, de l'estomac , des intestins , se mêler avec les fluides œsophagien, gastrique, intestinal, etc.

XC. L'absorption des membranes muqueu ses est évidemment prouvée par celle du chyle sur les surfaces intestinales, du virus vénérien sur le gland et le conduit de l'urètre , du virus variolique dont on frotte les gencives , de la portion séreuse de la bile , de l'urine , de la semence, lorsqu'elles séjournent dans leurs réservoirs respectifs. Lorsque , dans la paralysie des fibres charnues qui terminent le rectum , les matières s'accumulent à 1 extrémité de cet intestin (affection commune chez les vieillards, et dont Desault citait beaucoup d'exemples), ces matières prennent souvent une dureté , effet probable de l'absorption des sucs qui s'y trouvent arrêtés. On a diverses observations d'urine presque totalement absorbée par la surface muqueuse de la vessie dans les obstacles insurmontables de l'urètre, etc. Quel que soit le mode de cette absorption, ii paroît qu'elle ne se fait point d'une manière constante , non interrompue , comme celle

des membranes séreuses , où le système exhalant et le système absorbant sont dans une alternative continuelle d'action; mais qu'elle n'arrive que dans certaines circonstances, dont la plupart peut-être ne sont point dans l'ordre naturel des fonctions. Au reste , on a encore moins de données sur le mode de l'absorption muqueuse que sur celui de l'absorption cutanée , très-peu connu , comme on sait , et dont plusieurs révoquent même en doute l'existence.

§ X. Remarques sur, (es affections des membranes muqueuses.

XCI. Il n'est point de mon objet d'examiner les affections des membranes muqueuses ; j'indiquerai seulement quelques phénomènes qui, dans ces affections, méritent, je crois, une attention particulière , et dont je propose l'explication aux médecins physiologistes.

XCII. Pourquoi , à la suite des inflammations dont elles sont le siège , les membranes muqueuses ne contractent-elles presque jamais des adhérences, comme cela arrive si souvent sur les surfaces séreuses? Pourquoi la surface interne de l'estomac , des intestins , de la vessie enflammée, ne se colle-t-elle pas alors

dans ses diverses portions, comme celle de la plèvre, de la tunique vaginale , etc. ?

XCIII. Pourquoi, dans les inflammations des membranes muqueuses , y a-t-il un écoulement abondant du fluide qui les humecte habituellement; ce qui constitue les diverses espèces de catarrhes, tandis que la source du fluide qui s'exhale des membranes séreuses est communément tarie dans les cas analogues? Cette seconde question répond-elle à la première ?

XCIV. Pourquoi les polypes , espèce d'affection propre aux membranes muqueuses , et que jamais on n'observe sur les autres ; pourquoi les polypes ne naissent-ils presque qu'à l'origine de ces membranes , dans le voisinage de la peau, comme dans le nez, le pharynx, le vagin, etc. , et non dans leurs portions profondes, comme dans l'estomac, les intestins, etc.? Cela tient-il à la texture particulière qui caractérise, comme je l'ai démontré, les membranes muqueuses dans le voisinage des endroits où elles naissent de la peau , ou doit-on seulement attribuer ce fait aux causes plus nombreuses d'irritation qui agissent à l'origine des cavités ?

XCV. Les aphthes ne sont-ils pas une affection inflammatoire isolée des glandes des mcm

branes muqueuses, tandis que les catarrhes sont caractérisés par une inflammation générale de toutes les parties de ces membranes ?

ARTICLE III

Des Membranes séreuses.

% Ier. De l'étendue, du nombre des Membranes séreuses.

XCVI. Les membranes séreuses, ou lymphatiques, ou cellulaires, occupent l'extérieur de la plupart des organes dont les membranes muqueuses tapissent l'intérieur : tels sont l'estomac, les intestins, la vessie, etc. Elles se rencontrent sur ceux sujets à de grands mouvements, à des frottements réciproques , comme sur les surfaces articulaires , sur les gaines tendineuses; on les voit autour de tous les organes essentiels à la vie. Le cerveau, le cœur, les poumons, tous les viscères pastriques, les testicules, etc., en empruntent une enveloppe extérieure.

XCVII. Elles ne forment point, comme les membranes muqueuses, une surface partout continue sur les nombreux organes où elles se déploient; mais on les trouve toujours

isolées les unes des autres, n'ayant presque jamais de communication. Leur nombre est très-considérable. Ajoutez à celles des grandes cavités toutes celles des cavités articulaires des capsules tendineuses, et vous verrez que l'étendue de la surface séreuse, prise en totalité, et considérée comme somme de toutes ces membranes en particulier, surpasse de beaucoup la surface muqueuse, considérée aussi d'une manière générale.

XCVIII. Une considération suffît pour en convaincre. Les surfaces muqueuses et séreuses s'accompagnent dans un très - grand nombre de parties, comme à l'estomac, aux intestins , au poumon , à la vessie , à la vésicule, etc. j de manière à y présenter à peu près la même étendue. Mais, d'une part, les surfaces muqueuses se prolongent là où les séreuses ne se rencontrent point, comme aux fosses nasales, à l'œsophage, à la bouche, etc., etc — ; d'une autre part , il est un très-grand nombre de surfaces séreuses existant séparément des muqueuses, comme le péricarde, {arachnoïde, les synoviales des articulations, celles des gaines tendineuses. Or, si on compare l'étendue des surfaces séreuses isolées à celle des surfaces muqueuses aussi isolées ,

on verra que l'une est bien supérieure à l'autre.

XCIX. Ces considérations , minutieuses en apparence , méritent cependant une attention spéciale, à cause du rapport de fonctions existant entre ces deux surfaces en totalité , rapport qui porte spécialement sur l'exhalation des fluides albumineux opérée par l'une, et la sécrétion des fluides muqueux dont l'autre est le siège. Au reste, en envisageant l'étendue de chaque membrane séreuse en particulier, on voit des variétés infinies depuis le péritoine, qui semblent avoir le maximum de surface, jusqu'aux membranes synoviales des cartilages du larynx , qui paraissent en présenter le minimum.

C. La surface séreuse, prise en totalité, comparée à la surface cutanée, lui est évidemment bien supérieure en largeur; en sorte que, sous ce rapport, la quantité de fluide albumineux sans cesse exhalée au-dedans paroît plus considérable que celle de l'humeur habituellement rejetée au-dehors par la transpiration insensible : je dis sous ce rapport, car diverses circonstances, en augmentant l'action de l'organe cutané, peuvent rétablir l'équilibre dans l'exhalation de ces deux fluides, dont l'un rentre par l'absorption dans le tor-

rent de la circulation , et dont l'autre est purement excrémentitiel. Je ne sais même si l'exhalation pulmonaire et cutanée réunies ne sont pas moindres que celle qui s'opère sur l'ensemble des surfaces séreuses (1).

§ II. Division des membranes séreuses.

CI. La classe des membranes séreuses comprend deux genres essentiellement distincts. Le premier se compose de la plèvre, du péricarde, du péritoine, de l'arachnoïde, de la tunique vaginale, etc. , et en générai de toutes les membranes des grandes cavités. Le second comprend, i° les capsules des gaines tendineuses, indiquées par Albinus, Monro, M. Sabattier, exposées par Haller, Junker, décrites par Fourcroy et par Sœmmering sous le nom de capsules muqueuses, nom qui donne une idée fausse de leur structure, et que celui de synoviales remplacerait avantageusement; 20 les membranes synoviales, que j'ai décrites

(1) Toutes ces idées sont conjecturales, puisque personne n'a jamais pu peser la quantité d'exhalation séreuse; mais le rapprochement de Bichat n'en est pas moins ingénieux.

dans les diverses articulations, et dont, je crois, personne n'avoit encore indiqué la structure ni les usages.

CIL Ce qui confond ces deux genres dans la même classe, c'est, i° leur disposition extérieure commune en forme de sac sans ouverture ; 2° leur texture cellulaire ; 5° l'exhalation et l'absorption alternatives qui s'y opèrent. Ce qui établit entre eux une ligne bien réelle de démarcation, c'est que. i° le fluide qui lubrifie les membranes de l'un et l'autre paroît différer dans sa composition , quoique beaucoup d'analogie le rapproche ; 2° dans les dia thèses hydropiques qui affectent simultanément le tissu cellulaire et les surfaces séreuses du péritoine, de la plèvre, etc., l'affection ne s'étend point aux membranes synoviales, ce qui indique une différence de structure , quoique nous ne connoissions pas bien cette différence. 5°. Réciproquement dans les hydropisies des articulations , affection en général assez rare; dans les ganglions, vraies hydropisies des capsules synoviales des tendons, il n'y a pas affection concomitante des membranes des grandes cavités.

SEREUSES. 91

g III. Organisation extérieure des membranes

séreuses.

CI1I. Toute membrane séreuse représente un sac sans ouverture (1), déployé sur les organes respectifs qu'elle embrasse , et qui sont tantôt très - nombreux , comme au péritoine , tantôt uniques , comme au péricarde , enveloppant ces organes de manière qu'ils ne sont point contenus dans sa cavité, et que, s'il étoit possible de les disséquer sur leur surface , on auroit cette cavité dans son intégrité. Ce sac offre, sous ce rapport, la même disposition que ces bonnets reployés sur eux-mêmes , et dont la tête est enveloppée pendant la nuit; comparaison triviale, mais qui donne une idée exacte de la conformation de ces sortes de membranes.

CIV. D'après cette disposition générale, il est facile de concevoir que les membranes séreuses ne s'ouvrent jamais pour laisser pénétrer dans leurs organes respectifs les vaisseaux et les nerfs qui s'y rendent ou qui en sortent, mais que toujours elles se replient en les ac-

(1) Bichal a beaucoup trop généralisé celte idée.

compagnant jusqu'à l'organe, en leur formant ainsi une gaîne qui les empêche d'être contenus dans leurs cavités ; ce qui prévient l'infiltration de la sérosité qui les lubrifie, infiltration qui auroit lieu à travers le tissu cellulaire voisin, surtout dans leur hydropisie, si, comme les membranes fibreuses, elles étoient percées de trous pour le passage de ces vaisseaux et de ces nerfs. Cette disposition, exclusivement remarquable dans les membranes qui nous occupent, est manifeste à l'entrée des vaisseaux des poumons , de la rate , des intestins , de l'estomac, des testicules, des articulations, etc. On la voit très-bien dans l'arachnoïde, membrane essentiellement séreuse, comme je le dirai.

CV. D'après l'idée générale que nous avons donnée de ces membranes, il est encore facile de concevoir comment presque toutes sont composées de deux parties distinctes , quoique continues, en embrassant, l'une, la surface interne de la cavité où elles se rencontrent, l'autre, les organes de cette cavité : ainsi il y a une plèvre costale et l'autre pulmonaire, une arachnoïde crânienne et une cérébrale , une portion de péritoine reployée sur leur organe gastrique et l'autre sur les parois abdo-

minales, une partie de la capsule synoviale des tendons embrassant le tendon , et l'autre revêtant sa gaine à l'intérieur, etc.

CVI. Quoique les membranes séreuses soient isolées, cependant il existe quelquefois des communications entre elles : celle, par exemple, de la cavité épiploïque avec la cavité péritonéale, celle de la cavité arachnoïdienne avec la cavité de la membrane qui tapisse les ventricules. Quelques auteurs pensent qu'il existe des communications entre certaines capsules synoviales des tendons et l'intérieur des articulations voisines. Je n'ai jamais rien pu découvrir de semblable. 11 n'est qu'un exemple de continuité entre les membranes séreuses et les muqueuses, celle qui, au moyen de la trompe de Fallope, existe entre le péritoine et la surface utérine. Comment la nature respective des deux membranes change-t-elle ici?

CVII. Toute membrane séreuse a l'une de ses deux surfaces libre, partout contiguë à elle-même, l'autre adhérente aux organes voisins. La première est remarquable, i° par le poli qu'elle présente, 20 par la sérosité qui l'humecte, 5° parle glissement habituel qu'elle éprouve.

CVI1I. Le poli de la surface libre des mem-

branes séreuses est un caractère qui les distingue spécialement. Tous les organes qui offrent cette disposition la doivent à l'enveloppe qu'ils en empruntent; le foie cesse d'être uni et reluisant à son bord diaphragmatique. où le péritoine l'abandonne : il va, sous ce rapport, une grande différence entre l'aspect de la face antérieure et celui de la face postérieure de l'intestin cœcum; la vessie est rugueuse partout où elle manque d'enveloppe péritonéale; les cartilages des côtes n'ont point le poli de ceux des articulations qu'embrasse la membrane synoviale , etc.

C1X. Cet attribut remarquable des membranes séreuses dépend-il de la compression exercée sur elles? Leur situation dans les lieux où elles sont exposées à un frottement continuel sembleroit le faire croire. Bordeu l'a prétendu lorsqu'il dit que toutes les parties du bas - ventre étoient primitivement enveloppées de tissu cellulaire, qui par la pression s'est changé ensuite en membranes ; en sorte que le péritoine se forme partiellement sur chaque organe gastrique, et que ces parties diverses donnent naissance, en se réunissant, à la membrane générale. Cette explication de la formation du péritoine est applicable, selon

SÉREUSES. o;">

lui, à la plèvre, au péricarde et à toutes les membranes analogues.

CX. Si telle est la marche de la nature . i° pourquoi , quel que soit l'âge auquel on examine le fœtus, trouve-t-on le péritoine et les membranes séreuses tout aussi développés que leurs organes correspondans? 2°. Comment se forment les replis nombreux de ces membranes, tels que le mésentère, 1 epiploon , etc. ? 5°. Pourquoi est-il des parties où elles n'existent pas . quoique ces parties soient exposées à un frottement égal à celui des parties où on les rencontre? Pourquoi, par exemple, la vessie en est -elle dépourvue sur les côtés, tandis que sa partie supérieure eu est tapissée? 'l°. Pourquoi ne se forme-t-il pas aussi des surfaces séreuses autour des gros vaisseaux du bras, de la cuisse, etc., qui impriment aux organes voisins un mouvement manifeste ? 5°. Pourquoi l'épaisseur des membranes séreuses n'augmente-t-elle pas là oùle mouvement est le plus fort, et ne diminue-t-elle pas là où il est le plus foible? Pourquoi, par exemple, l'épaisseur de la tunique vaginale égale-l-elle celle du péricarde? 6°. Comment, au-dedans. le frottement peut-il produire un corps organisé, tandis qu'au -dehors il désorganise con-

q6 membranes

stamment l'épiderme ? Comment allier la texture toute vasculaire-lymphatique des membranes séreuses avec la pression qui les produit?

CXI.' L'impossibilité de résoudre ces nombreuses questions prouve que ce n'est point à une pression mécanique qu'il faut attribuer et la formation des membranes séreuses , et le poli de leur surface ; que leur mode d'origine est le même que celui des autres organes ; qu'ellescommencentetsedéveloppentaveceux; que ce poli est un résultat manifeste de leur organisation , comme les villosités de la surface des membranes muqueuses dépendent de la texture de ces mêmes membranes. Que diroiton d'un système où ces villosités seroient attribuées à la pression des aliments sur l'estomac, de l'urine sur la vessie, de l'air sur la pituitaire, etc. , etc. ?

CXII. Toute membrane séreuse est humide, à sa surface interne, d'un fluide presque identique à la sérosité du sang, dans le premier genre de ces membranes , telles que la plèvre, le péritoine, etc., d'une nature analogue, mais un peu plus composée pour le second genre , qui comprend la synoviale des articulations, des gaines tendineuses, etc. Les orifices exha-

SÉREUSES. Cp

lants le versent sans cesse , et sans cesse il est repris par les absorbants. Sa quantité varie : simple rosée dans l'état naturel , il s'exhale en vapeurs lorsque les surfaces séreuses , mises à découvert, permettent à l'air de le dissoudre. 11 est plus abondant dans les cadavres , parce que, d'une part, la transsudation qu'empêchoient les forces toniques s'opère facilement alors par la chut* de ces forces, et remplace l'exhalation vitale, en transmettant mécaniquement, par leur pesanteur, les fluides des organes environnants aux diverses cavités séreuses; parce que, d'une autre part, cette même chute des forces toniques s'oppose à toute espèce d'absorption : de là la stase , l'accumulation de ce fluide. On sait jusqu'à quel point augmente sa quantité dans les diverses hydropisies, notamment dans celle du basventre.

CXIII. Cette quantité ne varie-t-elle pas suivant les divers états des organes qu'enveloppent les membranes séreuses ? On a dit , il y a long-temps, que la synovie s'exhaloit en plus grande abondance dans le mouvement des articulations que dans leur état de repos. Je n'ai sur ce point aucune donnée fondée sur l'expérience ; mais je puis assurer avoir plu-

sieurs fois observé sur les animaux vivants que l'exhalation de la surface séreuse du bas-ventre n'augmente point pendant la digestion, ou du moins que si elle est plus grande, l'absorption devient plus active , et qu'ainsi la surface du péritoine n'est pas plus humide que dans un autre temps. J'ai ouvert la poitrine de plusieurs petits cochons d'Inde , après les avoir auparavant fait courir long-temps dans une chambre pour accélérer leur respiration, et je n'ai point remarqué non plus une humidité plus grande sur la plèvre.

CX1V. Quelle est la nature du fluide des cavités séreuses? Dans l'état pathologique, dans les diverses hydropisies . sa nature albumineuse est mise hors de doute par l'action du feu, de l'alcohol et des acides. Il est difficile de l'analyser dans l'état sain. Cependant Hewsson en ayant ramassé une cuillerée sur de grands animaux , a trouvé que sa composition étoit la même que celle du fluide circulant dans le système lymphatique, que celle de la sérosité du sang, c'est-à dire aussi albumineuse. Les essais de cet auteur , dont tout paroît confirmer les résultats , ont cependant besoin d'être encore répétés.

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