‹ Traité des membranes en général et de diverses membranes en particulierChapitre 24 sur 40 · COMPOSÉES · texte numérisé non relu

COMPOSÉES

CCIII. Ces variétés d'adhérences tiennentelles à ce que , dans leurs mouvements , ces organes, comprimant sans cesse les surfaces voisines, les forcent enfin de s'unir? Est-ce à cette cause mécanique qu'il faut attribuer la formation des membranes séro-fibreuses? S'il en est ainsi, i° pourquoi toutes les membranes ue se développent-elles pas de la même manière? Pourquoi certaines sont-elles aussi bien formées dans le fœtus que dans l'adulte? 2°. Pourquoi la plèvre n'est-elle pas intimement unie au périoste des côtes , quoiqu'il y ait ici compression habituelle de la part du poumon sur deux surfaces séreuse et fibreuse? 3°. Pourquoi les parties autres que les membranes fibreuses ne contractent-elles pas avec les séreuses une semblable union quand elles sont en contact avec elles, et exposées à être comprimées par des mouvements? etc., etc.

CCIV. Ces diverses considérations , jointes à celles que j'ai présentées plus haut sur la prétendue origine mécanique des membranes séreuses, me paroissent évidemment prouver que cette manière de concevoir les opérations de la nature n'est point celle qu'en effet elle adopte, et que ces idées, toutes empruntées des lois physiques-, lie douent servir de base

à aucune explication physiologique (1). La formation de ces membranes fibro-séreuses est donc, comme celle de toutes les autres parties, un résultat des lois organiques, aussi immédiat, aussi direct, que les adhérences contractées par le périoste sur l'os qu'il recouvre , et auquel il n'étoit, dans l'enfance, que très-foiblemeul uni.

CCV. Au reste, l'étroite connexion des membranes séreuses et fibreuses est souvent essentielle aux fonctions de la partie. Sans elle , la membrane synoviale, plissée , froissée dans les violents mouvements des articulations, s'affecteroil bientôt, et gêneroit ces mouvements. En général , on ne trouve d'étroites connexions , et par conséquent de membranes séro-fibreuses, que dans tous les organes qui ne sont pas susceptibles d'une très-grande dilatation, com •

(j) Cette assertion est beaucoup trop exclusive; nous savons aujourd'hui qu'il y a un assez bon nombre de phénomènes de la vie qui s'expliquent parfaitement par les lois physiques. Ce qu'il faut blâmer et repousser, ce soûl les mauvaises applications des lois physiques aux phénomènes physiologiques, Bichal a complètement raison en repoussant l'explication de l'origine mécanique des membranes séreuses.

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me le cerveau , le testicule, , etc. ; mais là où l'organe est sujet à des variétés de volume trèsmarquées, comme à l'estomac, à la vessie, à la matrice, etc., elles auroient empêché les divers déplacements que doit éprouver, comme il a été dit, la membrane séreuse, pour s'accommoder à ces variétés : aussi cette membrane est-elle alors partout lâchement fixée au moyen du tissu cellulaire.

§ II. Membranes séro-muqueuses.

CCVI. Il existe peu de membranes séro-muqueuses dans l'économie animale. Lorsque ces deux membranes simples concourent à la production d'un même organe, elles sont presque toujours séparées par une couche intermédiaire, ordinairement musculeuse, comme dans tout le conduit intestinal , dans la vessie, etc. La vésicule du fiel présente cependant à sa partie inférieure l'exemple d'une immédiate union. Mais, en général , jamais l'adhérence n'est tellement intime, que les propriétés ne restent distinctes. Ceci paroît tenir à ce que les membranes muqueuses, toutes cellulaires en dehors, du côté de leur chorion , ne sauroient offrir des points d'insertion et d'adhérence assez fixes aux membranes séreuses, qui

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à leur tour, formées aussi de tissu cellulaire . ne peuvent non plus servir d'appui ferme et résistant au chorion , qui tendroit à s'y fixer. Au contraire, les membranes fibreuses, d'un tissu plus dense, plus serré, offrent aux deux surfaces précédentes une base où elles se fixent et s'unissent intimement, comme nous l'avons vu dans les fibro-séreuses , et comme nous allons le voir dans les membranes fibro-muqueuses (1).

§ III. Membranes fibro-muqueuses.

CCV11. Ces sortes de membranes s'observent, i° dans les uretères formées par un prolongement de la tunique fibreuse du rein, et par la continuité de la surface muqueuse de la vessie ; 2° dans le conduit déférent, évidemment fibreux au-dehors et muqueux audedans; 5° la portion membraneuse de l'urètre présente une couche fibreuse, outre la muqueuse , qui la constitue spécialement ; 4° quoiqu en décrivant les membranes muqueuses simples, j'aie beaucoup parlé de la pituitaire et de ses prolongements dans les

(î) Il est évident, d'après les raisons même de l'auteur, que ce genre de membranes n'existe pas.

sinus, il est très-probable cependant qu'elle est une membrane composée du périoste, là plus fin qu'ailleurs, et de la surface, organe immédiat de l'odorat. 5°. Il en est de même, sans doute, de la surface qui tapisse l'oreille interne 6°. Les trompes de Fallope paroissent être organisées aussi à peu près de même. CCVrIlI. Dans toutes ces parties, il y a une si immédiate adhérence entre la surface muqueuse et la surface fibreuse , qu'on ne peut les séparer. Dans toutes, la première est la plus importante; c'est celle sur laquelle se passent toutes les fonctions de la partie; l'autre ne lui est, pour ainsi dire, qu'accessoire, destinée seulement à lui fournir un solide appui, à ajouter à sa force, à sa résistance, etc.

ARTICLE VI

Membranes non c lassées.

CCIX. Il y a plusieurs membranes que l'on ne peut rapporter à aucune des divisions précédentes, qui ne sauroient même faire partie d'une classification méthodique , soit parce que leur nature est ignorée, soit parce que, quoique très-connues, elles existent isolément . et sont seules de leur espèce.

CCX. Doil-on classer parmi les membranes fibreuses la tunique moyenne des artères , ou la rapporter aux organes musculaires? La plupart des auteurs ont embrassé cette dernière opinion ; mais on sera tenté, sinon de la rejeter, au moins de suspendre son jugement sur l'identité des fibres de cette tunique avec les musculaires, si l'on considère, i° qu'elle n'a point l'extensibilité des muscles, qui se distendent, en s'aplatissant sans se rompre, lorsqu'ils sont soulevés par les tumeurs sous-jacentes, tandis que bientôt celleci se déchire dans les poches anévrysmales, où elles sont tiraillées ; 20 qu'elle n'a point cette mollesse de tissu, cette souplesse, qui caractérisent la fibre charnue; qu'elle est au contraire roide, dure, fragile même, si ce mot pouvoit s'appliquer à un corps mou ; 5° que cette tunique est coupée par un lien qui embrasse et serre l'artère sur sa tunique celluleuse , tandis qu'à un degré de constriction supérieur et même immédiat, le muscle n'est point divisé comme on peut le voir en étranglant par une ligature serrée une portion du tube intestinal: ce phénomène tient sans doute à la différence de tissu, dont nous venons de parler; 4° que l'artère ne se contracte point sous fini-

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pression des stimulants divers qui font entrer en action la fibre charnue pendant la vie, ou après la mort; 5° que l'action du muscle est soumise à l'influence nerveuse; que celle des artères eu est indépendante , au moins dans nos expériences, comme l'ont prouvé une foule d'essais , avec des excitants chimiques ou mécaniques, et comme je m'en suis convaincu sur des chiens de grande taille, en armant de métaux et en mettant ensuite en communication la partie supérieure de la mésentérique, dépouillée du péritoine, pour laisser à nu le réseau nerveux qui l'embrasse , avec une partie sous-jacente de cette même artère , ou avec sa surface interne, ou encore avec la tunique fibreuse immédiatement isolée de son entrelacement nerveux.

CCXI. La remarquable contraction des artères, dont le calibre s'efface au-dessus des collatérales dans la guérison de certains anévrysmes , à la suite des amputations, dans les vaisseaux ombilicaux après ia naissance , etc. , .prouve-t-elle une nature charnue? Aon , sans doute ; cela tient à une modification générale de la force tonique, en vertu de laquelle tous les organes tendent au resserrement et se resserrent en effet quand la cause qui les disten-

doit cesse d'exister. L'alvéole s'effara en se resserrant , lorsque la dent est tombée. L'os régénéré qui contient un séquestre est trèsdistendu ; qu'on enlève celui-ci , il diminue bien vite. Le sinus maxillaire , énormément tuméfié dans les fongus, les ozènes, reprend son diamètre ordinaire , s'efface même lorsqu'une opération méthodique a extirpé la tumeur, ou donné issue au pus. Jepourrois citer pour chaque classe d'organes , de semblables exemples; mais ceux-ci suffisent, parce que. tirés des parties qui offrent le plus de résistance, ils font concevoir aisément ce qui arrive à celles qui en ont moins, comme dans les diverses cavités à la suite de l'évacuation des hydropisies , dans l'ouverture des dépôts situés loin des muscles, etc. (1).

CGXII. Rien encore n'est donc moins prouvé que la texture musculaire des artères, excepté cependant dans l'origine de l'aorte, de

(1) Toutes les raisons que vient de donner Bich;it sur la non-contractilité des artères, sont excellentes; et, en effet, la lunique moyenne des artères est sim plument élastique, et cette propriété suffit pour fendre raison des fonctions des artères dans L'admirable phénomène de la circulation du sang,

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la pulmonaire (1); peut-être pourrions-nous rapporter avec beaucoup plus de réalité leur tunique moyenne à la classe des membranes fibreuses , et il se pourroit très-bien que leur mouvement ne fût qu'un résultat, non de l'irritabilité, mais des forces toniques, plus prononcées ici qu'ailleurs : ce qui revient à ce mode particulier de force vitale , qui , comme l'a pensé un auteur, semble chez elles tenir le milieu entre l'irritabilité et l'élasticité.

CCX11I. Au reste, la tonicité et l'irritabilité sont absolument de même nature ; leur différence ne consiste qu'en ce que les phénomènes de l'une sont insensibles , et que ceux de l'autre sont très-apparents; il n'y a entre elles aucune démarcation réelle ; elles se succèdent et se confondent sans qu'on s'en aperçoive. C'est l'irritabilité qui préside à la circulation dans le cœur, c'est la tonicité qui en

(1) On sait aujourd'hui que dans les mammifères et les oiseaux, l'origine de l'artère pulmonaire et celle de l'aorte sont de même nature que le reste de ces vaisseaux, et par conséquent ne jouissent d'aucune contractilité musculaire, mais simplement d'élasticité. Il n'en est pas de même dans les reptiles, où le bulbe de l'aorte est contractile h la manière des muscles.

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est le principe dans le système capillaire : entre ces deux extrêmes, on voit le mouvement décroître peu à peu, à mesure que les vaisseaux se divisent, jusquà ce qu'enfin il cesse d'être apparent. L'irritabilité est le maximum , la tonicité le minimum de la motilité organique, de ce mode de mouvement qui , constamment soustraite l'empire de la volonté, préside à tous les phénomènes digestif, circulatoire, nutritif, sécrétoire, absorbant, exhalant, etc., à tous ceux , en un mot , de la vie organique , de la vie qui compose et décompose sans cesse l'animal. L'une s'exerce sur les masses des fluides animaux, comme dans le cœur, l'estomac , la vessie , les intestins ; l'autre , sur leurs molécules très-divisées, comme pendant l'absorption, la nutrition, la sécrétion, etc. Il ne faut donc point considérer d'une manière isolée ces deux forces , mais bien comme s'enchaînant l'une à l'autre par une gradation insensible. Entre les muscles , siège essentiel de l'irritabilité , et les glandes , organes dont la tonicité est très-caractérisée , il est d'autres parties où le mouvement tient le milieu : c'est le dartps, le corps caverneux, le mamelon, etc. 11 suit de tout cela que, pour se décider sur le mode du mouvement des ar-

tères , il est inutile de disputer sur la texture des fibres de ces vaisseaux , puisque la nature n'a point exclusivement attribué aux muscles ce mode de mouvement.

CCX1V. Mon objet n'est point ici d'examiner la question tant agitée par Haller, Weitbrett , Lamure, Jadelot, etc.. du mouvement pulsatoire des artères. J'indiquerai seulement deux expériences qui pourront servir à ceux que ce travail occupera encore. La première, c'est que j'ai remarqué en faisant, dans d'autres vues, la transfusion du sang artériel d'un animal dans le système veineux d'un autre, que. pendant que le cœur du premier pousse du sang rouge dans une veine du second, celleci présente, peu après le même mouvement ondulatoire , les mêmes vibrations que les artères exposées à nu , et dont la pulsation est alors , comme on le sait, moins facile à distinguer que dans l'état ordinaire, quoique cependant elle soit très-réelle. En touchant une autre artère et cette veine sans les regarder, il seroit trèsdifficile de les distinguer. Cette première expérience coïncide avec l'observation des mouvements d'ondulation qu'acquiert la veine dans l'anévrysme variqueux. J'obtiens encore le même effet en mettant en communication sur

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le même animal, par un tube recourbé, l'artère carotide et la veine jugulaire. Il faut prendre l'un de ces vaisseaux à droite et l'autre à gauche; autrement, trop recourbé, le tube présenteroit un obstacle au sang (1). Le résultat de la seconde expérience est qu'en transfusant dans l'artère carotide d'un animal, et du côté opposé au cœur, le sang de la veine jugulaire d'un autre, le premier de ces vaisseaux perd ses mouvements ondulatoires , et que la main qui le touche éprouve à peu près la même sensation qu'en s'appliquant sur une veine.

CCXV. Ces deux observations , qui sont inverses l'une de l'autre , en nous montrant combien est grande l'influence du cœur sur le mouvement artériel, dans les gros troncs surtout, prouvent que la force propre de la tunique moyenne des artères y offre à la cir-

(1) Cela n'est point mécaniquement exact : la courbure d'un semblable tube ne mettrait point sensiblement d'obstacle au cours d'un liquide quelconque. Ainsi que la plupart des physiologistes de son époque, Bichat ne possédait pas les connaissances de mécanique nécessaires pour comprendre parfaitement de semblables questions.

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culation un secours actif moins puissant que ne l'ont prétendu certains auteurs , et que ce n'est que dans le système capillaire que l'influence des parois vasculaires sur le mouvement progressif du sang devient extrêmement prononcée et cause essentielle de ce mouvement. Au reste , la première expérience est plus facile à exécuter que la seconde, qui ne réussit souvent qu'avec de grandes précautions, et dans laquelle le sang passe difficilement de la veine dans l'artère (i).

CCXVI. Pour en revenir à la tunique artérielle moyenne, suspendons notre jugement sur sa classification; abstenons-nous également de la placer parmi les muscles et les membranes fibreuses, jusqu'à ce que d'ultérieures expériences nous aient acquis le droit de prononcer sur sa nature ; car d'elle seule doivent être empruntés, comme nous l'avons dil, les caractères des classes (2).

(1) Les parois des veines étant aussi très élastiques, peuvent, si elles ne sont pas trop extensibles, remplacer les parois artérielles, et laisser produèv, le phénomène du pouls.

(2) Il n'y a plus à suspendre son jugement; aujourd'hui il est clairement prouvé que les parois ar-

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CCXV11. La même incertitude nous embarrasse lorsque nous cherchons à classer la membrane interne des vaisseaux. Sa nature , encore peu connue, semble la dérober à toute division méthodique. Voici à quoi se réduisent sur elle nos connoissances anatomiques.

CCXV111. Cette membrane, considérée d'une manière générale , et comme formant dans tous les vaisseaux qu'elle tapisse une surface continue, peut se rapporter à deux divisions principales : l'une correspond au sang noir et à la lymphe , l'autre contient le sang rouge. La première commence dans les divisions capillaires du système veineux et absorbant, tapisse leurs innombrables ramifications , leurs rameaux et leurs troncs , est continue dans tous deux par l'ouverture , dans les veines sousclavières du conduit thorachique. revêt l'oreillette et le ventricule droits, l'artère pulmonaire et toutes ses divisions. La seconde a son origine dans le commencement des veines pulmo-

lérielles n'ont rien de musculaire, et que la tunique moyenne est formée d'un tissu particulier, nommé tissu jaune ou élastique , dont les propriétés physiques et chimiques ont été parfaitement décrites par M. Ghevreul.

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naires , les tapisse , ainsi que les oreillettes et le ventricule gauche, l'aorte, et ses branches incroyablement multipliées.

CCXIX. Ces deux surfaces communiquent sans doute à l'endroit où finissent les artères et commencent les veines; mais cela n'empêche pas qu'il n'y ait entre elles une ligne bien prononcée de démarcation, et qu'elles ne jouissent chacune d'un mode de sensibilité relative à l'espèce de sang avec laquelle elles sont en contact (1).

CCXX. Cette manière d'envisager la surface interne du système vasculaire, en nous y montrant deux portions bien distinctes , dont l'une transmet sans cesse aux poumons le sang et la lymphe de toutes les parties, et l'autre reporte à toutes les parties le sang élaboré dans le poumon , nous conduit à considérer cet organe comme l'aboutissant général de la circulation, comme étant , avec tout le reste du corps . dans une réciprocité d'action continuelle ; lui seul correspond, sous ce rapport, à tous les

(1) Cette idée est purement conjecturale. Trop souvent Bichat s'est livré ainsi a son imagination sans prendre la peine de vérifier ses aperçus par l'expérience.

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organes, puisque tous lui envoient, qu'il envoie à tous l'aliment delà vie. La nature y concentra l'une des limites de la circulation générale et distribua l'autre limite partout où il y a exhalation, sécrétion et nutrition; car c'est là, en dernière analyse . les fonctions qui terminent la circulation artérielle. Placé entre ces deux limites de la circulation , le cœur balance , fait osciller sans cesse le sang de l'une à l'autre; et c'est, sous le rapport de cette position moyenne , qu'il mérite vraiment d'être appelé le foyer de la circulation. En se représentant cette fonction sous l'idée vulgaire d'un cercle, on pourroit dire que l'un des pôles est dans le poumon, que l'autre se trouve dans toutes les parties , et qiu le centre est au cœur.

CCXXI. La membrane interne des vaisseaux est remarquable à sa surface externe, par une adhérence celiuleuse avec la tunique moyenne, que l'on rompt plus vite , et dont le tissu cède et se distend moins facilement que dans les autres organes. Quelquefois cette membrane interne abandonne les autres tuniques, et emprunte des parties voisines une enveloppe trèsrésistante : ainsi arrivée vers le trou déchiré postérieur, la jugulaire interne entre-croisc

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ses fibres extérieures avec le périoste du crâne, et envoie sa tunique interne au-dedans des sinus, qu elle tapisse, et avec les parois desquels elle forme une espèce de membrane composée , dont la base fibreuse est empruntée de la dure-mère, et que l'on peut concevoir comme les membranes fibro-séreuses , fibromuqueuses, elc. Cette facilité de la tunique interne des vaisseaux à s'unir avec la membrane fibreuse du crâne , ne pourroit-elle pas fournir un argument favorable à ceux qui croient que la tunique moyenne des artères est delà même nature que cette dernière classe de membranes?

CCXXII. En dedans, la membrane interne du système vasculaire est sans cesse humectée d'un fluide muqueux , dont les sources sont encore ignorées, et qui la garantit de l'impression du sang, avec lequel elle est en contact. On eonnoîl les valvules nombreuses dontest parsemée, dans les veines et dans les lymphatiques, celte membrane interne.

GCXXIII. Quelle en est la nature? ÎNous n'avons sur elle aucune donnée. Moins extensible qu'aucune des membranes déjà décrites , elle se rompt au moindre effort dirigé sur elle, comme on le voit dans l'anévivsme,

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dans les ligatures appliquées sur les artères et fortement serrées. Son mode de sensibilité est encore peu connu. Il n'est point le même dans la portion qui correspond au sang rouge, que dans celle en contact avec le sang noir, puisque celui-ci cesse d'être un excitant lorsqu'il arrive au ventricule gauche, qui, ne pouvant se contracter, détermine une stase sanguine dans le poumon . et par suite dans le système veineux (1).

CCXX1V. Ce mode de sensibilité n'entre-t^il pas pour beaucoup dans la cause de la mort qui est l'effet subit de l'introduction d'un fluide aériforme , ou autre , dans les vaisseaux d'un animal? Cette expérience, très-souvent répétée

( i ) La nécessité d'un excitant pour que le cœur se contracte, n'est rien moins que prouvée; on voit cet organe dans les expériences se contracter à vide durant des heures entières. Dans les compressions des hémisphères du cerveau, la respiration ne se fait que d'une manière très-incomplète, et le sang circule noir pendant plusieurs jours ; donc le sang noir n'excite pas la contraction du ventricule gauche. On peut en acquérir la preuve dans toutes les hémorrhagies cérébrales qui compriment les deux hémisphères du cerveau; en ouvrant l'artère temporale le sang roule noir.

dans le système veineux, n'a point encore, je crois, été tentée sur le système artériel : c est ce qui m'a déterminé à voir si le résultat seroit le même. J'ai poussé plusieurs fois dans la carotide d'un chien de l'eau fortement teinte en bleu du côté du cerveau (1); l'animal est mort au bout de deux minutes, en poussant des cris douloureux. Le cerveau , examiné à l'instant, ne m'a offert que quelques petits vaisseaux capillaires injectés çà et là et colorés par le fluide étranger, dont la plus grande partie étoit sans doute parvenue déjà au cœur en suivant le cours de la circulation. La même expérience , faite avec de l'eau pure, chargée d'une substance étrangère., n'est pas subitement mortelle.

CCXXV. J'ai observé , à cet égard , qu'il est presque impossible de souffler de l'air avec

(i) L'eau fortement teinte en bleu dont s'est servi Bichat, était sans doute une suspension d'indigo.. Or les globules de cette substance broyée, plus gros que ceux du sang, auront beaucoup bouché les petits vaisseaux, arrêté la circulation et causé la mort. La même chose sérail sans doute arrivée si Bichat eût employé un liquide visqueux . bel quo Fhiiilë , où simpiemen' du mercure,

la bouche dans l'artère armée d'un tube , comme on le fait dans les veines , en le poussant même suivant le cours naturel du sang. Lorsqu'une artère est coupée en travers , il s'établit, si je puis m'exprimer ainsi, dans sa partie qui ne tient pas au cœur, un mouvement antipéristaltique , lequel fait jaillir le sang avec une force qu'on ne peut surmonter par les plus grands efforts de l'expiration , et qui, malgré eux, vous remplit la bouche de ce fluide. Il faut nécessairement adapter au tube fixé dans l'artère celui d'une seringue , au moyen de laquelle on pousse avec force l'injection (1). Cette observation confirme la

(i) Si Bichat eût mieux connu le mécanisme de la circulation du sang, il n'aurait point attribué à un mouvement antipérif taltique des artères le phénomène dont il parle. Dans ce cas, l'influence du cœur sur le cours rétrograde du sang, par le bout le plus éloigné du cœur de l'artère coupée, se fait sentir, soit au moyen des anastomoses volumineuses, et alors il peut y avoir saccade dans le jet du sang, ou pulsation si l'artère est simplement liée, soit au moyen des capillaires, et alors l'écoulement du sang est uniforme comme le cours du sang dans les très-petits vaisseaux.

nécessité , déjà plusieurs fois prouvée par l'expérience, de lier l'artère en haut et en bas de son ouverture, dans l'opération de l'anévrysme.

CCXXVI. Il seroit tout aussi difficile de déterminer le mode de tonicité de la surface interne du système vasculaire 5 que son mode de sensibilité ; mais l'existence de cette propriété est irrévocablement prouvée dans les petits vaisseaux . où la circulation , presque indépendante du cœur, ne présente qu'un mouvement oscillatoire, qui est souvent opposé à celui de la circulation générale, duquel on peut à son gré changer la direction par l'application des stimulants, comme l'ont prouvé les expériences de Haller, de Spallanzani, etc., et auquel évidemment président seules les formes toniques.

CCXXVII. Les fonctions de cette membrane sont de former à l'artère une espèce d'épiderme qui la garantit de l'impression du sang, comme celle des membranes muqueuses les protège contre les substances hétérogènes avec lesquelles elles sont en contact , de favoriser par son poli le cours de ce fluide , etc.

CCXXYIII. Outre les membranes qui concourent à former le système vasculaire , il en est plusieurs autres dont la nature , égale-

nient ignorée, ne permet pas de les ranger dans une classification générale : telle est celle qui tapisse le canal médullaire des os , et forme , par ses replis , l'organe où s'exhale , séjourne et s'absorbe la moelle; telles sont l'iris (i), la choroïde, remarquables, l'une par un mode de mouvement qui semble faire exception aux lois générales , l'autre par l'humeur noirâtre qui l'enduit et dont on ignore la source.

CCXXIX. Enfin, quoique parfaitement connues , certaines membranes ne peuvent être classées , parce qu'elles existent seules de leur espèce: telles sont la rétine , épanouissement manifeste du nerf optique ; la pie-mère, qui résulte d'une très-grande quantité de vaisseaux ramifiés à l'infini sur la face externe du cerveau, et unis les uns aux autres par un tissu cellulaire lâche , qui ne contient jamais de graisse . et qui devient le siège fréquent des infiltrations séreuses , etc.

(j) L'iris est très -probablement un muscle; la choroïde est un lacis vasculaire analogue a la première, et la matière noire du sang exhalé par la choroïde:

AIITICLE VII.

Des Membranes contre nature.

CCXXX. Après avoir embrassé d'un coup d'œil général les diverses membranes naturellement développées dans l'économie organique , celles qui concourent aux fonctions de l'animal, soit en faisant partie des organes qui sont le siège de ces fonctions , soit en remplissant des usages isolés, il nous reste à examiner les membranes que l'état morbifique produit accidentellement , et parmi lesquelles on distingue, i° les kystes, espèce d'organes membraneux qui contiennent tantôt une humeur séreuse, comme dans les hydropisies enkystées , etc., tantôt un fluide plus ou moins altéré et différent de ceux qui sont naturels, comme dans le stéatôme, etc., etc.; 2° la pellicule qui forme la cicatrice dans les déperditions de substances de la peau et des autres organes , etc. Ces deux membranes contre nature vont nous occuper.

g tcr. Des Kystes.

0CXXX1. Quoique les diverses cavités membraneuses des hydropisies enkystées . des hy-

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