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datides , du sléalôme , du mélicéris, de lathérome , etc. , etc. , différent les unes des autres par divers attributs organiques , que leur densité et leur épaisseur varient: cependant assez de caractères leur sont communs pour pouvoir les rapporter toutes à la même classe: or , en examinant ces caractères communs . on voit qu'ils ont, avec ceux des membranes séreuses, une si exacte analogie, que l'on seroit presque tenté, sans le mode de développement de ces membranes, de les confondre avec ces dernières. Voici quelles sont ces analogies , que l'on concevra sans peine , si l'on se rappelle les caractères qui distinguent les membranes séreuses.
CCXXXII. Analogie de conformation. Les kystes forment tous des espèces de sacs sans ouverture, renfermant le fluide qui s'en exhale , ayant une face lisse , polie , contiguë à ce fluide, une autre inégale, floconneuse, continue au tissu cellulaire voisin, etc.
CCXXXII1. Analogie de structure. Toujours formés d'un seul feuillet, comme les membranes séreuses , les kystes ont tous, comme elles, une texture cellulaire que prouvent la macération et l'insufflation. Aussi naissent-ils constamment au milieu de l'organe cellulaire.
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ordinairement là où il est le plus abondant. Peu de vaisseaux sanguins les pénètrent ; le système exhalant y est très-caractérisé.
CCXXX1V. Analogie des propriétés vitales. Sensibilité de relation nulle dans l'état ordinaire, très -prononcée dans l'inflammation; sensibilité organique toujours très-manifeste; tonicité que caractérise une contraction lente et graduée , à la suite de l'évacuation artificielle ou naturelle des fluides contenus , etc., voilà les caractères des kystes; ce sont aussi, comme nous l'avons vu, ceux des membranes séreuses.
CCXXXV. Analogie des fonctions. Les kystes sont évidemment l'organe secrétaire, ou plutôt exhalatoire du fluide qui est contenu. L'exhalation y devient surtout très-caractérisée quand, à la suite de l'évacuation de ces fluides , on n'a pas soin d'emporter la membrane, ou d'y exciter une inflammation artificielle. L'absorption s'y manifeste dans la guérison spontanée des hydropisies enkystées, guérison à laquelle peut seule concourir cette fonction ,
CCXXXYI. Analogie d'affections. Qui ne sait qu'entre l'hydropisie de la tunique vaginale et l'hydropisie enkystée du cordon il y a la plus
grande analogie, que les moyens curatifs sont les mêmes, que les accidents ne diffèrent point, que dans toutes deux l'inflammation qu'on fait naître par l'injection d'un fluide étranger, du vin. par exemple, est de même nature. et détermine par un semblable mécanisme la guérison? Qu'on ouvre deux cadavres attaqués chacun d'une de ces affections , que l'on compare ensuite l'état des deux poches où le fluide est amassé, l'aspect est exactement le même; ôtez du kyste du mélicéris le fluide qui y est contenu , vous ne trouverez que peu de différence entre lui , les kystes hydropiques et les membranes séreuses. »
CCXXXVII. Les considérations précédentes nous mènent à établir une parfaite ressemblance entre les kystes et les membranes séreuses, dont ils partagent tous les caractères, et dans le système desquelles ils entrent essentiellement. Il est très-probable qu'il y a rapport entre les unes et les autres, et que quand un kyste se développe et fournit une abondante exhalation, l'exhalation des membranes séreuses diminue: au reste, ceci n'est point appuyé sur des preuves directes.
CCXXXVJ1I. Il se présente ici une question essentielle , celle de savoir comment se déve-
ioppcnt les kystes, comment une membrane qui n'existe point dans l'état naturel , peut naître, croître , et même acquérir un développement très-considérable en certaines circonstances. On résout communément ce problème de la manière suivante : il s'amasse d'abord un peu de fluide dans une cellule du tissu cellulaire; la quantité de ce fluide augmente, dilate dans tous les sens la cellule, dont les parois se collent aux cellules voisines, et augmentent ainsi d'épaisseur. Peu à peu le fluide , séreux dans les hydropisies, blanchâtre et épais dans le stéatôme, etc. , augmente en quantité, presse en tous sens la poche qui le renferme, l'agrandit, la comprime contre les organes voisins, et lui donne la forme sous laquelle elle s'offre à nous. Pùen de plus simple, au premier coup d'œil, que cette explication mécanique; cependant, rien de moins conforme aux procédés de la nature. Les considérations suivantes serviront à le prouver.
CCXXXIX. 1 °. Les kystes sont analogues . sous tous les rapports, aux membranes séreuses; comment donc auroient-ils un mode différent d'origine que ces membranes, lesquelles ne se forment jamais, comme nous lavons vu, oar la comnression du tissu cellulaire? y0. Utté
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origine aussi mécanique, où tous les vaisseaux, pressés les uns contre les autres, doivent inévitablement s'oblitérer, ainsi qu'on le voit sur la peau devenue calleuse, s'accorde-t-elle avec les propriétés vitales, avec la fonction exhalatoire et absorbante des kystes , avec leur mode particulier d'inflammation? 5°. Comment, si les cellules , appliquées et collées les unes aux autres , forment ces sacs contre nature , le tissu cellulaire voisin ne diminue-t-il pas, ne disparoît-il pas même lorsqu'ils acquièrent beaucoup de volume? If. Comment leurs parois ne sont-elles pas plus épaisses aux endroits de leur surface , où des points d'appui osseux facilitent davantage la compression de l'organe cellulaire? 5°. Si, d'un côté, les kystes se forment par la dilatation que le fluide qu'ils renferment exerce sur le tissu cellulaire ; si , d'un autre côté, il est vrai, comme on n'en peut pas douter, que ce fluide soit exhalé par eux , il faut donc dire que le fluide préexiste à l'organe qui le sépare du sang. J'aimerois presque autant assurer que la salive préexiste à la parotide , etc.
CCXL. Je crois que la conséquence immédiate des réflexions précédentes , c'est que l'explication commune de la formation des kystes
est essentiellement contraire à la marche générale que suit la nature dans ses opérations. Comment donc naissent et croissent ces sortes de poches? comme toutes les tumeurs que nous voyons végéter au-dehors ou se manifester au-dedans ; car il n'y a pour ainsi dire de différence entre ces deux sortes de productions contre nature, que dans la forme que chacune affecte. La plupart des tumeurs rejettent par leur surface extérieure le fluide qui s'y sépare. Le kyste, au contraire, exhale ce fluide par sa surface interne, et le conserve dans sa cavité. Supposez une tumeur fongueuse en suppuration , se transformant tout-àcoup en cavité, et la suppuration se transportant de la surface externe sur les parois de cette cavité , ce sera un kyste. Réciproquement , supposez un kyste superficiel dont la cavité s'oblitère, et dont le fluide s'exhale à sa face externe, vous aurez une tumeur en suppuration.
CCXLI. Puis donc que la forme seule établit une différence entre les tumeurs et les kvstes, pourquoi la formation de ceux-ci ne seroit-elle pas analogue à celle des premiers? Or, a-t-on jamais imaginé d'attribuer à la compression la formation des tumeurs extérieures ou inté-
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Heures? Il faut donc concevoir la production des kystes de la manière suivante : ils commencent d'abord par se développer et par croître au milieu de l'organe cellulaire par des lois très-analogues à celles de l'accroissement général de nos parties, et qui semblent être des aberrations , des applications non naturelles de ces lois fondamentales que nous ne connoissons point. Quand le kyste est une fois caractérisé , l'exhalation commence à s'y opérer; d'abord peu abondante, elle augmente ensuite à mesure qu'il fait plus de progrès. L'accroissement de l'organe exhalant précède donc toujours l'augmentation du fluide exhalé, de même que, toutes choses égales d'ailleavs, la quantité de la suppuration d'une tumeur est en raison directe de son volume.
CCXLII. Cette manière de concevoir la formation des kystes me paroît bien plus conforme aux lois de la nature que celle précédemment exposée. Mais il resteroit à déterminer le mécanisme précis d'origine et d'accroissement des kystes, et par conséquent de toutes les tumeurs. Arrêtons-nous là où commencent les causes premières. Connoisons-nous le mécanisme de l'accroissement naturel de nos divers orgaues? Pourquoi vou-
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loir deviner celui des productions contre nature qui s'y développe . lequel sans doute, comme je viens de le dire, tient aux mêmes lois? C'est beaucoup, dans l'économie organique, d'indiquer des analogies, de montrer l'uniformité d'un phénomène inconnu avec un autre, sur lequel tout le monde est d'accord. On auroit beaucoup fait, je crois, pour la science, si dans toutes ses branches on démontroit ce principe qui repose déjà sur un si grand nombre de faits ; savoir , que la nature , avare de moyens , est prodigue de résultats; qu'un petit nombre de causes président partout à une multitude de faits, et que la plupart de ceux sur lesquels on est incertaintiennentauxmêmes principes que plusieurs autres qui nous paroissent évidents.
§ II. Membranes des cicatrices.
CCXLIII. Mon objet n'est point ici de considérer les cicatrices dans les divers organes. de suivre les phénomènes de la réunion des os, des muscles des tendons. Ce travail, ébauché sur quelques points, à peine commencé sur le plus grand nombre, m'entraîneroit dans des recherches étrangères à un Traité des mem-
branes, où doit seulement se trouver l'histoire de cette pellicule mince qui remplace , dans 'es plaies avec perte de substance, la portion de peau enlevée.
CCXL1V. Toute plaie qui parcourt ses périodes ordinaires présente, entre l'époque de sa formation et celle de sa cicatrisation, les phénomènes suivants: i° elle s'enflamme; 2°des bourgeons charnus se développent sur sa surface ; 5° elle suppure; 4° elle s'affaisse; 5° elle se recouvre d'une pellicule mince, rouge d'abord, mais qui devient ensuite blanchâtre. Parcourons successivement ces diverses périodes.
GÇXLV. Le temps de l'inflammation commence à l'instant où la plaie est faite ; il est le prompt résultat de l'irritation qu'a causé l'instrument, de celle que détermine le contact de l'air, des pièces d'appareil ou des objets environnants. Jusqu'alors à l'abri de ce contact, la plupart des parties comprises dans la solution de continuité ne jouissoient que de la sensibilité organique, que de celle en vertu de laquelle chaque organe se nourrit, s'approprie les sucs et les rejette ensuite. Mais dèslors ces mêmes parties , concourant à former la surface du corps, doivent jouir de la sensi-
bilité de relation, de celle qui transmet au cerveau les impressions reçues, et qui est si développée sur l'organe cutané. Or, j'ai prouvé plus haut que l'efï'et de l'inflammation sur tous les organes vulgairement appelés insensibles est de transformer en eux la sensibilité organique, qui est leur seul partage, en sensibilité de relation, dont ils sont privés dansl'état naturel. C'est là sans doute le premier avantage de ce temps de la cicatrisation des plaies. CCXLVI. Un autre avantage de l'inflammation dans le commencement des solutions de continuité , c'est de les disposer au développement des bourgeons charnus. On observe en effet que ce développement est en général en raison du surcroît des forces et d'action qu'imprime aux parties l'état inflammatoire. Alors chaque portion des organes divisés prend une vie nouvelle, se pénètre de plus de sensibilité et de tonicité, s'élève à une température supérieure, devient le centre d'un petit système circulatoire, indépendant de celui du cœur (1). C'est au milieu de ce déploiement de forces que naissent et croissent les bourgeons char-
(1) Il aurait été difficile à Bichat de prouver celte assertion.
nus, pour la production desquels les forces naturelles auroient été insuffisantes. De là la pâleur, la flaccidité de ces productions , lorsque ces diverses conditions s'affoiblissentou cessent.
CCXLVII. Ce second temps de la formation des cicatrices, où le développement des bourr geons charnus présente les phénomènes suivants : de petits corps rougeâtres s'élèvent çà et là en forme de tubercules inégaux et irrégulièrement disposés. D'abord plus ou moins éloignés, ils se rapprochent et s'unissent; des adhérences s'établissent entre eux, et bientôt il en résulte à leur superficie une membrane mince, partout continue, d'une étendue égale à celle de la plaie , recouvrant exactement et sans interruption les parties sous-jacentes, et leur formant une enveloppe nouvelle.
CCXLVIII. Cette enveloppe n'est point encore la cicatrice, qui doit être par la suite infiniment plus rétrécie; c'est, pour ainsi dire, un épiderme provisoire , destiné à garantir la partie pendant le travail que prépare et forme celte cicalrice. Il ne diffère des membranes ordinaires qu'en ce que celles-ci sont lisses et partout uniformes, tandis que les bourgeons produisent ici une surface inégale et raboteuse. Cette inégalité des bourgeons et leur isolement
apparent semblent d'abord s'opposer à cette manière de concevoir le premier état des cicatrices; mais l'expérience suivante ne laisse là-dessus aucun doute. Faites une large plaie sur l'animal; laissez -lui parcourir ses deux premières périodes ; tuez ensuite l'animal , enlevez la portion de chairs sur laquelle se sont développés les bourgeons; distendez-la du côté opposé, par un corps saillant, et de manière à ce que la surface bourgeonnée devienne très-convexe, de concave qu'elle étoit : les tubercules s'effacent alors ; la pellicule tiraillée devient partout très-sensible; on la prendroit pour une membrane séreuse enflammée. La simple dissection peut aussi démontrer cet état des parties.
GCXL1X. 11 suit de là que Ces que les bourgeous sont réunis , tout accès à l'air sur la plaie se trouve fermé , et que ce qu'on dit communément du contact de ce fluide est inexact et contraire aux dispositions de Ja nature, qui sait, mieux que nous ne pouvons le faire par nos appareils , mettre à l'abri la partie divisée, pendant le temps que se pré pare et s'opère le travail de la cicatrice.
CCL. Lorsqu'on pousse ses recherches audessous de cette pellicule provisoire, on trouve
les bourgeons formés de cellules remplies d'une substance blanchâtre, épaisse, comme lardacée, et qu'il seroit bien-essentiel de soumettre à l'analyse. Cette substance ferme tout accès aux fluides étrangers qui tendroient à pénétrer dans les cellules , lesquelles ne peuvent être bien distinguées que par la macération. Quand on soufïle de l'air dans le tissu cellulaire d'un animal sur lequel on a fait depuis quelques jours une plaie, ces cellules ne se soulèvent point; les bourgeons restent les mêmes au milieu du boursouflement général du tissu cellulaire. J'ai plusieurs fois fait cette expérience , soit pendant la vie , soit après la mort de l'animal.
CCL1. Quelle est la nature de ces bourgeons charnus? Les considérations suivantes prouvent qu'ils appartiennent essentiellement à l'organe cellulaire. i°. Là où cet organe est le plus prononcé, comme aux joues, etc., les bourgeons charnus sont plus faciles à naître et les plaies plus promptes a se cicatriser. 2°. Trop dénudée de tissu cellulaire, la peau se recouvre difficilement de ces sortes de productions, et se recolle avec peine aux parties voisines : de là le précepte de ménager ce tissu dans la dissection des tumeurs. 5°. La macé-
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ration ramène toujours à cette première base les surfaces des plaies , quand on y expose un cadavre qui s'en trouve affecté. 4°- La nature de ces bourgeons est partout la même , quelle que soit la diversité de l'organe qui les produit, que ce soient un muscle , un cartilage , la peau, etc.; donc ils sont l'expansion, la production d'un organe qui se rencontre dans tous les autres: or, cet organe commun à tous, base générale de toute partie organisée, c'est le tissu cellulaire.
CCLII. Les vaisseaux sanguins de l'organe s'allougent-ils, se développent-ils en vaisseaux capillaires sur la plaie que recouvrent des bourgeons? Je crois que la rougeur de ces productions tient moins à cette cause , qu'au passage du sang dans les exhalants et les absorbants de la portion de tissu cellulaire qui les a formées par son développement. Voici les considérations qui me le persuadent: i° le tissu cellulaire paroît n'être qu'un entrelacement d'absorbants et d'exhalants ; or, il se trouve ici tellement gorgé de sang, que nécessairement ce fluide a dû passer dans ces deux genres de vaisseaux. 2°. Il y a une analogie complète entre les membranes séreuses enflammées et la pellicule rouge qui recouvre et forme en par-
tie les bourgeons , sous les rapports de la couleur, du mode de sensibilité, de la texture cellulaire, etc. Or, l'absorption contre nature des globules sanguins paroît principalement colorer les surfaces séreuses enflammées, d'après les observations modernes, etc. 5°. Cette rougeur n'est que dépendante de l'inflammation; elle cesse avec elle et la cicatrice blanchit: donc c'est un état contre nature, et non le développement organique d'un ordre de vaisseaux qui ne devroient pas s'oblitérer, s'ils se formoicnt une fois. 4°- Comment le système sanguin peut-il s'étendre, se déployer en réseau là où primitivement il n'existe pas, comme sur les tendons, les cartilages, etc.? Or, cependant on voit naître aussi sur ces organes des bourgeons rougeâtres, etc. Au reste, je propose ces réflexions sans y ajouter une importance plus grande qu'elles n'en méritent; mais quelle que soit l'influence du système sanguin dans la formation des bourgeons charnus, ils sont évidemment dus en grande partie au développement de l'organe cellulaire.
CCL11I. Voici donc ce qui arrive dans le second temps de la cicatrisation des plaies: le tissu cellulaire, en vertu de l'accroissement de forces qui s'est développé dans la première
période, s'élève en vésicules irrégulièrement disposées, qui se remplissent d'une substance blanchâtre peu commune, s'unissent à leur superficie, et forment ainsi la première pellicule. Mais comment cette première pellicule se transforme-t-elle en celle de la cicatrice? Suivons la marche de la nature ; nous la verrons, avant d'arriver à ce temps, passer par ceux de suppuration et d'affaissement.
CCLIY. Le temps de suppuration n'existe point dans la cicatrice des os. dans celle des cartilages rompus, des muscles déchirés, etc., et en général dans la réunion de tous les organes divisés , sans plaie extérieure. Il faut donc démontrer d'abord quel rapport se trouve ici entre ces cicatrices internes et celles des téguments extérieurs ; car un principe uniforme préside à toutes les opérations de la nature , quoiqu'elles paroissent diverses en apparence.
CCLV. Lorsqu'un os est divisé , les deux premières périodesde sa réunion sontles mêmes que celles des cicatrices extérieures. Les bouts s'enflamment, puis se couvrent de bourgeons charnus. Dans le troisième temps , ces bourgeons , préliminairement réunis , deviennent une espèce d'organe sécrétoire ou plutôt ex-
halant , qui sépare d'abord de la gélatine dont il s'encroûte, ce qui donne au cal une nature cartilagineuse, puis du phosphate calcaire, ce qui complète la disposition osseuse. Dans la cicatrice des cartilages , la gélatine seule est exhalée dans les bourgeons charnus; dans celle des muscles, c'est la fibrine; en un mot, le tissu cellulaire est la base commune de toutes les cicatrices des organes intérieurs , puisque sur tous les bourgeons charnus sont les mêmes; elles se ressemblent toutes par cette base. Ce qui établit entre elles une différence, c'est la matière qui se sépare et qui reste dans le tissu cellulaire; cette matière est en général la même que celle qui sert à la nutrition de l'organe, que celle qui y est habituellement apportée et exportée par le travail de cette fonction. Or, comme chaque organe de ce système différent a sa matière nutritive propre , chacun a son mode particulier de réunion. Nous connoîtrions les cicatrices des différents organes tout aussi bien que celle des os, si les substances qui nourrissent ces organes nous étoienl aussi connues que la gélatine et le phosphate calcaire. Le mode de développement des cicatrices intérieures est en général analogue à celui de la nutrition , ou plutôt il est le même , avec la
seule différence , que le tissu cellulaire , s'élevant en bourgeons irréguliers sur les surfaces divisées , ne fournit point à la cicatrice une base moulée sur la forme primitive de l'organe. De là l'inégalité du cal, etc.
CCLVI. Voilà donc en général ce qui se passe dans le troisième temps des cicatrices des organes internes. À l'extérieur, il se manifeste des phénomènes à peu près analogues. La membrane qui recouvre les bourgeons charnus devient aussi une espèce d'organe exhalant qui sépare du sang un fluide blanchâtre, qu'on appelle le pus; mais il y a cette différence, qu'au lieu de rester daus le tissu des bourgeons, de pénétrer , d'encroûter ce tissu , comme le tissu , comme le phosphate calcaire et la gélatine dans les os, la fibrine dans les muscles, etc., il est rejeté au-dehors et devient étranger à la réunion : en sorte que dans les cicatrices internes il y a exhalation, puis encroûtement du fluide séparé, et dans les cicatrices extérieures exhalation , puis excrétion de ce fluide.
CCLVII. Au reste, une plaie extérieure qui suppure me paroît ressembler en tout aux surfaces séreuses lorsqu'elles se recouvrent . à la suite de leur inflammation , d'une exsuda-
tion purulente. La pellicule mince qui tapisse les bourgeons charnus est en effet, comme je l'ai observé , de même nature que la plèvre ou le péritoine enflammés , c'est-à-dire essentiellement cellulaire. L'organe de la sécrétion ou plutôt de l'exhalation du pus est dans l'un et l'autre cas membraneux et parfaitement semblable. Le mécanisme de l'exhalation du pus sur la membrane préliminaire des cicatrices extérieures , me paroît avoir aussi beaucoup d'analogie avec celui de l'exhalation des fluides stéatômateux , qui s'opère dans les kystes.
GCLVIII. Passons au quatrième temps des cicatrices extérieures, cà celui de l'affaissement. La suppuration épuise peu à pou cette substance blanchâtre qui remplit les cellules des bourgeons. Alors ces cellules , d'abord trèsgonflées , diminuent insensiblement de volume ; elles s'affaissent; la pellicule mince qui s'étoit déployée sur elles est moins tendue ; en même temps les bords de la division ne sont plus autant tuméfiés; il se dépriment; la cavité de la plaie s'efface ; le fond se met au niveau de la circonférence; un pus moins abondant s'en écoule , il est plus louable , bientôt la source en est presque tarie.
CCLIX. Je crois qu'à cette époque des plaies nos pansements sont en général plus nuisibles qu'utiles ; ils fixent sur les parties divisées une cause d'irritation qui y entretient un développement de forces vitales trèspropre à entretenir la suppuration, tandis que. dans l'ordre naturel, l'équilibre ordinaire des forces tend à se rétablir et à la faire cesser. Telle est en effet la révolution qui s'opère dans toute plaie dont la guérison suit les périodes fixées par la nature. i°. Les forces vitales s'exaltent d'abord par l'inflammation au-delà des bornes qui les circonscrivent dans l'état naturel de l'organe divisé; 2° elle^ restent stationnâmes à ce degré pendant la suppuration ; 5° elles diminuent peu à peu , et rentrent enfin dans leurs limites à l'époque de l'affaissement. Or, si vous les excitez alors par l'application d'un irritant quelconque, de la charpie , des médicaments , par exemple , vous empêchez leur décaissement , et la suppuration s'entretient par elles. J'ai déjà plusieurs observations de malades où une prompte cicatrice a été le résultat de l'exposition des plaies à l'air pendautce dernier temps. Je puis assurer aussi que de deux plaies faites sur le même
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chien , ou sur deux chiens différents, et dont l'une reste à nu , tandis qu'on' panse l'autre , sur la fin de la cicatrisation , la première se guérit bien plus vite que la seconde. Je sais que l'analogie est toujours un guide infidèle; mais au moins peut-elle servir à quelques inductions éloignées.
CCLX. Le dernier temps de la cicatrisation des plaies est la formation de cette pellicule mince qui remplace en partie les chairs enlevées; voici comment elle est produite: la suppuration a épuisé en entier toute la substance qui infiltrent les cellules des bourgeons; ces cellules , vides alors , s'affaissent , s'appliquent les unes aux autres , et adhèrent entre elles par un mécanisme analogue à celui des adhérences si fréquemment observées dans les membranes séreuses ; car chaque cavité de l'organe cellulaire est en petit ce que sont en grand les diverses poches séreuses.
CCLXT. De ces adhérences des cellules résultent divers phénomènes. Tous les tubercules charnus disparoissent. et une surface uniforme les remplace. Cette surface est une membrane très-mince, parce que l'épaisseur des bourgeons dépendoit, non des cellules, mais
de la substance qui les pénétroit, et qui, ayant alors disparu par la suppuration, les laisse toutes seules. Cette membrane offre infiniment moins de largeur que la pellicule primitive qui recouvroit les bourgeons, parce qu'en s'évacuant les cellules sont revenues peu â peu sur elles-mêmes en vertu de leurs forces toniques, à peu près comme quand on donne issue aux fluides des cavités séreuses , elles se resserrent et prennent une étendue infiniment moindre que celle qu'elles avoient pendant leur distension. Ce retour des cellules sur ellesmêmes, rétrécissant dans tous les sens leur diamètre , elles tiraillent de la circonférence au centre les bords de la division ; ceux-ci se rapprochent , la largeur de la plaie diminue ; les mêmes bourgeons, qui dans le commencement occupoient souvent un espace d'un demi-pied de diamètre, comme, par exemple, dans l'opération du cancer, se trouvent alors condensés dans une surface d'un pouce ou deux : en se rapprochant ainsi, leurs faces s'appliquent les unes aux autres, se collent, et la membrane de la cicatrice résulte de leur adossement. Voilà comment toutes ces chairs, dont le développement nous étonnait, et qui paroisFoient
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amplement réparer la perte de substance , ne sont plus qu'une pellicule rougeâtre tant que les lymphatiques sont gorgés de sang, mais à laquelle le retour de ce fluide dans ses propres vaisseaux donne bientôt une couleur blanchâtre.
CCLXI1. D'après ce mode d'origine de la membrane des cicatrices extérieures , il est facile de concevoir, i° pourquoi elles adhèrent intimement aux endroits où elles se trouvent, et n'ont jamais la laxité des téguments ; •i° pourquoi la peau se rapproche de toutes les parties voisines pour recouvrir la plaie; 3° pourquoi elle se ride en se rapprochant ; 4° pourquoi, là où elle prête le plus, la cicatrice a le moins d'étendue, comme aux bourses, aux aisselles, etc.; pourquoi, au contraire, elle en a davantage là où elle cède difficilement , comme sur le sternum, le crâne, le grand trochanter , etc.; 5° pourquoi l'épaisseur de toutes les cicatrices est en raison inverse de leur largeur. En effet, comme il n'y a toujours que la même quantité de bourgeons charnus pour les former, il faut que ce qu'elles gagnent en un sens, elles le perdent dans un autre : de là beaucoup de facilité à se déchirer
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dans celles qui sont très-larges; 6° pourquoi elles n'ont point d'organisation régulière 5 ne partagent point les fonctions de l'organe cutané qu'elles remplacent; pourquoi il ne s'y fait point d'exhalation. En effet , l'agglutination des lames du tissu cellulaire a détruit son système exhalant , comme celui des membranes séreuses est anéanti par leurs adhérences réciproques. Remarquons que ce phénomène est une preuve nouvelle que la membrane des kystes , où l'exhalation est évidente , ne se forme pas, comme on l'a dit, par l'adhésion mécanique ou inflammatoire des lames de l'organe cellulaire.
CGLX1II. Je n'ai point comparé ces réflexions sur les cicatrices avec ce qu'ont écrit sur ce point Fabre, Louis, Hunter et autres. L'exposé de tous les phénomènes de plaies enflammées, en suppuration, ou dans l'état d'affaissement, n'a point été présenté. Je renvoie aux auteurs qui ont traité cette matière ex professo: le lecteur, en les analysant, pourra juger luimême en quoi les vues que je présente diffèrent ou se rapprochent de celles communément reçues, et quel degré de confiance elles ont droit d'inspirer à qui recherche moins une