‹ Traité des membranes en général et de diverses membranes en particulierChapitre 27 sur 40 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Considérations générales.

I. La triple enveloppe du cerveau n'a pas toujours été distinctement décrite par les anatomistes. L'arachnoïde et la pie-mère ne furent long-temps à leurs yeux qu'une membrane unique , mince assemblage de deux feuillets distincts quelquefois dans leur position, mais constamment identiques par leur nature : c'étoit la seconde méninge.

II. On commença, au milieu du siècle passé, à soupçonner que chacune pouvoit avoir une existence isolée: la Société anatomique d'Amsterdam s'en assura en 1 665 ; van Horne, peu de temps après , démontra séparément à ses

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élèves l'arachnoïde, qui depuis lors a toujours été considérée comme une membrane propre. Quelques anatomistes, Lieutaud en particulier, ont cherché dans ces derniers temps à reproduire la manière de voir des anciens, et à réduireà deux les enveloppes cérébrales; mais les considérations suivantes me paroissent irrévocablement fixer l'opinion à cet égard.

III. i°. La pie-mère pénètre toutes les aufractuosités dont elle revêt la surface; l'arachnoïde passe, sans s'arrêter, d'une éminence à l'autre, et souvent on la voit ou séparée par de grands intervalles de la pie-mère, ou simplement appliquée sur elle sans nulle communication. La base du cerveau et la moelle épinière présentent de fréquents exemples de cette double disposition. 2°. L'une, rougeâtre, toute tissue de vaisseaux , ne paroît destinée qu'à offrir aux troncs qui s'y portent une large surface où ils puissent se diviser à l'infini , avant de pénétrer dans la substance molle du cerveau, à laquelle ils communiqueroient, sans cela, de trop fortes secousses; c'est une couche celluleuse, plutôt qu'une membrane distinctement organisée : couche qui unit , soutient et entrelace les innombrables ramifications du système extérieur des vaisseaux sanguins encé-

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phahques. L'autre, blanchâtre, mince, demitransparenle , dépourvue de ce genre de vaisseaux , ne paroît qu'un composé des exhalants qui iui apportent et des absorbants qui lui enlèvent l'humeur dont elle est sans cesse lubrifiée. 5°. La première n'est remarquable, à la suite des inflammations, que par sa rougeur, effet du sang qui y aborde ; la seconde s'épaissit , devient opaque et d'un blanc plus foncé , se recouvre fréquemment de cette exsudation visqueuse , caractéristique des membranes séreuses en suppuration. 4°- Celleci , après avoir accompagné les vaisseaux et les nerfs jusqu'aux troncs qui les transmettent hors du crâne , se réfléchit visiblement sur la dure-mère, qui en emprunte, comme je le dirai, le poli qui distingue sa face interne: celle-là se perd bientôt sur les nerfs , et jamais on n'y voit une semblable réflexion. 5°. En enlevant l'arachnoïde, on détache aussi la pie-nu re qui adhère au nive audes circonvolutions , et c'est là sans doute ce qui en a imposé ; mai:ce fait ne prouve pas plus l'identité des deux membranes , qu'il n'établit celle de la plèvre , du péricarde, du péritoine, etc., avec le tissu cellulaire qui leur est sous-jacent, et qui accompagne toujours ces membranes lorsqu'on

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les arrache de dessus leurs organes respectifs.

IV. Ces rapides considérations , tirées de la forme extérieure, de la structure et des affections de l'une et l'autre membrane, suffisent, je crois, pour établir entre elles une ligne réelle de démarcation , et admettre par conséquent l'existence isolée de l'arachnoïde; mais c'est peu d'avoir constaté son existence, il faut encore déterminer la nature, suivre le trajet et les rapports, assigner les fonctions de cette membrane. Or, sur tous ces points l'anatomie connue ne nous offre qu'un vide à remplir.

V. Tous les organes importants , tous ceux qui sont agités d'un mouvement habituel , se trouvent enveloppés d'une membrane séreuse, qui leur sert de limites, les isole des parties voisines, favorise leur expansion et leur resserrement alternatif par l'humeur qui en lubrifie sans cesse la surface lisse et polie. Cette loi de conformation est universelle; le poumon qu'embrasse la plèvre, le cœur que revêt le péricarde; l'estomac, les intestins, le foie, la rate, etc., sur lesquels se déploie largement le péritoine; le testicule que recouvre la tunique vaginale, nous en offrent des exemples. Toutes ces membranes ont, comme je l'ai démontré,

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les mêmes caractères de conformation , de structure , de fonctions et même d'affections morbifiques. Cette uniformité . bien reconnue dans la disposition extérieure de tous les organes importants, m'avoit fait soupçonner depuis long-temps que le cerveau ne devoit point faire exception à la règle générale , et qu'une enveloppe analogue en tout aux membranes séreuses des grandes cavités devoit , en le recouvrant, remplir à son égard les mêmes fonctions que ces membranes à l'égard de leurs organes respectifs. Je crois que ce soupçon deviendra une réalité , si j'établis d'une manière évidente que, i° la nature intime, 2° la disposition extérieure , le trajet et les rapports, 3° les fonctions et les affections de l'arachnoïde , sont exactement les mêmes que celles des membranes séreuses. Ce traité a pour objet le développement de ces diverses propositions.

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