‹ Traité des membranes en général et de diverses membranes en particulierChapitre 7 sur 40 · SUR XAV. BICHAT. XIX · texte numérisé non relu

SUR XAV. BICHAT. XIX

l'École de médecine le noble projet de se réunir, de se communiquer le fruit de ses recherches, de rendre plus sensible par la discussion ce que les leçons des professeurs pouvoient présenter de difficile, de répéter les expériences tentées déjà par les physiologistes les plus habiles. Ce projet, aussitôt exécuté que conçu, eut peu de partisans plus zélés que Bichat ; et c'est à lui que la Société médicale d'émulation doit la rédaction des règlements qui firent si long-temps sa gloire , et l'impulsion étonnante imprimée aux esprits de tous les membres qui la composèrent dans les premiers temps de sa formation.

La Société médicale peut , avec quelque raison, s'enorgueillir d'avoir été la première dépositaire des travaux qui ont immortalisé notre confrère. C'est dans les Actes de notre Société que nous retrouvons ses premières vues sur les membranes et sur la distinction des deux vies; c'est là que Bichat commença à prouver que son génie devoit franchir les bornes auxquelles il nous est si souvent difficile d'atteindre. Je ne vous entretiendrai point des modifications qu'il apporta à la confection du trépan, ni du procédé nouveau qu'il inventa pour la ligature des polypes ; il ajoutoit

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lui-même peu d'importance à ces objets : toute son attention se portoit sur la physiologie; et son Mémoire sur la membrane synoviale des ar~ ticulaiiônSj chef-d'œuvre de logique, de précision, de méthode analytique, donna une juste mesure de tout ce que Biehat pouvoit entreprendre.

Notre confrère; le professeur Pinel, avoit envisagé les phlegmasies d'une manière inconnue jusqu'alors aux auteurs des systèmes nosologiques. L'observation des phénomènes morbiflques l'avoit conduit à classer ces phlegmasies d'après les caractères des affections organiques. Il pensoit que ces affections étant variées . la structure des parties membraneuses n'étoit pas, identique. Biehat confirma, dans sa Dissertation sur les membranes, les vues et l'observation du professeur Pinel; et ici nous devons admirer le mutuel concours de l'anatomie et de la médecine : l'une trouve au lit du malade ce que l'autre confirme dans ses recherches sur le cadavre; celle que l'on dit plus conjecturale précède pour ainsj dire la certitude que la seconde jette sur cette belle théorie des inflammations. Nous devons l'avouer, messieurs . il y a plus de mérite à pressentir, d'après la diversité de nos maladies , la différence dans

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l'organisation de nos parties , qu'il n'y a de difficulté à classer nos affections d'après la connoissance parfaite de ces mêmes parties : aussi la science devra plus, dans cette circonstance , à l'observation première du professeur Pinel, qu'aux recherches anatomiques de Bichat.

Le travail sur les membranes , qu'il inséra dans le deuxième volume de nos Actes, n'étoit que le précis du grand ouvrage qu'il publia bientôt sur le même sujet. Il ne l'entreprit qu'en multipliant sur lui - même des expériences souvent dangereuses , en faisant de nombreuses ouvertures de cadavres, et en se livrant à l'observation attentive des phénomènes morbifiques. C'est alors qu'embrassant l'art dans sa totalité , il commença à s'adonner à la médecine : il sentoit que la chirurgie, illustrée par les chirurgiens du dernier siècle, ne lui offroit plus un champ assez vaste; la médecine, au contraire, plus cultivée depuis que les connoissances positives étoient devenues plus générales, surtout depuis l'époque où, pour la première fois en France, le professeur Corvisart avoit fondé son école clinique ; la médecine, dis-je, présenta à l'imagination toujours ardente de Bichat un nouvel aliment,

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à son génie de nouveaux moyens de se signaler.

Le Traité des Membranes fixa sur notre collègue les yeux de tous les savants : on n'avoit rien vu depuis.les Traités des Glandes et du Tissu muqueux , parBordeu, qui pût être comparé à cet ouvrage; et l'admiration qu'il inspira à ses confrères ainsi qu'à ses élèves , pénétra jusque dans l'Institut national *.

C'est dans son Traité des Membranes que l'on trouve le premier jet de toutes les vérités que, par la suite, il a développées dans ses Recherches physiologiques sur la vie et la mort , ainsi que dans son Anatomie générale; c'est dans cet ouvrage qu'existent essentiellement les premières traces de la méthode qu'il suivit dans tous les autres, et qu'on trouve reproduites les premières idées qui le conduisirent à la distinction des deux vies ; distinction qu'il avoit déjà fait pressentir dans un Mémoire particulier sur les organes symétriques.

* On sait , à cet égard , que , dans un rapport ver- Lai fait à la classe des Sciences physiques, le professeur Halle rangea cet ouvrage parmi ceux qui pouvoient mériter les honneurs de la proclamation à la fête du i° vendémiaire.

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Alors on vit paroître une critique amère et peu modérée de la production la plus étonnante qu'ait faite peut-être en médecine un homme de 27 ans. Bichat, dans cette circonstance, n'affecta ni ressentiment ni mépris; il se plaignit sans aigreur de la mauvaise foi et du fiel de la critique *, et trouva dans l'étude l'oubli de cette injustice.

Cependant il méditoit une réponse digne de lui, digne de la science. Il pensa que, dans l'état actuel de la physiologie , la méthode expérimentale de Haller et les vues grandes et philosophiques de Bordeu étoient les seuls guides à prendre; il suivit ces modèles, et publia ses Recherches sur la vie et la mort.

* « Je n'ai point essayé de dissiper des doutes mis »en avant sur quelques fails anatomiques que j'ai «publiés dans mon Traité des Membranes , je ren- » voie à l'inspection cadavérique ceux à qui on a fait » naître ces doutes : quant à ceux qui les ont fait » naître , cette inspection leur est inutile ; ils ne peu- » vent avoir oublié que j'ai disséqué avec eux , et que »je leur ai montré ce qu'ils me reprochent de croire «avoir trouvé et de n'établir que sur des conjectures. » Recherches physiologiques sur la vie et la, mort, par Xav. Bichat, préface, pag. iij.

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