COMBINAISONS A LA FUCHSINE ACIDE
{Coupes seulement,)
260. Bleu Victoria et fuchsine acide, — J'ai eu de bons résultats avec cette combinaison. Les coupes sont traitées pendant dix
186 CHAPITRE XllI
minutes par la teinture d'iode ; puis, bleu Victoria, dix-huit heures; fuchsine acide (Sàurefuchsine), solution aqueuse à 0,5 p. 100, dix minutes; alcool ; essence de girofle ; colophane.
Il ne faut pas employer la fuchsine acide en premier lieu, car le Victoria la décolorerait par substitution.
Je pense que le violet de gentiane donnerait également de bons résultats en cette combinaison.
Le rouge Congo ne donne pas de préparations stables. Voyez numéro 190.
251. Mélange Ehrlich-Biondi (ou Ehrlich-Biondi-Heidenhain) (Pfluger's, A7xh. f. d. ges. Phys,, XLIII, 1888, Supp., p. 40; Zeit. f. wiss. Mik., V. 4, 1888, p. 519). — Ce célèbre mélange a été depuis quelques années très employé en Allemagne et en Angleterre, il a été Tobjet d'un véritable engouement. La préparation en est assez délicate ; heureusement on peut se le procurer tout fait chez Grubler (n° 92).
Ce liquide fut imaginé en premier lieu par EuRLicn, puis modifié par R. Heidenuain et Biondi. Nous citons d'après R. Heidenuain.
A 100 ce. de solution saturée d'orange dans l'eau on ajoute, en agitant constamment, 20 ce. de solution saturée de fuchsine acide (Sàurefuchsine) dans l'eau, et 50 ce. d'une solution pareille de vert de méthyle.
On allonge le mélange de 60 à 100 volumes d'eau. Le mélange allongé doit virer au rouge d'une manière évidente par addition d'acide acétique. Si l'on en pose une goutte sur du papier buvard, elle doit former une tache d'un vert bleuâtre au centre et orange vere les bords. Si la zone orangée est entourée d'une zone rouge plus large, c'est que le mélange contient trop de fuchsine.
Ces réactions ne suffisent pas pour assurer une bonne solution. Une solution ainsi préparée ne donne pas infailliblement l'électivité voulue de la coloration de la fuchsine acide ; et les préparations ont une tendance à se faner en peu de temps. En acidifiant la solution on obtient une teinture plus élective et donnant des préparations qui ne se fanent pas. Mais il faut user de grandes précautions en acidifiant ; car si l'on ajoute trop d'acide on nuira à l'électivité de la teinture en provoquant une coloration de la substance interfilaire eu même temps que l'élément plastinien. Voici, d'après M. ^^u^E^nsm [Ueber Kern u, Protoplasmay Engelmann, 1892, p. 116), comment il faut procéder :
On prend une quantité voulue de la solution originelle et on Tal-
longe d'eau dans la proportion de 6 volumes de la solution pour 400 d'eau distillée. On prend deux verres pareils, on les remplit d*eau distillée et l'on ajoute à chacun quelques gouttes de la solution allongée, de manière à avoir dans chacun un liquide de la même teinte.
Ce liquide doit accuser en même temps un ton rouge provenant de la fuchsine acide, un tonjaune provenant de l'orange, et un ton grisâtre provenant du vert de méthyle. On ajoute maintenant à l'un des verres, goutte à goutte et en agitant continuellement, de l'acide acétique fortement dilué (1 p. 500 d'eau) jusqu'à ce que le liquide vire fortement au rouge cramoisi (le ton jaune primitif disparaissant en même temps et le ton gris devenant moins évident). On met ces deux verres de côté pour servir de témoins. On reprend maintenant la solution allongée qu'on avait préparée en premier lieu, et on l'acidifie avec l'acide acétique dilué, tout en agitant fortement. On en prend de temps à autre quelques gouttes que Ton ajoute à un troisième verre contenant de l'eau distillée; et l'on procède ainsi jusqu'à ce que dans ce troisième verre on ait réalisé le ton beau rouge cramoisi du verre témoin quia été acidifié. Aussitôt que ce point a été atteint, le bain de teinture est prêt. Mais si les préparations ne réussissent pas d'une manière tout à fait satisfaisante, on peut ajouter encore de très faibles quantités d'acide.
Ce n'est pas encore tout. Il est si important d'atteindre et de conserver exactement le degré voulu d'acidité de la solution, qu'il faut encore une précaution ou deux {Arch. f. mik. Anat., XLIII, 3, 1894, p. 430).
La teinture ne doit pas être filtrée, car la filtralion peut la rendre moins acide. Et si on l'a conservée pendant quelque temps, il faut l'additionner d'un peu d'acide, parce qu'elle aura dissous des traces de verre, qui est un corps alcalin. Hkidenhain va jusqu'à conseiller de conserver la solution dans des récipients de gutta-percha.
Il est absolument nécessaire que l'orange soit l'orange G, que la fuchsine acide soit la Rubin S (on sait que « rubine » est synonyme de « fuchsine > ), et que le vert de mélhyle soit le Methylgrun 00, toutes de la fabrication de la Aktienfabrik fur Anilinfabrikation à Berlin (on peut se les procurer chez Grûbler).
Nous donnerons dans le numéro suivant deux modifications de ce mélange, qui ont du moins le mérite d'être des simplifications.
Il est bon d'observer que les solutions originelles des trois ingrédients doivent être absolument concentrées, ce qui ne s'obtient qu'après plusieurs jours de solution. Elles ont une tendance à précipiter au mélange. En conséquence Sq^re {M ethods, etc., p. 37) recommande
de les allonger de la proportion d'eau voulue pour la dilution définitive avant de les mélanger.
Pour assurer la permanence de la coloration il est bon (M. Heidknhaïn) de traiter les coupes pendant deux heures par l'acide acétique dilué àO, 1 p. 100, deles mettre ensuite pendant un quart d'heure dans de la teinture d'iode, et rincer ensuite à l'alcool, avant de les mettre dans le bain de teinture. Le traitement par l'acide a pour but d'assurer que les préparations aient une réaction acide lorsqu'on les monte au baume. Le traitement par l'iode a pour effet de rendre plus énergique la coloration de la chromatine par le vert de méthyle et de rendre plus élective la coloration des éléments protoplasmiques. (Les instructions de M. HEroENUAiN ont trait à du matériel fixé par le sublimé. J'ai trouvé que la coloration de matériel fixé par le mélange de Flemming est encore plus précise.)
On colore pendant six à dix-huit heures. On rince à l'eau, on déshydrate aussi rapidement que possible dans l'alcool, on éclaircit au xylol, et on monte au baume. On déshydrate aussi rapidement que possible pour deux motifs : l'un, c'est que la méthode est censée être une teinture progressive ne demandant pas de différenciation après coup ; l'autre, c'est que le vert de méthyle est très peu résistant à l'alcool, et s'en irait à coup sûr à un lavage prolongé.
Les résultats varient beaucoup selon la nature des tissus. On peut dire en somme que la chromatine se colore en bleu à l'état de repos, en vert à l'état kinétique, et que les éléments plasmatiques prennent divers tons de rouge, rarement orange. L'électivité est très précise, ce qui ne veut cependant pas dire que la fuchsine et l'orange colorent infailliblement tous les éléments plasmatiques qu'on voudrait avoir mis en évidence.
Dans les préparations réussies l'effet est de toute beauté. Mais il est incontestable que, malgré les plus grandes précautions, elles ne réussissent pas toujours.
Il est absolument nécessaire de n'employer que des coupes excessivement minces, car il faut que la déshydratation puisse être faite en une trentaine de secondes, sans cela les noyaux perdent infailliblement leur couleur. Et le moindre défaut ou excès d'acidité de la solution peut rendre la coloration par la fuchsine acide diffuse au lieu d'être nettement localisée dans l'élément plastinien. Les préparations ne se conservent que moyennant toutes les précautions que nous avons indiquées. En somme donc je pense qu'il faut admettre que cette méthode a sa raison d'être pour les objets très spéciaux qu'avaient en vue les auteurs qui l'ont imaginée, pour les recherches sur
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les granulations cyloplasmiques d'EnRLicn,ou pourles recherches sur le réticulum cytoplasmatique de Martin Heidenhaïn, et d'autres objets semblables. Mais vouloir, comme paraissent le prétendre certains observateurs, en faire une méthode à appliquer à toute sorte d'objets, c'est tomber dans l'exagération, et certainement on en reviendra.
252. Mélange triacided'Ehrlich. — Suivant l'exemple d'Ehrlich, on appelle Mélange triacide (Triacidlôsung) un mélange des mêmes trois couleurs que celles du réactif ËURLicn-BiONDi du numéro précédent, mais dans des proportions telles que les couleurs « acides » y prédominent. L'expression est impropre au point de vue chimique, car le mélange ne contient que deux couleurs « acides », l'orange et la fuchsine acide, le vert de méthyle étant une couleur fortement « basique >.
La suivante est une formule récente d'EHRLicn pour ce mélange, communiquée àREiNBAcn {Zeit. f. wiss, Mik., XI, 2, 1894, p. 259).
Orange G., solution saturée aqueuse. . . 120 grammes. Fuchsine acide. — ... 80 —
Vert de méthyle. — . . iOO —
Eau distillée 300 —
Alcool absolu 180 -—
Glycérine 50 —
Il faut veiller à ce que les solutions soient absolument concentrées, et il ne faut jamais agiter le mélange, mais en puiser chaque fois ce qu'il faut avec une pipette plongée dans la couche superficielle. Avec ces précautions le mélange se conservera pendant des années.
Voici maintenant, d'après Warburg (cité d'après Zeit. f. iciss. Mik., XI, 3, 1894, p. 382) une manière de composer cette solution au moyen du Mélange Ehrlich-Biondi, due à M. Heidenhaïn :— c 2 ce. de mélange Biondi (1 : 30) -h 40 ce. d'eau distillée -i- 3 ce. de solution de fuchsine acide à 0. 5 p. 100 -h 0. 2 ce. d'acide acétique à 1 : 500. >
Ces formules ont évidemment plus de précision que celle du mélange Edrucu-Biondi du numéro précédent, et en constituent une simplification. Mais elles présentent le même inconvénientque celle-ci, à savoir la difficulté qu'il yak conserver le vert de méthyle dans les noyaux lors de la déshydratation des préparations. Pour ce motif je pense qu'elles sont, tout autant que le mélange Eurlicu-Biondi, impropres à la coloration des coupes, et ne doivent servir que pour la coloration de préparations de sang séché sur porte-objet et autres préparations analogues.
190 CUAPITBE XIII
On trouvera dans Rawitz, Leitfaden f. hist. Untersuchnngen, 1895, p. 71, une autre formule donnée sous le titre de Mélange Triacide d'EuRLicn. Celle formule donne le ver/ d'éthyle (Aethylgrûn) au lieu de vert de méthyle, Rawitz ne citant pas de source, je ne puis dire s*il n'y a pas là une faute d'impression pour vert de méthyle.