‹ Traité des méthodes techniques de l'anatomie microscopique; histologie, embryologie et zoologieChapitre 60 sur 138 · Méthode à Téther de Summers {Journ. Roy. Mie, Soc, j · texte numérisé non relu

Méthode à Téther de Summers {Journ. Roy. Mie, Soc, j

1887, p. 823). — Outre le procédé donné numéro 319, qui est appli- j

cable aux coupes au collodion, Summers trouve que le suivant suffit

parfaitement. On met les coupes pendant un instant dans de Talcool à |

98 p. 100, on les dispose sur le porte-objet et Ton verse dessus de la

vapeur d*élher. Le collodion se ramollit et devient transparent, et

Ton porte la lamelle dans de Talcool à 80 ou même 95 p. 100. On

peut colorer. !

Gage {Zeit, f. wiss. Mik.^ X, 1, 1893, p. 77) trouve que si les coupes doivent être colorées il est préférable d^employer des lamelles albuminées |

selon le procédé indiqué n^ 322 ; les coupes y adhèrent mieux.

EYCLESHEniER {Amer. Nat,, xxyi, 1892, p. 334 ; Journ, Roy. Mie, Soc.^ 1892, p. 563) procède ainsi. Les coupes sont arrangées sur le porte-objet avec assez d^alcool pour les tenir humides, pas assez pour les flotter. On les couvre d'une bande de papier fln non-glacé (toilet paper) qu'on assujettit au moyen d'un fil enroulé autour du papier ;

et de la lamelle. Les tours du fil doivent passer entre les coupes, s'ils arrivent à passer au-dessus ils entravent la marche de la teinture. On peut maintenant colorer, traiter avec les liquides usuels ' jusqu'à l'alcool de 95 p. 100, et éclaircir dans le mélange n® 298. On

enlève l'excès d'éclaircissant avec du papier buvard, on coupe le fil, enlève le papier en le roulant, et monte au baume.

Ces procédés suffisent pour les petites séries. Les méthodes qui vont suivre ont trait à des séries plus étendues. Nous donnons en premier lieu celles d'ApATHY comme étant relativement simples.

331. Méthode à l'essence de bergamote (Apathy, Mitth, Zool. Stat, Neapel, 1887, p. 742; Journ, Boy. Mie. Soc, 1888, p. 670). — Faire les coupes avec un couteau enduit de vaseline jaune et mouillé d'alcool à 98 p. 100. Flotter les coupes sur de l'essence de bergamote (elle doit être verte, doit se mêler parfaitement à l'alcool à 90 p. 100 et ne pas avoir d'odeur de térébenthine). Les coupes s'étalent sur Tessence. Avant qu'elles ne s'y enfoncent on les conduit en place sur une petite bande de papier à décalquer préalablement plongée dans l'essence. Lorsqu'on a ainsi disposé une série, on laisse égoutter le papier, on en sèche la face inférieure avec du papier buvard, on le retourne et on le presse, les coupes en bas, sur un porte-objet bien sec. Les coupes se collent au verre et Ton enlève le papier en le roulant graduellement d'un bout à l'autre. On enlève des traces d'essence qui peuvent être restées autour des coupes avec un papier à cigarette. S'il n'y a pas de coloration à faire, il n'y a plus qu'à ajouter du baume et un verre à couvrir.

Dans le cas d'objets non colorés ou très petits, il est bon d'ajouter à l'essence de bergamote un peu de solution alcoolique de safranine. Le collodion des coupes s'y colore, et rend les coupes visibles. La couleur disparaît d'elle-même après quelques jours dans le baume.

Si les coupes doivent être colorées, après enlèvement de l'essence on traite par la vapeur d'un mélange d'alcool et éther (voyez au numéro précédent).

Si la coloration doit être faite dans un liquide aqueux, il faut avoir soin en arrangeant les coupes de faire en sorte que la marge de celloïdine de chacune recouvre un peu celle de sa voisine ; alors l'éther les fond toutes par les bords en une lamelle continue. Ce feuillet se détache du verre dans les liquides aqueux, et on le traite ensuite comme une seule coupe.

332. Méthode au eouteau d'ApATUY {Zeit. f. wiss. Mik., VI, 2, 1888, p. 168). — Le couteau est couvert de vaseline jaune et d'alcool comme dans la méthode précédente. A mesure que les coupes sont faites on les conduit à l'aide d'une aiguille ou d'un petit pinceau à un

endroit sec de la lame du couteau (c'est-à-dire un endroit où il n*y a pas trop d'alcool, mais bien de la vaseline, le tout est censé être enduit de vaseline). On les dispose en séries en cet endroit, la marge de celloïdine de chacune recouvrant celle de sa voisine. Les séries doivent être de la longueur du verre à couvrir et être disposées en un carré des dimensions de ce verre. Lorsqu'un carré est complet, on sèche les coupes en tamponnant le tout avec du papier buvard ; il n'y a pas de risque qu'elles s'attachent au papier, car elles sont retenues par la vaseline. On enduit maintenant le tout avec de la solution très épaissse de celloïdine, et l'on laisse évaporer pendant cinq minutes à l'air. Puis on enlève le couteau du microtome et on le met pour une demi-heure avec les coupes dans de l'alcool à 70 p. 100.

Si l'on désire préparer plus d'un carré de coupes à la fois, il n'y a qu'à mouiller le premier avec de l'alcool à 70 p. 100 et le laisser en place pendant qu'on prépare les autres. Le séjour dans l'alcool fait solidifîer la celloïdine en un feuillet continu qu'on détache avec un scalpel et qu'on peut colorer en masse. Il est bon de le mettre immédiatement sur une lamelle, en mouiller les bords avec un mélange d'alcool et éther pour qu'il ne se détache pas, et porter le tout dans la teinture.

333. Méthode de Weigert {Zeit, f, wiss, Mik., 1885, p. 490). — Les coupes sont faites, comme d'habitude, avec un rasoir mouillé d'alcool. Il faut faire attention à ne pas avoir sur la lame assez d'alcool pour faire flotter les coupes. On ne prend pas les coupes avec un pinceau, mais avec une bandelette de papier. La bandelette de papier doit avoir environ deux fois la largeur des coupes. Elle doit être découpée dans du papier assez poreux pour s'imbiber facilement d'alcool, et en même temps assez résistant, à Tétat imbibé, pour ne pas se déchirer sous l'influence d'une légère traction. Weigert recommande le c papier-closet « ; nous pensons qu'on trouvera facilement cette sorte de papier chez les pharmaciens, surtout les pharmaciens anglais (demander du c Gloset-paper >). On prend parles deux bouts la bandelette de papier imbibée d'alcool, on la tend légèrement et on l'abaisse sur la coupe; la coupe y adhère et on l'enlève en faisant passer la bandelette horizontalement, ou en la levant légèrement, au delà du tranchant de la lame. On commence par poser la première coupe vers le bout du papier qu'on tient dans la main gauche ; les autres coupes trouvent leur place sur le papier en suivant de gauche à droite. Entre chaque coupe on pose la bandelette de papier, les coupes en haut, sur un fond humide préparé d'avance en mettant

dans une assiette du papier buvard, à plusieurs épaisseurs, couvert d'une feuille du même papier-closet, le tout étant saturé d*alcool. Lorsqu'on a ainsi aligné sur du papier-closet toutes les coupes qu'on désire monter, on passe à la deuxième manipulation, qui est le collodionnage de la série.

Cela se fait en deux étapes. La première consiste à poser la série sur une plaque de verre collodionné. A cet effet, on a préparé d'avance des plaques de verre en versant dessus du collodion qu'on laisse s'étaler en une couche unie, comme le font les photographes. On laisse sécher cette couche (les plaques ainsi préparées peuvent être gardées indéfiniment en provision). On prend une de ces plaques, de dimensions convenables (pour les petites séries, les porte-objets suffisent ; pour les grandes coupes, on se sert de plaques de dimensions correspondantes) ; on pose sur la surface collodionnée une des bandelettes de papier avec les coupes, les coupes en bas, et on la presse légèrement contre la plaque ; les coupes adhèrent à la surface collodionnée, et l'on peut maintenant avec un peu de précaution éloigner le papier sans les déranger. Il faut observer la précaution de ne pas coller plus d'une à deux lignes de coupes sur la même plaque de verre ; autrement les premières risqueraient de se dessécher pendant que l'on prépare les suivantes. S'il se trouve un excès d'alcool autour des coupes, on l'enlève avec du papier buvard. On passe ensuite à la deuxième phase du collodionnage. Elle consiste à verser sur les coupes du collodion qu'on laisse s'étaler en une couche unie et sécher superficiellement. Aussitôt que cette couche est sèche à la surface, on inscrit au coin de la plaque, avec un pinceau chargé de bleu de méthylène, les indications nécessaires, et l'on plonge la plaque ou bien dans la solution colorante, ou bien dans de l'alcool à 80 p. iOO. Dans le liquide, les denx couches de collodion ne tardent pas à se détacher du verre en emportant les coupes. Celles-ci gardent leurs positions relatives, fermement emprisonnées entre les deux feuilles de collodion. On les colore, on les lave, on déshydrate à la manière ordinaire, si ce n'est qu'on évite naturellement pour la déshydratation l'emploi d'un alcool d'un titre supérieur à 90 à 96 p. 100. On éclaircit avec le mélange cité numéro 295, en prenant toutefois la précaution de laisser les séries soit dans l'alcool, soit dans l'éclaircissant plus longtemps qu'on n'y laisserait des coupes libres. On découpe les séries dans les longueurs voulues pendant qu'elles sont encore dans l'alcool ; on peut les poser à cet effet, pour plus de sûreté, sur une bandelette de papier-closet saturée d'alcool. On monte définitivement selon les procédés connus.

Les grands avantages de la très importante méthode que nous venons d'exposer se trouvent dans la sûreté des manipulations, ej{^ dans sa rapidité. Du moment que les coupes ont été alignées sur le papier, on traite la série entière presque comme une seule coupe.

La modificalioD apportée à ce procédé par Wintersteiner (Zeit, f, vnss, Mik., X, 3, 1893, p. 316) consiste simplement à supprimer Talignement des coupes sur la bande de papier, et à les faire glisser directement du couteau sur la plaque de verre collodionnée. Je me permets de douter que ce soit un perfectionnement.

334. Méthode d'OBREGiA {NeuroL Centrait,, 1890); nous citons d'après Gulland, dans Journ. of Paihology^ Feb. 1893; pour de plus amples détails voyez Mercier, Les coupes du système neigeux central^ 1894, 133). C'est une modifîcation assez commode de la méthode de Weigert. On fait un mélange de

Solution sirupeuse de sucre candi pulvérisé, dans

Teau distillée bouillante 30 ce.

Alcool absolu 20 —

Solution sirupeuse transparente de dextrine dans l'eau distillée 10 —

On prépare les plaques de verre avec ce mélange comme on les prépare avec le collodion dans le procédé de Weigert, mais seulement deux ou trois jours avant de s'en servir. On les laisse sécher lentement jusqu'à ce que la surface ne colle plus que légèrement au doigt. On fait les coupes et on les cueille sur une bande de papier comme dans le procédé de Weigert, ou mieux sur du papier de soie satiné. Lorsque toute la série a été cueillie, on la couche sur la plaque préparée, on enlève le papier, et l'on inonde la plaque d'une solution de celloîdine (ou de photoxyline, 3 p. 100). On pose les plaques à plat, et on laisse évaporer. Aussitôt que la pellicule de collodion a acquis une certaine consistance, on la divise en rubans avec la pointe d'un couteau ; on peut alors mettre le tout de côté, la couche de sucre retenant assez d'humidité pour prévenir le dessèchement des coupes. Lorsqu'on désire achever la préparation on met le tout dans de l'eau, la pellicule de collodion se détache et on la traite comme dans la méthode de Weigert.

Ce qui procède a trait aux coupes au collodion. Pour les coupes à la paraffine, les opérations sont simplifiées en ce qu'on supprime l'alignement sur la bande de papier. On pose les coupes directement sur la plaque préparée, on fait fondre la paraffine, on traite par un

dissolvant de la paraffine, puis par Talcool, et on couvre de la solution de collûdioQ et Ton procède comme ci-dessus.

L'avantage principal du procédé d'OfiREGU, c'est qu'il s'applique également bien aux coupes à la celloîdine, aux coupes de matériel qui n'a pas été enrobé du tout, et aux coupes à la paraffine, tandis qu*on ne peut pas bien employer la méthode de Weigert pour ces dernières.

AGENTS ÉCLAIRCISSANTS

335. — Nous entendons Ici par agents < éclaircissants > les liquides dont on se sert dans le but d'augmenter la transparence des préparations microscopiques par voie optique. Ces liquides ont toujours un indice de réfraction qui approche de celui des éléments des tissus, et c'est en s'insinuant entre ces éléments qu'ils permettent aux rayons lumineux de poursuivre leur marche à travers les tissus sans subir ces variations brusifues de direction qui sont la cause de l'opacité des préparations imbibées d'un milieu dont la réfringence est très inférieure à celle des éléments de la préparation. C'est assez dire que tous les agents dont nous parlons sont des liquides fortement réfringents. En outre, on demande en général à un agent éclaircissant de remplir encore la fonction d'éloigner Talcool dont la préparation se trouve imbibée et de faciliter la pénétration de la résine qui sert à la conservation permanente de la préparation. Ces liquides doivent donc être de nature à se mêler librement à l'alcool, et être en même temps des dissolvants du baume de Canada ou d'un autre milieu résineux employé pour la conservation. La plupart de ces liquides se trouveront donc parmi les huiles essentielles.

336. Manière d'employer les éclaircissants. — Nous avons déjà insisté à plusieurs reprises sur l'importance de la précaution qui consiste à éviter autant que possible de porter une préparation brusquement dans un liquide beaucoup plus dense que celui où elle se trouve, par exemple, de l'alcool dans l'essence de cèdre. Nous avons AU numéro 6 expliqué le procédé qu'il convient d'employer pour rendre le passage d'un liquide à un autre aussi graduel que possible ;

il sera donc superflu d'y revenir. Ce procédé est celui qui convient pour tous les objets entiers.

Pour les coupes, les déformations par osmose ne sont guère à craindre, et Ton peut convenablement les éclaircir en inondant simplement le porte-objets de quelques gouttes d'essence qu'on fait aller et venir sur le verre.

On peut activer la pénétration des éclaircissants en les employant à chaud.

Il arrive quelquefois que l'essence se trouble pendant l'opération de l'éclaircissement. Gela est dû à une combinaison entre l'huile essentielle et l'humidité de l'air (plutôt que celle des tissus). On peut en général chasser Topacité ainsi causée en chaufl'ant(HATCHETT Jackson, ZooL Anz., 1889, p. 630). J'ai trouvé que ce remède ne suffit pas toujours, car dans certains états de l'air l'opacité persiste, nonobstant des chauffages répétés. C'est pour cela que je conseille d'opérer toujours les éclaircissements autant que possible dans un récipient clos.

337. Choix d'un éclaircissant. — Cela dépend naturellement du but que l'on se propose. Nous pensons toutefois que les éclaircissants suivants doivent se trouver sur la table de travail : essence de cèdre, comme éclaircissant normal pour les préparations à monter au baume, et comme milieu normal pour les dissections fines; essence de girofle, pour les dissections fmesdans lesquelles on désire profiler de la propriété qu'a cette essence de former des gouttes très convexes, ne s'étalant pas facilement sur le verre, ou de sa propriété de rendre (^s tissus fragiles ; essence de bergamote^ liquide très mobile, excellent éclaircissant, se mêlant parfaitement à Talcool à 90 p. 100; acide phénique, pour les préparations qui n'ont été qu'imparfaitement déshydratées.

Les éclaircissants spéciaux de la celloidiiie ont été indiqués au numéro 295.

338. Classification des éclaircissants. — D'après les recherches détaillées de Stieda, les huiles essentielles peuvent être classées dans les deux groupes suivants, selon la rapidité plus ou moins grande avec laquelle elles effectuent l'éclaircissement des coupes :

Qoo^^

AGENTS ÉGLAIRCISSANTS

A. Groupe dont Tessence de térébenthine est le type. Ces

essences ëclaircissenl sans trop de peine des coupes parfaitement déshydratées, mais n'éclaircissent pas du tout ou seulement après plusieurs heures des coupes qui ne le sont peu.

Essence de térébenthine,

— d'absinthe,

— de baume de Copahu,

— d'écorces d'orange,

— de cubèbe,

— de fenouil,

— de fleurs de millefeuille,

— de sassafras,

— de genévrier,

— de menthe crépue,

— d'origan,

— de lavande,

— de cumin,

— decajeput,

— d'écorce de cascarille,

— de sabinc,

— de citron.

B. Groupe dont ressenoe de girofle est le type. Ces essences éclaircissent avec une très grande rapidité les coupes bien déshydratées, et un peu plus lentement et avec un peu de ratatinement celles qui ne le sont pas.

Essence de girofle,

— de Gaultheria,

— de cassia,

— de cannelle,

— d'anis étoile,

— de bergamote,

— de cardamome,

— de coriandre,

— de carvi,

— de romarin.

Nous avons à ajouter au groupe des bons éclaircissants TesseDce de bois de cèdre, Tessence de bois de santal, l'acide phénique et la créosote.

Neelsen et ScuiEFFERDECKER [Arck. f. Anal. u. Phys.y 1882, p. 206) ont examiné une série d'essences dans le but d'en trouver qui réunissent les bonnes qualités d'éclaircir rapidement des coupes sorties de Talcool à 95 p. 100, de ne pas attaquer les teintures d'aniline, et d'éclaircir le collodion sans le dissoudre. Ils ont examiné les propriétés des essences suivantes : anis, ambre, goudron de bouleau, cajeput, Acoj'us calamus, Cassia, bois de cèdre, citron, aneth, thym, pin, menthe, cumin, niobe, origan, Palmarosa, Mentha piperata, Mentha pulegium, romarin, sassafras, nard, thuya, bois de Santal, carvi. De toutes ces essences, trois seulement remplissent ces conditions : ce sont l'essence de bois de cèdre, l'essence d'origan, l'essence de bois de santal.

U est un autre point de vue d'après lequel nous voudrions pouvoir donner une classification détaillée des éclaircissants, c'est celui de leurs indices de réfraction. Malheureusement les données nous manquent pour cela. Nous pouvons seulement donner quelques indications vagues sur les indices de quelques-uns des plus importants de

ces liquides. L'essence de cèdre a approximativement le même indice de réfraction que le crown-glass, qui est égal à celui du baume de Canada ; l'essence de cèdre éclaircit donc les objets au même degré que le baume. L'essence de girofle a un indice notablement plus élevé, il éclaircit donc plus que le baume. L'essence de térébenthine, Tessence de bergamote et la créosote ont des indices inférieurs à celui du baume; en conséquence elles éclaircissent beaucoup moins que les autres liquides que nous avons nommés.

339. Essence de bois de cèdre (Neelsen et ScmEFFERDEc- KKR, L c). — Cette essence se trouve dans le commerce (Gehe und C"", Dresden ; Scuimmel u. Gomp., Leipzig ; et chez les fournisseurs de reaclifs histologiques, Grubler, et autres). Le prix en varie de 18 à 2t> fr. le kilo, c'est donc environ le même prix que l'essence de girofle Gniljler livre par petites quantités à raison de 25 centimes par 10 grammes). Elle doit être d'un jaune clair, ou, ce qui est mieux, d'un vert d'huile d'olive fraîche. Elle se mêle facilement au baume de Canada et à l'huile de ricin. Elle s'évapore avec une extrême lenteur. Elle éclaircit facilement des tissus sortis de l'alcool à 95 p, 100 ; les coupes au collodion demandent cinq à six heures pour être éclaircies. Elle n'attaque pas les teintures aux couleurs d'aniline.

Cette essence est très pénétrante, et, comme elle se mêle facilement à la paraffine, elle constitue, ainsi que nous l'avons fait observer ailleurs, l'un des meilleurs liquides sinon le meilleur, pour préparer les objets pour rinclicsion à la paraffine. D'après notre expérience, elle est de tous les éclaircissants /e moins nuisible aiuv tissus; aussi sommes^nous maintenant entièrement de l'avis de Neelsen et de Schieflerdecker, qui estiment qu'elle est en général le meilleur de tous les éclaircissants.

Noos devons ajouter qu'il est important qu'elle soit d'une bonne qualité, et surtout nous devons mettre en garde contre les espèces incolores; nous en avons examiné une qui en plusieurs jours, ne pénétrait absolument pas des objets parfaitement déshydratés que nous avions soumis à son action.

Je rae sers toujours pour ma part d'une essence épaissie, telle qu'on l'emploie pour les objectifs à immersion.

340. Essence de girofle. — On sait qu'il existe dans le commerce des espèces d'essence de girofle plus ou moins foncées de couleur, et les auteurs recommandent de n'employer que les espèces les plus claires. Nous donnerons quelques explications à ce sujet. Sans doute

AGENTS ÉCLÂIRGISSANTS 235

il y a avantage à ce qu'une bonne essence soit aussi peu colorée que possible, mais cette condition n'est pas facile à réaliser avec Tessence de girofle. Cette essence jaunit et brunit très facilement avec Tâge ; de sorte qu'en faisant choix d'un échantillon très clair, on risque fort de tomber sur un produit falsiflé : ce qui arrive fréquemment. Nous conseillons au lecteur d'expérimenter avec des échantillons de diverses provenances, et de s'en tenir à celui qui lui donne les meilleurs résultats.

L'essence de girofle possède deux propriétés qu'il est important de connaître. Déposée sur une lame de verre, elle ne s'étale pas facilement, mais forme une goutte très convexe, propriété qui est souvent précieuse pour les dissections flnes. Une autre propriété importante, c'est celle de rendre les tissus extrêmement cassants, propriété qu'on peut également mettre à profit pour les dissections. Si l'on désire amoindrir ces effets, on peut combiner l'essence de girofle avec de l'essence de bergamote.

L'essence fraîche dissout les couleurs d'aniline plus rapidement que la vieille.

L'essence de girofle a un indice de réfraction très élevé , elle éclaircit les objets plus que le baume. Elle dissout le collodion, ce qui fait qu'elle ne convient pas pour éclaircir les coupes d'objets inclus dans cette masse.

Cette essence conserve bien les éléments des tissus soumis à son action, et nous estimons que, somme toute, elle est, après l'essence de bois de cèdre, le meilleur éclaircissant pour le travail ordinaire.

341. Essence de cannelle. — Elle ressemble beaucoup à Tessence de girofle, mais est, en général, moins épaisse. D'après notre expérience, c'est un excellent éclaircissant et nous le recommandons particulièrement.

342. Essence de bergamote (Schiefferdecker, Arch. f. Anal, u. Phys,y 1882, p. 206). — L'essence de bergamote éclaircit rapidement les objets sortis de l'alcool à 98 p. 100, elle éclaircit bien le collodion sans le dissoudre, et n'attaq^ie pas les teintures arix couleurs <f aniline. D'après notre expérience, cette essence conserve moins bien les cellules que les essences précédentes ; nous savons cependant que quelques anatomistes sont de l'avis de Schiefl'erdecker, qui trouve qu'elle les conserve mieux.

C'est, croyons-nous, la moins réfringente de toutes les essences usuelles.

SucHANNEK {Zeit. f. wis. Mik., VII, 2, 1890, p. 158) dit que l'essence blanchie, incolore, n'éclaircit pas bien les préparations impar-

^wi^r

256 CHAPITRE XVni

faitement déshydratées ; tandis qu'une essence Terte peut absorber jusqu'à iO p. iOO d'eau.

Van der Stricht {Arch. de Biol.^ XII, 1892, p. 741) dit que Tessence de bergamote dissout à la longue les granulations graisseuses de certains œufs.

843. Essence d^origan (Neeisen et Schiefferdecker, ibid.). — Ces auteurs ont recommandé cette essence comme ayant les mêmes propriétés que l'essence de bergamote, c'çst-à-dire qu'ils ont trouvé qu*elle éclaircit les coupes au collodion sans dissoudre le collodion. Toutes les fois que nous l'avons vu employer pour cet objet, il est arrivé ou bien que les coupes ne s'éclaircissaîent pas, ou bien que le collodion était attaqué. Des teintures à l'aniline sont plus ou moins attaquées par cette essence.

Sqlire (Methods and Formulas^ p. 81) dit que l'essence d'origan du commerce n'est pas autre chose que l'essence blanche de thym plus ou moins falsifiée ; et que le produit vendu sous le nom de 01. Origani Cretici n'est vraisemblablement que l'essence de marjolaine. Voyez ce que nous avons dit au sujet de l'éclaircissement de la celloïdine par les essences d'origan et de thym au numéro 295 ; à consulter aussi van Gieso.^ [Zeit, f, wiss. Mik., IV, 4, 1887, p. 482). L'action de ces essences sur la celloïdine parait être assez inconstante.

344. Essence de bois de santal (Id., ibid,). — Essence un peu épaisse, de couleur pâle, s'évaporant peu et ne changeant pas à la lumière. Elle éclaircit rapidement les objets sortis de Talcool à 95 p. 100 et un peu plus lentement des coupes au collodion ; elle n'attaque pas les teintures aux couleurs d'aniline. Les auteurs que nous citons trouvent qu'elle est un éclaircissant des plus utiles. Elle est malheureusement d'un prix un peu élevé : elle coûte plus de 60 francs le kilo.

345. Essence de térébenthine. — Cette essence très communément employée est, à notre avis, le plus mauvais des éclaircissants, car elle altère à un plus haut degré qu'aucun autre les structures délicates. Ce défaut se trouve amoindri par l'emploi d'une térébenthine épaissie qu'on obtient facilement en exposant de l'essence de térébenthine en couches minces pendant quelques jours à l'air. On verse de l'essence dans une assiette qu'on couvre légèrement, de manière à exclure la poussière, et on laisse le tout jusqu'à ce que l'essence ait acqujs une consistance sirupeuse.

L'essence de térébenthine a un indice de réfraction relativement très peu élevé ; elle éclaircit beaucoup moins que le baume.

S46. Acide phénique et créosote. — On peut employer l'un ou l'autre de ces réactifs, qui ont une action très semblable. 11 est bon de les

AGENTS ÉGLAIRGISSANTS 257

prendre aussi concentrés que possible. Ils éclaircissent les objets sortis de Talcool très rapidement. Il n'est pas nécessaire de prendre les objets bien déshydratés, car ces réactifs suffisent à éclaircir, quoique plus lentement^ des objets imbibés d'eau. Les éléments sont bien conservés. Nous estimons que Tacide phénique est peut-être le meilleur des éclaircissants pour des objets qui ne sont pas destinés à être montés dans le baume ; malheureusement il y a toujours danger de voir les objets éclaircis dans Tun ou l'autre de ces réactifs se ratatiner sérieusement lorsqu'on les met dans le baume.

347. Mélange de Gage [Joum.Roy, Mie. 5oc.,1891, p. 418). — Acide phénique cristallisé, fondu, 40 ce. ; essence de térébenthine, 60 ce.

348. Xylol, benzol, toluol, naphte, chloroforme. — Quoique ces liquides soient d'un maniement peu commode, à cause de leur grande volatilité, ils peuvent rendre des services pour éclaircir des coupes au collodion. Ils servent communément pour séparer la masse et éclaircir en même temps les coupes à la paraffine. Des trois premiers, c'est le benzol qui est le plus volatil, puis vient le toluol, et c'est le xylol qui est le moins volatil, les rapports étant comme 4:5:9 (SouiRE, Methods, p. 80). Le naphte est excellent pour enlever la paraffine de coupes destinées à être colorées; mais je conseille de ne pas l'employer pour des coupes à monter directement dans le bauma, vu qu'il précipite quelquefois le baume. — Voyez aussi au numéro 319,

349. Huile d'aniline. — Cette substance est un agent éclaircissant d'une certaine importance à cause de la facilité avec laquelle elle pénètre des préparations très mal déshydratées. L'aniline ordinaire éclaircit facilement des coupes sorties de l'alcool à 70 p. 100 ; et avec de certaines précautions on peut obtenir l'éclaircissement de préparations aqueuses sans aucune intervention d'un alcool quelconque. On l'a employée à la place à la fois d'alcool et d'essence pour préparer des tissus pour le bain de paraffine. Pour la manière de procédera cette opération, qui sera d'ailleurs fort rarement indiquée, ainsi que pour la manière de préparer une aniline absolument anhydre, voyez Suchannek, ZeiL /". wiss. Mik.y VII, 2, 1890, p. 156.

Pour l'emploi de l'aniline comme éclaircissant de coupes au collodion, voyez au numéro 295.

AKAT. U1CR08C.

3B0. — Nous donnons dans ce chapitre la composition des divers liquid es employés soit pour Texamen temporaire des préparations, soit pour leur conservation définitive. Nous commencerons par les milieux aqueux et peu réfringents, nous passerons aux liquides alcooliques et glycériques, qui contiennent moins d'eau et sont plus fortement réfringents, et nous finirons par le groupe des milieux encore plus réfringents et parfaitement anhydres représenté par les huiles essentielles et les résines.

351. Eau distillée. — Pour prévenir le développement de microbes, il est bon d*y tenir un morceau de thymol ou de camphre.

L'eau peut être quelquefois employée avec avantage pour Texamen de structures délicates qui ont été préalablement bien flxées par Tacide osmique ou chromique, ou Tun des sels des métaux lourds ; par suite de la faiblesse de son indice de réfraction, elle sert parfois mieux qu'aucun autre milieu à rendre visibles des détails de structure très fins. Mais il importe de se rappeler qu'il ne faut pas traiter par Teau des structures délicates, à moins qu'elles n'aient été fixées comme nous l'avons dit, car elle gonfle et déforme très rapidement la plupart des éléments cellulaires.

352. Théorie des liquides indifférents. — Bien des solutions ont été imaginées dans le but de donner à l'eau une densité qui approche de celle des liquides des tissus, et par ce moyen d'éviter les violentes osmoses auxquelles est due Taclion nuisible de l'eau pure. La solution normale de sel en est une. Mais l'addition de sel ne sert qu'en partie à écarter cet inconvénient. Il reste toujours une circonstance qui peut provoquer l'endosmose, c'est la différence de composition des liquidée de3 tissus et de la solution simplement saline. La

substance des cellules est, en eiîet, un mélange de substances c colloïdes > et de substances < cristalloïdes » (Graham), tandis que la solution saline ne contient qu'un cristalloïde. Par suite de sa dilTusibilité puissante, ce cristalloïde passe rapidement par endosmose pour rejoindre les colloïdes des cellules. Pour réduire au minimum les phénomènes osmotiques, il faut que le liquide additionnel contienne la proportion voulue de sel de cuisine ou d'un autre cristalloïde, et en outre la proportion voulue de substance colloïde. On peut y ajouter, par exemple, du blanc d'œuf, ce qui permettra d'atteindre le but. On trouvera, en effet, que tous les milieux qui se montrent excellents au point de vue de la bonne conservation des tissus frais renferment et des cristalloïdes et des colloïdes. Ainsi, Thumeur vitrée contient environ 7,8 parties de cristalloïdes (chlorure de sodium), pour 4,6 de matières colloïdes et 987 d'eau. Dans 100 parties de liquide amniotique se trouvent environ 3,8 parties de matières colloïdes (albumine), 5,8 de sel, et 3,4 d'urée. Dans le sérum du sang on trouve 8,5 parties» de substances colloïdes pour 1 de substance cristalloïde (Frey).

353. Sérum. Sérum iodé. — Ce réactif fut introduit dans la technifc|ue histologique par Max Schultze {Virchow's Archiv., 1864, p. 268). Nous empruntons les instructions suivantes à Ranvier {Traité^ p. 76). Il n'y a que le sérum fabriqué avec l'eau de l'amnios des mammifères qui présente des avantages sérieux. Pour se procurer de l'eau de l'amnios, on va dans un abattoir de Paris demander des gosselins de veau ou de mouton (c'est le nom sous lequel est connu l'utérus gravide). Une incision comprenant la paroi utérine et les membranes donne issue à un jet de sérum que l'on recueille dans un flacon muni d'un entonnoir. Ge liquide doit être parfaitement limpide et d'un jaune citrin. On ajoute dans le flacon des paillettes d'iode. 11 faut agiter tous les jours le mélange, ou retourner le flacon, pour que l'iode se mélange à toute la masse, autrement il ne se trouverait de l'iode qu'au fond du flacon, et à la partie supérieure se formeraient des vibrions et des bactéries.

Le meilleur procédé pour avoir un bon sérum consiste à le préparer dans un flacon qui ne soit pas trop grand ou qui soit très plat, de manière que le niveau du liquide ne dépasse pas 2 à 3 centimètres, et de telle façon qu'il ne puisse pas y avoir une couche considérable de sérum au-dessus de la couche plus fortement iodée du fond.

On peut aussi employer un autre procédé. Le sérum est mélange avec une forte proportion de teinture d'iode ; il se forme un précipité d'iode ; on Qltre et l'on a une solution fortement iodée. On verse tous

les deux ou trois jours un peu de cette solution fortement iodée dans le sérum ordinaire qui est ainsi préservé de la putréfaction. Il est à remarquer qu'au début Tiode se dissout très lentement dans le sérum : mais si Ton continue son action, une partie de cet iode ne tarde pas (au bout de quinze jours à trois semaines) à se transformer en iodures ; ces iodures contribuent alors à dissoudre une nouvelle quantité d*iode, et par suite on peut avoir au bout d'un à deux mois un sérum très fortement iodé. C'est ce sérum très fortement iodé et présentant une couleur brun foncé qui est le meilleur liquide pour ioder un sérum frais.

354. Sérum artificiel de Kronecker (nous ne savons où cette formule a été publiée; nous citons d'après Vogt et Yung ; Traité d'Anal, comp.prat.f p. 473).

Sel marin 6 grammes.

Soude caustique 0 gr. 06

Eau distillée 1000 grammes.

Page 1