RÉSINES
400. Les résines et les baumes sont pour la plupart des substances solides, ou du moins d'une viscosité très grande, à la température normale. Elles consistent en un corps amorphe ou vitreux en solution dans une huile essentielle. Par distillation ou par évaporation naturelle à Tair, les résines perdent leur huile essentielle et passent à Tétat solide. Selon nous, c'est toujours de ces résines ainsi privées de leur essence par évaporation spontanée ou artificielle qu'il convient de se servir pour faire les solutions qu'emploie le micrographe. Voici pourquoi. Les résines brutes, encore liquides par suite de l'huile essentielle qu'elles contiennent, renferment en outre une certaine proportion d'eau. Celte eau est nuisible sous deux rapports : elle rend plus difflcile le problème de faire une solution parfaitement limpide de la résine dans un des dissolvants volatils (xylol ou chloroforme, par exemple) qu'on emploie à cette fin, pour des raisons bien motivées ; elle nuit à la bonne définition et à la bonne conservation des tissus^ et surtout à la bonne conservation des pièces colorées. C'est pourquoi nous recommandons de faire toujours les solutions, soit de colophane, soit de résine damar, soit de baume, avec la substance en nature ; nous sommes d'avis qu'on obtient ainsi des solutions bien plus belles qu'en employant la substance brute. Fol {Lehrbuch, p. 438, 139) est d'un autre avis.
Les solutions peuvent se faire avec des menstrues volatils, telles que le xylol ou le chloroforme ; en ce cas elles sèchent rapidement. Ou bien elles peuvent se faire avec des menstrues non volatils, telles que l'essence de térébenthine ; elles sèchent alors lentement. Dans l'un et l'autre cas, aussitôt que l'évaporation du dissolvant s'est accomplie, la résine devient cassante ; elle peut perdre de son adhésion à la lamelle, qui peut se laisser détacher par un choc si elle n'est pas lutée ; elle peut se fendiller et endommager la préparation. Pour cette raison, on emploie de préférence les solutions au chloroforme ou au xylol alors qu'on désire avoir une préparation solidifiée aussi rapidement que possible, de manière à pouvoir l'utiliser pour l'étude sans délai. Les solutions faites à la térébenthine doivent être ;iu contraire employées de préférence lorsqu'il s'agit en premier lieu d'assurer à la préparation une durée aussi longue que possible.
Au point de vue pratique je crois qu'ï7 n'existe pas une seule de ces solutions qui soit un milieu histologique irréprochable. Les solutions de résine damar au xylol sont très belles et donnent pour des
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détails délicats souvent une meilleure définition que le baume de Canada. Mais je crois qu'aucune de ces solutions n*est parfaitement stable. Dans la plupart de mes vieilles préparations au damar se sont développés des granules qui les ont détériorées. lien est de même, mais à un degré moindre, du baume de Canada au xylol ou au benzol. Le baume au chloroforme se conserve bien, mais brunit beaucoup avec Tâge ; de plus, il ne conserve pas bien les couleurs d'aniline. Le baume à Talcool de Seiler se maintient très bien, mais ne conserve pas non. plus les couleurs d*aniline. Je m'en sers pour les colorations au carmin. Pour les couleurs d'aniline j'emploie maintenant la colophane à la térébenthine. Elle donne une bonne définition de détails délicats et se conserve parfaitement. M. le docteur Paul Mayer m'écrit cependant que ces sortes de solutions (c'est-à-dire à la térébenthine) ne valent rien pour les colorations à l'hématéine. Puis cette solution a un indice trop faible pour les objets qui demandent à être fortement éclaircis. Pour ceux-là j'emploie Tessence de cèdre. C'est un milieu d'une définition parfaite, et qui se conserve parfaitement. Avec le temps cette essence se solidifie suffisamment pour fixer le verre à couvrir ; ou si on le désire on peut toujours luter avec le ciment de Bell. Je ne puis donc que recommander la colophane à la térébenthine comme milieu général ; et si Ton désire avoir un milieu plus réfringent, alors Vessence de cèdre pour les couleurs d'aniline, et le baume de Seiler pour le carmin (je n'ai pas assez d'expérience quant à son effet sur les colorations à l'hématéine). Le baume au xylol est certainement un milieu excellent quant à la conservation des couleurs (d*après mon expérience; Martinotti cependant dit avoir trouvé que la safranine y perd), mais j'estime qu'il n'est pas absolument de confiance sous le rapport de la formation de granules. (M. le docteur Mayer est aussi de cet avis, à ce qu'il a bien voulu m'e'crire récemment.) On le voit bien, nous ne possédons pas encore un milieu résineux par f alternent satisfaisant.
401. Baume de Canada. — Ce baume se trouve en général dans le commerce à l'état liquide ; on le rencontre cependant quelquefois à l'état solide. Si on ne le trouve pas sous cette forme, nous recommandons de le faire évaporer à la chaleur douce et sèche d'une étuve jusqu'à ce qu'il devienne cassant après refroidissement. Cette précaution n'est cependant nullement indispensable.
Les dissolvants employés pour faire les solutions sont : le xylol, le benzol, le chloroforme, l'essence de térébenthine et Talcool. Les solutions dans le xylol sont moins visqueuses que celles qui sont faites
dans les autres dissolvants, ce qui les rend beaucoup plus faciles à f manier. Elles sèchent vite. Elles peuvent dissoudre sans se troubler
les traces de paraffine qui peuvent rester dans les coupes. Elles ont ^ l'avantage d*attaquer moins que les autres solutions les teintures aux
couleurs d'aniline. Nous avons donné au numéro précédent une estimation de la stabilité de cette solution, que nous n'avons pas toujours trouvée parfaite, ce qui ne veut cependant nullement dire que son emploi expose à de graves inconvénients. C'est la solution qu'emploie maintenant Mayer en général (Mayer, in litt.) . Les solutions à la benzine ressemblent beaucoup aux solutions au xylol, mais nous paraissent leur être inférieures sous les rapports que nous avons indiqués. Les solutions au chloroforme sont excellentes, mais il nous semble qu'avec ce dissolvant il est moins facile d'obtenir une solution parfaitement limpide, et que les solutions sont décidément moins commodes à manier; elles ont surtout plus de viscosité. D'après Heys (Trans, Mie. Soc, 1865, jan., p. 19), il est avantageux de verser la solution faite au chloroforme dans des flacons hauts et étroits et de la laisser reposer au moins un mois; par ce moyen elle se clarifie. Voyez également ce que nous avons dit au sujet de ces solutions au. numéro précédent.
Les solutions à la térébenthine sont peu employées. Il paraît qu'avec ce dissolvant il n'est pas très facile d'obtenir des solutions homogènes et que lorsqu'elles sèchent, il s'y forme souvent des traînées et des bulles d'air. C'est pourquoi nous recommandons de ne pas employer le baume de Canada, mais plutôt la colophane toutes les fois qu'on désire faire usage d'une solution à la térébenthine.
Seiler {Proc. Amer, Soc. Mie, 1881, p. 60) recommande de prendre du baume de Canada réduit à l'état sec par évaporation comme nous l'avons dit, de le dissoudre dans de l'alcool absolu chaud, et de filtrer à travers de la ouate. Cette solution aurait, selon Seiler, l'avantage que, comme elle nous met à même d'y porter les objets directement de l'alcool absolu sans traitement par une essence ou autre agent éclaircissant, on évite le ratatinement des tissus causé par l'emploi des agents éclaircissants, et l'on évite aussi la dissolution des parties graisseuses des cellules.
Je trouve que c'est là une opération trop délicate, et elle ne m'a pas donné de meilleurs résultats que le procédé ordinaire de passage par une essence. Mais, comme je l'ai dit plus haut, je trouve que la solution de Seiler est une des plus stables qui existent (la mienne, faite depuis quatorze ans, est encore parfaitement limpide, et n'a pas sensiblement foncé de couleur). Employée de la manière ordinaire,
après un éclaircissant, elle est d'une manipulation assez facile, si ce n'est qu'elle a une tendance à condenser l'haleine de Topérateur à sa surface sous forme de petites bulles d'eau. La définition est très belle, et la conservation presque toujours parfaite ; mes plus anciennes préparations ne montrent que quelques granulations sans importance. Naturellement on ne peut pas employer cette solution avec les couleurs d'aniline. A part cela, je m'en suis parfaitement bien trouvé,
Sauu {Zeit, f, wiss. Mik., 1885, p. 6) a préconisé une solution de baume dans l'essence de bois de cèdre.
Martinotti {Zeit. f. toiss. Mik., IV, 2, 1887, p. 159) a obtenu de très belles solutions avec l'essence d'aspic. (» Essence d'aspic rectifiée, de DuRORiEZ, à Paris.) Malheureursement la solution attaque la safranine.
402. Résine damar, ou dammar, ou d'Ammar. — On peut faire des solutions de résine damar dans le xylol, la benzine ou le chloroforme. Ces solutions sont parfaitement incolores, avantage qu'elles présentent sur les solutions de baume de Canada. Mais elles ont l'inconvénient de laisser la résine à l'état d'une grande fragilité ou même de friabilité, après évaporation du dissolvant. C'est pour cette raison, aussi bien que dans le but de diminuer l'indice de réfraction, qu'on fait les solutions, en partie du moins, à l'aide de l'essence de térébenthine.
Les solutions de damar n'ont, pensons-nous, aucun avantage sur les solutions de baume de Canada pour les travaux ordinaires d'histologie ou d'embryologie, et leur sont même inférieures sous le rapport de la durée ; mais elles présentent des avantages indiscutables lorsqu'il s'agit de la démonstration de détails de structure très fins ; c'est pour ce motif qu'on les emploie de préférence dans les recherches cytologiques.
Flemming [Arch, f. mik. AnaL, 1881, p. 322) fait dissoudre de la résine damar dans un mélange à parties égales de benzine et d'essence de térébenthine, à l'aide de la chaleur ; il fait évaporer ensuite la solution jusqu'à la consistance d*un sirop épais. Nous avons beaucoup employé cette solution et avons trouvé qu'elle donne d'admirables résultats quant à la définition d'objets difficiles, mais nous avons aussi toujours trouvé que nos solutions devenaient troubles après quelques mois. '
€ C. M. J. » [Journ, Roy. Mie, Soc, 1883, p. 145) explique que le damar n'est pas parfaitement soluble dans la benzine ou dans la térébenthine à la température normale ; et que si Ton s'aide de la chaleur
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pour effectuer la dissolution, on arrive à une dissolution plus complète sur le moment, mais la solution devient laiteuse avec le temps. Il conseille de procéder ainsi. A 3 parties de résine damar broyée on ajoute 6 parties de benzine pure, et on laisse la résine se dissoudre à la température normale. Après deux jours, on décante la résine dissoute et Ton ajoute une partie d'essence de térébenthine. La solution ainsi préparée se maintient indéfiniment d'une limpidité parfaite, et Fad Jition d'essence de térébenthine suffit pour empêcher la résine de devi^nir trop cassante en séchant.
Ffitzner [MorphoL Jahrb,^ 1880, p. 469) prend des parties égales de damar, de benzine et d'essence de térébenthine, les mêle et les laisse dans un endroit chaud jusqu'à ce que la dissolution soit faite. Puis il décante et fait évaporer à la consistance voulue. Nous pensons que c'est là une meilleure méthode de préparation que celle de Flem-
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Nous ajouterons que nous avons trouvé que le damar se dissout entièrement à froid dans le xylol, et donne ainsi une solution de toute beauté en restant limpide indéfiniment; la résine devient cependant très cassante en séchant. La définition est extrêmement belle, mais comme je l'ai dit plus haut les préparations développent souvent avec le temps (pas toujours) des granulations qui les rendent presque inutilisables pour les travaux délicats.
.^ÏAHTiNOTTi {Zeit. f, wiss. Mik.j IV, 2, 1887, p. 1S3) recommande de combiner cette solution à de l'essence de térébenthine.
On pourra lire encore d'autres formules dans Journ. Roy. Mie. Soc, 1888, p. 1061, et 1890, p. 680; et dans Squire, Melhodsand Formulœ, p. 84.
Je reconnais la grande beauté de la définition fournie par ces solutions, mais il me semble malheureusement quaucune d'elles ne mérite une grande confiance sous le rapport de la conservation indéfinie.
403. Colophane. — L'emploi d'une solution de colophane dans l'essence de térébenthine, préconisé par Kleinenberg, est en effet fort à recommander. La solution est incolore et limpide, et reste indéfiniment telle. Elle sèche très lentement. L'indice de réfraction est inférieur à celui du baume, et donne de très bonnes définitions des objets difdeiles. Nous employons beaucoup cette solution, et comme nous avons pu nous assurer qu'elle est la plus facile de toutes à manier, nous la recommandons spécialement aux commençants.
Kleinenberg met en garde contre l'emploi de la solution de colo-
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phane dans Talcool absolu. Cette solution fournit des préparations qui sont d'abord extrêmement belles, mais qui sont bientôt ruinées par la formation de cristaux ou d*un précipité amorphe.
Comme je Tai dit plus haut, cette solution me parait être de toute confiance pour la durée; je n'ai pas eu une seule préparation détériorée.
Pour la faire, j'ajoute peu à peu des morceaux de colophane à de l'essence de térébenthine tenue dans une éluve, et je filtre deux fois, toujours à Tétuve. Il faut en tout une quinzaine de jours.
404. Térébenthine de Venise. — Vosseler {Zeit. /. wiss. Mik., VI, 3, 1889, p. 292) préconise cette substance comme ayant des avantages considérables vis-à-vis du baume et du damar. On prend de la térébenthine de Venise commerciale, on la met dans un verre cylindrique haut avec un volume égal d'alcool à 96 p. 100 ; on laisse le tout en un lieu chaud pendant trois à quatre semaines, et l'on décante.
Vosseler dit qu'on peut monter dans ce médium sans passer par un agent éclaircissant. L'indice de réfraction est inférieur à celui du baume. Les teintures s'y conservent bien.
Ce médium est également recommandé par Sucuannek {ibid,<, VII, 4, 1891, p. 463). Cet auteur recommande de le préparer avec des parties égales de térébenthine de Venise et alcool absolu neutre (préparé en traitant l'alcool absolu du commerce par le sulfate de cuivre calciné et la chaux vive, n** 88). Le mélange doit être fréquemment agité, et être maintenu à l'étuve pendant un jour ou deux jusqu'à ce qu'il soit devenu limpide et d'une consistance suffisante.
405. Vernis copal. — J*ai vu de fort belles préparations montées dans ce milieu. Je l'ai essayé moi-même et n'ai pas réussi.
406. Styrax etliquidambar. — Voyez entre autres Van IIeurck {Bull, Soc, Belg. Mie, 1883, p. 134-136 ; /ourn. Boy. Mie, Soc, 1883, p. 741); Joum. Roy, Mie, Soc, June 1884; F. Kitton (Journ. Boy. Mie Soc, 1884, p. 318) ; A.-B. AUBERT {Amer, Mon. Mie. Journ., 1885, p. 86; Journ, Boy. Mie. Soe,, 1885, p. 744), et Fol, Lehrbuch, p. 141.
L'indice de réfraction de ces résines est extrêmement élevé (1,585, celui du baume de Canada étant de 1,540). Or, c'est précisément ce qui ne doit pas être pour les préparations histologiques. De plus, le styrax a une couleur brune très foncée. Il convient, semblet-il, de laisser ces milieux aux diatomistes.
407. Huile de ricin. — Grenacher, qui Ta employée pour monter des coupes d'yeux de Céphalopodes, explique (A 6Aa;t^/.d. naturforsch. Gesellsch ,
Halle a. S., Bd XVI ; Zeil. f, wiss. MiL, 1885, p. 244) que l'huile de ricin a un indice de réfraction de 1,49 (bien inférieur à celui du baume de Canada, 1,54). Elle rend donc les objets beaucoup moins transparents que le baume et doit donner une augmentation considérable de visibilité pour les éléments les plus réfringents des tissus. L'huile de ricin étant soluble dans Talcool, on peut y porter directement les objets à la sortie de Talcool absolu. Je Tai essayée, et je n*ai pas eu de bons résultats.
408. Résine sandaraque (Lavdowsky, cité d'après Bef, Handbook Med. Se. y Supp,, p. 438). — Résine Sandaraque, 30 gr. ; alcool absolu, 50 gr. On peut l'employer sans passer par une essence.
409. Vernis photographique, employé par Weigert pour monter de grandes coupes sans verre à couvrir, voyez Zeit. f, wiss. Mik., IV, 2, 1887, p. 209.
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