MASSES AU CARMIN
444. Masse au carmin et à la gélatine (Ranvier, Traité technique, p. ii6). — On prend 8 grammes de gélatine de Paris qu'on laisse ramollir dans l'eau pendant une demi-heure à une heure ; on la lave à Teau distillée, on 'la laisse égoutter et on fait fondre au bainmarie. On ajoute peu à peu, et en remuant constamment, une solution de carmin préparée en broyant 2^%8 de carmin avec un peu d'eau distillée et assez d'ammoniaque pour donner une solution transparente.
On doit maintenant avoir environ 15 ce. de solution ammoniacale de carmin dans la gélatine. Il s'agit alors de rendre cette solution aussi complètement neutre que possible. C'est un point très important; car, pour peu que la solution soit ammoniacale, elle diffuse dans les tissus ; et si au contraire il y a un excès d'acide, le carmin se précipite en granulations qui rendent l'injection opaque par places, et peuvent même boucher les petits vaisseaux. Voici comment on peut obtenir la neutralisation complète de la masse. On maintient la gélatine carminée dans le bain-marie, et l'on ajoute, goutte à goutte, en remuant avec une baguette de verre, un mélange de 1 partie d'acide acétique cristallisable avec 2 parties d'eau. C'est par l'odeur que l'on reconnaît le moment où il faut cesser d'ajouter de l'acide acétique. Le mélange carminé exhale d'abord une forte odeur d'ammoniaque; à mesure que l'on ajoute de l'acide acétique, cette odeur diminue, et il arrive un moment où elle est transformée en une odeur aigre. C'est le moment où il faut s'arrêter. Pour y arriver plus facilement, il est bon d'étendre, vers la fin de l'opération, la solution d'acide acétique avec de l'eau. Si, en examinant la liqueur au microscope, on reconnaît la présence de granulations, il faut considérer la masse comme perdue.
Ranvier trouve qu'il n'y a pas d'autre moyen certain d'arriver à la neutralisation parfaite. Il ne faut pas avoir confiance dans certaines
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-formules d'injections dans lesquelles les auteurs ont indiqué des proportions d'ammoniaque et d'acide acétique qui doivent se neutraliser. Les solutions d'ammoniaque que l'on a dans les laboratoires présentent en effet des richesses très diverses. La méthode de titrage de l'acide acétique et de l'ammoniaque dont on se sert, proposée par Frey, est également illusoire, parce qu'il arrive très souvent que la gélatine du commerce est acide, ce qui peut conduire à dépasser le point de neutralisation.
La masse ayant été neutralisée, on la filtre sur de la flanelle neuve.
445. Masse an carmin et à la gélatine (Ville, Gaz. hebd, d. Sciences méd. de Montpellier^ fév. 1882 ; à part, Delahaye et Lecrosnier, Paris, 1882). — Ville trouve, comme Ranvier, que le procédé de titrage recommandé par Frey est défectueux, non pas tant à cause de l'acidité des gélatines du commerce que pour un autre motif. En effet, lorsqu'on traite le carmin par Tammoniaque, une certaine partie de l'ammoniaque se fixe sur le carmin pour donner une combinaison transparente rouge pourpre; et il reste un excès d'ammoniaque ; c'est la neutralisation de cet excès qu'il faut atteindre. Or, d'après la méthode de Frey, il faudrait employer une quantité d'acide suffisante pour neutraliser toute la proportion d'ammoniaque qu'on a ajoutée au carmin. Iln'est donc pas étonnant qu'on dépasse le point de neutralisation et qu'on obtienne une masse granuleuse.
Quant à l'acidité de la gélatine du commerce, on peut d'une manière bien simple se mettre à l'abri de cette cause d'erreur. Voici comment on y arrive: — au lieu de plonger la gélatine dans un bain d'eau, on la place dans un entonnoir effilé assez grand, ou mieux, dans un entonnoir à robinet. On dispose le tout sous une fontaine et on règle le filet d*eau de manière que la gélatine soit bien immergée. On lui fait subir un lavage prolongé (une heure environ) qui lui enlève les traces d'acide mécaniquement retenu. Ville a constaté que des gélatines franchement acides perdent bien vite cette réaction quand on les soumet à ce traitement.
Quant à la neutralisation de la masse. Ville trouve que le critère de la neutralisation donné par Ranvier — l'odeur aigre qui succède à l'odeur ammoniacale — est peu sûr à réaliser dans la pratique. Car, après une série d'essais, le sens olfactif s'émousse, et cela juste au moment où il faudrait qu'il intervint avec le plus de finesse en vue de la neutralisation partielle déjà accomplie, ce qui rend l'investigation très difficile.
Il est bien préférable, selon Ville, de se servir de papier de tournesol sensibilisé, ou dichroïque, qui, comme on le sait, peut être indistinctement appliqué à la recherche des acides ou des bases.
Pour préparer ce papier, on acidulé légèrement, par un excès d'acide sulfurique, la teinture obtenue par décoction de pain de tournesoL On neutralise ainsi l'excès d'alcali ou de carbonate alcalin que renferme toujours cette décoction et qui diminue la sensibilité du réactif. On agite à chaud avec un excès de carbonate de baryte précipité, et on filtre.
Cette solution sensible de tournesol est exposée à l'air dans de larges vases, jusqu'à ce que sa couleur bleue intense ait fait place à une teinte
rougeâtre. On immerge dans cette solution des bandes de papier blanc non collé, que Ton fait sécher ensuite à l'ombre, sur des fils tendus, en ayant bien soin d'éviter la présence des vapeurs ammoniacales.
Si cette opération paraît trop longue, on peut se contenter d'ajouter à la teinture de tournesol des laboratoires de l'acide sulfurique très dilué, goutte à goutte jusqu'à la coloration rouge. Alors, par l'addition successive de traces d'alcali et d'acide sulfurique en solutions très étendues, on cherchera à obtenir la teinte rougeâtre ou dichroïque. La teinture de tournesol ainsi sensibilisée sert à préparer le papier, en opérant comme dans le premier cas.
Ce papier de tournesol sensibilisé permet de déceler des traces infinitésimales de vapeurs ammoniacales; Ville a constaté qu'il donne une réaction très nette et très rapide alors que le sens olfactif le mieux doué était depuis longtemps impuissant à percevoir la moindre odeur ammoniacale.
On emploie ce papier, comme le papier réactif ordinaire, en le mouillant d'eau distillée, et en l'approchant aussi près que possible de la masse à injection maintenue au bain-marie. Il bleuit d'abord très vite et très nettement ; mais, à mesure qu'on ajoute de nouvelles quantités d'acide, cette réaction s'affaiblit, et bientôt le changement de couleur ne se fait que d'une façon très lente. C'est à ce moment qu'il faut cesser l'addition d'acide ; l'opération est terminée.
On peut aussi préparer du papier sensibilisé d'une grande délicatesse avec d'autres réactifs, le réactif de Nessler, l'hématoxyline en solution alcoolique, et, surtout, une solution faite ainsi qu'il suit : — on prend de la liqueur orange numéro 3 (liqueur qui se trouve dans le commerce, et qui est employée pour la reconnaissance des acides); on y ajoute une trace d'acide sulfurique dilué ; la liqueur change d'aspect et prend une coloration groseille.
On peut faciliter la préparation de la masse à injection en tenant une provision d'acide acétique et d'ammoniaque de concentration connue. Avec l'acide acétique on n'aura pas de difficulté ; il suffit de conserver de l'acide cristallisable dans un fiacon bien bouché. Mais il n'en est pas de même pour la solution ammoniacale. Il ne suffit pas de la maintenir dans un vase hermétiquement fermé, car les transvasements à l'air libre, surtout s'ils étaient répétés, feraient varier d'une manière notable la richesse de la solution. Ville a imaginé un appareil qui permet de conserver la solution d'ammoniaque dans un vase hermétiquement clos, et d'en soutirer à volonté une quantité connue sans que l'air ait accès sur le reste de la solution. Nous ne pouvons donner ici la description de cet appareil, qui serait longue et ne serait pas compréhensible sans les figures destinées à l'expliquer ; on trouvera la description et la planche des figures dans le mémoire original de Ville.
Sauf les différences que nous avons mentionnées, Ville prépare la masse à injection selon les prescriptions de Ranvier.
446. Masse au carmin et â la gélatine (Hoyer, BioL Centralb.y 1882, p. 21). — A une solution concentrée de gélatine on ajoute une quantité correspondante de solution ammoniacale de carmin neutralisée; on fait digérer le mélange au bain-marie jusqu'à ce
que sa couleur rouge violet commence à passer à une nuance rouge clair; on ajoute 5 à 10 p. 100 de glyce'rine; et au moins 2 p. 100 d'hydrate de chloral (en solution forte), on filtre à travers de la flanelle, et Ton conserve la masse dans une capsule couverte par un globe de verre. Elle se maintient sans altération pendant des mois.
447. Masse au carmin et âla gélatine {Fol ^Zeit. wiss, ZooL 1883, p. 492, et Lehrb., p. 13). — On prend 1 kilogramme de gélatine fine ' qu*on laisse ramollir pendant deux ou trois heures dans une faible quantité d'eau. On la fait fondre, et on ajoute 1 litre de solution ammoniacale concentrée de carmin (solution forte d'ammoniaque, 1 partie; eau, 3 ou 4 parties; carmin, à saturation; filtrer, pour enlever l'excès de carmin qui doit se trouver dans la solution). On agite continuellement pendant que l'on verse le carmin. On neutralise h peu près (il n'est pas nécessaire que la neutralisation soit complète, pourvu qu'on ne la dépasse pas, ce qui précipiterait le carmin) avec de l'acide acétique. On laisse la masse se solidifier, et on la découpe en morceaux qu'on enveloppe dans du tulle ou dans un filet fin. On pétrit la masse ainsi enveloppée avec la main dans de l'eau contenant 0,1 p. 100 d'acide acétique; par la pression la masse est exprimée à travers les mailles du filet sous forme de vermicelles. On lave ces vermicelles pendant plusieurs heures sur un tamis à travers lequel on fait passer un courant d'eau. On les fait fondre et on verse la masse fondue en une couche mince sur du papier parchemin imbibé de paraffine. On met les feuilles de papier sécher dans un endroit sec. Lorsque la masse est sèche, elle se laisse séparer du papier sous forme de feuilles qu'on découpe en bandes avec des ciseaux, et qu'on met dans un flacon pour les conserver. Pour s'en servir, il n'y a qu'à ramollir dans l'eau pendant quelques minutes la quantité voulue, et la faire fondre au bain-marie dans 10 à 20 parties d'eau.
Les avantages de cette méthode de préparation sont : que la masse se conserve indéfiniment, ce qui, selon Fol, ne serait pas le cas avec la masse au chloral de Hoyer; et que sa préparation est facile, vu qu'elle exige moins que les autres masses la neutralisation exacte de
la solution dé carmin.
On peut simplifier ce procédé de la manière suivante, sans que les
résultats en soient de beaucoup inférieurs. On prend de la gélatine en
Fol recommande la gélatine photographique qu'on se procure à la Simeon's (ielatine-fabrlky NVinterlhur (Suisse) ; il est probable que la gélatine prolographique de Coignet, à Paris, donnerait le même résultat.
lames (ou mieux de la gélatine photographique molle). On laisse macérer ces feuilles pendant deux jours dans une quantité suffisante de la solution de carmin que nous avons décrite. On les rince et on les met pendant quelques heures dans de Teau acidulée par Tacide acétique. Puis on les lave pendant plusieurs heures sur un tamis avec de Teau courante; on les sèche sur du papier parchemin, et on conserve comme nous l'avons dit.
448. Antres masses au carmin et à la gélatine. •— Gerlacu {Arch. f. mik. Anat., 1865, p. 148, et le Traité de Ranvier, p. 118). — Thiersch {Arch. /*. mxL AnaL, 1865, p. 148). — Carter (Beale, How to worL, etc., p. 113). — Davies (Prcp. and Mounting of Mie. Objects, p. 138).
masses bleues