Tome II
LES CRÉSÉIDES d'or ET D'ARGENT
§ II. — Les créséides d'or et d'argent.
Plusieurs savants ont attribué, mais sans preuve positive, des monnaies d'électrum aux rois de Lydie antérieurs à Crésus, et fait remonter à Gygès (687-652) l'invention du monnayage en Asie-mineure *. Au tome IIe de la Première partie de ce Traité, nous nous sommes efforcé de démontrer que cette opinion est sans fondement et que les pièces primitives en électrum, classées à Gygès et à ses successeurs immédiats, appartiennent en réalité au monnayage primitif de Milet, d'Éphèse et de Smyrne, à l'époque où ces villes grecques se trouvaient sous l'hégémonie des rois de Lydie 2. Le premier prince lydien dont on ait sûrement des monnaies royales frappées à Sardes, est Crésus (561-546.)
Nous avons constaté que Crésus, une fois monté sur le trône, tint à cœur de se concilier l'amitié des Grecs en envoyant de riches présents en lingots d'or et d'argent au sanctuaire de Delphes, à celui des Branchidesprès de Milet, ainsi qu'à l'Artémision
1. Voyez, notamment: Fr. Lenormant. Monnaies royales de la Lydie, dans Y Annuaire de la Société franç. de numismatique, t. IV, 1873, p. 171 ; Barclay V. Head, The Coinage of Lydia and Persia (Londres, 1877, in-4°) ; le même, Historia numorum, p. 544; J.-P. Six, dans le Numismatic Chronicle, 1890, p. 202 ; G. Radet, La Lydie au temps des Mermnades, pp. 135 et suiv.; le même, dans la Revue des Universités du Midi, 1895, p. 119.
2. Voyez aussi ci-dessus, p. 6. « On ne peut douter, dit M. Barclay Head, en dernière analyse, que les rois de la dynastie des Mermnades aient frappé des monnaies d'électrum ; mais si nous cherchons dans les séries d'électrum à spécifier quelles sont celles qui ont été frappées à Sardes, il est impossible de les déterminer. Même si nous acceptons l'ingénieuse explication de Six(Nww Chron., 1890, p. 203) au sujet de la légende
d'Ephèse *. Quand il eut soumis par les armes Éphôse, Milet, Lampsaque et les autres colonies grecques de l'Ionie, de l'^Eolide et de la Mysie, il se trouva, plus complètement qu'Alyatte, le maître de tous les centres commerciaux de la côte de l'Asie-mineure où, déjà l'usage de la monnaie d'électrum s'était propagé. Toute la Grèce asiatique dut reconnaître l'autorité de Crésus qui sut rapidement se l'attacher par des bienfaits, des privilèges politiques, des avantages commerciaux, au premier rang desquels il faut placer la réforme monétaire qui porte son nom et comprend la création d'une monnaie d'or pur et d'une monnaie d'argent pur.
Crésus préoccupé, comme le fait ressortir l'historien de la dynastie des Mermnades, M. Georges Radet, « d'établir une grande monarchie fiscale et militaire », imposa aux villes grecques redevenues ses sujettes, un tribut, cpopoç, qui dut être payé en métal précieux, forme sous laquelle il sera exigé plus tard par Darius 2. Qui sait si ce ne fut point l'établissement de cet
IMl^M' comme étant la forme (avec des digamma) lydienne du nom du roi x\lyatte, on ne serait pas encore certain que les pièces qui ont cette légende n'eussent pas été frappées dans quelqueport de l'Ionie où dominaient les Lydiens et où ceux-ci avaient établi leur entrepôt commercial pour écouler les marchandises de l'intérieur de l'Asie-mineure. » (B. Head, Catal. Lydia, Introd. p. xvmV On voit par là que M. Head abandonne lui-même les anciennes attributions dont il s'était fait le champion dans ses travaux antérieurs.
1 . Ci-dessus, p. 56 ; cf. G. Radet, La Lydie au temps des Mermnades, p. 214.