Hérodote, III, 90, 1; cf. G. Radet, La Lydie, p
LES CRÉSÉIDES D*OR ET d'aRGENT
impôt qui provoqua la réforme monétaire de Crésus? Ce prince voulut sans doute éviter les contestations ou réclamations auxquelles eut pu donner lieu la perception de l'impôt s'il eut été prélevé en un métal à titre aussi variable et aussi incertain que l'électrum. Les mêmes causes produisent partout les mêmes effets. Nous avons cité, d'après le récit de Tite-Live les Carthaginois essayant, en 199 av. J.-C, de payer aux Romains en électrum, la contribution de guerre qu'ils avaient promis de solder en or, supercherie qui faillit rallumer les hostilités.
Comme les Carthaginois en 199, les villes grecques devaient chercher à payer leur tribut au roi de Lydie avec leurs propres monnaies, et la variabilité de Taloi de ces dernières dut soulever d'incessantes discussions. Ce fut donc, vraisemblablement, pour régulariser le paiement des impôts que Crésus créa sa monnaie d'or pur et d'argent pur, laissant aux villes grecques la plus grande liberté d'agir chez elles et entre elles comme elles le voudraient. Il installa son atelier monétaire a Sardes, et comme nous le démontrons ailleurs, c'est
la création du puissant roi de Lydie qu'Hérodote a en vue dans le passage où il dit : «LesLydiens sont les premiers des hommes qui, à notre connaissance, aient fait frapper pour leur usage de la monnaie d'or et de la monnaie d'argent. » Le terme iy?/r cravxo, dont ils se servaient, pour leur usage, paraît indiquer le caractère national et indigène de la nouvelle monnaie. Les xpotoécot oroTTjpeç, comme les Grecs les appelaient couramment, sont effectivement, les plus anciennes monnaies d'État en or pur et en argent pur qui existent 2.
Cité par Hérodote 3, Plutarque 4, Pollux 5, le xpourefoç errax^p, la créséide, était aussi célèbre dans l'antiquité, pour sa pureté métallique, que la darique qui lui succéda ou le statère d'or de Philippe de Macédoine 6. Bien qu'elle soit toujours anépigraphe, l'attribution de la créséide est certaine et universellement reconnue ; on la trouve presque toujours dans les environs de Sardes 7.
Toutes les créséides, qu'elles soient en or ou en argent, et quelles que soient les divisions pondérales, répondent uniformément à la description suivante :
Protomés de lion et de taureau affrontes; les deux animaux allongent une patte de devant ; le lion a la gueule béante, et le taureau, une corne en avant.
1. T. Live, XXXII, 2; ci-dessus, notre Traité, Première partie, t. I, p. 874.
2. Voyez pour le3 développements, au t. II de notre Première partie (sous presse).