Barclay V. Head, The coinage of Lydia and Persia, p
MONNAIES d'éLECTRUM DU SYSTÈME CRÉSÉEN
mer l'économie de la vie des peuples : il est vraisemblable même qu'il s'efforça de propager dans son empire l'usage de la monnaie.
Mais d'abord, répondrons-nous, il ne s'agit en aucune façon d'accuser Cyrus d'avoir aboli la monnaie, puisque les villes de la côte d'Asie-mineure continuèrent, sous son règne et sous celui de Cambyse, à émettre leurs espèces autonomes, comme elles l'avaient fait auparavant. La question se réduit simplement à rechercher si Cyrus fit fermer un atelier, celui de Sardes ; et ce qui nous autorise à croire qu'il le ferma, ce sont les considérations suivantes :
1° Les pièces d'or et d'argent émises dans l'atelier de Sardes étaient des monnaies royales et dynastiques : il est donc naturel que leur monnayage ait disparu avec le prince qui les faisait frapper. On ne comprendrait pas que Cyrus vainqueur eut adopté les types monétaires de Crésus, les emblèmes héraldiques, les armes, la signature de Crésus, sans la plus légère modification, tandis que l'on conçoit sans peine qu'il n'ait porté nulle atteinte au
monnayage autonome des villes qui n'avait rien de royal et de dynastique.
2° Il n'y a point de différence entre les divers exemplaires des créséides qui sont parvenus jusqu'à nous. Tous sont manifestement contemporains, du même style, du même poids, de la même pureté métallique, du même aspect extérieur. Ceux-là même qui prétendent qu'une partie de ces pièces appartiennent au Perse Cyrus, seraient impuissants à nous dire à quels signes on les distingue de celles qui remontent au lydien Crésus.
3° Tandis que des témoignages littéraires nombreux nous parlent de la monnaie de Crésus ou des dariques perses, aucun texte ne fait allusion à la monnaie royale de Cyrus et de Cambyse *.
4° Enfin, la première monnaie sûrement perse d'origine, est la darique ; or, la darique n'a aucun rapport de poids, de type, de style, de carré creux, avec la créséide.
En résumé, tout concourt à démontrer que les créséides d'or et d'argent cessèrent d'être frappées à la chute de l'empire lydien en 546 avant notre ère.
§ III. — Monnaies d'électrum taillées dans le système créséen.
Y eut-il des monnaies d'électrum taillées appliqué à la taille des monnaies d'or et suivant le système que nous venons devoir d'argent de Crésus? Il semble qu'on doive
1. Dans les livres bibliques, Esdras notamment, il est souvent parlé d'une unité pondérale ou monétaire désignée sous le nom de darkemon ("paDTT). Quelques auteurs ont voulu dériver cette expression soit du nom même de Darius, soit du mot tlSITMi archer ; ils ont cru, en conséquence, qu'il s'agissait de la darique (voyez surtout, Madden, Coinage of the Jews, p. 46). Il est évident qu'il s'agit simplement du mot SpajCF^i en assyrien, Tome II.
darak-mana ; on comptait en drachmes d'or et en drachmes d'argent les lingots qu'on pesait. A son tour, Xénophon, dans \<iCyropédie (v. 2, 7), parle de la darique comme étant déjà en usage au temps de Cyrus le Grand. Mais ce passage est sans valeur historique, comme tout l'ouvrage (B. Head, The Coinage of Lydia and Persia, p. 22 ; cf. Suidas> Lex., v° Aapsixoî).
MONNAIES d'ÉLECTRUM DU SYSTÈME CRÉSÉEN
répondre affirmativement ; l'examen des séries d'éleclrum permet d'affirmer qu'il est quelques pièces, au moins, dont le poids ne s'adapte pas bien régulièrement aux systèmes pondéraux appliqués, en général, à l'électrum, tandis qu'il correspond mieux, au contraire, aux divisions du système des créséides.
Il y a, en premier lieu, un statère d'électrum, à la face striée (ci-dessus, n° 16 et pl. I, fig. 12), qui pèse 10 gr. 81 : c'est donc, comme nous l'avons indiqué, un statère créséen. Il résulte de cette constatation que ce statère n'est probablement pas antérieur à Crésus.
Le n° 80 (pl . III, fig. 6) qui pèse 1 gr. 72, serait plutôt une hecté du système des créséides qu'une hémi-tétarté milésiaque.
Toutefois cette pièce ne saurait être séparée de l'hémi-statère n° 79 (pl. III, fig. 4), qui, de son côté, ne saurait rentrer dans le système créséen.
De même le n° 82 (pl. III, fig. 7) avec son poids de 1 gr. 76 pourrait être un hecté créséenne ; mais son type la rattache étroite-
ment au n° 81 (pl. III, fig. 5) qui, par son poids, est bien un hémi-statère milésiaque.
Le n° 84 (pl. III, fig. 8) qui pèse 0 gr. 40, pourrait être un 24e de statère créséen ; mais la pièce est rognée.
Le n° 92 (pl. III, fig. 17) qui pèse 0 gr. 42, est peut-être aussi un 24e de statère créséen.
Le n° 109 (pl. III, fîg. 19) dont le poids est de 0 gr. 90 peut être aussi bien une hémi-hecté créséenne, qu'une hémi-hecté ou obole éginétique.
On pourrait encore rattacher à l'étalon créséen quelques autres petites divisions que nous avons cru devoir plutôt faire rentrer dans d'autres systèmes. Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel de nos connaissances, on voit que l'étalon monétaire créé par Crésus pour l'or et l'argent n'aurait été appliqué à la taille de l'électrum que d'une manière sporadique et exceptionnelle. Il en sera tout autrement, comme nous le verrons plus loin, pour la taille des monnaies d'argent de certaines parties de l'Asiemineure.