‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 2)Chapitre 162 sur 1006 · B. Ilead, op. cit., p. 8, n° 53 et pl. I · texte numérisé non relu

B. Ilead, op. cit., p. 8, n° 53 et pl. I

LES CRÉSÉIDES D^OR ET d'aRGENT

fixité de la tradition et l'immobilisation des types qui sont comme les armes de chaque dynastie.

Le type des créséides d'or et d'argent, el taureau et le lion affrontés et se précipitant l'un contre l'autre, est un emblème qui doit avoir son origine primordiale dans les religions orientales et, sans doute, dans la religion lydienne. La lutte du taureau et du lion, symbole de l'opposition du soleil et de la lune, se retrouve sous mille formes variées dans l'art de l'Asie-mineure et de l'Asie mésopotamienne, depuis les origines chaldéennes jusqu'à l'époque romaine. Les monnaies nous en offriront de nombreux exemples, notamment à Acanthos, à Tarse, à Byblos et ailleurs encore *.

La particularité de la patte avancée du lion, que les créséides comme les statères d'électrum de Milet (Pl. II, fig. 3 et 5), ont empruntée à l'Orient, persiste longtemps sur les monnaies d'argent de Milet, de Cnide, de certains dynastes de Lycie, et ailleurs. Mais le lion des créséides n'a pas sur le nez la touffe de poils rayonnante que nous avons constatée sur les lions del'électrum de Milet, et qu'on retrouve encore sur des pièces d'argent de la Carie et de Lin dos.

Le taureau avec son cou strié est pareil à celui des monnaies de Samos; sa corne est droite, projetée en avant comme celles des taureaux des sculptures assyriennes et perses. On saisit dans ces détails Part ionien s'inspirant encore de la tradition asiatique.

Après la défaite de Grésus par le roi de Perse Gyrus le Grand, en 546, rien ne fut changé dans le monnayage des villes grec-

1. E. Babelon, Les Perses Achéménides, pl. V et pl. XXVI ; Imhoof-Blumer et 0. Relier, Tier und Pflanzenbilder, pl. I, fig. 14 et suiv.

ques de la côte. Elles continuèrent à émettre des monnaies autonomes en électrum et en argent, aux mêmes types que par le passé, et dans des systèmes nombreux , variant au gré de leurs besoins commerciaux. Au point de vue monétaire, leur liberté fut respectée par les Perses comme elle l'avait été par les Lydiens.

Mais qu'advint-il de la créséide? le xpotasioç crcax^p d'or et d'argent a-t-il continué à être frappé après la venue de Gyrus et la chute de Crésus?

On a coutume de dire que Gyrus (554?- 529) et Cambyse (529-522) ont dû continuer à battre monnaie dans l'atelier de Sardes, aux types créés par Crésus. Ainsi, Fr. Lenormant suppose que les créséides n'ont pas cessé d'être frappées jusque sous Darius I, fils d'Hystaspe *. C'est aussi l'avis de Fr. Madden 2, et M. Barclay Head, également, est porté à croire que les gouverneurs perses de Sardes continuèrent à frapper l'or et l'argent de Crésus 5. Pour soutenir cette opinion, ces savants ont recours à des arguments de sentiment. Ils disent qu'il dut en être de la monnaie comme de toutes les grandes inventions humaines: une fois créée, elle ne pouvait plus disparaître, et en dépit des conquêtes politiques elle dut avoir une diffusion rapide et continue. Ils ajoutent que Gyrus, vainqueur de Crésus, esprit éclairé, passionné pour la culture hellénique de l'Asiemineure, ne dut pas abolir une invention si précieuse, qui était en voie de transfor-

1. Fr. Lenormant, Monnaies royales de la Lydie, dans Y Annuaire de la Société franç. de numismatique, t. IV, 1873, p. 198.

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